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Alexandre Douguine : grandeurs et misères de l’eurasisme

Adulé par la nouvelle droite française, l’idéologue russe Alexandre Douguine – connu comme le théoricien de l’eurasisme – était selon toute vraisemblance la cible de l’attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie à sa fille Darya le 20 août dernier. Aussi tragique et choquante soit la mort d’une jeune femme de 29 ans, gardons-nous de toute conclusion hâtive qui consisterait – par exemple – à accuser les services secrets ukrainiens sans preuve comme le fait aujourd’hui la Russie. Quelque puissent être les motivations des commanditaires de cet attentat (lesquels peuvent tout autant être russes, ukrainiens ou occidentaux), ce dernier aura au moins eu le mérite de jeter un coup de projecteur sur l’eurasisme – ou plus exactement le néo-eurasisme. Même si elle peut paraître séduisante par certains aspects, cette idéologie impérialiste née à l’orée des années 20 au sein de la communauté des « russes blancs » avant d’être remise au goût du jour dans les années 90, a tout d’une vaste fumisterie.

Lire aussi : Qui veut la peau d’Alexandre Douguine ?

Commençons tout d’abord par une nécessaire mise au point : en dépit du fait que sa pensée ait pu rayonner bien au-delà des frontières de la Russie, Douguine n’est pas (et n’a jamais été) l’éminence grise du Kremlin que se plaisent à dépeindre certains « journalistes » des médias de grand chemin.S’il a été qualifié à tort par la presse aux ordres de « Raspoutine de Poutine », c’est surtout parce que ce dernier a toujours soigneusement entretenu le mythe autour de son influence (surtout fantasmée) sur le maître du Kremlin.

Quand Douguine ne rime pas avec Poutine

En réalité, l’idéologue – qui n’a de commun avec Raspoutine que son gout pour l’occultisme et sa barbe bien fournie de « vieux croyant » – n’a jamais occupé de poste officiel au Kremlin et fait plutôt figure d’outsider au sein de l’intelligentsia russe. Pour preuve : en mai 2014, il lance un appel à « tuer » des Ukrainiens, ce qui lui vaudra de perdre, à la suite d’une pétition, sa chaire de sociologie des relations internationales à l’université de Lomonossov à Moscou. Loin de faire partie de l’entourage proche du président russe, le fondateur du partie Eurasie n’a d’ailleurs jamais rencontré Vladimir Poutine hors contexte officiel et ne s’est par conséquent jamais entretenu avec lui en tête à tête. [...]

Xavier Driencourt : « L’influence de la France en Algérie diminue régulièrement »

Comment définiriez-vous en quelques mots les liens historiques qui unissent la France à l’Algérie ?

Les liens entre la France et l’Algérie sont multiformes : l’histoire (132 années de colonisation), la proximité géographique (Marseille n’est qu’à 800 km d’Alger) et aujourd’hui, l’immigration, (avec sans doute 5 à 6 M d’Algériens ou Franco-algériens en France) font de cette relation, une relation très particulière que la France n’a, en fait, avec aucun pays au monde. En ce sens, cette relation est unique en son genre.

L’intimité presque affective qui lie la France à l’Algérie semble de plus en plus à sens unique, à l’image des passions malheureuses. La France doit-elle envisager que la « relation particulière » n’est plus et traiter l’Algérie comme elle le fait avec les autres nations du monde ?

On peut en effet imaginer une relation normalisée. Mais il ne faut pas non plus « banaliser » cette relation, car on ne peut effacer un passé, une histoire, fût-elle tragique, et surtout la somme de mémoires individuelles, celles des pieds-noirs, des harkis, de tous ceux qui ont fait l’Algérie.…

Éditorial idées de septembre : Connais-toi toi-même

Nous ne sommes très certainement pas à la hauteur de ce que nous imaginons être, ni forcément beaucoup plus bas d’ailleurs. Nous vivons dans l’illusion de notre cohérence et nous nous persuadons sans cesse de notre bon droit ; ainsi, nous justifions toujours nos actes en fonction de notre intérêt psychologique et, le savoir, ne change probablement pas grand-chose à l’affaire, car on ne peut pas dire non plus qu’on sente en nous la nécessité impérative de nous corriger. Il ne suffit pas de s’affliger pour valoir mieux que ceux qui se satisfont de ce qu’ils sont – en toute bonne conscience. Se connaître peccamineux équivaut trop souvent, pour ceux-là qui parviennent à se l’avouer, à s’en contenter, manière de se justifier encore et de s’autoriser, selon un cercle vicieux et absurde, à pécher parce que l’on est pécheur, à faire le mal parce que l’on est mauvais : « Eh oui, mais c’est dans ma nature » explique le scorpion de la fable à la grenouille – ça n’est pas une excuse !…

