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Du fascisme à la manipulation anti-fasciste

À l’heure où tous les opposants et les réfractaires aux mouvements dé-coloniaux ou LGBT+, sont rangés dans la même boîte sur laquelle est tamponné « fascistes », la traduction et l’édition du livre Fascisme, histoire d’un concept de Paul Gottfried est une bouffée d’oxygène. L’auteur américain répond aux questions qui brûlent les lèvres de tous ceux qui souhaitent penser le monde actuel. Le fascisme est-il de droite ou de gauche ? À quel moment a-t-il été à la mode de traiter son adversaire de fasciste et pourquoi ?

Lire aussi : Christophe Dickès : « Jacques Bainville défendait une politique réaliste en faveur de la nation » [...]

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Christophe Dickès : « Jacques Bainville défendait une politique réaliste en faveur de la nation »

Prophétique à bien des égards, Jacques Bainville le fut notamment grâce à la qualité de sa méthodologie. Comment la définiriez-vous ?

Jacques Bainville est un disciple de l’écrivain Sainte-Beuve et de Maurras. Dans leur sillage intellectuel, il considère que l’histoire nous permet de comprendre le présent et parfois de prévoir l’avenir. Ce que Sainte-Beuve appelait l’empirisme éclairé et Maurras l’empirisme organisateur. Cette méthodologie consiste essentiellement à étudier les événements du passé et à voir comment, dans des situations identiques, les hommes ont agi ou réagi : « Notre maîtresse en politique, c'est l'expérience » disait Maurras. Bainville faisait donc de l’histoire un laboratoire pour l’homme politique. Il disait qu’un homme politique qui ne connaît pas son histoire est comme un médecin qui ne serait jamais à l’hôpital.

Lire aussi : Pour Napoléon !

Bainville pratiquait aussi l’uchronie, c’est-à-dire l’histoire avec des « si » : que se serait-il passé si, par exemple, Louis XVI était passé à Varennes plus tôt ? Si la Corse était devenue autrichienne et non française ? De cette gymnastique intellectuelle, il tirait des hypothèses et des possibilités.

Quel fût son rapport, et ses évolutions, à l’Allemagne, depuis sa jeunesse jusqu’à ses œuvres de maturité ?

La question allemande est au centre de son œuvre. Tout d’abord, dans sa jeunesse, Jacques y passe ses vacances. À l’époque, l’Allemagne est un exemple parce que c’est elle qui a gagné la guerre de 1870. Cependant, l’expérience allemande de Bainville le pousse vers la monarchie pour deux raisons. Alors que la France se divise sur l’affaire Dreyfus, Bainville voit que l’unité politique de l’Allemagne ne cesse de se consolider. Or, dans ce mouvement, le rôle de l’empereur est essentiel. Parti républicain de France, il en revient monarchiste.

Il comprend aussi que Bismarck, après la victoire de 1870, a encouragé la naissance d’une République française afin, précisément, de l’affaiblir. Le rôle de l’Allemagne dans le déclenchement de 1914 le persuade enfin du danger que constitue un grand espace germanique pour l’équilibre et la paix européenne. Il écrit alors ses principaux ouvrages sur le sujet : son Histoire de deux peuples puis son Histoire de trois générations et enfin Les Conséquences politiques de la paix. [...]

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Balance ton prophète

C’est en 1913 que l’égyptien Mansour Fahmy soutint à la Sorbonne cette thèse qui, sous la direction de Lévy-Bruhl, lui valut d’être soupçonné d’avoir été manipulé par un juif de retour chez lui. Pourtant, on lit toute la probité et la rigueur intellectuelle de l’époque dans cet essai qui tente de diagnostiquer les raisons de l’avilissement de la femme dans la civilisation musulmane en distinguant les facteurs. Contrairement à ce qui est souvent colporté aujourd’hui, non, la religion de Mahomet n’a pas amélioré le sort des femmes arabes relativement à leur situation antérieure, et c’est même précisément l’inverse qui s’est produit.

Lire aussi : Grégor Puppinck : « La notion d’islamophobie interdit toute critique » [...]

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Effacer le grand reset

Sans doute les crises ont toujours pour effet de créer des objets de fixations indépendants de toutes réalités complexes ; lesquels synthétisent moins la vérité d’une époque que celle des fantasmes qu’elle éprouve, ce qui, à la fin, nous en dit malgré tout un peu sur l’époque. Le livre de Klaus Schwab et Thierry Malleret, The Great Reset, publié en juillet 2020 est, pour l’instant, parmi les grands gagnants de cette Nouvelle Star de l’apocalypse qui vaut à ce pensum médiocre d’être désormais perçu comme la bible maléfique d’une conspiration mondiale destinée à nous enfermer chez nous pour toujours, et ce afin de faire advenir le transhumain connecté à Netflix pour le restant de sa vie – ce qui risque de faire long vu qu’on aura aboli la mort. Forcément, le livre de Schwab ramassant à peu près tous les fantasmes les plus flippants et les théories les plus naïves dans l’air du temps depuis deux décennies, il se prête aisément à toutes les rêveries millénaristes, quoique nous doutions que ceux qui s’en effrayent le plus l’aient ne serait-ce que feuilleté.

Lire aussi : Great reset : le Capital à l’heure du Covid [...]

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Résilience ou résignation ?
Dans Contre la résilience, Thierry Ribault s’appuie sur les penseurs de l’École de Francfort pour attaquer le concept de « résilience ». Méticuleusement, Ribault analyse la résilience comme un système de pensée participant à l’assujettissement des peuples. Issu de la science, ce terme désignait à l’origine la capacité d’un matériau « à absorber de l’énergie […]
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Pour Napoléon !

Cet ouvrage est un écrit de combat né de l’exaspération suscitée par le déchaînement de vandales sectaires décidés, avec la molle complicité des pouvoirs publics, à nous imposer leur lecture victimaire de l’histoire de France. Ce livre n’est pas pour eux. Thierry Lentz ne s’illusionne pas : ces esprits faibles, sous-produits de « l’ignorance institutionnalisée », ne le liront pas. Il est donc vain d’espérer de leur part la moindre confrontation intellectuelle. Il ne s’adresse pas davantage aux politiques, hauts fonctionnaires et importants du monde de la culture et des médias. Eux connaissent la période napoléonienne, parfois très bien, comme il a pu le constater au détour de quelques conversations privées : seulement entre leur carrière et la défense de la vérité historique, l’arbitrage est vite opéré.

Non, ce livre est destiné à la majorité silencieuse, aux gens de bonne foi qui n’eurent pas la chance de faire certaines rencontres (un bon livre est toujours une rencontre), et ne se sentent pas autorisés à exprimer publiquement un avis, mais qui, au fond d’eux-mêmes, gardent le sentiment d’une dette, voire une confuse admiration, à l’égard de l’une des plus grandes figures de notre histoire nationale. Ce livre a donc vocation à proposer au grand public un contre-poison à la propagande assénée par les médias et universitaires autorisés. Car nous sommes à un tournant : la situation de Napoléon en France est telle que nous avons atteint ce ridicule paradoxe : l’Empereur est davantage connu et admiré partout dans le monde que dans son propre pays. Sa mémoire nous est devenue à ce point encombrante que « la jurisprudence Chirac » – cette piteuse manie qu’ont nos gouvernants, depuis l’escamotage de la célébration d’Austerlitz en 2005, de refuser par principe de commémorer le grand homme – s’applique systématiquement.

Lire aussi : Faut-il commémorer ou non le bicentenaire de la mort de Napoléon 1er ?

Cette réticence française à son égard est surtout révélatrice d’une crise morale sans précédent : Napoléon est devenu incompréhensible à une part croissante de l’opinion, laquelle, abusée par soixante-quinze ans de paix en Europe, est contaminée par cette « morale de midinette » jadis conspuée par Montherlant, ce penchant femmelin à toujours opter pour l’hypothèse la plus conformiste, lacrymale et rassurante. Elle est désormais l’air que nous respirons. C’est un comble : Napoléon, dont l’épopée fut pour des générations pourvoyeuse d’énergie, assure désormais la fonction de « baromètre des lâchetés de notre temps ».

