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Ode à la baguette

De l’eau, de la levure, de la farine, du sel. Il ne faut rien de plus, mais rien de moins pour obtenir ce sommet absolu de l’art et de la gastronomie, j’ai nommé la baguette de pain à la française. 250 gr de perfection et de bonheur indicible. Osons-le dire : un avant-goût du paradis.

Ou plutôt si, il faut quelque chose en plus. Des siècles de patience et d’amour, de savoir-faire et d’art de vivre. Cela s’appelle la civilisation.

L’UNESCO vient enfin de faire accéder la baguette à cette consécration universelle qu’est l’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité, où elle rejoint, pêle-mêle, la construction et l’utilisation des pirogues monoxyles expansées dans la région de Soomaa en Estonie et les danses croates de la Saint-Tryphon. Il était temps.

À l’annonce de cette belle nouvelle, une inquiétude nous envahit cependant. Le classement par l’UNESCO n’est-il pas une forme de sacralisation des chefs-d’œuvre en péril ? À l’image des monuments historiques, seul ce qui subit les outrages du temps et est menacé de disparition mérite d’être épinglé au panthéon des gloires universelles de l’humanité, avant de n’être plus qu’un lointain souvenir qu’on évoque d’une voix tremblante avec un soupir.

À l’image des monuments historiques, seul ce qui subit les outrages du temps et est menacé de disparition mérite d’être épinglé au panthéon des gloires universelles de l’humanité

Dans les années 1990, la baguette a bien failli disparaître. Un temps pas si lointain, celui de l’enfance du modeste auteur de ses lignes, qui se rappelle quand il fallait parfois faire des kilomètres pour dénicher l’objet rare, une baguette à la croûte dorée et croustillante à souhait, avec une mie délicatement alvéolée, à la couleur écrue tirant légèrement sur le bistre. [...]

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Partout, les saints : saint Michel Archange

Saint patron de la France, des boulangers, des tonneliers et des parachutistes, honoré dans l’ébourifiant mont éponyme, saint Michel représente toutefois un modèle (un tout petit peu) moins humain que les fêtards convertis ou les jeunes filles contemplatives, par exemple. Son nom signifie « Qui est comme Dieu ? », le célèbre « Quis ut Deus ? » qu’il prononça, dit la tradition, en chassant Satan et les anges rebelles hors du paradis. L’Église catholique le fête le 29 septembre, en compagnie de deux autres archanges dont les noms nous sont connus, Gabriel (celui de l’Annonciation) et Raphaël (l’agent secret du Bon Dieu : je vous conseille le récit de son intervention dans le livre de Tobie – qui prend un « e » à la fin et n’est donc pas un chien dans un dessin animé japonais). Nos frères orthodoxes fêtent également les trois archanges le 8 novembre, sous le nom de « fête des Archistratèges de la Milice Céleste, Michel et Gabriel, et des autres Puissances célestes et incorporelles ».

Saint Michel est, de manière générale, celui qui règle les problèmes, le Joe Pesci de Dieu

Saint Michel est, de manière générale, celui qui règle les problèmes, le Joe Pesci de Dieu. En 1884, après une messe, le pape Léon XIII entendit la voix du diable demander à Dieu de lui accorder cent ans pour détruire l’Église catholique – et Dieu acquiesça. Effrayé, le pape composa une prière à saint Michel qui fut longtemps récitée après les offices. À la suite du concile Vatican II dont on ne doit pas prononcer le nom, la prière fut raccourcie. [...]

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Qui a tué le colonel moutarde ?

Connaissez-vous la dernière blague ? Un homme s’énerve à propos de la file d’attente qu’il doit faire pour prendre de l’essence. Il finit par exploser : « Je vais aller à l’Élysée et je vais tuer Macron ». Lorsqu’il revient, les autres dans la file lui demandent : « Alors, as-tu tué Macron ? Non, là-bas la file d’attente est encore plus longue ».

Depuis quelques mois, la France découvre les pénuries. Réveil brutal ! La société de consommation nous avait habitués à l’abondance, pas aux linéaires vides, façon bloc de l’Est. Les queues interminables et les tickets de rationnements appartenaient au passé. Alors face à l’épreuve, hauts les cœurs ! il nous reste l’humour.

La moutarde dijonnaise est composée de graines du Canada, broyées par un ouvrier tchèque dont les patrons Anglo-bataves payent leurs impôts en Irlande

Autre pénurie, autre blague : la disparition de la moutarde de Dijon. Jusqu’à présent, l’esprit cartésien situait la moutarde de Dijon à... Dijon. Nenni, nenni monseigneur, la moutarde dijonnaise est composée de graines du Canada, broyées par un ouvrier tchèque dont les patrons Anglo-bataves payent leurs impôts en Irlande. Si l’appât du gain est triomphant, la mondialisation trouve aujourd’hui ses limites : en juillet 2021, le Canada subit un dôme de chaleur qui provoque la mort de 700 personnes. La destruction des champs de moutarde entraine la chute de la production. Elle passe de 100 000 tonnes à 50 000 tonnes. Dans la capitale mondiale de la moutarde, les industriels s’agitent en tous sens. Pour éviter la pénurie, ils se tournent vers l’Est. La Russie et l’Ukraine sont les deuxième et quatrième producteurs mondiaux de graines de moutarde. Hélas, nos fabricants bourguignons débarquent en pleine dispute conjugale entre Popof et Popova. À l’Est, pas de salut et inutile de se tourner vers les agriculteurs français : la culture de graines de moutarde a presque disparu du pays depuis la Seconde guerre mondiale. [...]

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L’appel d’Urbain II : et l’Occident prit la croix

Nous sommes le 27 novembre 1095, à la clôture du Concile de Clermont, convoqué pour réformer certains abus ecclésiastiques. Le pape Urbain II prononce un discours qui enjoint la chrétienté occidentale à se porter au secours de sa sœur orientale, mise en danger par l’émergence des Turcs seldjoukides dans la seconde moitié du siècle. Après leur victoire à Manzikert contre les Byzantins en 1071, ils se sont installés durablement en Anatolie et ont conquis Jérusalem. Celle-ci était auparavant aux mains des Arabes, qui entretenaient des relations plutôt paisibles avec les chrétiens. Mais les Turcs massacrent allègrement les chrétiens d’Orient et interdisent l’accès de la ville sainte aux pèlerins. Et ils menacent chaque jour davantage l’empire byzantin, verrou traditionnel de l’Occident face à l’islam. L’heure est donc grave. La réception du discours du pape dépasse toutes ses attentes. Pendant sa prise de parole même, un moine connu sous le nom de Pierre l’Ermite lance un « Deus vult » repris par toute la foule, cri de ralliement qui aura la postérité qu’on sait.

Lire aussi : Valmy, bataille qui fait pschitt

Des milliers de pauvres quittent leur terre, la vendent parfois, pour prendre le chemin de Jérusalem.Ils sont menés par une poignée de chevaliers désargentés comme Gautier Sans-Avoir et de prêcheurs comme Pierre l’Ermite, dont il a déjà été question. Cette croisade populaire aura malheureusement une fin tragique. Sans discipline ni stratégie claire, les vingt mille hommes arrivés en Orient sont réduits à trois mille après une rencontre sanglante avec l’armée du sultan à Civitot en 1096. Les survivants rentrent à Constantinople où ils attendent la croisade des barons. Car la noblesse guerrière a elle aussi répondu présent à l’appel papal. Ses contingents seront à Constantinople au printemps 1097. [...]

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Le col roulé de Bruno Le Maire 
Les conseils vestimentaires du gouvernement sont une nouveauté. Ainsi du col roulé de Bruno Le Maire et de la doudoune d’Élisabeth Borne. Laissons à cette dernière son accessoire de boomeuse et voyons plutôt pourquoi le choix de Bruno Le Maire n’est pas anodin. Certes, le ministre de l’Économie a publié un long post LinkedIn, dans lequel il regrette que ses suggestions pour l’hiver aient fait la joie des Français. Il ne fallait pourtant pas s’étonner : dans une démocratie (« en démocratie », disent-ils), ce sont la formule et le cliché qui bouffent le débat de fond. Et puis, quand on pousse la démagogie, la facilité, jusqu’à sous-entendre que, dans les couloirs de Bercy aussi, « on baisse, on éteint, on décale », et qu’on mettra des mitaines pour réclamer des thunes aux contribuables s’il le faut, on mérite la caricature. Le vêtement est politique, bien sûr. Voyez Zelensky habillé en moniteur d’accrobranche : ce qu’on trouve ridicule en Russie est stylé en Ukraine. Vérité en deçà du Dniepr, erreur au-delà. Le style, c’est l’homme, disait Buffon ou Mussolini, je ne sais plus. [...]
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Partout, les saints : saint Céran

