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Droit d’asile civilisationnel

En 370, les Wisigoths, fuyant les hordes de Huns dont la violence vidait l’Europe orientale de ses tribus, demandèrent asile. Et ils demandèrent asile à la plus opulente civilisation de leur époque, Rome. L’empereur Valens, se voulant humaniste, juste et bon, se fit précurseur de la notion de droit d’asile. Il ouvrit les portes de l’empire à ces réfugiés, leur permit de franchir le Danube et de s’installer sur les terres de l’actuelle Bulgarie. Valens demanda à l’administration et à l’armée romaine d’organiser l’installation de ces tribus gothiques. Un « Wir Schaffen Das » avant l’heure (le « nous y arriverons » d’Angela Merkel quand elle accueillit un million de migrants clandestins en 2015).

De son offre d’asile, Valens fut bien mal remercié. L’administration romaine fut débordée par le flot de populations à installer et les populations romaines locales vécurent très mal l’installation de ces barbares qui par le passé avaient si souvent franchi le Limes pour piller les villes frontalières. Les réfugiés commencèrent à se plaindre d’être réduits en esclavages par les fonctionnaires romains qui exigeaient d’importants impôts pour leur prise en charge, d’être rackettés par les généraux romains chargés de leur protection, d’être finalement maltraités par la Rome qui les avaient accueillis.

Lire aussi : Enquête : France Terre d’Asile, un demi-milliard d’euros de l’État pour accueillir la misère du monde

Ce qui devait arriver arriva : les tribus se révoltèrent contre l’empire. Les Wisigoths se rallièrent sous la bannière de Fritigern, se constituèrent en armée et commencèrent à piller la Thrace deux années durant. Ils fuyaient la guerre et ils amenèrent la guerre.

L’empereur Valens, que sa charité avait conduit faire entrer l’ennemi au sein de l’empire, se décida alors à la répression. En 378, faisant converger de nombreuses troupes romaines vers les Goths, il prit la tête d’une partie d’entre elles et se dirigea vers Andrinople où se situait le campement wisigoth et ce, sans attendre la totalité des renforts romains en provenance d’Occident. 20 000 soldats romains, sûrs de leur supériorité au combat s’élancèrent face à une armée deux fois plus vaste. Par une habile manœuvre de cavalerie (signe que les barbares apprenaient l’art militaire au contact des Romains) et une écrasante supériorité numérique, les Wisigoths détruisirent intégralement les légions romaines. L’empereur Valens mourut au combat au milieu de ses hommes, tué par ceux qu’il avait accueilli.

Pour la première fois, Rome perdait tactiquement face aux barbares. Un empereur était tué sur le champ de bataille, l’armée romaine était amputée de 20 000 de ses meilleures hommes. Mais cette défaite signe en fait le véritable début de la chute de Rome, un siècle plus tard. Les Wisigoths, Ostrogoths et de multiples autres tribus barbares ravagent et pillent les terres romaines d’est en ouest et du nord au sud, ouvrant la voie aux armées d’Attila qui porteront les coups de boutoir décisifs à l’empire.

L’Europe n’a aucunement l’obligation d’accueillir des réfugiés provenant d’une aire civilisationnelle qui n’est pas la sienne. Les Afghans, Syriens ou Maliens ont tous des pays alentours, culturellement proches, dans lesquels ils peuvent se mettre à l’abri

À cause de l’humanisme naïf et crédule d’un empereur qui ouvrit les portes de sa civilisation à des barbares hostiles demandant asile avant de tout piller, tout tuer, tout détruire. Ces invasions barbares qui détruisirent Rome lors de la « grande migration des peuples » étaient toutes l’œuvre de « réfugiés ». Réfugiés politiques, réfugiés économiques et même réfugiés climatiques car c’est pour beaucoup en raison d’un refroidissement majeur du climat de l’époque que les cultures à l’est de l’Europe furent abandonnées pour les terres fertiles de l’ouest (et notamment la Gaule).

Mêmes causes, mêmes conséquences.

Nous avons aujourd’hui des millions de « réfugiés » en provenance du tiers-Monde en route vers la riche et vieille Europe. Qu’ils s’agisse des Afghans, des Syriens, des Marocains ou des Maliens, tous auront une bonne raison d’avancer qu’ils vivront mieux en Europe que dans leurs pays. Alors même que nous avons pu voir à Cologne lors de la nuit de la Saint Sylvestre 2016 comment ces réfugiés pouvaient se comporter avec les femmes allemandes, les agressant sexuellement (1049 dépôts de plainte pour 1500 agresseurs identifiés comme « arabes » ou « nord-africains » par la police de Cologne – l’un des agresseurs se défendait lors de son arrestation en criant qu’« Angela Merkel l’avait invité »). C’est aujourd’hui Martine Aubry, maire de Lille, qui demande à ce que les municipalités de France fassent de la place pour les réfugiés afghans. Celles-là n’auront probablement pas compris tant qu’elles ne finiront pas comme l’empereur Valens, étalé au milieu des cadavres de ses soldats, piétiné par ses hôtes, humaniste jusqu’à en mourir.

Où jusqu’à ce que les autres en meurent, comme Timothy Bonnet, garçon de 19 ans poignardé en 2019 à Villeurbanne par un Afghan car « il ne lisait pas le coran ». Cet Afghan avait obtenu l’asile de la part de la France. Timothy et tant d’autres anonymes. Ce droit d’asile, si dévoyé qu’il ne correspond plus à rien d’autre qu’une filière d’invasion massive d’individus pour beaucoup hostiles et inassimilables doit être revu. Profondément revu. Selon un prisme civilisationnel.

Lire aussi : Stéphane Ravier : « Le premier problème à Marseille, c’est l’immigration »

Lorsqu’au sein de la civilisation européenne peut se dérouler un conflit entraînant des déplacements de population, il n’est pas anormal que des pays voisins puissent venir en aide et accorder asile à ces populations. Car elles font partie de la même civilisation. Par exemple, après la guerre du Donbass, plusieurs milliers de familles ukrainiennes se sont vs accorder l’asile en Pologne, pays voisin et fort proche culturellement. Sans que cela ne suscite de remous. Et il est envisageable que ces familles puissent regagner leurs terres une fois que les armes se seront définitivement tues.

Mais l’Europe n’a aucunement l’obligation d’accueillir des réfugiés provenant d’une aire civilisationnelle qui n’est pas la sienne. Les Afghans, Syriens ou Maliens ont tous des pays alentours, culturellement proches, dans lesquels ils peuvent se mettre à l’abri le temps que cessent les combats. Mais en venant jusqu’en Europe, c’est bien évidemment la recherche d’une assistance économique et sociale multiformes qu’ils viennent trouver. Cela doit cesser. Totalement. Chaque civilisation doit s’occuper des problèmes qui concernent ses peuples, pas ceux d’autres peuples qui devront trouver leur salut au sein de leurs civilisations propres. Si nous nous refusons à cette fermeté indispensable, par un humanisme mal pensé, alors nous préparons à tous, accueillants comme accueillis, un avenir de malheur qui dépassera en souffrances toutes celles évoqués précédemment. Rome est tombée. L’Europe tombera aussi. Et les Européens avec.

Anne Coffinier : « Il y a un désamour évident à l’égard de l’Éducation nationale »

L’Éducation nationale traverse une grande crise identitaire, en témoignent les réformes successives des programmes et du baccalauréat. Dans ce climat confus, la création d’écoles hors contrat est, quant à elle, particulièrement dynamique. Quelles en sont les raisons profondes ?

