Skip to content
Éditorial essais de juin : Deux critiques

Deux critiques : celle du psychologue et celle du phénoménologue. Le premier croit profondément que le monde tel qu’il évolue, l’appareillement technique, la virtualisation de tout ou presque qui en découle irrémédiablement, ne font que révéler en nous des dispositions déjà présentes que le progrès exacerbe.

Autrement dit, alors que chacun se précipite vers l’irréalité organisée par internet ou les espérances transhumanistes, il ne s’effraie pas d’une transformation de l’homme, mais d’une réalisation de celui-ci, d’une réalisation totale parce que c’est là le vœu profond et démoniaque de l’humanité lorsqu’elle se renie pour se croire solitaire : se définir en elle-même, telle qu’en elle-même, pour elle-même et sans rien d’autre pour la gouverner que ses propres forces. Aussi, le psychologue ne s’étonne pas du flicage, ni de l’emprise des réseaux sociaux, puisqu’il les considère simplement comme les outils permettant ce projet d’une réalisation humaine et seulement humaine qu’il déplore comme on déplore une maladie, tandis que le phénoménologue, s’intéressant uniquement aux phénomènes ne verra jamais l’origine de ce qu’il condamne, la confondant avec ses manifestations.…

Zygmunt Bauman : par-delà la liquidité

Au cours de la dernière décennie, le concept de « liquidité »  forgé par Zygmunt Bauman a progressivement conquis l’espace médiatique, au point de devenir un élément de langage usuel. Ainsi n’est-il pas rare d’entendre un éditorialiste télévisuel évoquer le caractère liquide de la société, d’internet ou encore des institutions – sans toutefois jamais définir précisément ladite liquidité. Or si le nom de Bauman se répand désormais aux oreilles du grand public, sa vie et ses idées restent quant à elles largement ignorées.

Né à Pozna? en 1925, Bauman fuit la Pologne avec sa famille en 1939. En 1943, il s’engage dans l’armée polonaise exilée et se bat jusqu’à Berlin. Au terme de ses études, il entame une carrière universitaire en 1954 à l’université de Varsovie, dont il est évincé en 1968 une purge antisémite. Après un bref exode en Israël, il obtient un poste à la faculté de Leeds où il enseigne jusqu’à sa retraite [...] 

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Le Puy du faux : quatre faux cavaliers de l’Apocalypse

Encore des censeurs ! Après Zemmour contre l’histoire – critiqué précédemment dans ces colonnes – voici, de nouveau, un collectif d’historiens redresseurs de torts. Que l’on se rassure toutefois, l’espèce n’est pas encore en train de pulluler : trois des quatre auteurs étaient déjà signataires du brûlot contre le candidat déçu à la présidentielle. Nous avons donc affaire aux étoiles montantes de la recherche militante !

Ces gens-là, qui sont censés montrer l’exemple à leurs élèves et étudiants, c’est-à-dire leur donner à voir et à aimer les disciplines qu’ils leur enseignent – car il n’est pas d’autre enseignement qui vaille – leur apprennent, au contraire, à revoir et à haïr. Pourtant la profession d’historien n’a pas à être dévoyée comme ils le font, pour être mise au service d’une vision partiale – car politique – de l’histoire.

Les historiens et les sociologues devraient avoir en partage le souci des faits et de l’objectivité. Or, aujourd’hui, bon nombre des seconds a glissé sur la pente du militantisme et d’une distorsion du réel au service d’une visée politique. Des livres comme celui-ci consacrent le même forlignage de la part de certains des premiers. La philosophie des auteurs tient en une phrase explicite et aberrante de la conclusion : « Il n’y a pas de bonne ni de mauvaise histoire militante en soi. Toutes les recherches historiques sont engagées, et l’idée selon laquelle les historiennes et historiens devraient être "objectifs" est un non-sens » (p.155). Ce sont les mêmes qui voulaient asséner à M. Zemmour des faits historiques scientifiquement et irréfutablement établis... Le biais idéologique est assumé et revendiqué, l’interférence est évidente à tenter de faire passer pour œuvre d’historiens un pamphlet rédigé par des militants, ès qualité. Les titres dont ils se parent ne sont pas un argument mais un paravent. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Colonisation française : Sous le casque blanc
Camelot du roi, résistant puis intellectuel de l’Algérie française, Raoul Girardet (1917-2013) nous fascinait dans nos jeunes années lorsque nous le croisions aux obsèques de ses camarades d’avant-guerre qui se nommaient Pierre Boutang ou Jacques Laurent. Nous dévorions La Société militaire de 1815 à nos jours qui venait d’être réédité mais il était beaucoup plus difficile de dénicher L’Idée coloniale en France qui reparaît enfin chez Bartillat à l’occasion du 60e anniversaire des Accords d’Évian avec une préface inédite de Jean-Pierre Chevènement. L’ancien ministre fut élève de Girardet à Sciences Po en 1960. Il rédigea sous sa direction un mémoire portant sur La droite nationaliste devant l’Allemagne 1870-1960. [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Reductio ad politicum
an-Noël Dumont a le grand mérite, dans cet essai parfaitement exécuté, de réembrasser le phénomène politique en sa pleine signification, en commençant par redonner aux mots leur sens et leur profondeur.
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Julien Rochedy : « Il nous faut garder contact avec la religion de nos pères »

Quelle est la différence fondamentale entre la droite et la gauche ? Avez-vous une définition claire de la droite ?

