Union des droites au niveau local ? Le RN du Tarn-et-Garonne tenté par l’expérience

Nicolas Pinet

Acteur tarn-et-garonnais du Rassemblement National, Romain Lopez espère pouvoir nouer des accords avec des personnalités venues des Républicains, de la droite au sens au large, lors des prochaines municipales. Une perspective qui inquiète le landerneau radical-socialiste « cassoulet ». Rencontre.

 

La presse occitane se faisait récemment l’écho des rapprochements entre le RN tarn-et-garonnais et des éléments venus de la droite classique. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Avec notre délégué départemental et conseiller régional Thierry Viallon, nous avons choisi de discuter avec des conseillers municipaux et des personnes proches des Républicains mais non encartées. Ces échanges, commune par commune, se font sur la circonscription où j’ai été candidat aux législatives car c’est précisément le fief de Monsieur Baylet. Par ailleurs, depuis plusieurs années, le chef des LR et maire de Montauban, Brigitte Barèges, a délaissé ce territoire, faisant dire à de nombreuses personnes de droite que Madame Barèges aurait noué une entente tacite avec Monsieur Baylet pour se partager en deux le département. Jean-Michel Baylet, qui a perdu son poste de sénateur et de président du Conseil départemental en 2015, va mettre tout en œuvre pour conquérir les principales communes de son « fief » et ainsi pouvoir récupérer le Département en 2021.

Cette perspective nous incite à dialoguer avec tous ceux qui ne veulent pas du retour du « baron » en haut de l’affiche. Mais notre engagement ne se limitant pas à l’opposition au « système Baylet », nous souhaitons remporter des communes pour représenter les dizaines de milliers de Tarn-et-Garonnais votant régulièrement pour notre mouvement et mettre en œuvre une politique au service de nos concitoyens. Le Tarn-et-Garonne est en effet un condensé de tous les problèmes du pays : insécurité, immigration massive, crise agricole, fermeture des services publics, chômage… Notre mouvement représente un véritable espoir pour des Tarn-et-Garonnais oubliés et marginalisés.

 

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Vous êtes dans une logique d’union des droites ? L’échelon local est-il le meilleur pour nouer des alliances entre le RN et LR ? 

Aux législatives de juin 2017, j’avais intitulé notre affiche de second tour : « l’union à droite ». En effet, le contexte propre à cette élection conduisait à s’adresser prioritairement aux électeurs Républicains qui ne voulaient pas d’une députée PRG sortante très clivante. On peut, dans certains contextes, transcender les clivages partisans quand l’intérêt général l’exige : à titre personnel j’avais voté Sarkozy au 2nd tour de la Présidentielle 2007 car je ne voulais pas d’une présidente socialiste.                                                                                                              

La droite de profession, celle des cadres nationaux LR et de la fausse droite UDI qui se recroqueville sur ses prébendes électorales, n’a rien à voir avec la droite de conviction que l’on retrouve chez de nombreux élus locaux et militants LR. C’est pourquoi l’expression « union des droites » a ses limites : d’un, il y a des droites incompatibles avec nous (Estrosi, Moudenc, Juppé, pour ne citer qu’eux, sont des adversaires de la droite souverainiste, populaire et sociale), de deux l’expression « union des droites » peut empêcher certains Français votant à gauche de nous rejoindre. L’expression de Rassemblement National, proposée par Marine Le Pen, est plus ambitieuse et non pas moins étrangère à tous les militants de droite compatibles avec le RN, qui retrouvent là un vocable symbole des grandes heures de l’histoire de leur famille politique.  

L’expression de Rassemblement National, proposée par Marine Le Pen, est plus ambitieuse et non pas moins étrangère à tous les militants de droite compatibles avec le RN

Pour ce qui concerne l’échelon local, il est en effet propice à la constitution de listes RN intégrant des gens n’étant pas adhérents chez nous ou bien à la création de listes « divers » constituées de personnes avec des sensibilités différentes. Les élus locaux raisonnent avec pragmatisme et ne sont influencés ni par les idéologies ni par les injonctions de leurs cadres parisiens. L’échelon local, c’est des affaires de personnes s’associant sur la base de priorités communes. Ces priorités reflètent tout de même une tendance politique marquée soit à droite, soit à gauche. En Tarn-et-Garonne, les contacts se font tout naturellement avec des personnes de droite mais nous ne sommes pas fermés aux gens de gauche : il y a tellement d’anciens électeurs socialistes et radicaux qui ouvrent enfin les yeux…Le principal étant de parvenir à s’associer sur des problématiques communes tout en respectant le parcours personnel et les sensibilités de chacun.

 

Le 82 est-il toujours une terre « rad soc cassoulet » dominé par Jean-Michel Baylet et ses fidèles ? 