Il y a plusieurs facteurs. Plus personne ne pense que l’Éducation nationale ne saura se relever de l’état de crise structurelle dans lequel elle se trouve. Les parents cherchent donc des alternatives, et chose nouvelle, les professeurs aussi. C’est pour cela qu’il y a un taux record de démission des enseignants dans l’Éducation nationale. S’ajoute un désir d’avoir une école sur-mesure adaptée aux singularités de son enfant. La culture dominante du « c’est mon choix ! » pousse les parents à considérer comme fondé leur désir de choisir le type de pédagogie adaptée à leur enfant et à leur vision éducative. La culture technocratique qui prévaut au sein de l’école publique fait office de repoussoir pour les parents travaillés par un désir de davantage d’humanité, de respect de la singularité de l’enfant, de pluralité d’utilisation sociale des lieux mais aussi de caractère intégral de l’éducation.

Lire aussi : Anne Coffinier : première de classe

Toutes ces tendances alimentent l’intérêt pour les pédagogies alternatives, d’autant que l’école publique n’offre plus une pédagogie classique « à la Jules Ferry » : la rigueur, le récit national fédérateur, la culture du respect de l’autorité et de la morale traditionnelle. Tout cela a intégralement disparu de l’école publique. Elle ne possède au final ni les atouts du hors-contrat ni la rigueur et l’efficacité de la communale d’antan. Cela explique largement le développement des écoles hors-contrat depuis dix ans. Pas besoin d’un prétendu désir de repli sur soi ou d’une haine de la diversité pour alimenter l’essor des écoles libres !

Quelles sont les caractéristiques principales des créations de cette année ?

Certes, la Covid a compliqué les créations d’écoles : 73 sont repoussées à 2022 quand 104 ouvrent tout de suite, et une quinzaine d’autres a priori d’ici Noël. Mais, inversement, elle aura alimenté les créations d’écoles à fort ancrage dans la nature et ayant une approche de la crise sanitaire fondée sur davantage de bon sens pédagogique.

La cuvée de création d’écoles de cette année se caractérise par une forte poussée des ouvertures de secondaire (près de la moitié des créations contre un tiers habituellement), des établissements à fort ancrage dans la nature (20% des ouvertures en 2021), un maintien des écoles bilingues ou à spécificité linguistiques (21%) et de celles pour les publics spécifiques (handicaps, jeunes sportifs, etc : 17 %). S’agissant de la pédagogie, les écoles Montessori représentent 17% des créations, tandis que les écoles classiques 15%, les écoles mixant différentes pédagogies alternatives 53% et les écoles démocratiques 15%. [...]

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Crise sanitaire : non à l’État maternant !

Confinement, masque, passe sanitaire, vaccination quasi-obligatoire : depuis dix-huit mois, voilà ce à quoi l’État nous contraint. Pour certains, ce sont des mesures de simple bon sens pour lutter contre l’épidémie, un moindre mal qu’il faut accepter. Ne sommes-nous pas en guerre contre le virus et ne sont-ce pas les moyens les plus efficaces pour s’en protéger ? Ceux-là considèrent le plus souvent les opposants à ces règles comme des grincheux, des inconscients, des irresponsables, des obscurantistes voire comme des complotistes et même des criminels.

Puisque je suis l’un de ces opposants, je répondrais que je ne me sens ni grincheux, ni inconscient, ni irresponsable, ni obscurantiste, ni même criminel. Je trouve tout simplement ces règles disproportionnées et donc paradoxalement déraisonnables. Je dis paradoxalement puisque la majorité de nos concitoyens, semble-t-il, considère au contraire que ces règles sont justes et fondées scientifiquement. Ne voulant pas entrer dans le débat sur l’efficacité de celles-ci, je pars du postulat qu’elles ont effectivement une certaine efficacité immédiate. Mais mon opposition porte sur le caractère infantilisant de ces mesures. Je considère, de plus, que ces contraintes sanitaires sont révélatrices de l’esprit de notre époque et par-là peuvent susciter certaines prises de conscience et résolutions.[...]

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Stéphane Ravier : « Le premier problème à Marseille, c’est l’immigration »

Des vidéos diffusées récemment par CNews montrent des quartiers de Marseille contrôlés par des « checkpoints ». Dans quelle mesure les quartiers marseillais sont-ils devenus des zones de non-droit ?

Il aura fallu la venue d’Emmanuel Macron pour que les caméras se braquent enfin sur un phénomène que j’ai dénoncé il y a des années. Mais comme cela venait du Rassemblement national, c’était forcément, et au mieux, de l’exagération, au pire attiser la haine et montrer les Marseillais les uns contre les autres. Je n’ai malheureusement jamais été écouté. Ces images ne m’ont donc pas étonné car c’est quelque chose de courant aux Flamants, au parc Kalliste, à la Castellane ou au Vieux Moulin – j’ai moi-même été contrôlé une fois !

Logement, insécurité, trafic de drogue, chômage, transport, pauvreté. Avec le voyage du président Macron, les Français redécouvrent ces derniers jours les problèmes auxquels fait face Marseille. Comment la deuxième ville de France en est-elle arrivée là ?

Emmanuel Macron est la dernière personnalité qui manquait au tableau, après Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault – venu en 2014 annoncer qu’il allait faire un chèque de plusieurs centaines de millions d’euros pour les cités. L’argent coule déjà à flot dans nos cités via la politique de la ville ! Toujours est-il que tous les domaines, Marseille est une urgence absolue. Il y a trois points de plus que la moyenne nationale en matière de chômage. 25% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Lire aussi : L’Institut pour la Justice : « Y-a-t-il un lien entre délinquance et immigration ? »

Certes, notre système économique fabrique des chômeurs, mais nous en importons beaucoup aussi. L’immigration prend la forme du Grand remplacement. L’insécurité atteint des sommets. Le trafic de drogue contrôle des dizaines de cités. Les écoles sont en partie dans un état pitoyable – maire des 13è et 14è arrondissements, j’avais été le premier à avertir monsieur Gaudin et son équipe, mais ça n’avait pas non plus été pris au sérieux. La venue du président est une caisse de résonance, mais j’ai le sentiment que les Marseillais accueillent sa venue et ses promesses avec beaucoup de retenue, parce qu’on nous a beaucoup promis mais rien n’est venu. [...]

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CMRDS 2021 : ils s’instruisent pour vaincre

Il est des monuments historiques nationaux dans l’ordre de l’esprit. N’en déplaise aux biens pensants, l’Action française est de ceux-ci. On peut critiquer certains aspects de sa pensée ou certaines décisions de ses dirigeants passés, cela n’enlève rien à cette étonnante aventure humaine qui dure depuis cent vingt ans. Fondée en 1899, plus ancien mouvement politique français avec le Parti radical, l’Action française témoigne actuellement d’une dynamique significative. Alors que l’anomie contemporaine vide les partis politiques de leurs militants et voit s’écarter d’eux les jeunes, le principal mouvement royaliste français a rassemblé à la fin du mois d’août trois cent cinquante cadres et militants, en grande majorité des étudiants ou de jeunes travailleurs près de Roanne dans le Forez. Un chiffre en net progression depuis plusieurs années, comme me l’a fait remarquer Philippe Lallement, animateurs de La Nouvelle Revue Universelle, l’une des publications théoriques de la mouvance maurrassienne.

« Nous allions formation durable des militants et actions concrètes de militantisme sur le terrain. Le succès de cette université d’été est la résultante d’une année politique intense à Paris comme dans les provinces. »

