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Apparat : l’élégance et la grâce

C’était un dimanche soir mais le Trianon était complet, son stuc Belle-Époque accueillait un public branché d’âges divers, public d’initiés plutôt qu’agrégé par une mode, mais pour autant, ni froid ni cérébral, il montrait même une ferveur rare pour acclamer le groupe de l’artiste allemand, sans doute galvanisé par la beauté de l’arrière-saison et la délivrance des salles de concert. Il faut dire que le passage parisien d’Apparat avait été initialement prévu en juillet 2020 et qu’il avait déjà été reporté le 13 décembre dernier, l’attente était donc à son comble, l’excitation palpable.

La première partie, assurée par Alma Este, chauffa moins la salle qu’elle permit aux retardataires de s’installer dans une ambiance appropriée à la mélancolie des dimanches soirs. La jeune Parisienne, accompagnée d’un guitariste, interprétait ses mélopées élégiaques et minimalistes d’un air neurasthénique, immobile, vêtue comme en lendemain de cuite après une journée passée vautrée dans sa chambre, à demi absente, ce qui pouvait s’accorder en partie avec son propos musical mais s’avéra tout de même franchement chiant et témoignant d’une ignorance complète de l’enjeu d’une prestation scénique.…

Rentrée littéraire : nos recensions (1/2)

DÉBUTS TONIQUES

Grande couronne, Salomé Kiner, Christian Bourgois, 290p., 18,50€

Fin des années 1990, grande banlieue, la vie d’une lycéenne ordinaire, parents divorcés, milieu ni pauvre, ni favorisé. C’est encore une gamine qui mange des BN au goûter, mais déjà une grande qui se laisse embringuer, par transgression, curiosité, naïveté, dans un réseau qui la fait se prostituer gentiment pour cinquante francs la pipe, le mercredi. Ça pourrait être misérabiliste et ridicule, mais Salomé Kiner a doté son héroïne d’un bagout désarmant qui la rend attachante et vivante. L’auteur allume les clignotants pour reconstituer l’époque et l’univers d’une ado – noms de marque, accessoires, etc., et offre avec Grande Couronne un premier roman tonique, drôle et triste, qui a le bon goût de ne porter aucun message en bandoulière. Bernard Quiriny

CLERC OBSCUR

Cave, Thomas Clerc, L’Arbalète / Gallimard, 288p., 19€

Dans Intérieur, livre publié en 2013, Thomas Clerc décrivait exhaustivement son appartement. Un jour, une interlocutrice lui demande s’il a entièrement accompli sa tâche. Dans l’escalier qu’il monte pour revenir chez lui, l’écrivain a soudain une illumination : « Vous avez raison, madame. J’ai oublié la cave. » Autant dire : l’inconscient, le pulsionnel, le refoulé. Ce nouveau livre vient donc pallier cet oubli. Superbe argument, style précis, élégant, on a vraiment envie de suivre Clerc au fil de cette cave obscure et sans fond qu’il explore (à travers une faille, le lieu mène ensuite à différentes salles, cinéma à la diffusion démente et désordonnée, scène de théâtre, animateur lynchien, peep show dérisoire...) Le lecteur retrouve, enseveli sous une langue aux typographies singulières, la liberté et la profusion d’une certaine littérature expérimentale des années 70, mais malheureusement, toute cette inventivité tourne un peu à vide et l’on ressort sonné mais sans véritables illuminations de cette plongée pourtant si audacieuse. Romaric Sangars […]

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Antoine Volodine : sublime cauchemar

C’est dans un futur délabré et insituable, au sein d’un asile en ruines, que Breton, schizophrène persécuté par la police, voit surgir depuis l’espace noir des filles armées venues venger Monroe. Exécuté par le Parti, celui-ci, depuis sa mort, prépare la purge des traîtres et la reprise en main de l’appareil politique. Dans ce monde concentrationnaire où règne une ambiguïté permanente, l’administration fonctionne pourtant toujours, presque à vide, pour un monde d’insanes et de déjà-morts qui répètent comme des mantras des slogans politiques désuets dont l’optimisme et le volontarisme jurent avec le panorama désastreux. Il pleut en permanence, les lampes diffusent une lumière hésitante et faible, les minuteries renvoient les passants aux ténèbres, les rails du tramway sont déserts et des câbles pendent sans plus rien transmettre : cette atmosphère rappelant Eraserhead de Lynch donne lieu à une profusion d’images bizarres et saisissantes dignes de toiles de Bosch qui illustreraient un enfer récent.

Une obsession toujours neuve

Plus beckettien que jamais, Volodine nous livre un « En attendant Monroe » aux ressorts théâtraux qui lui permettent de renouveler l’art du dialogue. Breton, schizophrène, se dédouble, se conseille, se critique, se conforte ; les morts usent d’un langage grossier et ne répondent aux questions qu’on leur pose qu’en passant par un tiers dans un état semblable ; les arbres font de bons confidents durant l’errance, fût-ce à l’état de porte ; les facultés télépathiques de certains personnages rompent l’équilibre normal de l’échange. L’humour du désastre caractéristique du post-exotisme gagne ainsi de nouvelles modulations caustiques et c’est l’un des miracles de l’art volodinien que de déployer sans cesse des ressources formelles inédites pour ruminer le même matériau obsessionnel et sombre. Le rapport entre différence et répétition s’y joue dans une formule exaspérée. [...]

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Sélectron : les plus belles femmes de Bébel

12 - Marie Laforêt dans Les Morfalous (1984)


11 – Marlène Jobert dans Les Mariés de L’An II (1971)


10 – Jean Seberg dans À bout de souffle ( 1960)


9 - Marie France Pisier dans L’As des as (1982)

Lire aussi : Bébel, le bonheur d’être Français

8 - Gina Lollobrigida dans La Mer à boire (1963)


7 – Ursula Andress dans Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1965) [...]

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Le cinéma français est-il de gauche ?

En 2019, plus de 180 films d’initiative française agréés par le CNC (Centre National du Cinéma) ont inondé les salles obscures. À de rares exceptions près, le cinéma français est médiocre, répétitif, sans audace ni ambition, il n’inspire plus personne et la question même de savoir ce qu’est le cinéma l’émoustille autant qu’un rasoir dans les mains d’un taliban... Mais il n’est pas forcément de gauche, quoiqu’il semble pris en otage par cette idéologie.

Lire aussi : Bébel, le bonheur d’être Français

Cinématographiquement, il l’a été, un peu, avant Mitterrand, quand le pouvoir était de droite et qu’on appelait ça le « cinéma engagé » : Yves Boisset chargeait les flics dans Un Condé, rejouait l’affaire Ben Barka dans L’Attentat et « dénonçait » le racisme du Français moyen dans Dupont Lajoie. Costa-Gavras tapait sur la CIA (État de siège), Mocky moquait les cathos dans Un Drôle de paroissien et prêchait la révolte dans Solo. Ces cinéastes voyaient le monde en noir et blanc, mais on y croisait Piccoli, Montand, Bourvil, Ventura et Crémer. Boisset savait raconter une histoire, Costa-Gavras maîtrisait les tensions dramatiques et Mocky pouvait être drôle. En 1981, la gauche récupère les clés du pays et Jack Lang le carnet de chèque de l’État, les rebelles s’embourgeoisent, on finance les copains, on pétitionne et on s’indigne à tour de bras depuis le VIe arrondissement. L’imbécile Goupil s’imagine cinéaste, Guédiguian tente de croire que la gauche s’intéresse encore aux classes populaires et le film social devient dès la décennie suivante le genre préféré de la profession. Les bourgeois « fils de », comme Kassovitz et Cassel, s’engagent pour la cité, Cannes s’embrase, le nouveau siècle n’est pas loin et son cortège de navets.

Des Bobos subventionnés ?

Ce préjugé n’est pas totalement faux. Qui paye une place pour un film de Philippe Garrel ? Le réalisateur français sort un film tous les deux ans depuis 1968, que personne ne va voir. Son fils Louis, bon acteur, se met à la réalisation : La Croisade, son nouveau film présenté à Cannes cette année met en scène des bobos en prise avec leur gamin prêt à tout pour sauver la planète. C’est beau, ça coûte pas cher et ça rapporte des subventions, puisque les belles causes suffisent. Sinon comment expliquer l’attribution de cette aide à Titane en dépit d’un scénario aussi débile que confus ? [...]

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Matthieu Falcone : collisions en France périphérique

Allo ? Matthieu ?

– Oui !

Je n’arrivais pas te joindre... Déjà à l’apéro ?

-Non, non, j’étais en « communication » comme on dit

Il faudrait qu’on présente ton bouquin aux lecteurs de L’Inco...

- Allons-y !

Excellente, ta scène d’ouverture, avec ce slam citoyen imposé aux paysans qu’on empêche de picoler tranquille ! En fait, aujourd’hui, la propagande est partout, c’est un peu ce que tu dis : dans le moindre sketch et jusqu’au thème du carnaval annuel au fin fond de nos campagnes.

– Toute expression culturelle officielle devient un vecteur de propagande, oui. Cela étant, il reste deux types de campagnes en France. Celle qui n’a toujours pas bougé depuis un siècle et où la vie est particulièrement rude, et celle où des saltimbanques fumeurs de haschich récemment débarqués assurent (souvent à leur corps défendant) la propagande officielle. On a aussi des citadins qui viennent y fabriquer leur petit Marais local. Avec l’épisode Covid, c’est un mouvement qui ne cesse de croître.

Je crois que c’est l’hypocrisie qui m’énerve. On ne devient pas paysan en trois mois parce qu’on a acheté un lopin de terre

Tu déploies une belle galerie de caractères aussi divers que bien frappés, mais dis-moi : c’est dans le village où tu as vécu une dizaine d’années que tu as puisé l’inspiration ?

– Pour partie oui, j’ai réalisé des synthèses des personnes que j’ai pu y côtoyer, parfois en accentuant le trait bien sûr, d’autres fois en l’atténuant. Robert, le narrateur, en revanche, est plutôt une projection de moi-même qui ferait preuve de davantage de compassion que ce dont je suis d’ordinaire capable. Il observe et tente de trier le bon grain de l’ivraie, notamment dans ce qu’il y a de recevable dans les critiques contemporaines.[...]

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Boîte noire : notre critique
Technicien au BEA, Mathieu Vasseur est propulsé enquêteur en chef sur une catastrophe aérienne sans précédent. L’homme est quelque peu antipathique et le point de vue n’est que le sien, unique, plaçant ainsi le spectateur dans une ambiance cernée de doutes. D’autant plus que l’analyse minutieuse des boîtes noires va pousser Mathieu à mener en secret sa propre investigation… [...]
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Bébel, le bonheur d’être Français

Jean-Paul Belmondo, né le 9 avril 1933 à Neuilly, est le fils d’un sculpteur de renom et d’une artiste peintre. L’art coule dans ses veines, mais s’il débute sur des planches face au public à l’adolescence, ce n’est pas au théâtre mais sur un ring : « Moi, j’aime la boxe parce qu’elle me faisait rêver adolescent », expliquera-t-il. Nous sommes le 21 septembre 1948, et malgré l’heure tardive, près d’une heure du matin, la France se tient éveillée. Comme des millions de Français, la famille Belmondo est réunie autour d’un transistor d’où résonnent les voix de Pierre Crenesse et de Georges Carpentier. L’appartement familial se situe rue Victor Considérant (Paris 14) et le jeune Belmondo ne sait pas encore qu’à quelques encablures de là, dans la rue Campagne Première, Jean-Luc Godard l’immortalisera une première fois douze ans plus tard. Mais ce soir de fin d’été, le cinéma ne l’intéresse guère, son rêve s’appelle Marcel Cerdan.…

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