Protectionnisme, préférence nationale, contrôle de l’immigration, recours au référendum et souveraineté nationale sont les grands thèmes de la « drôle de campagne » que mène actuellement le presque-candidat Éric Zemmour. Tancé sur ces thèmes par Jean-Luc Mélenchon lors d’un débat sur BFM TV le 23 septembre, « le Z », comme le surnomment ses supporters, encaisse cette attaque du leader de la France insoumise : « Le Zemmouristan, ça existe […]. Ça s’appelle l’Arabie Saoudite ».
Au-delà de l’effet de communication recherché, Jean-Luc Mélenchon n’a pas tort sur un point : le Zemmouristan existe déjà. À une nuance près cependant, et pas des moindres : si un pays illustre les aspirations zémouriennes, c’est bien la Suisse. Passé colonial et banlieues mises à part, dressons l’inventaire.
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Le protectionnisme d’abord. La Suisse décourage proactivement l’importation par des taxes douanières. Le coût du travail y étant très élevé – salaire minimum de 3 870 € pour 42 heures de travail à Genève, l’agriculture suisse par exemple ne pourrait supporter la concurrence européenne sans ces mesures protectionnistes. À noter, le taux aux frontières varie pour faciliter l’importation en cas d’insuffisance temporaire de la production nationale. Avec ce système, les Suisses maintiennent les emplois dans l’agriculture, rôle joué par les subventions de la Politique agricole commune dans l’Union européenne.
Les quotas ensuite. La Suisse pratique la « préférence indigène » depuis le 1er janvier 2018 pour les métiers connaissant un fort taux de chômage, au détriment des travailleurs frontaliers et de la sacro-sainte libre-circulation des personnes. Même tarif pour les étudiants étrangers, autre marotte d’Éric Zemmour : un bachelier français doit aujourd’hui se prévaloir d’une mention « très bien » (au moins 16/20 de moyenne) pour intégrer la prestigieuse École Polytechnique Fédérale de Lausanne au niveau Bachelor, là où une mention « assez bien » (au moins 12/20) suffisait jusqu’en 2013. Depuis l’initiative contre « l’immigration de masse » de février 2014, la Suisse « gère de manière autonome l’immigration des étrangers » en fixant des quotas annuels selon les besoins de l’économie « dans le respect du principe de la préférence nationale ».
La Suisse pratique la « préférence indigène » depuis le 1er janvier 2018 pour les métiers connaissant un fort taux de chômage, au détriment des travailleurs frontaliers et de la sacro-sainte libre-circulation des personnes
Cela concerne également les réfugiés, ou « requérants » d’après la terminologie helvétique, à qui Zemmour entend restreindre l’accès à l’hexagone. En outre, le Parlement suisse soutient le renforcement de Frontex au niveau européen, et la confédération autorise l’analyse des téléphones des demandeurs d’asile pour vérifier leur identité. Autre exemple s’il en fallait, la chute de Kaboul a récemment souligné l’approche méticuleuse de la Suisse concernant l’asile.
Le recours au peuple par référendum enfin. Remis au goût du jour par les Gilets jaunes et leur appel au référendum d’initiative citoyenne, le référendum d’inspiration gaullienne auquel Éric Zemmour entend recourir, d’abord sur l’immigration, est au cœur de la vie démocratique suisse. Exemple parlant, le pays sera sûrement appelé à exercer sa capacité d’autodétermination en votant par exemple sur l’acquisition d’avions de chasse F-35 pour le renouvellement de sa flotte.
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On pourrait mentionner également l’initiative de 2009 sur l’interdiction de construction de nouveaux minarets tant l’islam est au centre de l’argumentaire d’Éric Zemmour. Mais s’il ne devait rester qu’un élément de comparaison entre le discours zémourien et la Confédération, c’est bien l’idée de souveraineté, véritable ADN de la Suisse depuis la paix de Westphalie de 1648. On a pu voir en mai cette année jusqu’où la Confédération était prête à aller pour protéger sa souveraineté, lorsqu’après plus de quinze ans de discussions, elle a décidé de mettre fin aux discussions sur l’accord institutionnel avec l’Union européenne.
Éric Zemmour cite souvent le Japon pour appuyer ses propos sur l’immigration et la délinquance, deux sujets qu’il associe intimement. Plus proche de lui cependant, la Suisse fait figure d’exemple sur les thèmes qu’il entend pousser à la faveur d’une possible candidature à l’élection suprême. Faut-il dès lors mettre la relative bonne santé civile de la Suisse au crédit du discours d’Éric Zemmour ? La réponse avant le 24 avril 2022.