[Idées] Femmes, amour et luxe : aux origines du capitalisme
Née d’une documentation foisonnante et érudite, à la limite parfois du fouillis, cette étude de Werner Sombart parue en 1913 est une focale thématique sur les liens entre amour, luxe et essor du capitalisme, et qu’il faut rattacher telle une annexe au maître-ouvrage du sociologue allemand, Le Capitalisme moderne (1902). Sa thèse est la suivante : au sortir du Moyen Âge, les phénomènes de cour et l’essor de la bourgeoisie conduisent à la formation de grandes villes concentrant les richesses. Au même moment, le rapport entre les sexes s’émancipe du christianisme, et l’amour hors mariage, fondé sur le plaisir des sens, triomphe – charriant avec lui courtisanes et prostitués, galanterie et ostentation. [...]
[Idées] Les machines nous veulent-elles du bien ?
Dans un essai érudit et souvent drôle – quoique parfois verbeux – Pierre Cassou-Noguès parvient à élaborer des thèses originales sur un thème pourtant mille fois rebattu : l’interaction entre l’homme et la machine à l’ère du numérique. Sans jamais verser dans les caricatures apocalyptiques ou complotistes issues de la science-fiction, l’auteur déploie un discours critique et subtil sur l’arraisonnement de l’homme par la technique. Pour ce faire, il développe un argumentaire éclectique mêlant démonstrations philosophiques et expériences de pensée, tout en consacrant une large part de l’ouvrage aux exemples et applications empiriques. [...]
[Idées] Les enjeux éthiques de la génétique

Outre les flux migratoires et le réchauffement climatique, outre donc notre rapport politique à l’autre et écologique à l’environnement, il est un nouveau vertige qui pointe, quoiqu’il ne soit politiquement pris en charge par personne, une sorte de troisième dimension qui vient elle aussi remettre radicalement en cause notre être ici-bas en interrogeant la conception que l’on se fait de nous-mêmes: les techniques d’amélioration génétique. Doit-il être possible de payer des dizaines de milliers d’euros pour choisir le sexe ou augmenter la taille de son enfant, pour se doter d’une mémoire prolifique ou accroître ses capacités athlétiques? Faut-il permettre au fond, comme c’est déjà le cas outre-Atlantique, l’emploi de moyens médicaux à des fins non-médicales pour nous améliorer au gré de nos envies ? Autant de questions qu’il nous est urgent de penser pour qu’une utilisation juste soit faite des techniques de demain – le risque étant d’autant plus grand que le phénomène, s’il advient, sera nécessairement contagieux: les réticents devront imiter les rares initiateurs pour ne pas devenir leurs singes.

Personne n’est la cause de son talent, qui lui vient ou de la nature, ou du hasard, ou de Dieu

Dans un essai aussi méthodique et lumineux qu’à l’accoutumée, le philosophe américain Michael Sandel, couramment présenté comme l’une des têtes d’affiche du mouvement communautarien, interroge l’éthique du génie génétique, et cherche à formuler en termes philosophiques et moraux le profond malaise suscité par ces techniques d’augmentation.

Son grand mérite est de démontrer l’impuissance de l’outillage libéral pour cerner le problème, car il n’est pas possible, du seul fait de la logique, d’écarter une innovation au nom de principes qui ne sont pas accomplis sans elle et que donc elle ne menace pas. Or, ni l’égalité, ni la justice, ni l’autonomie ne sont conformes aux « aléas de la loterie génétique » – ni ne sont d’ailleurs compatibles ensemble sur le plan génétique, quoique chacun puisse être individuellement réalisé par la technique. Pour situer le problème, il faut donc nous « confronter à des questions que nous avons largement perdues de vue dans le monde moderne, qui concernent le statut moral de la nature et la position que doivent adopter les humains face au monde donné ». [...]

[Idées] Hilaire Belloc contre le club des croyances bizarres
Géant des lettres anglaises, figure incontournable de la pensée catholique et ami intime de Chesterton, le truculent Hilaire Belloc (1870-1953) est à peu près inconnu en France – bien que français par son père. Et pour cause : son œuvre prodigieuse, composée de plus de 150 ouvrages de poésie et d’histoire, de politique et de théologie, n’a que très partiellement traversé la Manche. Dans cette traduction inédite, l’écrivain se penche sur les principales hérésies ayant menacé l’Église catholique depuis sa naissance, non par plaisir archéologique : une culture étant inséparable de sa source religieuse, une histoire des hérésies est fondamentale sur le plan civilisationnel pour comprendre ce qui aurait pu basculer et contre quoi l’on s’est construit. [...]
La jeune garde intellectuelle de la droite : Étienne-Alexandre Beauregard, l’érable du futur
Belle surprise de la belle province. Le très jeune Étienne-Alexandre Beau- regard, tout juste étudiant de 21 ans en licence de philosophie et sciences politiques à l’Université de Laval, et déjà briscard du débat public outre-Atlantique, a débarqué sur la scène hexagonale il y a quelques mois avec la publication du Schisme identitaire (Boréal), soutenu par le sociologue Mathieu Bock-Côté : si le sujet peut paraître d’emblée étroitement québécois, savoir le débat à front renversé entre « souverainistes » gagnés au multiculturalisme et nationalistes conservateurs, le penseur en herbe élargit bien rapidement sa focale et tente de rebâtir un conservatisme de bon aloi, évidemment enraciné et conscient de son histoire. [...]

L’Incorrect

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