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Jean-Jacques Schuhl : Autoportrait au stroboscope

Écrivain culte et rare (six livres en cinquante ans), Jean-Jacques Schuhl cultive dès sa bibliographie le mystère et les contrastes, passant de l’ombre de deux romans restés inaperçus dans les années 70 (Rose poussière et Télex n° 1) au Goncourt 2000 pour Ingrid Caven. Ce dernier livre, inspiré par sa compagne, actrice et chanteuse allemande, oscille encore entre l’intime, le masque et le glamour, contribuant à donner de l’auteur l’image d’un dandy étrange et fabuleux ne livrant de lui que quelques textes miroitants et impeccables à intervalles irréguliers. Vingt-deux ans après sa grande mise-en-lumière, Schuhl est toujours très loin au-dessus de la production moyenne : avec moins d’une centaine de pages, ses Apparitions concentrent même à elles-seules suffisamment de génie littéraire pour les dix ans à venir.

« Je » est partout

Autoportrait en trompe-l’œil, chambre d’échos et diffractions, le projet, à l’objectif évident – se peindre soi-même – se déploie pourtant aussitôt en un somptueux vertige. « You. », telle est la personnalité de l’année élue par le magazine Time à l’heure des réseaux sociaux, une suggestion d’outre-Atlantique que l’écrivain, en liminaire de son livre, choisit de prendre au sérieux, si l’on veut, se décrivant avec les mots de Jacques Rigaut: « Yeux : yeux / Oreilles: oreilles / Nez : nez… » avant d’admettre s’être souvent trouvé des traits de comparaison avec un autoportrait de Dürer jeune, le prétexte d’une pose jugée suspecte pour notre « outsider silencieux en bout de table » qui se lance dans des jeux de réflexions et de transparence avec des images de journaux éclairées laissant apercevoir leur verso, ou des inconnus auxquels il s’identifie, ou encore, se remémorant une amie qui ne lui pardonna pas la description qu’il avait donnée d’elle dans un livre, s’avouant qu’il avait en fait surtout décrit par ce croquis d’une autre un aspect de lui-même. Le reflet de soi selon Schuhl est une porte-miroir où tout se répercute avant de pivoter et de s’ouvrir sur l’ombre. [...]

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Octantrion : audace nordique
une violoniste formée à l’Institut Erik Sahlström en Suède et un compositeur passionné de lutherie et d’histoire, Octantrion a des références sérieuses en musique traditionnelle scandinave. Les pays du nord, comme ceux du bassin méditerranéen, sont des terres de mandoles et d’instruments à doubles cordes où la musique se compose avec des quarts de ton (les pays européens jouent sur douze demi-tons). Cette subdivision peu courante peut d’ailleurs parfois sembler étrange. Deux morceaux de II sont de purs traditionnels nordiques: Ragnarök, dont on ne sait s’il date du Moyen Âge ou de la Renaissance et En Gang När Jag Ska Dö, un traditionnel suédois. Le reste de l’album prend plus de liberté avec les codes folkloriques tout en exploitant toutes les possibilités des instruments scandinaves: vièle à archet, nyckelharpa alto ou ténor ou cistre basse nordique dans une perspective parfois quasi expérimentale. [...]
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Les critiques musicales de mars

Fly me to the moon

Chrysalis, Joon Moon, LDDC / Musique Sauvage, 15€

Inclassables, les compositions et ambiances du pianiste Julien Decoret ainsi que la voix de Liv Warfield – ex-protégée de Prince – continuent de relater les tribulations de la fictive Joon Moon, actrice hollywoodienne des années 1950 et 1960 qui prête également son nom au groupe. Quelques titres, cependant, auraient mérité d’être plus audacieux. On appréciera avant tout ce fantasme-prétexte permettant de s’inspirer d’une époque sans souci d’aucune contrainte et la faculté de Joon Moon pour le détournement sonore. Du velours ! Alexandra Do Nascimento

Envoûtant

Hannet Lekloub, ŸUMA, French Flair, 15 €

Le troisième album de Ÿuma permet les retrouvailles de Sabrine Jenhani (chant) et Ramy Zoghlami (chant, guitare), dont les parcours s’étaient un moment dissociés. On se laisse à nouveau envoûter par cet « indie folk » identifiable chanté en arabe tunisien et ses mélodies nostalgiques. « L’album parle de l’aisance d’être romantique, ou non. Comment évoluer dans un pays qui n’est pas du tout stable ? La Tunisie est un pays de rêveurs, et là, nous sommes concentrés sur un seul but : comment remplir le frigo. Tant de choses se sont passées, nous avons pris de la distance ». Réalisé aux Pays-Bas, le disque, qui comporte des sons et des rythmiques de l’électro nord-européenne continue d’être un merveilleux support au voyage poétique. Alexandra Do Nascimento [...]