François Bel-Ker

Ce rassemblement annuel porte depuis sa fondation en 1953 le nom de Camp Maxime Real del Sarte en hommage au sculpteur royaliste qui parraina l’opération. Le château d’Ailly, qui accueille depuis plusieurs années ces rencontres estivales d’une durée d’une semaine, ouvre largement sa façade classique sur la campagne. Il appartient à la famille de l’encyclopédiste Charles de Brosses, président du Parlement de Bourgogne sous Louis XV et auteur resté fameux pour ses Lettres d’Italie. Au CMRDS, les militants dorment sous la tente. Ce qui frappe chez ces jeunes royalistes, c’est leur passion, non pas d’un passé révolu, mais de l’actualité politique. La mécanique maurrassienne est bien huilée. Ici on entend servir le Bien commun et défendre l’intérêt national en restaurant la légitimité politique. L’objectif pratique affiché et assumé lors de la conclusion de ces débats est de couronner une Ve République recentrée sur ses accents constitutionnels en plaçant à la tête de l’État le chef de la Maison de France, c’est-à-dire le comte de Paris. « Ce recours à un monarque héréditaire permettrait d’échapper aux inconvénients de la compétition électorale permanente que nous connaissons aujourd’hui » m’explique un militant. L’autre leitmotiv, c’est de recouvrer une souveraineté nationale abîmée par la construction européenne. [...]

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Éditorial de Jacques de Guillebon : Ma droite, mes droits !

« Il en est un grand nombre qui, à l’exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas, entendent par le nom de liberté ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui empruntant leur nom au mot de liberté, veulent être appelés Libéraux ». Violent ? Oui, comme les paroles inspirées d’une encyclique de Léon XIII (Libertas praestantissimum, 1888) : quand l’Église était un glaive, quand le Saint-Siège était un poignard. Contre la liberté des modernes, l’épouse du Christ n’aura jamais assez tonné, et elle n’en aura jamais fini puisqu’elle aura été a priori défaite dans chaque bataille depuis deux cents ans. Avait-elle tort de condamner « l’absurde licence » dont notre civilisation se revendique aujourd’hui sans rougir ? Faudrait-il vivre comme des talibans, diront les imbéciles, pour qui liberté n’est qu’un grigri agité en toute situation ?

Lire aussi : Éditorial de Jacques de Guillebon : Les hommes providentiels

Il est étonnant que libéral soit devenu un mot de droite, voire de chrétiens, quand il désignait originellement ce mouvement révolutionnaire simplet consistant à remplacer toutes les antiques vertus de la cité, justice, bien commun, vérité, honneur, par les petits mots de liberté individuelle. On ne discutera pas ici des fameuses « lois du marché » – apparemment les seules dont le vaniteux contemporain admet de porter le joug ; fameux et glorieux joug que celui du cours de la carotte et de la patate – mais plutôt de ce sentiment de propriété de soi qui anime l’homme moderne libéré et lui fait songer qu’il n’a plus à rechercher rien qui le dépasse sinon pour que ça le satisfasse. D’ailleurs, rien ne le dépasse et il est en tout la somme de tout. Aussi le moindre événement l’inquiète, le tend, le rend semi-fou, car à qui ne souhaite que sa liberté le moindre extérieur se révèle foncièrement contrariété.

Et la droite est plus coupable que quiconque d’avoir goûté au fruit de l’arbre de la liberté, la liberté n’étant au fond que le cadeau du fort fait au faible, car le fort recherche la vérité et quand il la connaît il n’a nul besoin d’exiger quelque liberté d’en jouir. La vérité est un don, la liberté une aumône faite aux aveugles.

Mais on dirait que le monde des forts s’est changé en un tas de victimes. La droite ressemble à ces filles de nouveaux livres d’aventures pour enfants promus par des ordures éditoriales, qui combattent le sexisme partout, et triomphent finalement du méchant garçon (blanc, évidemment). La droite est devenue une pleureuse, fille de Guizot et de Daladier : munichienne, elle gémit devant ses droits perdus, remuant à peine l’orteil, mais éructant son malheur à la face du monde, et réclamant qu’un deus ex machina vienne la sauver. Et c’est le petit homme qui nous gouverne, né d’un croisement de la banque et de la licence, qui est obligé de nous rappeler à l’ordre, de redire à des Français grincheux que pour que France et civilisation continuent, les devoirs passent avant les droits. Banalité certes, mais que ces temps odieux nécessitent.

Ce microbe sera tel la zizanie ou le grain de moutarde le moyen ou de notre chute ou de notre salut

Finalement, la providence à son habitude se sera servi du plus minuscule des êtres – un virus – pour nous renverser de notre trône, nous les superbes, nous les puissants (que nous croyions). Ce microbe sera tel la zizanie ou le grain de moutarde le moyen ou de notre chute ou de notre salut. Et c’est ici que la vraie liberté, pas n’importe laquelle, celle du libre-arbitre, entre en jeu : que ferons-nous de cette situation qui nous est donnée, de ce temps qui nous reste à vivre ? Ou l’occasion de nous déchirer, ou l’occasion de nous réconcilier dans une destinée supérieure.

Au milieu du chemin de cette vie, nous nous retrouvons au carrefour : que proposerons-nous à ce pays, à nos enfants, à nos contemporains, le sang, la sueur et les larmes ; ou la sempiternelle réaffirmation de notre droit à jouir ?

Une banane sans arêtes, s’il vous plaît

« Dites-moi, mon brave, ce n’est pas parce que le confinement est terminé et que vous pouvez à nouveau ouvrir vos salles et vos terrasses qu’il faut vous venger sur les clients, et leur servir du poisson plein d’arêtes comme celui-ci ! C’est absolument immangeable ! » conclut Chantal de S. en désignant une assiette qui ressemblait à un champ de bataille napoléonien.

– Ah, ça, madame, c’est toujours le problème de la perche. Madame souhaiterait que je lui apporte autre chose ? Un steak haché ? Une quiche lorraine ? »

– Non merci, c’est un peu tard, mais vous pourriez prévenir, tout de même ! On n’est pas censé le savoir ! Vous ne trouvez pas ? grognat-elle en prenant toute la tablée à témoin.

– Chantal, décidément, vous m’émerveillerez toujours ! J’ignorais que l’on pouvait être aussi représentative de son époque que vous l’êtes !

– J’y verrais volontiers un compliment si ça ne venait pas de vous, mon cher E. Mais que voulez- vous insinuer par-là ? Quel est le rapport entre notre époque et les arêtes de poisson. [...]

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Partout, les saints : Sainte Rafqa

Boutrossieh naît en juin 1832, dans une modeste famille libanaise. Son prénom aux consonances exotiques se traduit simplement par « Pierrette » dans la langue de Molière. Famille modeste, nous disions donc, mais très pieuse. Sa maman, Rafqa, l’emmène devant un petit autel de fortune prier sa Mère Céleste dès que la jeune fille ouvre les yeux le matin. Mieux que la routine Chocapics + yaourt.

Sa pieuse maman part un peu trop vite au ciel. La petite Boutrossieh se retrouve à devoir tenir une maison et un père éploré. Comme à peu près tous les mardis au Liban, c’est la guerre pour une raison rigoureusement incompréhensible. Le budget de la maison se réduit comme peau de chagrin, et après avoir perdu sa femme, le brave père doit se résoudre à laisser partir sa fille comme servante dans une maison de gros bourges de Damas. Ces chrétiens maronites la traitent bien, et Boutrossieh se révèle si dévouée, douce et vertueuse qu’elle repartira chez elle quatre ans plus tard avec un trousseau complet. Soit une petite fortune en vêtements, linges de maison et autres fanfreluches de gonzesses, indispensables pour se marier. Demandez à mamie, elle vous expliquera.

Lire aussi : Partout, les saints : Saint Louis Orione

Pendant ce temps, papa s’est remarié. La belle-mère adopte tout de suite la charmante petite, qui de surcroît a oublié d’être moche. La jeune adolescente devient vite une turbo bombe qui fait baver tout le voisinage. Les daronnes du coin commencent à se crêper le chignon pour savoir lequel de leurs fils épousera cette beauté à la dot conséquente. Mais le projet de Boutrossieh ne colle pas avec la vie maritale. Déjà, elle est si pieuse qu’elle entraîne sa ligue de copines à une attitude pudique envers ses prétendants. [...]

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