La fuite à Varennes 2.0

Crédit : l'Incorrect

Tout au long de la crise des Gilets Jaunes, il a été d’usage de comparer la situation d’Emmanuel Macron avec celle de Louis XVI pendant la Révolution. Hors que que les deux personnages n’aient rien de comparables – Louis XVI mesurait un peu moins de 2 mètres, bâti tout en muscles – les situations, malgré leurs différences, recouvrent en effet des aspects similaires.

 

Comme lors de toute crise politique, le pouvoir en place est soumis à rude épreuve. Détesté, abjuré, renié, le gouvernant se retrouve perdu au milieu d’un maelström de revendications, de rancœurs et de querelles dans tous les camps. Au-delà de l’analogie historique assez bancale, il faut comprendre une chose : Louis XVI fuyait une guerre civile qui allait dévaster la nation ; Emmanuel Macron fuit une guerre civile qui souhaite la reformer.

 

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Il est incroyable que le chef de l’Etat disparaisse ; d’autant plus à notre époque où chacun fait part de ses propres faits et gestes sur les réseaux sociaux. Il est vrai que la présidence Macron a eu à faire face à de nombreux écueils. Edward Smith, lui-même, avait eu une traversée plus sereine. Les innombrables fautes du gouvernement et d’un Parlement à sa botte sont invraisemblables. Benalla, Nyssen, Buzin, Kohler, Penicaud, Ferrand, Sarnez, Darmanin…

La liste des affaires du « quinquennat » Macron est déjà plus longue, en un an, que celle des précédentes présidences.  Les Gilets Jaunes seront-ils l’iceberg du Titanic républicain ? Il faudra attendre encore quelques semaines avant de le savoir.

Ce qui semble stupéfiant, surtout, c’est le manque de conscience et de contrition que le Président puisse avoir : orgueil ou immaturité, rien n’excuse son aveuglement. Emmanuel Macron agit comme si le peuple ne voyait rien. Comme s’il n’entendait rien. Comme si le peuple n’était pas assez intelligent pour comprendre le mépris et l’arrogance dont il fait preuve.

 

 

Quel chef d’Etat vient à insulter son propre peuple de l’étranger (que l’on se rappelle l’expression « Gaulois réfractaires ») ? Quel chef d’Etat vient à désigner son peuple comme illettrés ? Quel chef vient à passer outre la volonté de son peuple ? Quel chef, enfin, vient à se cacher de son propre peuple lorsque les choses tournent mal ?

Le citoyen Macron a, en effet, disparu des radars depuis plusieurs semaines. L’agenda de l’Elysée ne nous renseigne guère. Tout au plus sait-on qu’il nous souhaite, lui et sa femme, un Joyeux Noël. On apprend qu’il se maquille pour sortir, qu’il dort mal et qu’il mange encore moins. On apprend, par quelques indiscrétions, qu’il s’aventure à Saint-Tropez alors que le pays est en feu.

Ici s’arrête l’analogie avec Louis XVI : Emmanuel Macron n’a aucun conscience d’Etat. Finkielkraut le rappelait, nous avons mis aux manœuvres un gamin immature. Ses courtisans lui ressemblent : ils s’étripent sur Twitter à coups d’emojis et de culture pop. Quand une députée se montre aux médias en déshabillé, l’autre affiche une image de Pat Patrouille sur son profil et esquisse quelques mouvements avec un sabre laser.

 

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Nous vivons une époque absurde et inquiétante, où les personnes sensées être en charge de notre destin s’amusent à parader sur des comptes Instagram alors que 15 agriculteurs se suicident chaque mois et que des fillettes se font éborgner par des tirs de lanceurs de balles dans les rues de la capitale.

La déconnexion complète entre le chef et son peuple ne peut qu’amener une période violente. Les Gilets Jaunes ne sont ni antisémites, ni anticapitalistes, ni royalistes, ni républicains : ils sont l’expression d’un peuple désœuvré dont le chef a démissionné. Le peuple, ici, tient son rôle. C’est le chef qui ne tient pas le sien.

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aderaquiaud@lincorrect.org

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