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Des hommes de SAC et de corde

Né des réseaux de la résistance, le Service d'action civique (SAC), organisation de gros bras parfaitement dévoués à la cause de la grande Zohra, jouit de cette grâce d'avoir su être discret lorsqu'il le fallut (la traversée du désert avant 58) et impressionnant quand il en était besoin (contre l'OAS, durant la guerre d'Algérie). 

Cornaqué de loin par l'éternel Foccart, et organisé de près par des barbouzes comme l'étrange Pierre Debizet, le SAC que décrit François Audigier dans cette demi-somme (le livre ne s'étend que sur la décennie 58-69) se révèle vraiment comme une police politique occulte qui, réactivée pour la prise de pouvoir de de Gaulle, jouera un rôle majeur dans les crises fatidiques comme celle de 68, ou celle de l'Algérie quand bien même la majorité de ses membres était favorable au maintien. [...]

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Philippe II d’Espagne et le « Siglo de Oro »
Bien avant l’Angleterre, Philippe II fut le monarque d’un empire mondial. Il domine l’Amérique espagnole, depuis que Cortès a débarqué au Mexique. Il ouvre l’Asie à la conquête avec la prise de Manille en 1571. Sur le continent, il règne sur les différents royaumes et principautés d’Espagne (Aragon, Castille), les Pays-Bas et une partie de l’Italie. Cet ensemble disparate est sous la menace des Ottomans en Méditerranée. Soliman le magnifique veut s’emparer de Malte et les pirates algériens mènent des razzias dans le sud de l’Espagne. La victoire de Lépante met un frein à l’expansion ottomane. À l’intérieur, Philippe II doit affronter le schisme religieux. Le protestantisme a cessé d’être une bizarrerie allemande et se répand aux Pays-Bas, en Flandres et même en Espagne. Le Duc d’Albe (barbe en pointe, regard de vipère) se charge de la rééducation des huguenots : les iconoclastes sont décapités, les hérétiques brûlés. Philippe II est un catholique en treillis de combat. Quelque peu énervé par les Sarrasins, il force les Arabes ibériques (appelés morisques) à s’intégrer. Parler arabe est désormais interdit, les prénoms devront être choisis dans le calendrier chrétien. Du Zemmour avant Zemmour ! [...]
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Penser le déclin avec Spengler
En ces temps troublés, excellente idée que de publier en poche le très célèbre Déclin de l’Occident, ouvrage au « titre proprement providentiel » paru dès après la Première Guerre mondiale, qui sut plus qu’aucun autre parler à l’Allemagne défaite quoiqu’il traite de la « lente pulsion des siècles » d’après les justes mots de Johann Chapoutot. Œuvre proprement monumentale qui devait réunir tous les savoirs et clore les débats de la vaine philosophie, composée par le virtuose mais ténébreux Oswald Spengler, Le Déclin se veut une révolution copernicienne de l’histoire : préférant la morphologie comparée des corps sociaux à la causalité mécanique des événements, le philosophe substitue au temps fléché vers le meilleur des progressistes un temps circulaire et cosmologique. Telle une plante, chaque civilisation est un organisme vivant qui connaît une phase de formation, de maturité et de dépérissement. [...]
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Hélie Denoix de Saint Marc : le Preux et le Croisé

C’était le mercredi 26 avril 1961 : le putsch d’Alger a échoué et le commandant du 1er R.E.P. Hélie Denoix de Saint Marc se constitue prisonnier. De retour en France, comme il le relate dans ses mémoires Les Champs de braises, les autorités lui posent la question rituelle : « Avez-vous déjà été condamné ? ». Il répond : « À la perpétuité, par les Allemands ». Son procès n’est pas encore commencé que le ton est bel et bien donné.

Saint Marc comparaît devant le Haut Tribunal militaire le 5 juin 1961, et c’est le compte rendu intégral du procès publié chez les Nouvelles Éditions Latines, abondamment annoté et commenté par Bernard Zeller – le fils d’un des généraux du putsch, André Zeller –, qui nous permet de plonger dans les drames qui ont drapé l’événement. Plus que son action dans la Résistance, les vingt-deux mois passés dans les camps de concentration ou son combat en Indochine, c’est son procès pour participation au Putsch des généraux qui a fait sa renommée. Face à un pouvoir public qui requit contre lui la peine injustement lourde de vingt ans d’emprisonnement, encensé par des témoins qui regrettaient de devoir déposer contre lui, soutenu à demi-mot par l’avocat-général, puis frappant tous ceux présents par sa droiture et ses répliques sans faille, Saint Marc a, pour citer l’historien Olivier Dard en préface de l’ouvrage, « marqué l’histoire comme la mémoire de la France contemporaine ». [...]

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L’Inconomiste – Appauvrissez-vous : vive la dette !

Que l'on évoque la dette des ménages ou la dette publique, on ne l'envisage souvent que sous l'angle des simples relations économiques, donnant raison à Marx, qui dans le Manifeste du parti communiste, critiquait ainsi la bourgeoisie : « Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

La dette fait partie de la condition humaine

Rétablir le caractère multiple et profondément humain de la dette est l'ambition de l'essai que publie Hubert de Vauplane (éditions Première partie). Sous le titre provocateur Endettez-vous ! qui répond par-delà les siècles à l'exhortation bourgeoise de Guizot Enrichissez-vous !, l'auteur, avocat associé dans un cabinet d'affaires américain et professeur associé à Sciences Po, remet en perspective la notion de dette en montrant qu'elle fait partie de la condition humaine.

