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Sélectron : les meilleurs essais de 2021

5 - Les nietzschéens et leurs ennemis de Pierre-André Taguieff

En ces heures de grandes incertitudes qui sont les nôtres, ce qui nous manque, ce ne sont pas les certitudes, mais précisément l’incertitude qui elle seule peut combattre le feu par le feu. Pierre-Andrée Taguieff, dans cet essai précis et exhaustif nous conte la réception plus ou moins cohérente de Nietzsche parmi ceux qui s’en réclament, rappelant en fin de compte que le philosophe au marteau travaille surtout à nous inquiéter plutôt qu’à nous fournir une philosophie clé en main - en quoi il est peut-être le Socrate de notre temps.

Les nietzschéens et leurs ennemis de Pierre-André Taguieff
Éd. du Cerf, 492 p., 24€

4 - Lettres de la vallée, méditations philosophiques et politiques de Julien Freund

Philosophe mis de côté de l’université pour non conformité avec l’époque, c’est une noble tâche que se sont données les éditions de La Nouvelle Librairie en entreprenant de rééditer Julien Freund. Et si ce recueil épistolaire ne résume ni n’introduit véritablement la pensée de Freund, il offre à contempler  le mouvement d’une pensée qui se conduit bien. Il invite surtout à lire Julien Freund et pour cela, il mérite amplement de figurer parmi les cinq meilleurs essais de 2021. [...]

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Sauver sa peau

Habituellement les livres sur la collaboration contiennent deux défauts : soit ils donnent dans le prêchi-prêcha progressiste pour résistants de farces et attrapes, soit ils œuvrent dans la grandiloquence wagnérienne pour nazillons en carton. Dans Ombre invaincue, Christophe Bourseiller évite les deux écueils. L’auteur livre une étude sérieuse sur le destin des damnés de la collaboration en posant cette question : une fois les Américains débarqués, que sont devenus les porte-flingues de la milice et les encasqués de la Charlemagne ? En 1944, les plus naïfs finiront au poteau, les plus habiles termineront en bourgeois prospères sous la Ve République.

Pour appréhender la nébuleuse collabo, Bourseiller choisit de concentrer son étude sur trois mouvements : le Parti Populaire Français de Jacques Doriot, le Rassemblement Populaire de Marcel Déat, et la Cagoule d’Eugène Deloncle. Bourseiller explique avec brio les antagonismes entre ces mouvements. Le PPF se définit comme un nazisme à la française et son chef, l’ex-ouvrier stalinien Jacques Doriot, épouse avec enthousiasme la guerre contre le bolchevisme. À l’opposé, le normalien Marcel Déat devient collaborateur par pacifisme. Quant aux cagoulards, on les trouve autant à Vichy qu’à Londres avec de Gaulle. [...]

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Charles Péguy : le psalmiste antimoderne

L’œuvre de Charles Péguy se concentre à la charnière des XIXe et XXe siècles, période dont les querelles constituent le pivot de la France contemporaine. Au cours de ces temps tumultueux, Péguy fut d’abord socialiste et républicain, avant que son retour à la religion n’imprègne ses écrits d’une ardente foi catholique mêlée d’un nationalisme toujours plus vigoureux. Si d’aucuns pourraient considérer un tel parcours comme une somme de reniements, le natif d’Orléans y voit plutôt un « approfondissement du cœur ».

Ce syntagme n’est nullement anodin : dans sa forme même, la pensée de Péguy procède toujours par approfondissements. Celui qui fut l’élève de Bergson fait aller et venir sa plume, retournant sans cesse aux prémisses pour creuser et élargir le sillon de sa réflexion. En traçant mille spirales d’anaphores et d’accumulations, Péguy déploie un style à la fois lent et hypnotique, un style qui subjugue les uns et irrite les autres sans jamais laisser indifférent. Par ce brillant et laborieux mouvement, par ce perpétuel va-et-vient de la pensée, l’auteur élabore une maïeutique interne, une discussion de l’esprit avec lui-même, une dialectique arrimée dans le temps. En philosophie comme en poésie, dans Marcel comme dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Péguy est un psalmiste qui amplifie le Verbe par l’écho. [...]

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Julien Freund : de la mesure avant toute chose

Philosophe et sociologue, Julien Freund fut incontestablement en France un grand maître de la philosophie politique, et probablement de la philosophie en général puisqu’il rappela aussi son essence métaphysique refusant ainsi de la réduire à la stricte observation des choses humaines. Né en 1923, résistant au courage exceptionnel durant la guerre, introducteur de Max Weber et de Carl Schmitt en France, penseur de la mesure, aristotélicien, dont la rigueur égale une prodigieuse intelligence sans cesse aux aguets, il est, en raison de la débilité de l’époque et d’une pensée unique universitaire incapable de tolérer ce qu’elle ne comprend pas – et elle ne comprend plus grand chose – un quasi proscrit, sinon de droit, de fait puisqu’on n’édite plus ses livres et que certains d’entre eux sont même devenus introuvables ou alors, pour l’un d’entre eux en version numérique : le fabuleux La Fin de la Renaissance. Aussi, c’est à propos que les éditions de La Nouvelle Librairie, après avoir publié l’année dernière Le Politique ou l’art de désigner l’ennemi, récidive avec ce recueil épistolaire, s’étendant de 74 à 76, composé par Freund lui-même en vue d’être édité et qui l’est donc pour la première fois à présent, vingt-huit ans après qu’il nous a quitté. […]

