
Sarah Vajda, auteur de plusieurs biographies remarquées (Maurice Barrès, Romain Gary, Jean-Edern Hallier), n’a pas eu l’heur de s’ébahir devant la bio romancée de René Crevel par Patrice Trigano, L’Amour égorgé que publiait Maurice Nadeau en cette rentrée, comme en témoigne son article sur le site Boojum, un animal littéraire vif et souvent mordant. Jusque là, rien que le déroulé commun de la vie littéraire : des livres sortent, ils sont critiqués ou non à droite et à gauche, puis plus ou moins lus. Dans nos propres pages, en octobre dernier, Bernard Quiriny notait quant à lui au sujet du livre de Trigano : « cette reconstitution de l’époque et du milieu surréaliste vaut le coup d’œil, et passionnera les amateurs d’histoire littéraire », un avis modérément enthousiaste donc, mais loin de la déception de Vajda qui profite de son papier pour développer tout un art littéraire de la biographie au terme duquel L’Amour égorgé, qualifié de « biographie-meringue », sert de contre-exemple.
La critique vue comme diffamation
Mais la question n’est pas l’opinion plus ou moins bonne qu’on se fait de ce livre, mais de savoir s’il est encore permis d’exprimer librement ce genre d’opinion. En effet, quelle ne fut pas la surprise de Loïc Di Stefano, rédacteur en chef de Boojum, quand il reçut une mise en demeure de la part du célèbre avocat Emmanuel Pierrat, au nom de son client Patrice Trigano, le sommant, sous peine d’une amende de 3750 euros, de publier dans les trois jours un droit de réponse à la suite de la critique de son livre. « L’article de Sarah était assez méchant, admet Di Stefano, mais enfin, je pars du principe qu’à partir du moment où l’on publie un livre, on s’offre à la critique, sinon il faut réserver son livre à un cercle d’amis ! Quant à un droit de réponse : les commentaires sont ouverts, Trigano n’avait qu’à s’y exprimer ».[...]