Du point de vue du sentiment, ce qui prédomine à droite est l’inquiétude, alors que ce qui prédomine à gauche est l’espoir. L’homme de droite craint que ce qui est beau soit fragile. Il faut donc en prendre soin. L’homme de gauche a l’espoir d’un monde meilleur, d’améliorer ce qui est. C’est une négation du réel et du présent. Il y a le désir de transformer les choses belles et fragiles. Beaucoup d’autres choses les séparent, c’est d’ailleurs pour cela que le clivage se maintient malgré les tentatives de le dépasser ces dernières décennies.

Ne peut-on pas dire de la droite qu’elle a besoin de cet espoir, qu’elle s’enferme dans la conservation ?

Dans la droite politique française actuelle, je le pense. Si l’on prend le parti Reconquête qui fonde tout sur la question identitaire, question cruciale et essentielle, il propose le même monde qu’aujourd’hui sans les racailles et l’immigration. Or, ça ne peut pas séduire les élites qui peuvent vivre en sécurité. Et la droite a besoin des élites qui sont des agents de civilisation. Il manque d’abord une projection de puissance qui, pour moi, ne peut se situer qu’au niveau européen. C’est pour cela que j’espère une droite souverainiste et européenne qui s’oppose à l’Union européenne. Il manque également une proposition de transformation du monde, qui ne peut passer que par l’écologie qui, par essence, est de droite. Si la droite pouvait à la fois être identitaire – ce qui est la condition sine qua non de la survie de la cité – et proposer un projet de puissance dans le monde de demain contre les grands espaces civilisationnels, la droite aurait ce qui lui manque.

Lire aussi : Philosophie de droite : Repartir sur de bonnes bases

Qu’en est-il du piège populiste qui semble avoir oublié la hiérarchie et les élites ?

Il y a d’abord un effet de réaction à ce que Christopher Lasch appelait « la révolte des élites ». Nous avons subi depuis plusieurs dizaines d’années des élites progressistes qui ont été les vecteurs de la modernité et de la post-modernité. Par effet réactif, il y a eu un rejet des élites, et un élan démagogique par le peuple, pour le peuple…

Les gens qui se disent de droite en Occident le sont-ils réellement en ayant basculé dans le populisme ? Sur la question de la crise sanitaire et de la Russie, on a l’impression que la droite réagit systématiquement en s’opposant à l’élite.

Pour moi, c’est un symptôme de plus de la répulsion envers les élites depuis trente ans. C’est à cause de cette connivence entre les élites et la modernité qu’il y a un rejet de tout, même de façon irrationnelle. Le complot est souvent une paresse de l’esprit. À l’heure de la mort de Dieu, les gens ont besoin de se raccrocher à des schémas et le conspirationnisme en propose un. Pour comprendre la société, il faut en fait comprendre l’histoire, et surtout l’esprit du temps. Cette question dépasse de loin l’esprit de quelques milliardaires qui, eux-mêmes, sont souvent surpris par les événements. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
L’art français de la guerre
De la bataille de Fornoue durant les guerres d’Italie où l’expression surgit de l’effarement des Italiens devant l’acharnement des Français, jusqu’à la charge à la baïonnette du 27 mai 1995 à Sarajevo, la « fureur française » caractérise un certain tour national dans la manière de se comporter à la guerre. Quand ce peuple débonnaire, […]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Guerre civile à gauche

Voici une pièce à verser au dossier de la division à gauche entre anciens et modernes, marxistes d’un côté et foucaldo-derrido-butlériens de l’autre. Le journaliste espagnol Daniel Bernabé, qui fait partie des premiers, se désole de voir disparaître l’ancien logiciel issu du marxisme, qui parlait de travail et de lutte des classes, remplacé par un nouveau qui ne parle qu’identités et minorités.

Le problème, dit-il, c’est que défendre en bloc « les droits des femmes », par exemple, revient à mettre Angela Merkel et les ouvrières allemandes souspayées dans le même sac, ce qui, d’un point de vue marxiste, est tout de même aberrant. Obnubilée par les identités – sexuelles, raciales, etc. – la gauche a laissé tomber la question matérielle.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest