Ludovine de La Rochère : « S’il y a des parents 1 et 2, demain il y aura des parents 3 et 4 »

© Bloody Winston

Le projet de loi sur « L’école de la confiance » est débattu depuis le 11 février à l’Assemblée nationale. L’amendement déposé par Madame Valéry Petit (député LREM du Nord) visant à remplacer sur les fiches scolaires les noms de « père » et « mère » par « parent 1 » et « parent 2 » a été adopté hier. Réaction de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour Tous.

 

« Parent 1 », « parent 2 » : bataille linguistique ?

Malheureusement ce n’est pas qu’une bataille linguistique, ce qui aurait déjà son importance. Il s’agit d’étendre encore ce qui existe déjà – dans les crèches, dans certaines administrations, par exemple à l’état civil pour la ville de Paris – à toutes les écoles, à savoir la disparition des termes de « père » et « mère » sur les formulaires pour les remplacer par des termes de « parent 1 » et « parent 2 ».

 

Cette terminologie est très péjorative vis-à-vis des pères et des mères, pour ceux qui le sont ou le deviendront un jour. J’ai des enfants, je ne suis pas leur parent 1 ni leur parent 2, et je ne suis pas non plus leur parent A ou B, ce n’est pas qu’une question de chiffres. On est ni parent 1, ni parent A, on est bien père ou mère, et dans toutes les situations.

 

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Lorsqu’on voit la dépêche AFP ou d’autres médias qui disent « voilà un amendement voté qui reconnaît les familles homoparentales », c’est d’abord une aberration, qui ne résoudra jamais toutes les situations qui peuvent exister. Je prends par exemple le cas des enfants qui sont de pères inconnus, ou des enfants qui ne sont pas reconnus par leur père, il y en a 78.000 par an en moyenne. Ces enfants-là devront barrer la mention « parent 2 » ? Eux aussi pourront se sentir discriminés.

 

Ceux qui ont voté cet amendement ne se sont jamais préoccupés de savoir si pour les orphelins de père ou de mère, pour les enfants non reconnus par leur père, cela pouvait poser un problème d’un point de vue administratif. Le fait est que le gouvernement n’est qu’idéologue.

 

Cette idéologie conduit à rendre neutres un certain nombre de termes. Dans cette vision, un jour il faudra faire disparaître le terme de « maternité » : malheureusement, il y a des femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Pour elles, ce serait insupportable de voir dans la rue des maternités. Sous le prétexte de la souffrance, on peut aller extrêmement loin.

 

 

Il y a également un aspect politique…

L’amendement qui a été voté n’est pas définitif, il doit encore être voté au Sénat, et suivre le processus législatif. Nous appelons Jean-Michel Blanquer à réagir pour qu’il n’y ait pas cette suppression de « père et mère ».

 

Sur l’aspect politique, nous avions annoncé ce déroulé dès 2013. Mon grand regret, c’est que nous avions raison. Libération titrait au printemps dernier « La Manif avait raison sur tout », et je le regrette infiniment. Mais effectivement, cette logique idéologique se déploie, qui consiste à nier la réalité de l’humanité, à faire croire aussi que l’égalité c’est de faire comme si hommes et femmes n’étaient pas différents, faire croire que notre identité n’est plus d’abord d’être hommes ou femmes mais dépendrait de notre orientation sexuelle, en oubliant que nous ne sommes pas homos ou hétéros mais hommes ou femmes.

 

C’est la réalité de notre humanité, la réalité de la filiation. Et ce déni ne peut conduire qu’à des injustices et à beaucoup de souffrances. On en vient à priver des enfants de père ou de mère, sciemment. (Ludovine de La Rochère)

 

En 2013, quand La Manif pour Tous a alerté sur ce sujet-là, le gouvernement avait reculé, disant « Il n’en est pas question ». Dans la réalité, c’est toute la logique présente dans la loi Taubira qui se déroule : « un homme ou une femme, peu importe » alors que la réalité dit qu’on a besoin d’un père et d’une mère pour avoir un enfant, et qu’un enfant a besoin de savoir de qui il est né, et dans la mesure du possible, il a besoin d’être élevé par eux.

 

« Personne ne devrait se sentir exclu de cette société par des schémas de pensée arriérés ». Ce sont les mots de la député Jennifer De Temmerman, qui soutenait le projet. Elle parle d’exclusion, de débat d’arrière-garde : de quoi s’agit-il au fond ?

L’idéologie est telle que cette députée ne voit même plus la réalité de notre société, à savoir qu’aujourd’hui, en 2019, 75 % des enfants vivent avec leur père et leur mère. Et même quand ça n’est pas le cas, ils ont un père ou une mère que généralement ils connaissent, même s’ils sont dans une famille recomposée. C’est bien le père et la mère qui sont responsables d’eux quand il y a un problème à l’école par exemple. Parce que c’est la réalité de notre humanité, la réalité de la filiation. Et ce déni ne peut conduire qu’à des injustices et à beaucoup de souffrances. On en vient à priver des enfants de père ou de mère, sciemment.

 

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C’est là qu’on voit une convergence entre les revendications féministes les plus dures et les revendications LGBT : nous faire croire qu’hommes ou femmes ne sont pas différents, que deux femmes pourraient être les mères d’un enfant et que l’identité sexuelle n’a pas de sens ni de conséquence pour les enfants.

 

Après avoir dit que deux hommes et deux femmes pouvaient se marier, alors même qu’ils ne peuvent pas fonder une famille, la logique que nous combattons aussi depuis 2013, c’est de détourner la médecine de sa finalité pour assigner deux mères à un enfant, dans la PMA sans père, et deux pères, dans la GPA. On fait comme si un enfant pouvait avoir deux mères alors qu’il a éventuellement une mère et une « belle-mère », ce qui n’est pas la même chose.

 

 

L’amendement a été déposé par une député LREM dans le cadre du projet de loi sur l’école. Le gouvernement Macron est-il dans la lignée de celui d’Hollande ?

On verra le résultat final. Le gouvernement n’a pas soutenu cet amendement, mais néanmoins il a répondu que c’était une histoire de règlement, et non pas de loi. Cela veut peut-être dire qu’il compte le faire autrement.

Le deuxième élément, c’est qu’il y a eu un amendement pour supprimer le mot « famille » et le remplacer par « responsable de l’enfant ». On est bien dans quelque chose qui vient mettre en cause et rejeter la famille. L’amendement dont on parle a été rejeté, néanmoins, il est très significatif.

 

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Mais un autre aspect est important : s’il y a des « parents 1 et 2 », demain il y aura des « parents 3 et 4 ». On va nous dire que c’est du fantasme, mais pas du tout, parce qu’on disait déjà que c’était du fantasme pour parent 1 et parent 2 en 2013. Et ensuite, il y a des couples qui revendiquent la « multi-parentalité ». Alors parent 1, et 2, 3, ou 4, peu importe pour eux. À partir du moment où l’on déconnecte de la réalité de l’humanité, c’est la porte ouverte à toutes les aberrations.

 

 

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mdonoy@lincorrect.org

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