Skip to content
[Cinéma] Club zéro : daube formatée

La mode des parodies de Wes Anderson obtenues par intelligence artificielle a visiblement conquis Jessica Hausner. Disposant peut-être d’un prototype secret, la réalisatrice a saisi les paramètres suivants : « Joueur de flûte de Hamelin » dans INTRIGUE, « étudiants géniaux » (à la Anderson, justement), « familles » et « professeur non-binaire » dans PERSONNAGES. Puis elle a activé le filtre Kubrick à ESTHÉTIQUE et « travellings avant-arrière » à MISE-EN-SCÈNE. Le résultat : Club Zero, a été toiletté numériquement pour rendre les effets d’amaigrissement des acteurs qui, du coup, ont pu reprendre de la choucroute à la cantine. On espère que leur asthénie générale a été pareillement obtenue.

Lire aussi : [Cinéma] Rotting in the sun : chef-d’oeuvre

Le dernier plan montre une Cène immobile où la distribution reste au garde-à-vous cinq bonnes minutes, le temps que défilent les crédits avec de nombreuses et invraisemblables participations (le Qatar, le Danemark, le CNC…) Ne manque que la Boucherie Sanzot, on se demande bien pourquoi.…

[BD] Webster & Jones : intense et rythmé

Bases secrètes, Amazonie, soucoupes volantes nazies, spationautes musclés, guerre froide, extraterrestres, menue scientifique intelligente: Webster & Jones nous plonge avec délice dans un passé nostalgique qui emprunte autant aux comics, à Star Wars et Iron Sky qu’à Franquin ou Jacobs. Wallace Webster est athlétique et a la tête d’un acteur des années 40 (voire celle de Roco Vargas, autre bel exercice référentiel), Betty Jones est rousse comme Kim Possible, l’une pense, l’autre agit. On est constamment au bord de la caricature mais avec un ton joyeux, un plaisir évident à aligner les stéréotypes, à les illustrer avec ferveur, à enchaîner les péripéties sans temps morts, à ne surtout pas exposer la psychologie des personnages.

Lire aussi : [BD] Supermatou : joyau retrouvé

C’est une parodie et un hommage, ça a la saveur des vieux Bob Morane sans rien de grinçant, c’est gentiment moqueur sans jamais sortir du cadre d’une histoire qui peut se lire au premier degré et dont les pages s’admirent facilement : Zimny réussit à être à la fois minimaliste et détaillé (tout est vectoriel même si ça n’est pas évident) avec des cadrages dynamiques, une composition intelligente, des couleurs sobres et des aplats profonds, un humour visuel, des décors convaincants et un goût très maîtrisé pour les machines improbables mais crédibles.…

Nicolas Chemla : « Il n’est de vraie littérature que spirite »

D’où part un roman comme L’Abîme ?

D’abord, de mon chat. À une époque, je passais des heures à le regarder. J’ai pensé que ce serait un défi amusant : écrire un roman sur un type qui devient fou, ensorcelé par son chat. Ensuite, mon appart’, sa vibration étrange que je ressens depuis vingt-cinq ans, cet immeuble où il s’est passé tant de choses, et la découverte de l’histoire occulte du quartier, la Librairie du Merveilleux qui se tenait là même où j’habite, les séances de spiritisme auxquelles Huysmans est venu assister…

Justement, quel est votre rapport à Huysmans, figure centrale dans le récit ?

Au lycée, En rade, À rebours, c’étaient des lectures « hors programme », subversives, qu’on se refilait presque sous le manteau… Il faut croire que je ne me suis jamais vraiment remis de Là-Bas, dont L’Abîme est directement inspiré. Mais c’est surtout comme magicien des mots que je l’ai redécouvert à l’âge adulte.…

Qui mais qui ? Chilly Gonzales

Jason Charles Beck est né en 1972 à Montréal, lieu d’exil pour sa famille juive ashkénaze d’origine hongroise. Et c’est en s’exilant à son tour qu’il va prendre son envol. D’abord Berlin, où tout commence pour lui en 98 dans la scène underground hip-hop. Puis Paris qui stimulera son amour pour tout ce qui fait la France. Chilly Gonzales aime tout de notre pays, sans faire de tri : ses génies, ses fromages, ses villes, sa variétoche. À partir de 1999, le musicien enchaîne les albums et assume son côté touche à tout : groove, hip-hop, classique, variété, pop, jazz, électro. C’est ainsi qu’il surprend tout le monde avec son album Solo Piano en 2004 : on y trouve des pièces courtes et minimalistes qui évoquent bien sûr Erik Satie, ou ces morceaux qui accompagnaient les films muets au XXe siècle. Deux autres opus suivront. Cet hommage à la musique classique se fait dans une alternance de mélancolie et d’ironie joyeuse.…