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Maxime Dalle : rallumer l’esprit corsaire

En septembre 2020, le directeur des revues Raskar Kapac et Phalanstère s’embarquait à bord du Pink Floyd avec un petit équipage sous la houlette de Patrick Tabarly, frère du célèbre navigateur, pour chercher dans les lieux de ses exploits les échos du plus célèbre corsaire français derrière Surcouf : Jean Bart. À la manière d’un Sylvain Tesson retraçant en sidecar la retraite de Russie de la Grande Armée, Maxime Dalle a mêlé récit d’aventure direct, pèlerinage évocatoire et méditation engagée pour nous confectionner ce beau boulet de canon et lancer Le Pari corsaire comme une salve à réveiller les morts et les héroïques-zombies, pour paraphraser Todd, qui s’ennuient dans l’hiver français. À l’abordage !

Traquer les fantômes est l’une de mes activités favorites

Tu es toi-même descendant de corsaire. Jean Bart, qui est une légende nationale, était-il aussi une légende familiale ?

Le sang des corsaires dunkerquois coule dans les veines de ma famille paternelle depuis des siècles.…

Les trois reines : réveiller les Tudor
L’histoire des Tudor est un réservoir d’intrigues. Combien de pièces inspirées par cette famille au destin tragique ! À l’opéra, le sommet revient à la « trilogie » de Donizetti : Anna Bolena, Maria Stuarda et Roberto Devereux – Élisabeth i. e. étant la véritable héroïne de ce dernier. Peu importe que la vérité historique y soit plus ou moins malmenée, ce sont trois chefs-d’œuvre incontournables du « bel canto romantique », un style qui drape les émotions fortes de pyrotechnies vocales. Trois partitions écrites pour des prime donne aux moyens surnaturels, dotées d’une technique à toute épreuve alliée à la plus vive sensibilité dramatique. Voici pourquoi Sondra Radvanovsky est aujourd’hui l’une des rares cantatrices en mesure d’assurer les trois rôles avec une égale crédibilité. [...]
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L’Empire du silence : Congo, le pays-martyr
C’est un conflit qui a fait plus de six millions de morts en vingt-cinq ans mais qui continue étrangement à passer sous les radars des instances internationales. Sil’ONU envoie régulièrement des missions d’observation et de maintien de la paix, aucune n’a été en mesure de juguler cette terrible escalade de la violence qui frappe le Congo, ce pays au cœur du continent africain, grand comme l’Europe. Un pays qui, comme le fera remarquer l’un des intervenants de L’Empire Du Silence, ressemble à une immense bijouterie sans portes ni fenêtres. Car le Congo est un pays de cocagne : ses plaines et ses forêts luxuriantes, traversées du nord au sud par le fleuve du même nom, possèdent des sols à la fertilité et à la richesse incroyable : uranium, or, pierres précieuses, mais aussi coltan, ce métal rare indispensable dans l’élaboration des smartphones. C’est pourquoi à l’incessante guerre inter-ethnique qui secoue la région depuis des décennies, s’ajoute un conflit de plus en plus meurtrier, dans lequel les multinationales jouent un rôle décisif, tapies dans l’ombre (ce que malheureusement Thierry Michel se garde bien de suggérer, contrairement au scénariste Jean Van-Hamme qui avait osé en parler sous couvert de fiction dans l’album Kivu paru en 2018). [...]
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De nos frères blessés : vous n’aurez pas mon FLN
Unique guillotiné français après un attentat raté pendant la guerre d’Algérie, le militant PCF Fernand Iveton se devait d’inspirer un biografilm de gauche tartouille. Parti la fleur au fusil pour faire son Affaire de femmes – l’un des chefs-d’œuvre de Chabrol - – Hélier Cisterne se retrouve avec l’équivalent du Sang des autres – son pire film – soit la Résistance en stuc transposée à Alger en 1956. [...]
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Tropique de la violence : trente minutes à sauver
Mayotte n’avait jamais servi de décor à un long-métrage : c’est chose faite avec Tropique de la violence, malheureusement adapté d’un roman de Nathacha Appanah qu’on suppute sans intérêt (et ce n’est pas la présence de Delphine de Vigan au scénario qui pourra nous rassurer). Les trois personnages principaux – doctoresse célibataire, orphelin abandonné, éducateur métropolitain – sont comme des pièces rapportées qui s’agencent mal dans un ensemble semi-documentaire surclassé avec mythe en option. Le film de Manuel Schapira contient pourtant trente minutes passionnantes. [...]
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