Skip to content
Gilles-William Goldnadel : L’hystérie des foules médiatiques
Il récuse la pensée de masse, l’abêtissement et l’avilissement du peuple et se lance le défi de psychanalyser les médias: névrose, folie, hystérie, haine. Les foules médiatiques seraient-elles gangrénées jusqu’à la moelle ? Face au pathos imposé et dégoulinant, Gilles-William Goldnadel préfère se livrer avec pudeur à propos de la Shoah et de la place de l’homme juif dans la société.   Qu’appelez-vous « névroses médiatiques » ?   Cela fait longtemps que je vitupère les médias, et j’ai essayé dans ce livre de comprendre en quoi il y avait une névrose médiatique. Mon livre s’adresse à tous les gens qui considèrent que le monde ne tourne pas rond, qu’il est vraiment cinglé pour parler crûment. J’ai donc vu, dans cette folie, la marque de l’hystérie que l’on retrouve dans l’hystérie des foules: j’ai été lire La psychologie des foules de Gustave Le Bon, revue par Sigmund Freud, qui expliquent tous les deux en termes assez peu amènes, ce qui caractérise une foule : la foule est puérile, suiviste, proprement hystérique, elle s’alimente davantage de haine que d’amour; la foule est panurgiste, presque par définition, et surtout elle est plus à la recherche de croyances que de vérités. Aujourd’hui, les individus isolés chacun dans leur coin, mais reliés tous électroniquement et connectés médiatiquement, forment une foule avec ces mêmes caractéristiques.   La parole publique s’est en effet libérée sur les réseaux sociaux. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?   J’ai le sentiment que c’est plutôt pour le pire que pour le meilleur, mais je reconnais que grâce aux réseaux électroniques le monopole des fakes news a été perdu par le service public audiovisuel; c’est pour ça d’ailleurs qu’il en veut beaucoup aux réseaux sociaux. Cependant, il possédait surtout le monopole du fake par occultation: il est très rare que l’on vous cache complètement un événement. Mais si on le raconte dans un articulet de quatrième page, c’est une occultation de fait; inversement, on va surexposer ce qui arrange. De ce point de vue-là, grâce soit rendue aux réseaux sociaux.   Pour le pire cependant, l’hystérie des foules médiatiques qui existait, déjà, via la télévision ou les journaux, a été exponentiellement multipliée. Mais pour reprendre le fil de la première question, il y a une névrose beaucoup plus profonde qui est proche du masochisme voire de la paranoïa : c’est la grande honte occidentale, la grande honte blanche qui ne vient pas tant de la honte de l’esclavagisme – si ça n’était que ça, les Arabes devraient davantage encore avoir plus honte que les Occidentaux, la traite négrière arabique étant bien plus ancienne et bien plus importante que la traite atlantique. Non: le colonialisme et la honte du colonialisme ont été revisités par la honte de la Shoah.   Est-il normal en tant qu’européen d’avoir honte de la Shoah ?   Cette honte est totalement injustifiée : à supposer même que je m’adresse au fils ou au petit-fils d’un collaborateur patenté, il ne devrait nourrir la moindre honte par rapport à son collaborateur de grand-père.   Comment est-on passé d’une honte éventuellement légitime à une autoflagellation contreproductive ?   Par le biais de la névrose : je récuse le mot honte, auquel je préfère celui de souffrance. Pour ma part, je suis un juif parfaitement assumé, la Shoah reste pour moi une souffrance indicible, une partie de ma famille est morte dans les chambres à gaz. J’ai toujours été gêné par un pathos autour de la Shoah, mais il se trouve que je n’aime pas le pathos en général, auquel je préfère un deuil pudique. Ceci fermement posé, je considère par exemple que la création de l’État d’Israël est une formidable consolation pour celui qui vous parle. Il y a une image que je déteste, celle d’un soldat allemand qui, avec la pointe de sa badine, lève le menton d’une vieille juive en fichu, je le vis encore comme une manière d’humiliation. La réponse merveilleuse de Tsahal à Goebbels qui disait « Vous avez déjà vu un soldat juif? » me convient bien volontiers. Ce que je réprouve, c’est une honte qui serait héréditaire, et cette obsession de la Shoah, cette sauce Shoah mise à tous les plats, c’est l’excès qui caractérise la névrose. Quand je m’engueule avec ma chère Oriana Fallacci, je lui dis: « Oriana, je ne crois pas que vous ayez raison de penser que la civilisation occidentale est supérieure à la civilisation orientale, c’est bien en Occident que s’est créée la Shoah ». Ainsi moi-même je n’oublie pas cela, mais je dénonce l’hystérie et l’excès qui sont la source de cette névrose contemporaine [...] Suite dans le dernier L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Notre-Dame de Paris contre les Avengers
Après le tragique incendie qui a ravagé Notre-Dame, l’élan de solidarité fut aussi instantané que mondial. Des donations de plusieurs centaines de millions d’euros venant des plus grosses fortunes françaises aux quatre euros donnés par une jeune britannique ayant à cœur de bien faire, en passant par le gouvernement serbe, peu rancunier, au roi du Sanwi, nombreux sont ceux à avoir proposé leur aide pour rebâtir la cathédrale meurtrie par les flammes. Bien entendu, un tel élan de générosité ne pouvait qu’être suspect : les grosses fortunes ont tout de suite été soupçonnées de n’agir que dans leur propre intérêt, et les esprits chagrins ont été outrés que l’on puisse débloquer pour une cathédrale, c’est-à-dire un lieu de culte catholique, un milliard d’euros en vingt-quatre heures. « Et nos SDF ? Et nos migrants ? Et l’écologie ? Et... et... et... ? », lancèrent les pères-la-morale. Après tout, Notre-Dame de Paris, aussi belle fut-elle, n’était qu’un tas de vieilles pierres. Qui permettaient certes de faire vivre les crêpiers et troquets alentours, mais tout de même : un édifice catholique !
Sonia Mabrouk : « La France n’est pas multiculturelle et ne peut l’être »
Le sabir est la langue des ports méditerranéens. Un mélange d’italien, de français et d’arabe, mâtiné d’accents latins et grecs, parlé à Alexandrie, Marseille, Athènes et Carthage. Sur les hauteurs de l’antique capitale punique, Sonia Mabrouk a choisi son camp lorsqu’elle étudiait à l’Institut des hautes études commerciales de Carthage (IHEC) : celui de la France et par n’importe laquelle, celle des Camus, Stéphane Zweig, Marguerite Yourcenar et Romain Gary. Intervieweuse sur Europe 1 et maîtresse des débats sur Cnews dans son émission « Les Voix de l’info », la belle Sonia surprend. Son style d’abord, un sourire envoûtant qui allie le charme de l’Orient et la courtoisie française mais aussi une autorité, à la fois naturelle et professionnelle. On débat mais avec respect et on ne se cache pas derrière une novlangue bidon au risque de se faire débusquer. Il y a quelques semaines Bernard-Henri Lévy en a fait les frais, poussé dans ses retranchements sur l’affaire Battisti: il bégayait comme un enfant. Sur ses plateaux, Sonia Mabrouk invite Gabrielle Cluzel, Alexandre del Valle et L’Incorrect. Les qu’en dira-t-on? Elle s’en tamponne. Elle cherche des personnalités qui n’ont pas honte de dire ce qu’ils pensent et parlent sans le moindre tabou de tous les sujets. Celle dont le grand-père s’appelle Delenda, comme un rappel que Carthage ne fut jamais définitivement détruite malgré la haine de ses ennemis, pourfend le politiquement correct, le multiculturalisme, l’islamisme et l’effacement des chrétiens de leurs propres terres. Entre deux émissions, elle écrit. Deux livres à succès, Le monde ne tourne pas rond, ma petite-fille (Flammarion, 2017) et Dans son cœur sommeille la vengeance (Plon, 2 018) sur le sujet brûlant du retour des enfants de djihadistes. Calme, précise, têtue, courtoise, cultivée, impertinente, voici Sonia Mabrouk. Vous avez reçu Mathieu Bock-Côté pour son ouvrage L’Empire du politiquement correct (Éd. du Cerf, 2019), dans lequel il pointe du doigt la responsabilité des universités et des médias dans l’avènement du politiquement correct. Partagez-vous son analyse ? Je suis complètement d’accord avec Mathieu à la seule différence que je n’essentialise pas les médias comme les universités. Heureusement, il en existe qui résistent au politiquement correct. Cependant, il y a une chose encore plus grave que le politiquement correct, c’est l’autocensure en amont, qui conduit certains à ne pas dire ce qu’ils pensent pour plaire à ce que l’on croit être le plus grand nombre qui est en fait une élite autoproclamée essayant d’influencer l’opinion. Pensez-vous qu’il soit très compliqué de contester cet empire ou qu’il suffirait, comme dans le conte d’Andersen, de dire que « le roi est nu » pour qu’il s’écroule ? Cet empire est comme un tableau que certains arrivent à fendiller par des flèches bien acérées. Un essayiste comme Mathieu Bock-Côté y contribue et j’en reçois d’autres qui arrivent aussi à perturber ce système. Et puis, je crois au bon sens des Français qui en ont ras-le-bol du politiquement correct. Dans les combats qui vous tiennent à cœur, quel intérêt accordez-vous au vocabulaire ? Je n’utilise pas les mots que je trouve vides de sens, comme par exemple le « vivre-ensemble » qui ne signifie rien. Dès qu’une personne l’utilise