


Comment vous est venue l’idée de Vortex?
Il y avait cette volonté de réaliser un film d’horreur psychologique, de raconter une horreur que tout le monde va être amené à rencontrer dans sa vie. Quand tu vois ta propre mère ou ton propre père fragilisé par l’âge, tu ressens la douleur comme s’il s’agissait d’une extension de toi-même. Il y a huit ans, lorsque ma mère a commencé à aller très mal, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle perde la tête, c’était une femme brillantissime, qui lisait un livre par jour. C’est ça, le déclencheur du film: la haute tension artérielle qui dégrade le cerveau et qui fait que des gens commencent à perdre la mémoire, puis une partie de leurs capacités cognitives pour finir dans un état de terreur supérieur à tout, comme si l’usine chimique du cerveau se mettait à produire des mauvais trips en continu, bien supérieurs à ceux que les drogues peuvent induire. En plus, ce sont des voyages sans retour. Je n’ai jamais vécu de guerre, mais ce genre de drames familiaux liés à la vieillesse, c’est peut-être la situation la plus extrême en temps de paix.
Vortex est donc le film d’horreur du quotidien?
Vortex répondait à mon envie de faire un film d’horreur sur un sujet que l’on craint tous mais que tout le monde contourne: la démence sénile. C’est un vrai angle mort. De plus, j’avais vécu coup sur coup la mort de trois hommes dont j’étais plus que proche – dont mon acteur Philippe Nahon. Et par ailleurs, j’ai passé trois semaines à l’hôpital à la suite d’une hémorragie cérébrale. J’étais dans un état d’esprit lié à la maladie, au décès, au deuil, et l’épidémie mondiale est venue se coller à tout ça, avec ce qu’elle comportait comme effets secondaires sur l’esprit, avec ces rues désertes et ce sentiment de danger incessant : comme si le monde redevenait étranger, dangereux. Vortex vient de là.
Avec vos derniers films, vous êtes de plus en plus au croisement de deux formes très pures du cinéma, le cinéma muet et le documentaire, c’est un geste radical.
J’ai voulu prendre Françoise Lebrun pour incarner la mère de mon film, car depuis que je l’ai découverte dans ce grand chef-d’œuvre français des années 70 qu’est La Maman et la Putain, je suis fasciné par son travail. Eustache fait de la fiction comme d’autres font du documentaire, et inversement. Un autre grand maître français pour moi, qui fait de la fiction à partir d’éléments réels, c’est Alain Cavalier. Leur cinéma me parle, mais aussi celui d’Ulrich Seidl quand il fait Paradise: Love. Seidl vient du documentaire et il fait des films avec des non-professionnels qu’il met dans des situations critiques. Quant au cinéma muet, et expressionniste: après avoir eu mon hémorragie cérébrale et passé du temps à l’hôpital je me suis retrouvé dans une France en plein confinement alors j’en ai profité pour regarder de nombreux mélos japonais des années 60, tous les Kinoshita et les Mizoguchi. J’ai aussi rattrapé tout ce que je pouvais du cinéma muet et expressionniste que je ne connaissais pas encore. Le cinéma muet est fascinant parce que c’est un autre langage, bien plus proche du langage des rêves. [...]
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Quand la chanteuse Jamala (Susana Jamaladinova de son vrai nom) remporte le concours de l’Eurovision le 14 mai 2016 avec sa chanson « 1944 », tout le continent découvre l’existence d’une scène musicale ukrainienne en pleine effervescence. En plus d’un physique avantageux, la jeune trentenaire a tout pour séduire le public occidental : talentueuse et pétillante, elle se fait la porte-parole d’une nouvelle génération ukrainienne pro-européenne qui a fait ses classes sur les barricades de la place Maïdan en 2013- 2014. Issue de la minorité tatare de Crimée, la chanteuse a choisi de dédier sa chanson à son arrière-grand-mère déportée par les Soviétiques. Deux ans à peine après l’annexion de son pays d’origine par la Russie de Poutine, le titre « 1944 » n’a pas manqué de susciter la polémique. Désormais, le refrain de la chanson (« Quand les étrangers arrivent, ils viennent dans votre maison / Ils vous tuent et disent: nous ne sommes pas coupables ») résonne étrangement avec la situation actuelle.
Des punks patriotes
La musique ukrainienne n’a cependant pas attendu Jamal pour développer une conscience politique. En effet, le punk rock avait déjà émergé dans la région au cours des années 80, soit avant la fin de l’ère soviétique, et le groupe de folk-punk Vopli Vidopliassova est sans doute le représentant le plus éminent de cette scène. Dans un style assez proche de celui de Gogol Bordello, ce trio né à Kiev s’est dès le début inscrit dans une tradition contestataire. Aujourd’hui, son chanteur, Oleg Skrypka, a choisi de rester dans la capitale ukrainienne avec sa famille pour apporter une aide logistique aux civils et aux soldats. Pionnier du punk rock dans son pays et décoré du titre de chevalier de l’Ordre national du mérite en France en 2008, Skrypka a fait des émules, comme le chanteur Sviatoslav Vakartchouk, leader du groupe Okean Elzy, qui a toujours mis un point d’honneur à chanter exclusivement en langue ukrainienne. Engagé en politique depuis la Révolution orange en 2004, il a même fondé un mouvement politique pro-occidental, « Voix », à l’occasion des législatives de 2019. [...]
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Voilà vingt ans que le duo Benoît Delépine-Gustave Kervern officie dans la comédie satirique, après des débuts chez Canal + en tant que créateur de l’émission Groland où il aura démontré, déjà, son aptitude au bricolage et une certaine propension au délire. Une dizaine de films plus tard, les deux réalisateurs ont réussi à bâtir une sorte de France alternative, rigolarde et poétique mais toujours hantée par des problèmes concrets comme la paupérisation du monde « rurbain », la misère culturelle des zones pavillonnaires ou le diktat numérique. La contrepartie de cette forte productivité est peut-être une certaine rusticité formelle qui, faute de mieux, leur sert de signature en les si- tuant quelque part entre Max Pécas et Jean-Pierre Mocky.
Super-glue et départ en trombe [...]
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