Lire aussi : L’Inconomiste – Plaidoyer pour L’État stratège

Nous sommes ontologiquement débiteurs, d'abord par rapport à Dieu qui nous a créés et nous a rachetés par la Croix de la dette du péché. « Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur », dit saint Paul (Rm, VI, 23). Reconnaître la dette du péché est le préalable indispensable pour s'ouvrir à la miséricorde de Dieu et accueillir son salut. C'est vrai d'un point de vue individuel comme collectif car le péché originel est cette dette collective de l'humanité pécheresse à l'endroit de son créateur pour avoir troublé l'harmonie du cosmos par la démesure infinie du péché. 

Dans ce contexte, on comprend que Nietzsche ait voulu affranchir l'humanité de cette culpabilité ontologique qui pèse sur l'homme. Dans la Généalogie de la morale que cite Vauplane, Nietzsche considère que l'athéisme « libèrerait l'humanité de toute obligation envers son origine, sa causa prima » de sorte qu'il ferait advenir une « seconde innocence » marquée par l'absence de toute culpabilité mais aussi de toute forme de reconnaissance. « Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs, écrit à juste titre Hugo. L'athéisme n'est autre chose qu'un essai de déclaration d'insolvabilité ». [...]

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Pierre Legendre, vue immuable
Cet ouvrage est une anamnèse un peu sauvage, un recueil de souvenirs convoqués sous la forme de la libre association. Économiste, juriste, anthropologue, féru de psychanalyse, Pierre Legendre est un « érudit radical » qui, sa vie durant, s’est attaché à comprendre l’architecture invisible des sujets et des sociétés. L’érudition fut pour lui une quête existentielle dont le but ne se révéla que peu à peu : faire advenir « les figures de l’immuable ». [...]
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Contre tout et pour rien : Max Scheler critique le ressentiment

Les éditions Carmin proposent une prévente pour financer la réédition : cliquez ici pour participer

Dans l’histoire des idées, la critique du ressentiment tient une part belle pour qui sent poindre en lui quelques velléités véritablement antimodernes et ne se retrouve pas dans un monde semble-t-il voué, derrière une unité de façade, à la guerre de tous contre tous. Max Scheler, dans L’Homme du ressentiment, fait de ce dernier l’essence de la philosophie moderne, le mouvement principal d’une société démocratique et humanitariste qu’il dénonce comme ayant subverti les valeurs anciennes à son profit, continuant par-là l’intuition de Nietzsche sur le ressentiment : « La révolte des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et enfante des valeurs : le ressentiment de ces êtres à qui la vraie réaction, celle de l’action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire ».

Le ressentiment implique donc à la fois une jalousie et un vide, une jalousie dénuée d’objet à jalouser, une envie qui ne saurait plus ce qu’elle envie et qui ne s’appuie plus que sur elle-même en tant que telle

Pour autant, Scheler, fraîchement converti au catholicisme lorsqu’il écrit son livre, dénonce une erreur fondamentale de la critique nietzschéenne du ressentiment dans la mesure où le penseur de Sils Maria assimile le christianisme lui-même au retournement des valeurs à l’avantage des « faibles » et des « esclaves ». En effet, Nietzsche, étranger à la Révélation, refuse d’analyser le christianisme sous son aspect proprement religieux pour n’y voir qu’un ensemble de valeurs liées les unes aux autres en vue d’une fin morale : la vengeance des contempteurs du monde contre le monde. Scheler rappelle alors l’évidence d’un Christ situé non pas en face des hommes, mais devant son prochain, dont la charité ignore l’humanité pour lui préférer le frère aperçu en chaque homme et dont le sacrifice ne condamne pas la vie, mais, bien au contraire, la consacre de telle sorte qu’elle prend grâce à lui une valeur absolue, qui la sépare définitivement de toute démarche intéressée, égalitaire et utilitaire et nous rappelle alors la Volonté de Puissance nietzschéenne, cette efflorescence magnifique de la vie à laquelle seule la grâce ressemble – et non le vulgaire instinct de domination des animaux. [...]

Autour de Napoléon : le politique, la puissance, la grandeur

Les historiens, Jacques-Olivier Boudon et David Chanteranne ; le géopoliticien Gérard Chaliand ; François Costantini spécialiste du Proche-Orient ; nos chercheurs insulaires Antoine-Baptiste Filippi, Raphaël Lahlou, Stéphane Perez-Giudicelli, François Santoni ; le poète Gilles Wauthoz et Jean-Baptiste Noé directeur de la revue Conflits, ont relevé le défi d’aborder Napoléon sous un angle nouveau en le replaçant dans le contexte gréco-latin de la philosophie et des sciences politiques. Le tout sous le regard bienveillant d’une préface des plus exquises de Jean Tulard. « Grâce au maître Jean Tulard, nous découvrons aussi le personnage du tyran Tryzus que Napoléon avait annoté en lisant l’Alcibiade de Meissner qui lui permet de réfléchir sur la liberté, l’égalité et sur la liberté d’expression. Y-a-t-il une malice chez Jean Tulard ? Tryzus avait interdit à ses concitoyens de s’exprimer. Voilà un petit détail qui montre qu’un livre suggère des pistes que le lecteur doit découvrir lui-même. Ce qui est essentiel, se mérite ! » souligne Olivier Battistini.

À l’origine de ce livre, il y a le soutien de la mairie de Sartène, celui de la revue de géopolitique Conflits, et les Rencontres napoléoniennes, qui ont permis au cœur de la cité : des échanges entre des historiens de Napoléon et Olivier Battistini. Battistini est un helléniste passionné par celui qui « a remis en lumière toute une face du monde antique, peut-être la plus définitive, la face de granit ». Les échanges se font autour d’un Napoléon aux « cent visages » : chef de guerre, lecteur des historiens grecs et latins, et « dernier Romain ». [...]

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