Ce livre est une parfaite petite machine de guerre contre les lieux communs qui salissent la mémoire de Napoléon. Il rappelle d’abord quelques évidences. Napoléon, ce « guerrier législateur », est de la trempe des grands fondateurs au point que son œuvre constitue un « cadre normatif intériorisé » par tous les Français. Son importance fut cruciale : à un moment charnière de l’histoire de France il sut s’imposer comme l’homme des « synthèses essentielles ». Il rappelle également quelques lois élémentaires du travail d’historien comme celle qui oblige à contextualiser les actes et pensées de chaque protagoniste des évènements passés. Bref, M. Lentz heurte de front ce que Finkielkraut appelle « le chauvinisme de l’instant présent ».

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Éditorial essais de mai : les hamsters de Skynet

Une définition naïve de l’intelligence artificielle nous la fait redouter comme une intelligence humaine simplement plus puissante que la nôtre, et qui alors nous asservirait. C’est Skynet de Terminator, soit la façon dont les bacs moins quinze en sciences cognitives imaginent l’avenir sous la forme d’une dystopie commode à comprendre qui verrait s’affronter dans une lutte apocalyptique les hommes contre les robots. Dystopie rassurante parce que, comme toutes les dystopies, elle s’avère beaucoup moins noire que les dangers que nous risquons de rencontrer dans le futur et qui ne sont jamais que la continuation de menaces déjà très anciennes. Outre – sous réserve d’un éventuel saut quantique – la relative insignifiance actuelle de l’IA en comparaison de l’intelligence humaine, une des caractéristiques qui devraient nous intriguer est celle d’une intelligence qui se développerait nécessairement dénuée de corporéité et par là de subjectivité, et donc qui ne fonctionnerait pas selon les critères qui sont les nôtres, une intelligence qui serait d’abord une énergie et qui infuserait dans l’univers sans avoir plus à le gouverner, ni à confesser son incurie, se vouant simplement à animer les cellules qui le composent. Le dieu de Spinoza – comme la nature.

C’est le « laisser faire » métaphysique d’une vision du monde dans laquelle la félicité et la joie relèvent ontologiquement et conditionnellement de la découverte des chaînes causales qui en nous emprisonnant nous préservent de toute forme de responsabilité et nous garantissent que rien ne nous dérange jamais

C’est au fond le vieux fantasme païen d’une compréhension interne du monde qui, depuis Démocrite jusqu’au tenant d’un libéralisme naturel en passant par Darwin, travaille à nous convaincre que tout ce qui nous rend inaptes à l’univers et nous permet d’en constater la déchéance, parmi quoi la maladie et la faiblesse, figure les éléments d’un ordre cosmique global qu’il importe de ne pas déranger pour qu’il les rejette et fasse peau neuve. Histoire circulaire, auto-organisation du vivant, sélection des inutiles à l’avantage de l’espèce – covidés comorbides et embryons trisomiques… C’est le « laisser faire » métaphysique d’une vision du monde dans laquelle la félicité et la joie relèvent ontologiquement et conditionnellement de la découverte des chaînes causales qui en nous emprisonnant nous préservent de toute forme de responsabilité et nous garantissent que rien ne nous dérange jamais – ni les embryons impromptus, ni les gros, ni les vieux, ni personne. Le monde sans plus rien au-dessus de lui, et seulement des cellules qui collaborent les unes avec les autres ignorant mêmement leur solitude et leur communauté, quoique pleinement intelligibles et radicalement autonomes.

