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Pierre Adrian : l’été en pente douce 

Appelez-vous ce livre un roman, un récit, une chronique ?

Je l’appelle un roman puisqu’il s’agit d’une fiction. Et comme la plupart des fictions, elle est inspirée d’une histoire vraie.

Quel a été l’élément déclencheur ?

Quand j’étais petit et rechignais à visiter les anciens, nos parents disaient : « Allez les voir, ils ne seront pas éternels ». Je pensais qu’ils étaient là depuis toujours et qu’il n’y avait aucune raison qu’ils disparaissent. Mais il y a des êtres qui meurent, des lieux qu’on quitte, des maisons qu’on détruit, et nous ne les reverrons jamais plus. L’élément déclencheur est peut-être celui-là.

Aviez-vous en tête des romans, films, chroniques estivales ?

Je n’ai pas choisi le titre, extrait du Métier de vivre, par hasard. Cesare Pavese est un écrivain qui m’habite et ses romans, sa poésie, m’ont inspiré pour l’écriture de ce livre. Pavese est né pendant les grandes vacances, à la campagne dans sa maison de famille, et il s’est tué un dimanche d’août à Turin, dans une chambre d’hôtel, quand il n’y a plus personne en ville. Il est l’écrivain du retour, du souvenir, de l’enfance. D’une certaine nostalgie donc, et je la partage.

Lire aussi : Richard Millet : le survivant

Le roman parle de la famille élargie, du lien ambigu que garde avec elle un jeune homme moderne comme le narrateur. Est-ce une célébration de la famille, refuge qui paraît parfois désuet ?

Je ne pense pas que la famille soit un refuge désuet. Nos sociétés restent organisées autour du modèle de la famille bourgeoise. Il faut se marier, devenir propriétaire, avoir des enfants. Tout le monde réclame son droit à fonder une famille, à promener son enfant dans une poussette. Et comme l’écrivait Pasolini dans Écrits corsaires, c’est au sein de la famille qu’on devient un consommateur. La société de consommation a besoin de la famille et des exigences de la vie familiale pour abattre l’individu. Quand on a des enfants, on est presque obligé de se rendre chez Ikea ou chez Auchan. J’ai eu la chance de grandir dans une famille qui s’aime. C’est assez rare pour être écrit. Je ne célèbre pas la famille avec un grand « F » parce que je sais combien certains la maudissent et en souffrent. Mais j’honore la mienne, où la liberté des uns et des autres est respectée. Enfin, je pense qu’on ne peut pas vivre heureux si l’on ne vit pas en paix avec les siens. Les plus belles histoires, les pires aussi, s’écrivent en famille. Jusqu’au bout je croirai au pardon. [...]

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La Petite Sirène 2022 : mais pourquoi sont-ils si méchants ?

« Ariel, écoute-moi. Le monde humain, c’est la pagaille », s’exclamait le crabe Sébastien dans l’introduction d’une des chansons cultes du dessin animé sorti en 1989. Il ne croyait pas si bien dire. 33 ans plus tard, surfant paresseusement sur la vague de nostalgie qui déferle sur Hollywood, les productions Disney ont décidé d’offrir une adaptation « live-action » de son œuvre de l’époque, c’est-à-dire avec des acteurs en chair et en os.

La blancheur de peau de la petite sirène de 1989 est désormais remplacée par le teint métissé de son successeur, qui apparaît même avec quelques cicatrices sur le haut du visage

Le 10 septembre, un premier aperçu du long-métrage à venir est dévoilé sur YouTube. Après une plongée dans les abysses, on découvre enfin le visage de l’Ariel du XXIe siècle, incarnée par la comédienne noire Halle Bailey, âgée de 22 ans. Si cette dernière arbore certes encore des cheveux roux, les plus observateurs s’étonneront peut être d’y apercevoir des tresses, voire des dreadlocks.…

Richard Millet : le survivant

Le milieu médiatico-littéraire français aura donc exécuté la sentence prononcée par Annie Ernaux à l’automne 2012, quand elle lançait une pétition pour exiger de la part d’Antoine Gallimard l’éviction de Richard Millet, et réduit, après dix ans d’obstacles, l’un des meilleurs écrivains français au silence. La même Annie Ernaux, en 2017, se fendait d’une nouvelle pétition dans Le Monde, mais cette fois-ci pour prendre la défense d’Houria Bouteldja, la pasionaria racialiste qui considère qu’on ne peut pas « être Israélien innocemment ». C’est qu’Ernaux est comme Goebbels, c’est elle qui décide qui est fasciste. En cette rentrée, un silence concerté accueille, comme depuis une décennie tous ses ouvrages, le livre de Richard Millet, accusé d’avoir osé un éloge d’Anders Breivik, le tueur d’Utoya, en raison du titre provocant d’un de ses livres, et quoique cet éloge, il ne l’ait jamais fait. Les lumières sont en revanche braquées sur Virginie Despentes, qui, en janvier 2015, déclarait tranquillement dans Les Inrocks son amour pour les tueurs de Charlie Hebdo. Il est donc évident que les raisons de cette exécution sociale ont peu à voir avec la morale, simple prétexte qui fut sans doute utilisé pour abattre la statue du Commandeur des lettres françaises qui ne cessait d’annoncer, depuis sa haute position d’alors, leur décès pour cause de médiocrité.

Dans La Forteresse, Richard Millet déploie à nouveau le meilleur de son art, évoquant son enfance, sa naissance à la littérature, à la musique et à la sensualité, l’intransigeance cruelle de son père, son enfermement autistique et les différents lieux – la Corrèze, le Liban et Paris – qui constitueront sa vision du monde et sa sensibilité par contrastes et combinaison de mémoires diverses. Repris plusieurs fois comme s’il répondait à une nécessité forte mais particulièrement douloureuse, le récit est mis en scène dans une atmosphère crépusculaire sublime et atteint parfois, outre des morceaux de bravoure stylistique, des degrés de sincérité déchirants. C’est évidemment l’un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire dont il accentue encore, par comparaison, le niveau atterrant. Rencontre avec un maître et un maudit.

Lire aussi : Éditorial culture de septembre : Rentrée dans le rang

« Ce livre ne clôt-il pas ce qu’on appelle mon œuvre ? », écrivez-vous. En avez-vous débuté l’écriture dans cet esprit ?

Ce que, dans ce livre, j’appelle « mon œuvre » doit rester entre guillemets : il s’agit de ce que j’ai publié, pendant les trente années au cours desquelles je me suis conformé à un rôle d’écrivain – rôle dont je suis sorti, à présent, pour entrer en quelque sorte dans l’innommable. En ce sens, oui, La Forteresse achève quelque chose, bien que toute idée d’achèvement soit suspecte, en littérature. Ajoutez à cela les conditions « politico-historiques » qui font que, dix ans exactement après ce qu’on a appelé l’affaire Richard Millet, plus aucun éditeur (sauf le courageux Olivier Véron des Provinciales) ne veut me publier, ce qui m’oblige à m’imprimer moi-même, comme je l’ai fait pour La Princesse odrysienne, qui sera mon ultime roman. Je n’en écrirai plus.

Est-ce le décès de votre père qui a fini par délivrer votre récit des freins qui semblaient l’entraver jusque-là ? 

La mort de mon père m’a libéré, oui, pour écrire La Forteresse, mais en partie seulement : les réticences étaient surtout en moi. Certaines demeurent : je suis mon propre obstacle. Cette mort n’est d’ailleurs pas isolée ; elle survient dans un contexte hautement mortifère : en deux ans, j’ai aussi vu disparaître ma femme, Pierre-Guillaume de Roux, d’autres amis encore, sur fond de Covid, de catastrophe climatique, de guerre civile plus ou moins larvée. La liberté dont je jouis à présent relève surtout de la condition de survivant. [...]

