





Constater le décalage entre les institutions et les aspirations des citoyens est une chose. Imputer ce décalage à la Modernité en tant que constitution de la société est un défi intéressant à relever. Professeur de sciences politiques à Athènes, Georges Contogeorgis a étudié dans notre beau pays. C’est peut-être cette double vie intellectuelle qui lui inspire cette réflexion sur une dissonance entre République et Peuple qui travaille nos penseurs, de Proudhon à Maurras jusqu’à la « Démocratie sans le Peuple » de Maurice Duverger.
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L’auteur, plutôt que de critiquer simplement la pensée moderne occidentale dans son contenu, en formule le paradoxe intrinsèque : le corps social, censé être le moteur et la source du pouvoir politique, en demeure le sujet, « enfermé dans la sphère privée ». Il assiste, impuissant, à une vie institutionnelle où « l’aspect invisible, c’est-à-dire les coulisses, de la politique prend des dimensions gigantesques ».…

Avec Le Penseur des prochains jours : Raymond Aron, ce que nous lui devons, le journaliste et historien des idées Alexis Lacroix, directeur de l’hebdomadaire Actualité juive et de la rédaction de Radio J, signe sa première biographie intellectuelle, et tente une approche novatrice en ce qui concerne Aron : révéler, au-delà de sa pensée politique, l’actualité toujours brûlante de son héritage intellectuel. Une tentative partiellement réussie. En effet, la force première du livre est de démontrer au lecteur l’influence déterminante de l’époque dans laquelle a vécu l’intellectuel sur sa pensée politique, géopolitique et philosophique.
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Sont entre autres passés en revue ses conflits avec la gauche (dont il vient), sa critique précoce du nazisme, mais également sa vision si singulière des relations internationales: une sorte de réalisme nuancé. Cette approche interdisciplinaire donne au lecteur une honnête vue d’ensemble du monument intellectuel qu’est Raymond Aron – quoique le texte verse un poil dans l’hagiographie.…

Si le carnivorisme a toujours suscité les passions, aucun penseur n’était jusqu’à présent monté au créneau pour défendre les amoureux de la bonne viande face au nouveau puritanisme qui entend régir le contenu de nos assiettes. C’est chose faite avec cet essai sérieux et documenté dont le titre fait écho à celui du manifeste d’Aymeric Caron (No steak). Dressant un parallèle entre l’idéologie végétaro- animaliste et le communisme, l’auteur rappelle que cette dernière s’est construite en réaction à la philosophie humaniste des Lumières, laquelle établissait une frontière nette entre l’humain et l’animal.
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D’après Jean- Claude Poizat, les tenants de la cause animale poursuivraient sous couvert d’éthique un objectif utopique et quasi-messianique : mettre fin à toute souffrance dans le monde. Par ailleurs, l’auteur s’emploie à déconstruire les mythes fondateurs du végétaro-animalisme, comme celui qui voudrait que Pythagore ait été le premier végétarien de l’histoire, et conteste l’idée selon laquelle la consommation de viande serait moins naturelle que celle de produits issus de la terre.…

Quel singulier ouvrage que cet Humain au centre du monde, dirigé et introduit avec érudition par le philosophe Daniel Salvatore Schiffer (DSS), et regroupant trente-trois contributions fort diverses et inégales, mais c’est le jeu des ouvrages collectifs d’intellectuels tout aussi variés (Taguieff, Sansal, Rozès, Ferry, Redeker) réunis par notre misère contemporaine autour d’une question de première importance : quel avenir pour l’humanité face à la tonne de menaces qui s’amoncèlent, comme jamais peut-être dans l’histoire, qu’elles se nomment transhumanisme, wokisme, virtualisation, complotisme, islamisme ou dérèglement climatique ? Allons-nous périr par où nous avons cru vivre (Baudelaire) ?
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Noble, vaste et grave interrogation, à laquelle la réponse commune ambitionne de tracer la voie d’un « nouvel humanisme » dont DSS propose un manifeste d’esprit Renaissance, avec ses mérites (l’honnête homme) et ses limites (l’absence de Dieu). Justement, au fur et à mesure de son butinage, entre certains textes qui fleurent trop les Lumières, le lecteur méditera cette réflexion bienvenue de Romaric Sangars : ce n’est pas le « grotesque culte de l’humanité » qu’il faut ressusciter, mais ce « christocentrisme » qui envisage l’homme dans tout son mystère.…
L’Incorrect
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