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Raskar Kapac : adeptes du déchaînement perpétuel

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© L'Incorrect

Les trois jeunes dandys pyromanes de Raskar Kapac sortent au Rocher une première anthologie de leur revue. Un ensemble dense, curieux, passionné, plein d’allant et d’inédits, qui fait défiler une dizaine d’irréguliers de Jean-René Huguenin à Mishima en passant par Mermoz.

À cette occasion, nous avons interviewé Archibald Ney et Maxime Dalle, pendant qu’Yves Delafoy entassait du bois pour le prochain bûcher.

 

Dans quelles circonstances a été fondée la revue Raskar Kapac ? 

 

Tout est parti de la figure de Jean-René Huguenin, un jeune écrivain à la trajectoire de météore, mort en 1962 dans un accident de voiture, laissant un journal très puissant et un roman, La Côte sauvage.

 

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Nous avons voulu le faire revivre à travers une série de portraits, des textes inédits, des hommages, sous la forme d’une revue artistique et inflammable, poursuivant en cela une tradition littéraire très ancienne : celle du journal, de la gazette.

Puis nous nous sommes rendus compte qu’il y avait encore des dizaines d’aventuriers, d’artistes qui attendaient à leur tour d’être ressuscités : Mishima, Soutine, Maurice Ronet, Mermoz…

« Nous », c’est l’association de trois amis, Maxime, Yves et Archibald, qui ont pris la décision, un jour d’automne 2015 au comptoir du Fleurus, de poser ensemble un acte et de fonder Raskar Kapac.

 

Pourquoi avoir choisi comme sainte patronne une momie de Tintin ?

 

D’abord parce que Hergé fait entièrement partie de notre univers. Son intérêt pour les civilisations anciennes, pour les cultures disparues, l’importance pour lui des défis et de l’amitié…Tous les héros de Raskar Kapac sont animés par ces mêmes passions.

 

 

Ensuite, nous avons choisi notre figure tutélaire en pensant bien sûr aux Sept Boules de Cristal…Nous aimons cette idée d’une momie, dont la tombe a été profanée, qui revient en Europe fracasser ses boules, et réveiller les consciences endormies.

Raskar Kapac, c’est donc l’attachement au mystère, à l’exotisme, c’est aussi l’idée de la foudre qui vient nous sortir de notre sommeil, pour nous entraîner dans l’aventure et la révolution intérieure.

 

Les auteurs que vous défendez ont tous en commun d’être des irréguliers et de fondre ensemble l’art et la vie. À quels critères faut-il répondre pour être adopté par la momie ?

 

C’est vrai que Raskar Kapac a une sympathie irrésistible pour les marginaux, pour tous les hommes qui sont sortis délibérément des cadres sociaux pour mieux se consacrer à la création. La momie aime les êtres solitaires qui se fichent des apparences et qui refusent de se plier aux carcans institutionnels.

Guy Hocquenghem disait lui-même qu’il était un « fléau social » ! Henry de Monfreid faisait acheminer ses tonnes de haschich au nez et à la barbe des autorités coloniales ! Sans cet anarchisme, aucune de leurs aventures n’aurait été possible.

 

Raskar Kapac, c’est donc l’attachement au mystère, à l’exotisme, c’est aussi l’idée de la foudre qui vient nous sortir de notre sommeil, pour nous entraîner dans l’aventure et la révolution intérieure.

 

Par ailleurs, il est vrai que la momie ne fait aucune différence entre l’existence et l’art. Pour un héros comme Corto Maltese, les personnages imaginaires que sont Perceval ou la Fée Morgane sont plus réels – et surtout plus intéressants – que ses contemporains.

Antonin Artaud disait quant à lui que « l’idéal européen de l’art vise à jeter l’esprit dans une attitude séparée de la force » et que cette conception de l’art conduisait à la mort. C’est pourquoi nous préférons par-dessus tout les hommes qui identifient l’art à la vie, et le mettent au service de leur action, comme le faisait Nietzsche avec ses « livres-dynamite. »

 

Souhaitez-vous bâtir une sorte de contre-panthéon et est-ce le sens de cette publication en volume qui fait apparaître la cohérence de la démarche ?

 

L’Anthologie regroupe les dix premiers numéros épuisés de la revue (2016-2018). Dans ce livre, qui vient de paraître aux éditions du Rocher, l’on y ressuscite dix de nos grands inspirateurs, d’Huguenin à Mishima.

Cette anthologie est agrémentée de nombreux inédits (lettre d’Henry de Monfreid, fac-similés du Journal manuscrit d’Huguenin, des photos exceptionnelles et des entretiens puissants avec Pierre Arditi qui nous livre son rapport avec l’auteur de La Côte sauvage, ou Benoît Heimermmann qui nous raconte sa fascination pour l’Aéropostale).

Ce livre permet une entrée de luxe dans l’univers de Raskar Kapac et surtout d’initier le lecteur à des artistes majeurs mais encore trop enfouis. C’est sûr que nous ne ferons jamais de Raskar Kapac sur Victor Hugo ou Émile Zola !

 

Lire aussi : Entretien avec le cardinal Robert Sarah : “Votre identité risque de disparaître”

 

Les dix figures que nous avons choisies dans cette première Anthologie sont certes, à leur manière, un groupe d’irréductibles qui narguent les auteurs classiques, officialisés par le Ministère de l’Éducation nationale ! Mais nous n’irions pas jusqu’à utiliser le terme de contre-panthéon, car panthéon veut dire musée, statue et donc mort, encore une fois.

Ce livre ne doit pas être vu comme une tentative de figer quelques héros dans le marbre… Mais plutôt comme une volonté de donner en exemple leur déchaînement perpétuel, pour qu’ils déclenchent en nous des pulsions de création, de voyage, et nous entraînent dans un tourbillon incessant de vie.

 

Sur quels écrivains porteront les prochains numéros ?

 

Le prochain élu de la Momie sera Antonin Artaud. Nous ne l’avons bien sûr pas choisi au hasard : il est l’écrivain qui a le plus ressenti, peut-être, l’hostilité de la société envers les artistes.

Au programme, il y aura de nombreuses surprises dont de très belles évocations de ses voyages au Mexique et en Irlande avec toujours de prestigieux collaborateurs, Christiane Rancé, Stéphane Barsacq, Charles Gonzales ou encore Xavier Accart pour ce numéro.

 

Ce n’est pas de notre faute si la plupart des vivants sont ennuyeux ! En plus, ce n’est pas totalement vrai : regardez, nous avons consacré notre numéro de rentrée à Gabriel Matzneff, jeune homme de 82 ans. Et dans les prochains Raskar, nous préparons des numéros spéciaux sur Sylvain Tesson et Gérard Depardieu.

 

Et puis nous bifurquerons plein sud, pour aller rejoindre Victor Segalen en Polynésie, dans les Marquises. Nous pensons aussi consacrer un numéro à Nikos Kazantzaki pour faire danser à nouveau Alexis Zorba sur les plages de Crête et faire revivre les grandes passions de l’écrivain qui furent l’amitié, les voyages, le Christ et le peuple grec.

 

Pourquoi ne vous intéresser qu’à des morts ?

 

Ce n’est pas de notre faute si la plupart des vivants sont ennuyeux ! En plus, ce n’est pas totalement vrai : regardez, nous avons consacré notre numéro de rentrée à Gabriel Matzneff, jeune homme de 82 ans. Et dans les prochains Raskar, nous préparons des numéros spéciaux sur Sylvain Tesson et Gérard Depardieu.

Deux hommes qui ne posent jamais leur valise… et qui sont, en ce sens, des forces brutes de vie. Depardieu comme Dumas sont des ogres qui ne s’économisent jamais. C’est fascinant. Saviez-vous que le père des Trois mousquetaires avait eu 500 enfants illégitimes ? Quel diable d’homme!

 

Quels contemporains faudrait-il mettre au bûcher ?

 

Au bûcher inquisitorial, pour quelque repentir ou purification, beaucoup de prétendants ! Mais à notre feu grégeois, peu d’élus y accèdent. Et ce n’est pas par vanité adolescente que nous disons cela. 

Mais, comme nous croyons au présent et qu’il ne s’agit pas de nous emmurer dans une nostalgie faite de cendres et de ressentiments, nous avons un grand projet de phalanstère en Uruguay, là-même où Lautréamont et Supervielle trouvèrent l’inspiration et la grâce.

 

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Publiée par L'Incorrect sur Jeudi 14 mars 2019

 

Nous y érigerons dans les prochaines années une résidence artistique, une espèce de couvent laïc où se retrouveront les jeunes créateurs de notre temps, peintres, sculpteurs, poètes. Il sera permis aux membres de notre tribu temporaire de s’adonner pleinement à ses passions créatrices.

Nietzsche ne disait-il pas qu’il fallait faire de sa vie une œuvre d’art ? Ne pas perdre sa vie à la gagner ? Alors s’il y a des volontaires, prenez votre plume et rejoignez-nous ! L’utopie est possible !

 

Propos recueillis par Romaric Sangars

 

Pour commander L’Anthologie de Raskar Kapac, c’est par ici

Les auteurs de Raskar Kapac seront mercredi à 18h à La Nouvelle Librairie (11, rue de Médicis, Paris 6) pour signer leur belle anthologie.

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