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[Cinéma] Feu follet : pétard mouillé
Un prince en rupture de ban intègre un régiment de pompiers et s'amourache de son instructeur noir. Tout à fait dans l’air du temps, Feu Follet pose à la fantaisie lubitschienne, mais décoloniale et avec un balai dans le fondement. Le politique y infléchit l’érotique, ou vice-versa, par le biais de genres divers convoqués en petite sinon grande pompe. La comédie pas drôle jouxte ainsi des numéros de musical tout aussi moches. On n’oubliera pas que l’humour portugais est un oxymore jamais pris en défaut, et que João Pedro Rodrigues pratique un art et essai aussi référencé que sinistre. [...]
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[Cinéma] Chronique d’une liaison passagère : la javaniaise
S’ils passaient pour atypiques dans les années 90, Emmanuel Mouret et sa version godiche de la carte du tendre sont devenus intolérables aujourd’hui. Bruissant de logorrhées précautionneuses en plein Paris covidé, Chronique d’une liaison passagère met en scène un couple adultérin désuni par l’irruption d’une troisième larronne. Censée être tendre et cruelle, cette réflexion sur le désir par temps de triolisme n’est évidemment rien de tout ça, et la parole du réalisateur français renvoie plus au miroir (Allen) qu’au masque (Rohmer). [...]
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Mort de Jean-Luc Godard : adieu à sa musique

Disons-le d’emblée : bien malin qui pourrait affirmer avoir tout aimé et tout compris dans ce cinéma qui s’étire sur soixante ans, plus qu’exigeant, parfois totalement expérimental. Académiquement, on distingue quatre Godard successifs : le premier, le plus connu, celui qui fit sa gloire et sa renommée, fut le porte-étendard de la Nouvelle Vague dans le bouillonnement de quoi il laissa au bord de la route le simplet et ennuyeusement bourgeois Truffaut, et égala les immenses Rivette et Rohmer. Ce qui fut peut-être le dernier grand coup d’éclat de la France dans le domaine des arts est encore enseigné dans toutes les écoles de cinéma du monde : quelques jeunes gens désargentés, munis des théories d’André Bazin, qui à l’aide des Cahiers du cinéma, d’une caméra au poing et d’un culot monstrueux, révolutionnèrent la manière de tourner, de jouer et de monter, bref le septième art. Mais comme toutes les révolutions, la Nouvelle vague se dévora elle-même, et le coup de maître que fut par exemple À bout de souffle, suivi de Pierrot le fou, paralysa pour longtemps le cinéma français, laissant croire que tout réalisateur était scénariste, que toute scène décalée devenait profonde, et que tout dialogue incompréhensible dépassait Platon.…

[Cinéma] Plan 75 : soleil verdâtre
Primé cette année d’une Mention à la Caméra d’Or, Plan 75 imagine une société où les seniors sont poussés vers l’euthanasie en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes, légables à qui de droit. Chie Hayakawa suit une souscrivante, un employé administratif et une petite main de l’annihilation, tous réunis par le contrat qu’a signé la première. On ne saura jamais si l’invraisemblable et très japonaise soumission à la norme qui s’exprime dans le film est critique d’une quelconque façon. Peu probable vu que la catatonie sociale devient rapidement esthétique (contrejours baveux, flous, musique déplorative). [...]
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[Cinéma] Revoir Paris : sans haine, ni talent
L’abjection d’un film se loge souvent dans ses détails. Une victime (Virginie Efira) interroge un témoin sur l’auteur de l’attentat où elle a été blessée, lors d’un 13 novembre revisité en brasserie de luxe. La serveuse lui répond qu’il était comme un « ange » (sic). Déconnecté de tout réel, avec ses personnages sommaires et ses sites touristiques désincarnés, Revoir Paris d’Alice Winocour tient du jeu de l’oie et du roman-photo. [...]
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