Il y a deux niveaux de domination : la domination exercée sur le microcosme politique local et l’influence sur la population. Baylet tente de conserver son emprise sur le premier via les subventions qu’il peut obtenir çà et là grâce à son carnet de visite. Baylet et sa candidate Sylvia Pinel n’avaient pas hésité, durant la campagne des législatives, de dire dans leurs réunions publiques que leurs relations à Paris leur ouvriraient les portes des ministères…Ce clientélisme ostentatoire, aux relents féodaux, pourrait encore influer sur des élus ruraux victimes du rabotage des dotations de l’Etat et qui voient les services publics déserter leurs communes.

L’intercommunalité et le PETR présidés par Bayet lui permettent encore de montrer, via son journal, que les euros fleurissent sur son territoire. N’a t-il pas réussi à bâtir une seconde salle des fêtes d’un million d’euros dans son village de Montjoi peuplé de 170 habitants ? Mais le clanisme de Baylet et ses méthodes ont fini par rebuter bon nombre d’élus, jusqu’au sein même des rangs PRG. C’est pourquoi, la carotte de la subvention est de moins en moins croquée par les maires Tarn-et-garonnais. La preuve est que les grands électeurs n’ont pas réélu Baylet comme sénateur en 2014. Ils en ont assez de voir fleurir des équipements tout neufs dans certains villages alors qu’absolument rien n’est fait pour ceux qui ne seraient pas membres du « bon clan ». 

Pour ce qui est des Tarn-et-Garonnais, ils ne sont plus dupes de l’indécente propagande qu’ils constatent au quotidien dans La Dépêche du Midi. Le jour où la Justice avait débouté Sylvia Pinel de sa demande d’interdire mon affiche des législatives dénonçant le clientélisme et le copinage exercé par son duo avec Baylet, le journal me consacrait une Une au vitriol. Mais personne ne m’en a parlé sur le terrain et les élus locaux que j’ai rencontré me disaient : « Cela vous honore car ça signifie que votre candidature les inquiètent.» Pour preuve, leurs articles absurdes ne nous ont pas empêché d’enregistrer le meilleur score du RN dans l’ex Midi-Pyrénées, d’arriver en tête dans une trentaine de villages et de réaliser près de 50% à Moissac, commune d’où je suis originaire.

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Comment faire pour bouter le Baylet hors des exécutifs locaux ? 

Comme je vous l’ai dit plus haut, Baylet n’a plus sa terrifiante influence d’antan. Lorsque nous avions affronté au 2nd tour des législatives son amie Sylvia Pinel, aucun front républicain ne s’était érigé contre nous. La droite n’avait pas donné de consigne de vote et le président du Conseil départemental avait gardé le silence. J’avais reçu le soutien de plusieurs conseillers municipaux LR, notamment à Moissac. Ce soutien, plus ou moins officiel, s’était traduit par un report massif des électeurs LR sur notre candidature. Cela signifie que des gens sont prêts à s’unir pour bouter Baylet et ses amis des exécutifs locaux qu’ils détiennent encore ou de les empêcher de les reconquérir. Les électeurs RN et LR sont majoritaires en Tarn-et-Garonne. Et si vous ajoutez à cela la Chambre régionale des Comptes qui a épinglé sévèrement les dernières municipalités qu’il dirige, le clan Baylet pourrait disparaitre d’ici 2021.  

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À titre personnel, quelles sont vos ambitions ? 

Tout d’abord, je veux faire en sorte d’améliorer le quotidien de mes concitoyens. Seul notre mouvement est en mesure de le faire car il ose établir des diagnostics qui dérangent et proposer des solutions de bon sens pour résoudre les problèmes auxquels est confronté notre territoire. Je veux donc contribuer à multiplier le nombre de nos conseillers municipaux dans notre département, et pourquoi pas à remporter une ou deux mairies. L’abstention nous a précédemment fait défaut ; ça ne sera pas le cas aux prochaines élections municipales où nos compatriotes se mobilisent massivement. 

Egalement, ces municipales sont cruciales à deux titres : au niveau local, elles permettront de ne plus nous cantonner au rôle de spectateur dans un match à trois entre la droite, Baylet et l’actuelle majorité départementale de tendance Macron. En effet, gagner des mairies, c’est gagner par la suite des cantons en se débarrassant du rôle de figurant qui nous était dévolu jusque-là dans les seconds tours. Plus globalement, ces municipales permettront à notre mouvement de s’enraciner durablement et de démontrer sa crédibilité afin que le Rassemblement National et ses alliés puissent remporter l’élection présidentielle en 2022.

En effet, les municipalités RN actuelles, d’Hénin-Beaumont ou de Beaucaire par exemple, excellent par leurs compétences et ont une popularité qui s’étend au-delà de notre socle électoral. Ces mairies sont de formidables vitrines exposant à tous le savoir-faire de notre mouvement et seront reconduites très probablement dès le 1er tour aux prochaines élections. Grâce à elles, on peut enfin dire aux gens : «  le RN aux manettes, ça fonctionne à merveille ! » Les communes détenues par une majorité RN sont le meilleur argument pour les victoires nationales futures et pour bâtir ces réseaux locaux si primordiaux pour la victoire à la Présidentielle.

Journaliste

fducuing@lincorrect.org

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