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[Cinéma] Dracula : trente ans et toutes ses dents

On ne le dira jamais assez : si le vampire est l’un des mythes les plus cinématographiques du monde, c’est parce que vampire et cinéma participent de la même forme spectrale : ils sont de pures images, déviées de leur existence et condamnées à être projetées éternellement sur le mur blanc de nos fantasmes. Coppola l’a très bien compris et, à ce titre, Dracula est peut-être son film le plus testamentaire, un hommage vibrant au cinéma d’antan, à cet art forain qu’il a connu enfant.

L'apport de Coppola a été de faire de Vlad Drakul une sorte de prométhée romantique qui renie Dieu par amour

S’entourant d’artisans surdoués (costumes, lumière, bande originale : tout confine à la perfection), Coppola choisit de réaliser les trucages « en dur », c’est-à-dire en direct sur le plateau, osant tout, parfois jusqu’au grand-guignol, déversant des litres de sang sur le plateau, figurant une scène de bataille avec des pantins de bois ou faisant monter ses acteurs sur des rails de travelling. Rejoignant les grands plasticiens du muet, Abel Gance en tête, Coppola signe un film total représentant un formidable compendium de l’illusion et de l’horreur. Peinture sur cache, surimpression, maquillages en latex, animation image par image, jeux d’ombres et de fumée : Dracula représente une lanterne magique grandiose récapitulant tous les dispositifs du cinéma avant leur submersion par la soupe numérisée. [...]

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Les critiques musicales de septembre

Hybride et efficace

PROFOUND MYSTERIES II, Röyksopp, PIAS, 17,25€

Après huit ans de silence discographique, les Norvégiens de Röyksopp ne font pas les choses à moitié : trois albums : Profound Mysteries I, II, III en une seule année. Après le premier volume sorti le 29 avril, et en attendant Profound Mysteries III, prévu pour le 18 novembre, penchons-nous donc sur cet opus médian, qui alterne tubes synthpop (« Denimclad Baboons ») et rêveries éthérées (le final « Some Resolve »). Pour ce disque, Röyksopp s’est entouré de plusieurs collaborateurs, du vétéran Jamie Irrepressible (Sorry, premier single du groupe et ballade hantée) aux étoiles montantes Astrid S ou Karen Harding pour créer un album protéiforme sans être foutraque. Le synthétique des machines se mêle à la chaleur des voix pour lorgner parfois sur une synthpop typiquement hybride des scènes scandinaves et britanniques (Unity). Un album qui ne cède ni au passéisme, ni à un modernisme forcené. On attend le troisième volet en dansant sur Denimclad Baboon, un verre de vin à la main.


Pour assumer septembre

KEEP ON SMILING, TWO DOOR CINEMA CLUB, Glassnote, 15,99€

Nous avions découvert Two Door Cinema Club avec leur album Tourist History. C’était alors la queue de comète d’un renouveau du rock qui avait débuté en 2001 avec la spectaculaire arrivée au monde des Strokes. La musique de Two Door Cinema Club est légère, directe, souvent dansante, toujours obsédée de mélodies imparables. S’ils ne sont jamais grandioses, toujours ils sont charmants. Nous les avions quittés en 2019 avec l’album False Alarm que ma mémoire abîmée n’a hélas pas gardé en souvenir. Les voilà de retour avec un album qui n’est pas révolutionnaire, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Sorte de Talking Heads modernes, Two Door Cinema Club nous invitent à danser en remuant la tête sur ces guitares sautillantes et ces nappes synthétiques. Optimiste, Keep On Smiling n’oublie pas pour autant de donner une chance à la profondeur et aux accords mineurs (sur le titre « Lucky », par exemple). Après des vacances pleines de baisers volés, de cocktails acidulés et de chagrins sans lendemain, cet album qui sortira en septembre nous permettra d’atterrir doucement dans notre fastidieux quotidien. [...]

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Grégoire Bouillier : un roman enquête hors-normes

Voici un livre hors-normes, par son format (900 pages), mais aussi son sujet, son traitement, sa façon de ne relever d’aucun genre. Grégoire Bouillier est un habitué des textes spectaculaires : le Dossier M, en 2017, faisait 2000 pages, en deux tomes, avec un site en complément… Par comparaison, ce Cœur ne cède pas paraît presque raisonnable ! De quoi s’agit-il ? À première vue, c’est un retour sur un fait divers. 

En 1985, Bouillier est frappé par une histoire entendue à la radio : une dame de 64 ans s’est laissée mourir de faim dans son appartement à Paris. Elle a jeûné plus d’un mois, et décrit jour après jour son agonie dans un carnet. Elle est morte dans la solitude, son cadavre momifié a été retrouvé dix mois plus tard… « Qui était cette femme ? Comment en était-elle arrivée là ? » Plus tard, Bouillier repensera à cette affaire. Or, en 2018, un hasard l’incite à commencer une enquête. Il apprend que la défunte s’appelait Marcelle Pichon, qu’elle avait été mannequin pour un grand couturier. Il rassemble des coupures de presse, des images, des photos. Il fouille les archives, les sites de généalogie. Une chose en amène une autre, le dossier grossit ; minutieux, maniaque, Bouillier consigne tout, ne résume rien. [...]

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[BD] Céleste : vivre avec Proust
Au début de la Première Guerre mondiale, Céleste Albaret, 23 ans, paysanne douée pour le farniente, entre au service de Marcel Proust. C’est le mariage de la carpe et du lapin. Huit ans durant elle servira l’énergumène, satisfaisant ses caprices de noctambule et de névrosé, certes, mais surtout assistant au spectacle de la fiévreuse distillation de La Recherche. Il n’est pas certain qu’elle comprenne ce qu’elle regarde mais elle y prend un plaisir infini, charmée par l’intelligence et les manières de l’écrivain qu’elle observe comme un botaniste amateur entré par hasard dans une serre exotique. Chloé Cruchaudet, qui s’est sérieusement documentée (et a ensuite sagement décidé d’écrire sa propre version de l’histoire), livre un album délicat, intelligent, qui permet autant de goûter les étonnements de Céleste, sa découverte de la grande bourgeoisie parisienne, que d’apprécier la rouerie mondaine de Proust (délicieuse scène avec Gide !) et de pénétrer, un peu, dans le secret de la fabrique du roman. [...]
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Les critiques littéraires de septembre

Enfer managérial

Dernier travail de Thierry Beinstingel, Fayard, 256 p., 19 €

Le procès Francec Telecom a déjà inspiré plusieurs écrivains, comme Vincent Message (Cora dans la spirale) ou Jean-Paul Honoré (Lieu de justice). Nul n’était mieux placé pour s’en emparer que Beinstingel, qui a précisément choisi le monde du travail comme sujet central de son œuvre. Dernier travail se déroule dans une grande entreprise de télécoms, sous le feu des projecteurs à cause du procès que lui intentent les familles d’employés suicidés. Anonymat des grandes structures, gouvernance par les nombres, jargon managérial infect, Beinstingel rebrasse les thèmes de ses livres en les articulant à de nouveaux personnages, à une nouvelle histoire. C’est à la fois un autre livre et le même qui continue, en creusant la même question : comment le travail tourne-t-il au trou noir qui dévore le travailleur et ses proches, en polluant tous les aspects de la vie, y compris la vie privée. Un beau roman en forme de galerie de portraits qui, malgré la gravité du sujet, parle aussi de réussite et de réconciliation. Bernard Quiriny


Une performance dans la bêtise

Je vais, tu vas, ils vont de Jenny Erpenbeck, Fayard, 352 p., 22 €

Un prof d’université retraité fait l’expérience de l’ennui, des journées vides et du sentiment d’être inutile, voire invisible. Il s’intéresse alors aux migrants africains qui campent sur l’Orianenplatz de Berlin, et se rend compte qu’ils sont un peu comme lui... Je vais tu vas ils vont est un roman d’une sottise pachydermique, dont le propos est parfaitement résumé dans le slogan de la quatrième de couverture : « L’autre, c’est nous ». Les procédés de l’auteure sont si gros qu’on a l’impression d’avoir affaire à une parodie. Un exemple. Le héros discute avec un migrant, lui apprend qu’il y avait jadis une frontière entre les Allemagne. Le sous- entendu est déjà énorme, mais l’auteure fait dire au migrant ceci, qui confère à la scène une sorte de bêtise sublime : « Et ce mur, il était aussi haut que la clôture de Mellila ? » Tout est à l’avenant, si démonstratif que c’en est touchant, si bête qu’on en est ému. Ce roman à thèse est une performance de bêtise humaniste, d’autant plus désarmante qu’il est par ailleurs très bien écrit et construit. Jérôme Malbert


En quête de l’oncle perdu

Turco de Sylvain Chantal, Le Dilettante, 220 p., 18 €

La quête des origines mâtinée d’introspection humoristique, c’est presque devenu un style à part entière, dont les éditions du Dilettante se sont souvent fait la spécialité. On n’échappe donc pas à certains clichés et passages obligatoires – un ton qui bute parfois sur sa propre légèreté à force de vouloir prendre le lecteur pour un pote de cantine, quelques portraits de proches un peu surjoués – pourtant, ce deuxième roman de Sylvain Chantal se lit sans déplaisir et parvient même à nous décrocher de francs sourires. En une centaine de chapitres courts et enlevés qui peuvent presque se lire comme des récits indépendants, l’auteur dépeint une sorte d’odyssée familiale rocambolesque, à la recherche d’un mystérieux arrière-grand-oncle turco-italien qui aurait été le chauffeur d’Haïlé Sélassié. Une quête qui passe par Rome et Beyrouth, et dans laquelle Chantal dézingue les travers du monde moderne avec une séduisante indolence. Marc Obregon [...]

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[Cinéma] Juste sous vos yeux : insignifiant
Sang-Soo tourne trop et trop vite. Il réussit un film tous les dix ans, le reste se répartissant du visible à l’insignifiant. On peut ranger « Juste sous vos yeux » dans cette dernière catégorie. Une ancienne actrice rentre chez sa sœur en Corée, un film en vue. Mais c’est compter sans le lourd secret qui la ronge, qu’un spectateur non lobotomisé percera en deux minutes, rien qu’à la voix-off pleine conscience et au geste de se masser le ventre. En plus du scénario, le laisser-aller s’étend à presque tous les postes, de l’étalonnage hideux à la prise de son hasardeuse (mention spéciale au micro sur l’imperméable plié). [...]
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[Cinéma] Les enfants des autres : sainte Efira, comédienne et martyre

En gros, c’est la bourgeoisie telle qu’elle se rêve, sensible, ouverte, prête à partager avec le spectateur – non pas son patrimoine, il ne faut pas exagérer – mais du moins la compassion. Dans son deuxième navet de rentrée, Efira incarne une professeure en lycée technique qui vit mal l’heure qu’indique son horloge biologique.

Juive amoureuse d’un Arabe ayant eu une fille avec une Française (jackpot pour palper les subventions du CNC au nom de la diversité), elle s’interroge sur le bien-fondé d’une grossesse à venir, la faute à un trauma maternel. On voit bien ce que tente Rebecca Zlotowski : une comédie sentimentale à l’américaine qui serait poreuse à la douleur des femmes.

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Pierre Adrian : l’été en pente douce 

Appelez-vous ce livre un roman, un récit, une chronique ?

Je l’appelle un roman puisqu’il s’agit d’une fiction. Et comme la plupart des fictions, elle est inspirée d’une histoire vraie.

Quel a été l’élément déclencheur ?

Quand j’étais petit et rechignais à visiter les anciens, nos parents disaient : « Allez les voir, ils ne seront pas éternels ». Je pensais qu’ils étaient là depuis toujours et qu’il n’y avait aucune raison qu’ils disparaissent. Mais il y a des êtres qui meurent, des lieux qu’on quitte, des maisons qu’on détruit, et nous ne les reverrons jamais plus. L’élément déclencheur est peut-être celui-là.

Aviez-vous en tête des romans, films, chroniques estivales ?

Je n’ai pas choisi le titre, extrait du Métier de vivre, par hasard. Cesare Pavese est un écrivain qui m’habite et ses romans, sa poésie, m’ont inspiré pour l’écriture de ce livre. Pavese est né pendant les grandes vacances, à la campagne dans sa maison de famille, et il s’est tué un dimanche d’août à Turin, dans une chambre d’hôtel, quand il n’y a plus personne en ville. Il est l’écrivain du retour, du souvenir, de l’enfance. D’une certaine nostalgie donc, et je la partage.

Lire aussi : Richard Millet : le survivant

Le roman parle de la famille élargie, du lien ambigu que garde avec elle un jeune homme moderne comme le narrateur. Est-ce une célébration de la famille, refuge qui paraît parfois désuet ?

Je ne pense pas que la famille soit un refuge désuet. Nos sociétés restent organisées autour du modèle de la famille bourgeoise. Il faut se marier, devenir propriétaire, avoir des enfants. Tout le monde réclame son droit à fonder une famille, à promener son enfant dans une poussette. Et comme l’écrivait Pasolini dans Écrits corsaires, c’est au sein de la famille qu’on devient un consommateur. La société de consommation a besoin de la famille et des exigences de la vie familiale pour abattre l’individu. Quand on a des enfants, on est presque obligé de se rendre chez Ikea ou chez Auchan. J’ai eu la chance de grandir dans une famille qui s’aime. C’est assez rare pour être écrit. Je ne célèbre pas la famille avec un grand « F » parce que je sais combien certains la maudissent et en souffrent. Mais j’honore la mienne, où la liberté des uns et des autres est respectée. Enfin, je pense qu’on ne peut pas vivre heureux si l’on ne vit pas en paix avec les siens. Les plus belles histoires, les pires aussi, s’écrivent en famille. Jusqu’au bout je croirai au pardon. [...]

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