Les critiques littéraires de septembre

Balzac 2020

Les petits farceurs, Louis-Henri de la Rochefoucauld, Robert Laffont, 256 p., 20 €

Paul Beuvron vient de mourir et Henri d’Estissac, qui fut son meilleur ami de jeunesse, héritant de ses papiers, s’attèle à recomposer sa trajectoire idéaliste, mondaine et tragique, tout en rapportant la sienne en parallèle. Au tournant des années 2000, les deux garçons férus de littérature se lient en hypokhâgne. Le premier, Beuvron, Grenoblois ambitieux, se voit en génie des lettres avant de déchanter et de se compromettre dans l’écriture-fantôme de best-sellers commerciaux ou de confessions de vedettes. Le second, de grande lignée piétinée par l’Histoire, est d’avance dégrisé du pouvoir et va davantage s’intéresser aux coulisses qu’au Goncourt. Si la très belle adaptation des Illusions perdues par Giannoli, il y a deux ans, vous a fait replonger dans le chef- d’œuvre de Balzac, l’actualisation brillantissime qu’en a réussi la Rochefoucauld vous ravira. C’est que l’auteur, également critique musical et littéraire depuis une quinzaine d’années, profite de l’ombre de Balzac pour livrer en pleine lumière l’expérience d’un observateur de première ligne du milieu culturel parisien : la satire est aussi renseignée que féroce.…

Pham Thien An : « La foi transporte l’homme dans un monde parallèle »

Comment êtes-vous venus au cinéma ?

Je suis né et j’ai grandi sur les hauts plateaux du Sud-Vietnam avant de déménager à Saïgon pour étudier. Après quatre ans d’études en informatique, j’ai compris que je voulais faire quelque chose en rapport avec l’art. C’est ainsi que j’ai trouvé un emploi de monteur de films, un travail qui allie la technique et l’émotion. Je me suis formé en analysant de près le montage des films que j’appréciais le plus : ceux de Béla Tarr, Theo Angelopoulos, Kenji Mizoguchi, Tsai Ming-liang, Carl Theodor Dreyer, Ingmar Bergman… Pour mettre cela en pratique, j’ai postulé dans une entreprise spécialisée dans les films de mariage et d’événementiel. Ce travail m’a donné l’occasion d’interagir avec la réalité : utilisation d’optiques différentes, composition des images, déplacement dans le cadre, mise en scène… Jusqu’à ce que je prenne conscience peu à peu de mes limites. J’ai eu besoin de la fiction pour me dépasser, et le cinéma est en cela l’art le plus universel pour raconter une histoire.…

[Cinéma] Rotting in the sun : chef-d’oeuvre

Échoué à Mexico, un réalisateur chilien en pleine dépression rencontre un instagrameur américain célèbre qui veut l’associer à un projet d’émission: rebond ou début de la fin ? Métafiction très sexuée avec Sebastián Silva et Jordan Firstman dans leurs propres rôles, Rotting in the sun laisse littéralement pantois tant le film joue du mélange des genres en retombant chaque fois sur ses pattes. Au-delà d’une critique parfois osée des réseaux sociaux et du consumérisme gay, Silva traite d’un sentiment difficile à exprimer au cinéma, la honte, que matérialise notamment une créature pathétique, son propre chien Chima.

Lire aussi : [Cinéma] Le grand chariot : consanguin

La seconde partie, fabuleusement hitchcockienne, met en valeur une actrice de premier plan, Catalina Saavedra, jouant sa survie sociale dans un univers mouvant plein de chausse-trappes. Constamment surprenant, empruntant aussi bien à L’Avventura d’Antonioni qu’au Rosetta des Dardenne – en autrement plus hilarant et terrible – Rotting in the sun est tout simplement un chef-d’œuvre.…

Romaric Sangars : « L’art doit être total »

Votre livre renoue avec la tradition de l’essai littéraire, et ne se laisse enfermer dans aucune discipline : histoire de l’art, philosophie, histoire des mentalités, théologie…. Pourquoi ce choix ?

C’est une tradition de l’essai très française qu’on retrouve chez Montherlant ou Artaud : la réflexion mise en scène. Ils livraient non pas une œuvre de spécialiste mais une œuvre d’art. Et c’est aussi cette approche de philosophie unitive qu’on retrouve chez les cisterciens. Ils ont toujours une approche globale et panoramique du monde. Ils ne prennent pas un élément pour le disséquer. Lorsqu’ils pensent le monde, c’est une pensée totale. J’ai essayé de revenir à l’amorce même de l’art occidental, ce qui implique de revenir à une justification théologique et existentielle.

De l’élan prophétique, nous sommes passés à la haine de l’apocalypse dites-vous. Quels sont les signes de ce changement d’époque ?

Nous sommes passés d’une espérance moderne qui était celle des utopies, de l’élaboration d’un monde totalement neuf et parfait, à l’idée que ce monde va péricliter.…

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest