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Émile Brami : Louis-Ferdinand Céline ou l’adaptation maudite

Comment en êtes-vous venu à vous pencher sur les rapports de Céline avec le cinéma ?

Je fréquente Céline depuis longtemps et je suis passionné par les arts « populaires », la chanson, la BD, le cinéma français entre 1930 et 1970. J’ai essayé de répondre à cette vieille question : pourquoi, alors que la plupart des grands textes de la littérature ont été portés à l’écran, aucun roman de Céline n’a été adapté ? J’ai écrit un article pour les Études céliniennes puis, comme j’avais de la matière inutilisée, ce livre, avec des documents.

Vous en avez récolté de nombreux…

Certains sont connus, d’autres moins. J’ai retrouvé une enquête de Pour-Vous, le grand magazine de cinéma de l’entre-deux-guerres, que personne n’avait reprise depuis 1934. On demandait aux lecteurs quel roman ils aimeraient voir adapté, et de donner la distribution idéale. J’ai essayé de trouver une photo des comédiens suggérés. Certains sont totalement oubliés ! Cela permet d’avoir une idée de ce qu’aurait été le film s’il avait été tourné peu après le livre, comme Abel Gance en avait le projet. [...]

Ellinoa : Ophélie 2020

Artiste de jazz très en vue et multi-primée, Ellinoa (pseudonyme de Camille Durand) enchaîne initiatives et collaborations, de l’orchestre national de jazz de Frédérique Maurin où elle assume le double statut de vocaliste et de compositrice, jusqu’à ses nombreuses formations. En attendant Ville Totale, la nouvelle création en 3D sonore de son Wanderlust Orchestra au format XXL, voici The Ballad of Ophelia, un album intimiste enrichi d’un quartet à cordes et proposant onze ballades qui alternent sonorités électriques et acoustiques tout en véhiculant des réminiscences de Debussy, Stravinsky ou Björk pour récapituler le parcours intérieur d’Ophélie, l’amoureuse éperdue et suicidée d’Hamlet. Cette réappropriation libre et contemporaine du personnage de Shakespeare révèle un nouvel aspect d’une personnalité solaire, Ellinoa ouvrant cette fois une autre voie dans l’eau, l’abandon, la glace et la nuit. Et il faut le reconnaître : le noir lui sied à ravir.

Ce quartet est une surprise, on ne vous connaissait pas dans ce registre et même la manière de poser votre voix a beaucoup évolué…

Jusqu’à présent, en tant que vocaliste, j’utilisais ma voix comme un instrument. La manière de chanter était différente de celle d’un chanteur traditionnel. Chanter, l’assumer, affronter de plus grands enjeux : dans un premier temps, ce fut abrupt ! Je venais de mon big bang très jazz contemporain à grosse section rythmique, le Wanderlust Orchestra, et j’avais envie d’un petit format épuré rythmiquement. Par défi, j’envisageais un univers plus folk pop, avec une importance primordiale donnée aux textes et à la narration. [...]

Antipop : L’Autotune, pollution sonore

En 2010, le magazine Time classe l’Autotune parmi les cinquante pires inventions de l’humanité. Difficile d’échapper à cette déferlante de voix de robots rouillés quand 90 % des musiques actuelles en abusent. Pourquoi ça a dérapé ?

Vocodeur et l’autotune

Le Vocodeur, avec quoi on confond souvent l’Autotune, est un synthétiseur qui chante à votre place en créant un son artificiel à partir des fréquences de votre voix. Inventé en 1939 par Homer Dudley, ingénieur chez Bell, le vocodeur fut d’abord utilisé pour brouiller les conversations entre Roosevelt et Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Ironie de l’histoire, ce sont les Allemands visionnaires de Kraftwerk qui ont généralisé son application dans le domaine musical. L’Autotune, en revanche, est une marque de software correcteur de tonalité. Son inventeur, le mathématicien américain Andy Hildebrand l’employait pour prédire les secousses sismiques pour le compte de l’industrie du pétrole. Il exploite ensuite l’idée d’une collaboratrice évoquant le fait qu’elle chante si faux qu’elle aurait besoin d’un logiciel pour être en mesure de chanter juste.…

Sélectron : 9 albums de folk pour passer l’hiver

Joanna Newsom, Ys (2006)

Avec sa voix haut-perchée, ses manières d’elfe boboïde et son talent insolent de multi-instrumentiste, l’américaine Joanna Newsom a de quoi énerver. Mais foin des râleurs et des aigris : elle signe avec Ys son grand œuvre, un monument de pop/folk à la fois éthéré et complexe, porté par des arrangements chatoyants qu’on doit au grand Van Dyke Parks et par une production léchée qui n’oublie pas la moindre note de cymbalum. En nous narrant les légendes de la cité engloutie d’Ys, Newsom livre une invitation au voyage inépuisable et dresse en seulement cinq morceaux une ode vibrante au passé mythique de l’Europe. Indispensable.


Current 93, Island (1991)

Lorsque David Tibet, l’inquiétant shaman de Current 93, passe ses vacances en Islande, ce n’est pas pour faire le tour de l’île en vélo : il s’entoure des meilleurs musiciens locaux (Björk, HilmarÖrn Hilmarsson, Sugarcubes), rameute ses habituelles et talentueuses collaboratrices (géniale Rose Mc Dowall) et signe sans crier gare un de ses disques les plus aboutis : une heure de folk ténébreuse qui a toutes les allures d’un rêve opiacé, d’une montée de mescaline, d’un trip sans retour au pays des volcans et de la terre noire.…

Partout, les saints : Saint Colomba d’Iona

Colomba naît en 521 dans la noble famille O’Neill du comté de Tyrconnel, et reçoit le surnom royal de Criamtham (oui, ça commence dur. Oui, accrochez- vous sur les noms, on part en Irlande, on vous a dit). En ce temps-là, envoyer son fils vers une vie religieuse quand on est friqué, c’est le top du chic. Le jeune Colomba fait ses études et débute sa carrière au monastère de Clonard. Il fonde sur l’Île d’émeraude quelques congrégations monastiques, mais se fait dégager de sa terre natale dans son âge d’homme. La légende veut que ce gangster de Colomba aurait recopié et chourré un manuscrit romain valant une blinde sans l’accord du prince tatillon qui le possédait.

La réalité historique dépeint Colomba sous un jour un peu moins flatteur. Génie politique, le jeune prince Colomba, dépositaire de la meilleure éducation d’Eire, se débrouille pour se faire embaucher comme conseiller par les deux camps rivaux au sein de la grande famille royale. Selon des témoignages, il serait capable de voir le futur, mais se servirait de son don prophétique pour gratter des places à la cour. Pour faire simple, il utilise ses super pouvoirs comme un super méchant. [...]

Olivier Marchal : toujours en noir
Il est touchant, Olivier Marchal : l’ex flic n’a pas oublié son ancienne vie ni ses anciens collègues, et, depuis Gangsters, le réalisateur français ne cesse de parler d’eux, de leurs souffrances et de leur mal-être. Avec ses cernes en accordéon, sa trogne porte encore toutes les cicatrices du passé, de ces blessures récoltées en se confrontant aux abysses de l’âme humaine et il sait mieux que quiconque, comment, chez le flic comme chez le voyou, le bien et le mal joutent toujours. La nuit, seul à son bureau, il couche sur papier leurs histoires, espérant ainsi sauver leurs âmes et éloigner ses démons. Alors il convoque à la fois ses souvenirs et les grands maîtres qu’il admire, puisque son cinéma pullule de références, de Melville à Michael Mann, et qu’il ambitionne, depuis ses débuts, de s’inscrire dans cette lignée en pratiquant du polar qui s’assume : un genre brutal et réaliste. Ses « poulets » évoluent toujours sur une ligne de crête à la frontière morale ténue que les vapeurs de gnoles bon marché et de clope tiède floutent encore davantage. Mal rasés, les cheveux cradingues et le cuir qui grince, ils...
L’ombre de Staline : notre critique

Biopic de facture assez classique, le dernier long-métrage de la polonaise Agnieszka Holland se penche sur un évènement plutôt méconnu, à savoir le voyage en Ukraine dans les années 30 du journaliste gallois Gareth Jones. Ce dernier, interprété par l’acteur James Norton, est à la fois un reporter plein d’audace et le conseiller du Premier ministre britannique David Lloyd George. Après avoir réalisé la performance d’interviewer Adolf Hitler au moment de son accession du pouvoir, il se lance la même année dans un voyage en URSS afin de s’entretenir avec Staline sur le prétendu miracle soviétique.

Lire aussi : Comment Mickey a niqué le cinéma

Comment Mickey a niqué le cinéma

Ce mois-ci pas de film pour Monsieur Cinéma. Non parce que les sorties des films annoncés se révèlent chaque jour plus incertaines, et ce malgré les supplications des exploitants, des producteurs, des critiques, des attachés de presse (certains d’ailleurs tout heureux d’enfin tenir avec la Covid-19 une excuse pour ne pas nous montrer leurs films) et de tout ce beau petit monde, en somme, qui vit des salles obscures mais parce que l’annonce d’un des gros mastodontes de l’industrie du cinoche a fait l’effet d’un coup de tonnerre, une révolution XXL à reléguer les scandales de Cannes du côté de l’anecdote.

Un quart du marché pour l’empire

« Compte tenu de l’incroyable succès de Disney + et de nos plans pour accélérer notre activité directe aux consommateurs, nous positionnons notre société pour soutenir plus efficacement notre stratégie de croissance et augmenter la valeur pour les actionnaires », a déclaré Bob Chapek, PDG de Walt Disney Company. Une réponse à la Covid ? « Je ne le qualifierais pas de réponse à la Covid », affirme l’intéressé, « je dirais que la Covid a accéléré la vitesse à laquelle nous avons effectué cette transition, mais cette transition allait se produire de toute façon ».

L’Incorrect

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