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BD : Jacques Terpant, le gardien des ruines
Jacques Terpant, bientôt 70 ans, nous livre avec Ce qu’il reste de nous son testament de fils de paysan du Dauphiné, sa dernière bande dessinée, son grand œuvre. De l’an mil à nos jours, il raconte l’histoire d’un coin de terre, le sien, à Hostun, de la maison que sa famille avait abandonnée et qu’il a relevée, de ses prés, du petit bois, de ses sentiers et de son cimetière. Les chapitres racontent la conquête de cette terre sur la forêt, le passage de la royauté à la République, les moissons et les querelles, les animaux, lièvres ou sangliers, qui ne changent pas, eux. Un notaire dresse un inventaire à la fin du XVIIe et note que Claude Grégoire laisse en héritage un coffre en noyer fermant à clé, une crémaillère pesant dix livres, une gouillarde (une serpe) et un petit domaine où Jean Terpant, lointain aïeul, vint s’installer. [...]
Les critiques littéraires d’avril

IMPASSE DU PREMIER DEGRÉ

LA NUIT SUR COMMANDE, Christine Angot, Stock, 180 p., 19 €

C’est au tour de l’inénarrable Christine Angot de se prêter au jeu de la nuit au musée : enfermez un écrivain dans un musée, laissez reposer une nuit durant et vous obtiendrez un tract promo haut de gamme pour le musée en question et un inédit de l’auteur à forte valeur culturelle ajoutée. Voilà une recette efficace. Oui, sauf que Christine ne suit jamais les consignes et préfère parler d’elle ; ce en quoi elle est dramatiquement prévisible. Comme toujours, elle consigne dans son style plat des souvenirs enchaînés au hasard, de sa copine Sophie Calle, de Catherine Millet et Jacques Henric, au début, rapport au sujet. « Là, est-ce que j’écris vraiment ? » demande Angot avec sa brutalité candide et vaine avant de nous faire remarquer qu’elle compte utiliser son à-valoir pour acheter un appartement.…

« Le Mélange des genres » : navet de concours
Cette « comédie » sinistre convoque toutes les thématiques sociétales d’époque brossées dans le sens du poil avec une remarquable absence de talent. Le point de départ était pourtant presque excitant : une flic infiltre un groupe néo-fém, persuadée qu’elles ont poussé à l’assassinat d’un homme violent par son épouse. Sur le point d’être démasquée, elle redore son blason en se déclarant elle-même victime d’un violeur dans sa jeunesse. L’un des 152 quiproquos du film identifie le violeur en question comme un brave type, minable acteur de complément, compagnon parfait et homme d’intérieur qui s’occupe de ses enfants odieux, pendant que Madame, comédienne reconnue, brûle les planches. Accusé à tort, le malheureux voit son monde chanceler, pendant que l’inspectrice sous couverture développe un soupçon de culpabilité. Des débilos de notre connaissance ont émis le soupçon horrifié qu’un tel script remettrait en cause la Révolution #metoo. On les rassure : un réalisateur qui caste Judith Chemla en pasionaria féministe ne va pas cracher dans la soupe et au contraire veiller à ce que tous les condiments piquants soient tenus hors de portée. [...]
Jean Raspail, messager des confins : la réédition des Royaumes de Borée

Le 9 avril dernier, Albin Michel a réédité Les Royaumes de Borée de Jean Raspail. Ce roman, paru en 2003, s’impose aujourd’hui comme une prophétie sibylline, une méditation géopolitique et métaphysique sur le temps qui passe, les frontières qui s’effacent et les civilisations qui s’effondrent. Dans une époque liquéfiée où les géographies intérieures s’évanouissent avec les cartes, Raspail redonne consistance au mythe, au sacré, à l’héroïsme. Il fallait bien qu’un éditeur ose remettre en circulation ce texte inclassable, au moment même où l’Europe semble perdre son Nord – au sens propre comme au figuré. Les Royaumes de Borée, c’est d’abord un territoire : la Valduzia, duché imaginaire coincé entre la Carélie, les steppes russes et les fjords scandinaves. Sur cette frontière septentrionale, dans une Europe oubliée, Oktavius-Ulrich de Pikkendorff, officier d’honneur, est nommé commandant. À la fois avatar de Julien Sorel et chevalier de la Table ronde, il n’a pas d’ennemi, pas de guerre, mais une mission : garder le seuil du Grand Nord.…

« The Gazer » : image-temps
La dyschronométrie est une affection rare qui altère l’appréhension du temps. Ici, elle touche une jeune femme déclassée qui vit de petits boulots dans une ville de New York épuisée et jaunâtre. Elle sera témoin d’un meurtre, mais a-t-il vraiment eu lieu, puisque le temps pour elle n’est qu’une affaire de sensation ? Gazer rend hommage à tous ces films d’enquête métaphysique où l’abîme vous contemple à force que vous la sondiez. [...]
Pour une architecture durable : entretien avec Virgil Declercq
Vous évoquez le cas d’une église de Charleroi qui aurait été décisif dans votre prise de conscience d’une certaine déshérence collective vis-à-vis du patrimoine architectural. Est-ce selon vous une particularité belge ?

La déshérence du patrimoine ne s’arrête pas aux frontières nationales. Les démolitions se sont accélérées à travers l’Europe, et c’est notre héritage architectural qui en subit les conséquences. Charleroi en Belgique, tristement célèbre pour la brutalité et la laideur de son urbanisme, continue d’être le théâtre de destructions massives. Le constat est alarmant : nous avons démoli davantage d’édifices au cours des vingt dernières années que durant les deux guerres mondiales réunies. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que l’Union européenne finance elle-même certaines destructions patrimoniales sous prétexte d’initiatives écologiques, via le fonds PRR par exemple. Dans mon livre, je cite le cas d’une ferme médiévale en Belgique rasée pour être remplacée par un bloc de béton isolé avec des matériaux issus du pétrole, le tout subventionné par l’Europe. C’est un non-sens total, un exemple criant de greenwashing, de la bêtise d’une bureaucratie. [...]
« Harvest » : beau mais soporifique
Une étrange communauté rurale, non située dans le temps et dans l’espace, semble obéir à des règles complexes et à une hiérarchie aveugle. Le temps passe. La photographie, sublime, s’attarde sur les détails et le lent déclin de l’été. On s’ennuie ferme, tant les personnages ont l’air d’être des fétus de paille – et pour cause. Pourtant, on demeure intrigué : dur de savoir où placer Harvest, film qui vaut surtout pour son dispositif et par le peu de moyens qu’il se donne pour l’épuiser. [...]

L’Incorrect

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