Les Français, et pas n’importe lesquels

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C’est à ces hommes que nous rendons hommage ici. Ces Français qui firent la France et la firent souvent les uns contre les autres, têtus provinciaux que seule la résistance à Paris la merveilleuse tenait ensemble, Bourgogne contre Bordeaux, langue d’oc contre langue d’oïl, Bourguignons contre Armagnacs,  Normands contre Bretons, Descartes contre Pascal, Pétain contre de Gaulle, la république contre le roi, les Éduens contre les Arvernes. Le pays du grand fossé.

 

« Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, « franchouillard » ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. » Dans ce monde complètement renversé que nous commençons de remettre à l’endroit, nul n’est censé ignorer le célèbre couplet que l’homme le plus détesté de France, Bernard-Henri lui-même, déblatéra en 1985 dans l’ignoble magazine Globe, ahanant certainement de ce plaisir du puissant de maudire la terre qui le vit naître. Bien sûr, nous-mêmes sommes résolument cosmopolites, c’est-à-dire que nous savons reconnaître le génie humain partout où il s’est déployé, et que rien de ses lentes, fulgurantes ou étonnantes créations ne nous est étranger. C’est dire si nous ne savons pas qui est BHL, mais que nous savons entièrement ce qu’est la France, cette immense nation parmi les hommes qui ensemença l’univers comme presqu’aucune avant elle. Cette immense nation dans le sol de qui, disait Chaunu, l’on trouve plus de morts que partout ailleurs; cette immense nation qui livra plus de batailles qu’aucune autre, et en gagna la plupart; cette immense nation où l’on retrouve la totalité des systèmes familiaux disponibles ; cette immense nation qui compte une telle variété de paysages, de faunes et de flores dans un espace si restreint que c’est miracle. Cette immense nation prédestinée au catholicisme, puisqu’on y fait le meilleur pain et le meilleur vin du monde. Bref, ce doux pays de France.

 

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Et c’est donc aux hommes qui la firent que nous rendons hommage ici. Ces Français qui firent la France et la firent souvent les uns contre les autres, têtus provinciaux que seule la résistance à Paris la merveilleuse tenait ensemble, Bourgogne contre Bordeaux, langue d’oc contre langue d’oïl, Bourguignons contre Armagnacs,  Normands contre Bretons, Descartes contre Pascal, Pétain contre de Gaulle, la république contre le roi, les Éduens contre les Arvernes. Le pays du grand fossé.

Cette immense nation prédestinée au catholicisme, puisqu’on y fait le meilleur pain et le meilleur vin du monde. Bref, ce doux pays de France

Mais aussi les Français contre la terre entière, la nation contre l’Empire, l’Empire contre l’Europe, Jacques Chirac contre George W. Bush. Le pays de la liberté. Le pays aussi qui inventa la photo, le cinéma et l’avion, la french touch, la 2CV et Belmondo. Le pays de la cuisine, de la mode, des plus belles femmes, de la nouvelle vague, du cubisme, du gothique, de Louis XIV, de la sainte-ampoule, de l’armoire normande, du foie gras, du tripoux et de l’aïoli, de la collaboration et de la résistance, du parti communiste et de l’OAS, de Monsieur de la Pérouse et de Jules Ferry, de saint Bernard et d’Abélard. Bref, le pays de la bouffe, de l’amour, des arts, des lois et de la guerre. Mais tous ces mots sont vains, car c’est un pays qu’on ne résume pas, et le bois de l’Amazonie entière n’y aurait pas suffi. Nous avons sélectionné pour cet été qui vient quelques mets délicats de ces Français qui firent la France. Au hasard des dilections. Car la France est une jeune fille légère.

Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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