
Culture



FABRIQUE D’UN ASSASSIN
LA LOI DU MOINS FORT, David Ducreux Sincey, Gallimard, 256 p., 20,50 €
Premier roman et coup de maître pour David Ducreux Sincey, qui nous offre, avec La Loi du moins fort, un vrai roman sur un vrai thème, ce qui est devenu assez rare de nos jours, et le fait même, ce qui est encore plus rare, avec un art déjà confirmé. Le narrateur raconte son enfance et sa rencontre décisive, durant ses vacances d’été, avec Romain Poisson, un gosse de son âge aux ambitions féroces et au tempérament de psychopathe. Décidé, dès le primaire, à faire de la politique pour dominer les hommes, il élit le narrateur comme son homme-lige, et tous deux s’entraînent à séduire la population locale entre deux séances de torture d’animaux. Si l’on sait que, trente ans plus tard, le projet sera triomphal et meurtrier, on suit essentiellement les années de formation du narrateur, lequel n’a que la fascination exercée par Romain pour échapper à la maltraitance toujours plus terrible que lui fait subir sa mère.…


Dans ce monde qui bouge trop vite, la « grande famille » du cinéma français résiste encore et toujours aux heures sombres. Depuis leur pupitre, ses membres ont dénoncé l’extrême droite, le fascisme, la pauvreté et les méchants milliardaires. On peut se moquer. Mais reconnaissons leur courage. Ils ont aussi récompensé un clandestin et un film sur un narcotrafiquant trans, fallait oser. Ce n’est pas facile d’assumer de telles positions anticonformistes dans un milieu aussi hostile.
Mais revenons au déroulé de la soirée. Pour une fois, nos starlettes se sont rappelé que même si c’était une célébration entre soi, il y avait quand même des gens derrière la télé, et que passée une certaine heure les revendications cégétistes en robe à 10 000 balles, ça passait mal. Du moins que « la raison d’ordinaire, n’habite pas longtemps chez les gens séquestrés » comme l’avait dit Lafontaine. Bref : les chouineries étaient limitées.…

Dans le lexique de la musique populaire, le « hit crossover » est un tube qui élargit son audience de départ à différents publics. Vieux routier du cinéma indépendant américain, Sean Baker a finalement trouvé son succès « crossover » avec Anora, Palme d’or surprise à Cannes cette année, tant la comédie de mœurs n’est pas le genre adéquat pour la récompense cinématographique suprême.
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On retrouve son petit monde marginal de travailleurs du sexe, cette fois-ci sur le versant de l’immigration russe à New-York, et on suit trajectoire d’une stripteaseuse occasionnellement prostituée qui ferre un gros poisson avec le fils d’un oligarque dépêché de Moscou pour ses soi-disant études. Un mariage impromptu suit, coup de poker qui entraîne la reprise en main familiale par l’intervention d’un trio d’hommes de main dépassé par la résistance d’Anora. L’héroïne – qui se fait appeler Ani – réagit à la contrainte comme la Mégère apprivoisée, en ne se laissant pas faire, ce qui donne une interminable scène de sujétion, au début du second acte qui enchaîne sur une dérive nocturne à Brighton Beach.…

Gene Hackman, c’est d’abord un visage qui au fond est presque un non-visage, un cercle à la Tintin, un « ovale de négation » et sur lequel on peut donc projeter à peu près tout. Dès ses premiers grands secondes rôles, il y a dans cette face rondouillette une sorte de stupeur ombrageuse, une densité minérale que les réalisateurs ne se lassent pas d’interroger. Bien sûr, c’est avec French Connection que l’acteur californien – venu tardivement au cinéma, à ses 30 ans, après avoir servi en Chine dans l’armée et accumulé pas mal de petits boulots – se met à imprimer durablement la rétine et intègre presque immédiatement le panthéon de ces « silhouettes » immédiatement reconnaissables, presque une marque à part entière : un chapeau court, un costume pas très bien ajusté, une démarche encombrée qui ménage quelques rares moments de souplesse féline… William Friedkin a d’emblée su capté toute la versatilité de ce corps et de ce visage empesé, presque monolithique, mais capable de venir à bout du mal par sa ténacité.…

L’Incorrect
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