À l’heure où vous lirez ces lignes, vous serez certainement en train de vous reposer d’avoir trop fêté la Saint Céran, le 26 septembre. Vous aurez relu pour la énième fois sa Vie des martyrs saints Speusipe, Eleusippe, Meleusipe, l’un des premiers best sellers de l’histoire, qu’il avait rédigé en hommage à ces triplés martyrs de Cappadoce, et au moment où vous vous endormirez bourgeoisement dans votre bergère Louis XVI, votre fils débarquera tout benoîtement pour vous dire : « Mais Papa/Maman/Parent 1/Parent 2, qu’a fait exactement saint Céran, pour que nous le célébrions autant ? »

Lire aussi : Partout, les saints : sainte Germaine de Pibrac

Allons-y. Saint Céran fut évêque de Paris sous Clotaire II, entre la fin du VIe siècle et le début du VIIe. Durant son mandat, il travailla à réduire l’influence du roi dans les choix des nouveaux évêques et des dignitaires laïcs, et à clarifier les responsabilités des évêques, notamment vis-à-vis des clercs, et à réformer l’organisation judiciaire du royaume franc. [...]

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Le zéro et l’infini : la tendance montante du sans-alcool

Au cours d’un déjeuner à Buckingham en 1940, George VI interpella Churchill : « Winston, comment faites-vous pour boire autant ?  Je m’entraîne ». Plus qu’une boutade, un état d’esprit. La glorieuse génération qui avait vécu la guerre se moquait bien de nos angoisses existentielles. Sous les bombes et le rationnement, la préservation du capital santé n’était pas un impératif. Les excès à l’heure de l’apéritif étaient sacrés pour nos grands-parents. Les cendriers débordants côtoyaient les Campari et les whiskies. On dévorait la vie et les cacahuètes salées par les deux bouts. Avec un tel régime, bien chanceux celui qui dépassait les 70 ans.

Depuis lors, nous gérons l’existence en boutiquier. Vieillir sainement pour vieillir longtemps. Jusqu’où ? Personne ne sait. La période de l’aventurisme alimentaire est close, voici le temps de la raison. Depuis 1960, la consommation d’alcool en France n’a cessé de se réduire. Un Français consommait en moyenne 200 litres d’alcool par an en 1960. Il n’en consomme plus que 80 litres aujourd’hui. Cette division par 2,5 est surtout due au recul de la consommation de vin. En 1960, un bon citoyen en consommait 128 litres par an. Aujourd’hui, la moyenne est de 36 litres.

Les plantes qui donnent le goût proviennent du sud comme le romarin, la gentiane et l’anis mais l’attaque, elle, vient du verjus

Laura Falque

Si nous consommons moins, nous consommons mieux. L’époque des effroyables piquettes d’Occitanie est terminée. La tendance générale est la montée en gamme des boissons alcoolisées. La mythique Kronenbourg que l’on éclusait avec une bonne vieille « Goldo » a disparu des terrains vagues. Aujourd’hui on savoure des bières d’Abbaye, le petit doigt levé. 

Mais rassurons-nous, les Français ne sont pas encore des Amish. À l’échelle européenne, nous restons dans le peloton de tête des gros consommateurs d’alcool. Classée à la huitième place après la Lituanie, la République Tchèque, l’Allemagne, l’Irlande, le Luxembourg, la Lettonie et la Bulgarie, la France dame le pion à l’Angleterre (dix-huitième rang) et à l’Italie (vingt-huitième). Chez nous, 13 % des 18-24 ans déclarent au moins dix ivresses par an. Regardons donc l’avenir avec optimisme !

La chute de la consommation d’alcool profite aux boissons non alcoolisées. Leur part dans le budget des foyers français est passée de 22 % en 1960 à plus de 40 % en 2022. Parmi elles, les eaux minérales, les sodas et les jus de fruit se taillent la part du lion. Mais à l’heure de l’apéritif, que boit-on quand on ne boit pas d’alcool ?

Laura Falque et Marion Lebeau travaillaient dans une agence de communication. Dans le domaine des spiritueux et des vins, elles géraient l’identité des marques, leur packaging et leur mise en place dans les magasins. Tombées enceintes toutes les deux en 2019, « nous sommes entrées dans l’univers du sans alcool, explique Laura. En d’autres mots, l’univers des boissons trop sucrées, fades et artificielles. C’est de cette frustration qu’est née l’idée de créer notre propre apéritif que nous avons appelé Osco ». [...]

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