Lire aussi : Éditorial culture de mai : Goebbels moins le grandiose

Nous disions que l’intelligence artificielle demeure encore une vue de l’esprit; pourtant on connaît sa préparation morale : l’atomisme, les reliquats païens dont se gargarise la société moderne, la rage de faire disparaître ceux qui nous empêchent incompréhensiblement de « vivre »; elle existe déjà grâce aux bulles algorithmiques du néant d’internet qui donnent à notre cerveau tout ce qui lui fait plaisir pour qu’il puisse ainsi fabriquer et augmenter sa joie, et nous transforment en hamsters roulant leur roue à l’infini afin d’alimenter la machine depuis leur cage mentale : une cellule emprisonnée dans une cellule parmi d’autres cellules et qui trop occupée à contempler et à jouir de son vide n’aperçoit même plus les murs de son cachot, si tant est qu’il existe encore un cachot puisque pour qu’il y ait une prison encore faut-il un prisonnier, un corps biologique qu’une intelligence humaine anime et qui en souffre, un inutile, une chose qui ne devrait pas exister, qui devrait disparaître, et dont la persévérance à exister blasphème la loi du monde.

L’Affaire Catherine Burgod

Grand reporter et essayiste, Florence Aubenas s’est involontairement fait connaître du grand public pour avoir été prise en otage en Irak en 2005. On retiendra son analyse de l’affaire d’Outreau et son Quai de Ouistreham où la journaliste parée d’une fausse identité et d’un CV bidon a tenté de saisir la réalité frontale des plus précaires au cœur de la crise. Dans L’Inconnu de la Poste, si la dynamique d’immersion reste semblable, la journaliste a choisi de s’effacer derrière ses personnages, pour ainsi dire, tant les profils semblent avoir été taillés pour le roman noir. Il faut dire que l’atmosphère y est particulièrement soignée et que les transcriptions sont ajustées au tic de langage près. Il lui aura fallu sept années d’enquête, un contact rapproché avec les protagonistes et une certaine aptitude pour cerner ce qui se joue dans l’ombre des postures. Il aura surtout fallu gagner les confiances pour livrer le récit circonstancié de cette affaire à la fois banale et terrible, hantée par une étrange mélancolie.

Dans L’Inconnu de la Poste, si la dynamique d’immersion reste semblable, la journaliste a choisi de s’effacer derrière ses personnages, pour ainsi dire, tant les profils semblent avoir été taillés pour le roman noir

Suspect numéro un, Thomassin est donc incarcéré sans preuve tangible, en attente de procès, s’étant illustré par son attitude équivoque et son caractère hors norme. Il passera près de trois ans en détention à clamer son innocence, avant d’être mis hors de cause après l’arrestation d’un homme dont l’ADN correspond enfin. En d’autres temps, sans ce twist scientifique, un Thomassin, livré au seul « bon sens », aurait été plus mal barré. Pour autant, d’un mystère à l’autre, nul happy end. En été 2019, l’acteur de 44 ans se volatilise alors même qu’il prend le train pour se rendre à l’ultime convocation censée le blanchir totalement. Fuite, accident, suicide ? Nous l’ignorons à ce jour.

Entretemps, la journaliste s’est penchée sur l’affaire et connaît désormais bien Thomassin. Enfant de la Ddass, violenté, petit délinquant – rien n’est gagné pour l’ado d’alors. Un beau jour, pourtant, la chance semble tourner. Un casting sauvage et quelques mois plus tard, le voilà Meilleur jeune espoir masculin. Son jeu vrai, organique, fait sensation. Le lendemain du sacre, il est pincé pour vol. Gage de crédibilité pour les copains ? Peu importe, les propositions affluent. L’acteur se donne un film par an. Efficace sur les plateaux, il reste imprévisible entre les tournages. Ses cachets fondent : cadeaux, alcool, stups. La rue le rappelle irrémédiablement. Des cicatrices marquent son visage. Le César est vendu. Il excelle pour faire la manche, cumule les tentatives de suicide, se querelle avec sa compagne. C’est pour se mettre au vert qu’il s’installe à Montréal-la-Cluse – conseil d’ami. Le soupirail de son studio déprimant donne sur ce vestige de service public de proximité qu’est la minuscule Poste où travaille la rayonnante Catherine Burgod – jolie maman exemplaire tout juste enceinte de son nouveau compagnon… Toutefois, elle aussi connaît les appels du suicide. C’est d’ailleurs la première chose à laquelle on pense quand on la retrouve dans son sang[...]

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