Lire aussi : Marcel Gauchet : « Macron est devenu le garant de l’ordre et du statu quo »

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Marcel Gauchet : « Macron est devenu le garant de l’ordre et du statu quo »

Pourquoi republier votre livre sur le clivage droite-gauche en même temps que votre livre sur l’échec d’Emmanuel Macron ?

Parce que la question retrouve une actualité intéressante avec lui : il est le premier chef d’État qui a réussi en se positionnant sur la base du « et de droite et de gauche » – contrairement à ceux qui avaient auparavant essayé, comme François Bayrou. C’est une nouveauté dans la politique française. A-t-il réussi à incarner la chose ? Suffisamment, en tout cas, pour être élu et vraisemblablement réélu. Il se passe quelque chose d’important par rapport à une tradition d’un âge vénérable.

Vous dites pourtant que ce clivage existe encore.

Je le crois. On peut partir d’une expérience simple qui trouble l’esprit des sondeurs d’opinion : les gens répondent volontiers par la négative quand on leur demande si le clivage droite-gauche a encore un sens, mais ils n’ont aucune peine à se situer eux-mêmes sur cet axe. Il faut y voir le signe d’un changement de fonction de ce clivage qui a complètement bouleversé les comportements électoraux. Les gens peuvent se dire de gauche et voter à droite, ou se dire de droite et voter à gauche – et ils le disent d’ailleurs ! Ils reconnaissent la pertinence du clivage comme repère pour se situer eux-mêmes, mais il guide de moins en moins leurs choix électoraux. D’ailleurs, où sont aujourd’hui les personnalités véritablement incarnatrices de ce clivage dans le champ politique français ?

On pourrait dire qu’il y a Zemmour d’un côté et Mélenchon de l’autre.

Ce sont en effet les seuls. Ils doivent du reste une bonne part de leur visibilité dans le paysage au fait que l’on sait où ils se situent, contrairement aux autres. Mais ce brouillage n’empêche pas le clivage d’avoir acquis un autre rôle, qui est d’incarner la perplexité des citoyens. Ils se sentent partagés tacitement : suis-je majoritairement de droite bien qu’un peu de gauche, ou inversement ? Les citoyens ont intériorisé la contradiction qui est au cœur de la vie de nos sociétés en fonction même de leurs principes. Ce n’est pas une question de flottement personnel ; ces contradictions sont dans la nature de nos sociétés, et c’est ce qu’ils reconnaissent en se situant sur cet axe, qui est pour eux un axe de leur propre dilemme de citoyen. Une illustration d’actualité assez pittoresque de ce flottement : la pauvre Marine Le Pen est obligée de dire qu’elle est vraiment de droite parce que Zemmour et son père disent qu’elle est une femme de gauche. Ce n’est pas absurde : il y a objectivement des éléments de gauche chez elle.

Vous les verriez aussi chez Zemmour ?

C’est plus compliqué, je l’admets. Je dirais que l’élément de gauche chez lui est la passion des idées, une dimension assez étrangère à sa tradition politique. Il pense qu’on peut gagner intellectuellement. Ce n’est pas dans les gènes de la droite, dont la pente fondamentale est le pragmatisme.

Mais que Zemmour parle au peuple de droite en réinscrivant des idées dans une histoire, cela semble trouver un écho.

Pas uniquement dans le peuple de droite : je pense que Zemmour touche un public beaucoup plus large. Le clivage, parce qu’il est brouillé, n’est plus mobilisateur électoralement, ce qui se traduit dans une grande partie de la population par de l’indifférence politique. Beaucoup ne comprennent plus les règles du jeu politique, ou les ramènent au simple choc des ambitions et du positionnement le plus payant, sans véritables convictions derrière. Zemmour, lui, ramène à une politique classique en rupture avec la post-modernité pratico-gestionnaire qu’incarnent tous les autres candidats. Voilà pourquoi il est une exception dans le paysage, et touche bien au-delà de l’électorat de Marine Le Pen. Il faut revenir aux origines de l’aventure Zemmour : il lui a suffi d’une tribune à la télévision pour toucher des gens qui ne lisent pas Le Figaro et provoquer un électrochoc dans une partie très significative de la population. Ils ont eu l’impression d’un extraterrestre qui ramenait le passé perdu, c’est-à-dire un discours politique articulé sur une vision de l’histoire et une projection de l’identité nationale dans le futur. Cet effet de discours déstabilise tous les autres. Zemmour a un effet délégitimant très profond, il met en accusation le discours politique ambiant. Voilà le secret de la fascination horrifiée qu’il suscite jusque dans les rangs de ses adversaires. […]

Si Trump écoutait Zemmour, il se demanderait ce qu'est cet intellectuel égaré en politique

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Memento mori : vers la fin de la chrétienté ?

« Memento mori ». La légende raconte qu’un esclave répétait cela à l’oreille du général romain au moment de son triomphe. « Souviens-toi que tu vas mourir ! » Et le général est mort et l’empire qu’il servait a disparu comme sont morts tous les hommes qui sont nés un jour et se sont effondrés tous les empires qu’ils ont érigés. Il n’empêche que malgré l’évidence et malgré l’histoire, malgré Valéry, malgré les églises désertées qui s’apparentent désormais presque plus à d’étranges musées funèbres qu’à des temples, malgré tout cela, chacun peine à envisager la réalité de sa mort et, paradoxalement, peut-être moins encore celle de sa civilisation ; surtout pour un chrétien lorsque cette civilisation s’est confondue avec sa foi de telle sorte qu’il a pu croire, l’espace de presque deux millénaires, que la chrétienté s’incarnait sous la seule modalité du triomphe romain. Mais « Souviens-toi que tu vas mourir » vient répéter à l’oreille de ses lecteurs stupéfaits, Chantal Delsol, « Souviens-toi que tu vas mourir » parce que si tu n’es pas déjà mort, tu agonises…

Il est parfois de salubrité publique de désespérer un peu les gens

C’est l’agonie de cette civilisation vieille de seize siècles que la philosophe entend mettre en lumière et dont elle discerne les traces jusque dans le catholicisme même, tant et si bien qu’il se trouve à son tour en décalage avec l’espace géopolitique qu’il a surplombé tout ce temps : la chrétienté. Première marque de la mort, ce divorce entre la civilisation occidentale et le christianisme, la première entendant bien continuer sa route sans le second. Disciple de Freund, Delsol sait qu’une des spécificités de la civilisation occidentale est précisément d’en accumuler en elle plusieurs, aussi l’évacuation du catholicisme en tant que référent morale capable d’astreindre les corps et les cœurs, ne saurait préfigurer un quelconque déclin de l’Occident mais sa mutation en autre chose que, pour sa part, Delsol assimile à la restauration d’une sorte de paganisme au travers d’une déification de la nature dont l’écologie pourrait être la nouvelle théologie. [...]

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Histoires d’eau

Olivier Rey, notre nouveau philosophe et mathématicien, entreprend dans sa dernière œuvre de « réparer l’eau ». Étrange projet, tel qu’il le reconnaît lui-même dans son exorde : et cependant, s’inscrivant dans les pas du Bachelard de L’Eau et les rêves, et surtout à la suite du poète Francis Ponge, il tente par là, à travers l’étude de cet élément primordial, d’élucider ce qui fait le fond de notre modernité. Celle-ci dont il situe évidemment la naissance vers 1 500 aura tout entrepris pour nier l’aspect poétique et symbolique de la nature dans laquelle l’homme croît pour uniquement s’attacher à son étude scientifique : l’eau, dit-il, n’est plus conçue et envisagée aujourd’hui que comme un H2O, liaison de molécules dont on peut déduire d’innombrables propriétés physiques et chimiques qu’en fin connaisseur l’auteur prend le temps d’énumérer. […]

Lire aussi : Éditorial essais de décembre : Le XXIe siècle sera spirituel ?

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Menace sur les gauchistes : un pamphlet truculent

Pour truculer, on peut dire que les auteurs truculent ! C'est un pamphlet sévèrement burné, mordant et très drôle que cosignent Papacito et Julien Rochedy. Construit en forme de dialogue épistolaire, chacun des auteurs commence par expliquer pourquoi il aurait pu devenir un affreux gauchiste woke, et les raisons concrètes qui lui ont évité cette grande peine. Leur parcours personnel, touchant parce que sincère, se complète d’une grande lucidité : c’est la réalité qui les a sauvés. C'est très drôle, rafraîchissant, acide, et sous les coups de boutoirs envoyés au politiquement correct, il y a un propos fort juste sur la société, et sur les ornières dans lesquelles nous nous sommes fourrés.

Le style de Papacito, à l'écrit, fait penser à celui d’un Frédéric Dard. Par certains aspects, furieusement libres et anti-collectivistes, il peut aussi se rapprocher de la pensée d'un Laurent Obertone. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si Papacito et Obertone (ainsi que Rochedy) se retrouvent dans le projet La Furia. Seul petit reproche stylistique : comme chez beaucoup d’auteurs de droite, l'utilisation du mot « anthropologie » semble abusive (dans un sens assez éloigné de celui du dictionnaire). À préciser, donc. [...]

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