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© Émilie Bouchon - OnP
[Opéra] Don Quichotte : pâle chevalier

Qui est ce prof de lettres avachi dans le fauteuil d’un grand salon, que l’on voit feuilleter de vieux dossiers, écouter de la musique au casque ou se contorsionner, hanté par les démons d’un passé douloureux ? Mais Don Quichotte, bien sûr ! Tel est le « chevalier de la longue figure » dans la dernière mise en scène parisienne de Damiano Michieletto, malgré tout plus fidèle au roman de Cervantès qu’au livret d’Henri Cain (1910). De cette adaptation (directement tirée d’une pièce de Jacques Le Lorrain), Massenet appréciait surtout que la belle Dulcinée soit élevée du statut de créature rêvée à celui de personnage réel, dont il hésitait même à faire la véritable protagoniste de l’opéra. C’est à l’opposé que se dirige le metteur en scène italien : presque rien n’existe en dehors de l’imagination blessée d’un héros à bout de souffle – même sa bien-aimée.

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Quel que soit le bien-fondé du propos, et la qualité impeccable de sa réalisation – des jolis costumes années 1960 aux élégants décors modulables, aux lumières parfaitement en phase avec la musique – le spectacle suscite plus d’admiration que d’émotion.…

Jean Cau : à contre-courant
D’abord, comment avez-vous connu Jean Cau et qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cette biographie ? Les deux questions appellent sans doute une même réponse. Il y a un double mouvement dans notre découverte de Jean Cau. D’abord, il y a la rencontre avec un style, à travers Croquis de Mémoire, qui est certainement un chef-d’œuvre de ce point de vue. Ensuite, nous nous sommes demandé qui était cet homme (on est donc plutôt du côté de Sainte- Beuve que de Proust). Et nous nous sommes vite rendu compte qu’il n’y avait pas grand-chose à son sujet, hormis une page Wikipédia et des articles ici et là. Nous sentions bien, malgré ça, que l’homme avait l’air tout aussi intéressant que son œuvre. Et après six mois de lecture intensive de ses livres, nous nous sommes décidés, en octobre 2021, à se lancer dans cette biographie.
[Cinéma] Abigail : fossoyeurs du film d’horreur

Que faire du cinéma d’horreur ? C’est la question embarrassante que semblent se poser les moguls d’Hollywood depuis quelques années. Car si le cinéma d’horreur affiche toujours de très bons scores en salles, c’est d’abord parce qu’il est pensé, formaté pour des niches bien précises. Les ploucs de la Rust Belt (l’ancienne région industrielle) auront donc droit à leurs films d’exorcisme puritains, et les citadins auront droit à leurs films « méta » et décalés qui jouent sur les codes du genre.

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Abigail, avec son argument plutôt sympathique – une bande de malfrats kidnappe une gamine qui se révèle être une vampire plutôt hargneuse – s’inscrit évidemment dans la deuxième catégorie, d’autant qu’il a été mis en boîte par les deux fossoyeurs de la saga Scream. Au programme, donc, sans aucune surprise : effets de manche grossiers, mise en scène pachydermique et humour protozoaire.…

[Cinéma] Memory : Festen en bien mieux

L’auteurisme est d’abord une obsession. Dans son plus beau film, Sundown (2021), Michel Franco faisait entrer en collision un drame familial et une histoire d’amour sur fond de déclassement et de maladie. Memory reprend et redistribue tous ces éléments cette fois-ci à New York, notamment le retard dans la révélation de points-clés. La rencontre entre une aide-soignante victime d’abus et un homme riche atteint de démence précoce ne semble générer que des déplacements et des discussions plutôt neutres.

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Le squelette reste dans le placard jusqu’à une confrontation générale très marquante filmée en plan fixe où la position morale et physique de chacun évolue insensiblement ou violemment, telle la sœur de l’héroïne qui retombe presque en enfance (chez Franco, les rapports les plus forts se jouent toujours au sein de la fratrie). Si la passivité du personnage masculin en limite la force, l’absence bienvenue de sensationnalisme fait de Memory un contrepoison à l’horrible Festen de Tomas Vinterberg.…

Louis-Henri de la Rochefoucauld remporte le prix Roger Nimier, le jury se suicide

Après avoir récompensé Les Petits Farceurs de Louis-Henri de La Rochefoucauld, en effet l’un des meilleurs romans de la dernière rentrée littéraire qui méritait amplement pareille distinction, le jury du prix Roger Nimier, présidé par l’académicien Jean-Marie Rouart, a décidé de se suicider, du moins sur un plan symbolique, afin de passer le relais à une nouvelle génération. Ce qui est très hussard, à bien considérer les choses.

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Voilà comment le lauréat lui-même s’est retrouvé aussitôt intégré au nouveau jury, en compagnie d’Eugénie Bastié, de Charlie Roquin, d’Erwan Barillot, de Jessica Nelson et de Céline Laurens, qui prennent ainsi la succession de Bernard Chapuis, d’Éric Neuhoff, de Christophe Ono-dit-Biot, de Didier Van Cauwelaert, de Florian Zeller et de Jean-Marie Rouart. Une féminisation et un rajeunissement soudains et drastiques. Nous ne doutons pas de la faculté de cette nouvelle équipe à rendre hommage à l’insolence et au style, à l’heure où le style, en cette époque basse, idéologique et vulgaire, n’a jamais représenté une si terrible insolence.…

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Les critiques musicales de février

Viral

Qu’est-ce qui fait que l’on passe du statut de bon ou très bon groupe à celui de groupe incontournable ? Difficile à dire. On ne le dira jamais assez : le rock’n’roll, c’est pas que de la musique. The Vaccines le savent sans doute aussi. Ces Anglais sont chics, leurs chansons sont bonnes, leur premier album est désormais culte. Mais pour autant, on a comme l’impression qu’il leur manque quelque chose pour faire la différence. Sont-ils trop gentils, trop propres sur eux ? Est-ce que leurs disques sont trop prévisibles? Est-ce qu’il aurait fallu un scandale médiatique ? En attendant quelque chose qui n’arrivera probablement pas, on peut malgré tout se délecter avec joie de très bonnes chansons qui seront parfaites cet été accompagnées d’apéritifs dans lesquels, sur un lit de glace, nous verserons la double dose d’une vodka triplement distillée avec un Martini rosato et une tranche de pamplemousse, en montant un peu plus le volume.…

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[BD] Le combat d’Henry Fleming : la guerre à hauteur de soldat

Henry Fleming est un cul-terreux qui pense que la Guerre de Sécession lui permettra de vivre des aventures exaltantes. Il se trompe. La guerre est faite d’attente, de poussière, de corvées de patates et de peur, avec quelques morts en prime, comme ce type qui parlait de tactique, tout à l’heure, avec l’air de s’y connaître, ou celui-ci, avec qui on était en train de blaguer. Henry regarde les combats, tire comme il peut, se dit que le champ de bataille est dangereux, ne comprend rien aux ordres donnés, se réfugie dans la forêt, retourne au combat. Les soldats désertent, les gradés beuglent, les blessés sont hagards. Cuzor, qui avait dessiné l’excellent Cinq branches de coton noir sur un scénario d’Yves Sente, délaisse la Deuxième Guerre mondiale pour remonter à la grande guerre civile américaine.

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En adaptant Stephen Crane, il adopte les mêmes partis pris radicaux que le jeune auteur en 1894 : pas de vrai héros, pas de réflexion métaphysique ou morale, pas de ressorts narratifs au suspense calculé.…

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[Opéra] « I canti » : l’arrière-boutique de Puccini

Pur génie du théâtre, Puccini avait toujours besoin d’un sujet dramatique pour pouvoir composer. Les Bohème, Tosca et autres opéras ayant fait sa célébrité (douze au total) constituent l’essentiel de son catalogue. Le reste, à part quelques œuvres instrumentales, se résume aux seize mélodies pour voix et piano – tout sauf un corpus cohérent, avec quelques grands airs de salon (« Mentìa l’avviso », « Storiella d’amore ») à côté de morceaux de circonstance (« Inno a Roma ») ou de feuilles d’album nonchalantes (« E l’uccellino », « Casa mia »). De quoi tenir aisément sur un CD. Placido Domingo en avait fait un album magistral en 1989. Plus récemment, le soprano de Krassimira Stoyanova leur conférait une grâce toute chambriste (2017). C’est à l’extrême opposé que se situe la nouvelle version produite par BR Klassik : exit le piano, voici le grand orchestre.

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L’intimité du salon remplacée par l’éloquence de la scène.…

L’Incorrect

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