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Législatives à droite (3/7) : le XVIe arrondissement, un espoir pour Reconquête ?

Durant cette campagne législative, L’Incorrect suit plusieurs candidats de la droite. Nous avons rencontré Sébastien Pilard, candidat Reconquête dans le XVIe arrondissement de Paris, là où Éric Zemmour a réalisé l’un de ses meilleurs scores.

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© Twitter de Sébastien Pilard

C’est là que le candidat malheureux à l’élection présidentielle avait hésité à se présenter. Ayant finalement choisi la 4e circonscription du Var, Éric Zemmour a laissé à son lieutenant Sébastien Pilard la mission de transformer l’essai dans le riche XVIe arrondissement de Paris. Reconquête avait obtenu 16,4% des suffrages dans la circonscription : son équipe va devoir les transformer en 20% afin d’atteindre le second tour, vraisemblablement face au candidat d’Ensemble (majorité présidentielle).

Stratégie start-up

C’est au « QG du Z », dans le luxueux VIIIe arrondissement, qu’a lieu la réunion stratégique qui doit lancer la campagne. Dans le bureau, une dizaine de personnes, dont la grande majorité a à peine vingt ans. Sébastien Pilard, 43 ans, est incontestablement le maître des lieux. S’il connaît mal le XVIe où il n’a aucune attache, il sait diriger une campagne. Il connaît tout, sauf sa circonscription. D’emblée, il présente son suppléant : un transfuge. Il s’appelle Dan-Alexandre, vient de LR et se présente comme juif, ce qui lui semble une caractéristique intéressante pour cet arrondissement où la communauté juive est très présente.

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Leur premier objectif ? Taper sur Francis Szpiner, le candidat LR et maire du XVIe. Là où Renaissance (ex-LREM) avait réuni 45% des voix au premier tour, Valérie Pécresse en avait obtenu elle 14%, talonnant ainsi Éric Zemmour. « Mon ennemi, c’est Spziner ! » tonne Sébastien Pilard devant les jeunes militants qui acquiescent. Comment le battre ? À coups de tracts et grâce au nombreux « GZ », les jeunes zemmouristes. L’ambiance est à la com’, celle d’une start-up : il faut drafter le message pour le phoning, et produire un effet blast ! On est loin de l’image du vieux réac boomer parfois attribué à Eric Zemmour. La jeunesse des militants est-elle une faiblesse ? Pas pour Pilard : « J’adore faire campagne avec les jeunes, d’abord parce qu’ils apprennent, et aussi pour cet enthousiasme de première expérience avec une énergie dingue. On est là aussi pour transmettre, donc je n’y vois que des intérêts. Je suis très content de mon équipe de campagne ».

Rien de plus moderne qu’une équipe Reconquête en campagne. Tout est ciblé, préparé, mais pas un mot sur le fond. Est-il implicitement connu par tous ou absent ? Impossible de le dire pour l’instant.

Marché (dé)politisé

Sur les coups de 11h30 ce jeudi 31 mai, nous sommes arrivés sur un petit marché près des quais de Seine avec Sébastien Pilard et ses militants. Devant les caméras de France 3, le candidat et son équipe tractent pour convaincre, et appeler à la mobilisation.

Globalement, ce sont des personnes désabusées, dégoûtées par la politique que nous avons rencontrées

À cette occasion, nous rencontrons un avocat retraité qui nous confie militer pour Zemmour car il a trouvé dans ce candidat un véritable amour de la France. Il nous explique qu’il a côtoyé de près la franc-maçonnerie et que la politique française en est infestée, « preuve en sont les lois bioéthiques qui viennent toutes de planches maçonniques réalisées plusieurs années auparavant ». Il raconte ensuite comment il a vu la France se détruire depuis les années 70 : « Avant, le racisme n’existait pas. Dans mon quartier à Passy il y avait une vraie fraternité : juifs, Africains, etc., Français et étrangers vivaient en réelle fraternité. Maintenant cela n’est plus possible et les gens ne se parlent plus spontanément, ne se disent plus bonjour. La peur s’est installée en bien des endroits. Zemmour et Sébastien Pilard nous redonnent confiance et nous montrent qu’il est encore possible de retrouver une véritable harmonie ». Un autre militant nous dit être venu notamment pour la vision de l’éducation d’Éric Zemmour. Il croit que la France ne se reconstruira pas sans renouveler la formation de nos enfants. Il s’agit de redonner un enseignement sain, un enseignement englobant toute les facultés de l’enfant et lui transmettant aussi un véritable amour de la France.

Pendant le tractage sur le marché, Nadine, retraitée du quartier, nous confie qu’elle ne votera pas pour Reconquête. Alors qu’elle vient de parler avec le candidat Pilard, elle continue en précisant qu’elle aime bien le « courage » de Zemmour et son « authenticité » mais qu’elle le trouve trop violent, raison pour laquelle elle a voté Pécresse au premier tour et comme elle n’est pas d’extrême droite – ce qu’elle nous confirme quelques trois ou quatre fois – elle a voté Macron au second tour. Elle nous dit qu’elle votera pour Szpiner même si elle « ne le connaît pas et n’a pas lu tout son programme ». Elle sait en tous cas que ce sera forcément un « moindre mal ». De toute façon, Nadine explique qu’elle ne s’intéresse plus à la politique car elle ne se sent représentée par personne et qu’elle ne vote jamais par conviction.

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Pendant ces discussions, une femme s’emporte contre les militants de Reconquête qui seraient « antisémites et pétainistes ». Dans son agressivité, elle explique que Zemmour invente le passé et revient à une époque dangereuse. Dan-Alexandre, le suppléant qui est d’origine juive, va apaiser le débat. Elle finit par lui avouer qu’elle est dégoûtée de la politique : « De toute façon, les politiques sont tous des nazes ». Le suppléant, quant à lui, tente d’expliquer qu’aujourd’hui ce n’est plus Pétain qui tue les juifs mais d’autres populations, tout cela étant favorisé par la complaisance du gouvernement. Lui-même a vécu l’antisémitisme dans les « quartiers multiculturels” et en banlieue où il devait se cacher. Les juifs ont, dit-il, voté massivement pour Éric Zemmour. Le XVIe correspond à ce schéma.

Globalement, ce sont des personnes désabusées, dégoûtées par la politique que nous avons rencontrées. Dans l’ensemble, elles semblent vivre un troisième tour des présidentielles et ne connaissent que très peu leurs candidats locaux. Un dernier point a été frappant notamment en discutant avec deux militants Nupes : le discours de Reconquête apparaît comme trop marqué par des idéaux plutôt que des actions concrètes.

La fin de la campagne s’annonce donc complexe dans un contexte de ras-le-bol politique. La bonne volonté et la modernité des militants de Reconquête parviendront-elles à mobiliser les électeurs déçus ? Rien n’est moins sûr. Pourtant, Sébastien Pilard n’est pas découragé : il faut « garder l’espérance ».

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