sur un plateau, je lui demande de le définir. De même, je me méfie des mots en « isme » ou en « phobie » qui ont pour principal objectif d’anesthésier tout débat par une tentative de psychiatrisation de l’adversaire. Ce sont des pierres qu’on lance, comme une lapidation médiatique. En revanche, il y a des mots tabous qu’il serait opportun de réhabiliter, par exemple les termes de souveraineté et de nation. Car qu’y a-t-il de plus essentiel pour un pays que la souveraineté et l’enracinement dans une communauté nationale ? Si l’on revient à l’étymologie, la souveraineté, c’est véritablement l’expression de la démocratie. Votre récente interview de Bernard-Henri Lévy sur l’affaire Battisti vous a valu de passer pour une journaliste pugnace qui ose rappeler certaines vérités, notamment le soutien que BHL et toute une partie de la gauche ont toujours apporté à Battisti. Pourquoi l’avoir fait ? Je ne prépare pas une interview pour faire trébucher mon invité mais je voulais connaître la vérité. Sur cette affaire, des journalistes ont été quasiment cloués au pilori. On ne pouvait pas dire un mot sur Battisti sans se faire lyncher médiatiquement. Battisti était intouchable. Or, du jour au lendemain, tout a changé et du fait de son extradition, il est apparu pour ce qu’il était, c’est-à-dire un criminel. Dès lors, je m’attendais à ce que BHL s’excuse et reconnaisse ses erreurs. Et puis, je pensais aux familles de victimes dont personne ne parlait. Or, lorsque BHL me répond, il comprend que Battisti est un criminel mais ne s’excuse pas ni avoue s’être trompé. Reconnaître ses erreurs aurait pourtant été une forme d’hommage rendu aux familles des victimes ainsi qu’à tous ceux qui ont cherché à faire émerger la vérité, en se faisant insulter par les bien-pensants. Depuis quelques années on observe une méfiance de plus en plus grande vis-à-vis des journalistes. Quelle analyse en faites-vous ? C’est un diagnostic que tout le monde partage mais encore faut-il s’interroger sur les causes de ce désaveu. Il y a quelque chose qui m’a toujours frappée, c’est la manière dont, par exemple, on parle de Donald Trump. On peut légitimement ne pas partager ses idées ou son style mais encore faudrait-il en parler de manière honnête sinon objective. Or, il y a toujours une forme d’hystérisation à son sujet dans les médias français. Depuis son élection, on a mis des lunettes idéologiques et on observe le monde tel qu’on voudrait qu’il soit et non tel qu’il est. Autre sujet d’hystérie collective : les migrants. On culpabilise les Occidentaux mais on oublie de voir ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. La Tunisie, pays que je connais bien pour y avoir grandi, a choisi, tout en prenant largement sa part dans l’accueil de migrants, d’avoir un discours ferme sur cet accueil en le conditionnant à un ensemble de facteurs, notamment la capacité d’intégration politique, économique et sociale du pays. En France, tenir ce discours vous fait passer pour un homme raciste ou sans cœur. Cette culpabilisation de l’homme occidental vient de loin et continue de sévir. Qu’avez-vous envie de dire aux Européens qui se repentent en permanence de leur histoire ? Pour moi, c’est un vrai sujet d’interrogation. Je ne comprends pas cette honte des Français et en particulier des chrétiens qui ne s’assument pas comme tels, en France, à cause de la laïcité. J’ai l’impression qu’il est plus facile pour une personne d’un autre pays ou d’une autre religion de s’assumer. Sur un plateau de télévision, même après l’incendie de Notre-Dame, certains avaient du mal à rappeler qu’il s’agissait avant tout d’une cathédrale, donc d’un lieu de culte catholique même s’il est devenu universel par son poids dans l’histoire. Il y a un certain état d’esprit ambiant qui consiste à crier « haro sur le catho », en particulier depuis le mariage pour tous. En même temps, il y a un sursaut qui émane de cette composante conservatrice de la société qui revendique le droit à l’existence politique et n’accepte plus d’être injustement ringardisée et méprisée. D’ailleurs […] Suite dans le dernier L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Du catholicisme attestataire
Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie, livre souvent des analyses surprenantes. À l’image de son hebdomadaire, il parvient à saisir des lecteurs qui lui seraient spontanément hostiles tout en dissolvant l’heureux effet quelques numéros plus tard après une charge idéologique plus digne de Laurent Joffrin que d’Emmanuel Mounier. C’est cette impression ambiguë que son livre Un catholique s’est échappé abandonne au lecteur.
De Carlos à Naruhito
Carlos Ghosn, et les médias officiels français, semblent surpris du traitement subi par l’ancien patron de Renault suite à son arrestation par les autorités japonaises. La réflexion la plus à la mode chez nos éditorialistes et nos présentateurs est de cet acabit : « Mais enfin le Japon est une démocratie, la défense n’a aucun droit je ne comprends pas ! », et Gérard Leclerc de « L’Heure des Pros » de s’émouvoir tout en laissant parfois son sentiment profond s’exprimer : « enfin quand même il est accusé de choses très graves », et puis sous-entendu il est riche, et les riches sont forcément coupables. Au milieu de cette séquence médiatique, l’Empereur du pays Akihito décide de démissionner, chose que l’on n’avait pas vu depuis 202 ans. Ceci pourrait bien éclairer cela. Loin des raccourcis cathodiques, il faut articuler trois niveaux pour comprendre en quoi la violence du système judiciaire est tout sauf anormal, même si cela choque nos esprits fragiles.
La salafisation des esprits
Le ramadan 2019 fait, une nouvelle fois, l’objet de certaines affiches publicitaires dans les couloirs du métro parisien. C’est récurrent, voire traditionnel, depuis cinq ans. Outre la polémique de février dernier concernant la tentative de commercialisation, par l’enseigne Décathlon, du « hijbab de running », un fond de sauce sociologiquement favorable au salafisme se fait de plus en plus prégnant dans la société française. Il faut dire que, pour les médias de masse, le salafisme n’est rien d’autre qu’un rigorisme de l’islam.
Avengers Endgame… fin du jeu pour les superhéros WASPs
Plus d’une décennie de MCU (Marvel cinematic universe) pour environ une vingtaine de films, tous interconnectés. Des milliards de dollars engrangés au box-office avant la fusion avec Disney et la création d’un monstre du divertissement. Les super-héros, autrefois confinés à la bande-dessinée et aux revendeurs geeks, sont devenus un phénomène mondial et grand-public. Alors, cet Avengers Endgame : final en beauté, nouveau départ ou succès en demi-teinte ?
Les « blacks blocs », complices, ou idiots utiles du pouvoir ?
Lors de cette manifestation du premier mai, les blacks blocs ont, une fois encore, montré leur hostilité face aux syndicats, qu’ils considèrent comme des outils du système en place, qui, en régularisant la contestation, la circonscrit à un jeu de dupes dont sort toujours victorieux le pouvoir. Si ce constat est indéniable, il est intéressant de noter qu’en fait, syndicats et blacks blocs ne sont que les deux faces d’une même pièce. Si l’inutilité du syndicalisme n’est plus à prouver, l’utilité des blacks blocs n’a, elle, jamais été démontrée. Casser des McDonald’s, ou vandaliser des banques n’a jamais fait, et ne fera jamais trembler la finance dans ses chaussettes. Ils s’en gaussent (et perçoivent l’argent des assurances). Les démonstrations de force des black blocs ne servent qu’à deux choses : donner un agréable frisson à ceux qui rêvent d’un grand soir qui tarde, et à légitimer le pouvoir dans l’augmentation de son arsenal répressif. Certes, les scènes d’affrontements entre militants et forces de l’ordre sont impressionnants, et le feu fait toujours son petit effet, mais, une fois l’incendie éteint et les débris déblayés, que reste-t-il ? Néant.

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest