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Coupe du monde : de guerre et d’amour

Mercredi soir, il faisait froid. Il faisait froid comme depuis des jours, et c’était normal puisque nous étions en décembre. Ça tranchait drôlement avec la fête autour, sur les boulevards. Si on avait été un peu naïf, on aurait maudit une Coupe du monde organisée en plein hiver, tout ça pour le plaisir des vilains magnats barbus du pétrole. Mais comme on avait grandi, on pensait que finalement, l’air glacial offrait un soupçon de folie bienvenu à la liesse : malgré une température négative, nous étions dehors, nous exultions. Ce froid était une épreuve supplémentaire dont nous avions triomphé.

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Car nous avions triomphé de tout et, sur le boulevard Haussmann, entre les klaxons, les drapeaux et les étreintes, il était difficile de retenir une larme à la pensée que notre pays écrivait l’histoire. Les souvenirs de mille cinq cents ans de victoires se levaient à nouveaux, terribles et sereins, scintillaient dans chaque cri, dans le bonheur de chaque sourire.…

Jérémy Bouhy : « Cette édition est la plus belle Coupe du monde disputée jusqu’ici »

C’est peu dire que le Maroc n’était pas attendu à ce stade de la compétition. Comment expliquez-vous ce succès ? L’académie de formation Mohammed VI est souvent citée en exemple. Azzedine Ounahi (SCO Angers) et deux autres titulaires lors de la qualification contre l’Espagne en étaient issus. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est sur la pente ascendante depuis quelques années, et ceci pour deux raisons : tout d’abord, l’équipe repose sur une génération incroyable, incarnée par Ouhani, Boufal, Saïss et d’autres. Chaque pays connaît son âge d’or, je pense que le Maroc entre dans le sien, qui devrait durer quelques années. La seconde raison se situe à l’échelle nationale dans le travail entrepris pour structurer la formation, identifier les talents, former les éducateurs, bâtir des stades et des centres d’entraînement notamment avec l’académie Mohammed VI. Le Maroc a calqué son modèle sur ce qui se fait de mieux en Europe, et en récolte les fruits aujourd’hui.

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Interrogé sur la progression du football marocain, Arsène Wenger soulignait que le Royaume avait « fait preuve d’une forte détermination à poursuivre sa marche en avant, en mettant des ressources à destination des équipes de jeunes ».

Abbé Raphaël Duchamp : « Le déracinement vient couper le peu de foi et de pratique qui perdurent »

Pouvez-vous nous présenter rapidement les caractéristiques de votre paroisse ? 

Je suis prêtre dans la paroisse de Lodève au nord du diocèse, à cheval sur le piémont pyrénéen et le début du plateau du Larzac. Nous sommes deux prêtres dans une paroisse qui regroupe environ 28 communes, 35 églises et près d’une quinzaine de chapelles. Pour gérer tous ces clochers, on fonctionne de la manière suivante : la grand-messe du dimanche est célébrée à la cathédrale de Lodève ; pour le reste, la paroisse est découpée en trois secteurs qui chacun a une messe le samedi soir ou le dimanche matin. Pour vous donner un ordre d’idée, il y avait 124 prêtres séculiers avant la Révolution française sur l’ancien diocèse de Lodève, aujourd’hui il y en a sept en activité dont deux ont plus de 75 ans. 

Sociologiquement, de quelle France s’agit-il ? 

Avec environ 7 000 habitants, Lodève est assez miséreux : près de 50 % de la population se trouvent sous le seuil de pauvreté. Environ un tiers de la population est issu de l’immigration nord-africaine. Et il y a quelques zadistes aussi! En clair, la situation matérielle et morale est assez précaire. Aux alentours, on se trouve dans la ruralité profonde : le plus petit village possède à peine 35 habitants ! 

« Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole »


Abbé Raphaël Duchamp

Séminariste puis prêtre à Montpellier, vous avez atterri à la campagne en septembre dernier. Quels changements pour votre ministère ? 

L’apostolat est beaucoup moins spécialisé. À Montpellier, nous étions relativement nombreux donc je m’occupais particulièrement de la jeunesse. Ici, j’ai une grosse part d’apostolat classique : célébrer les baptêmes et mariages, visiter les gens et les malades, passer de village en village, etc. L’apostolat est itinérant, je passe beaucoup de temps en voiture. En ce qui concerne la population, les gens sont plus simples qu’en ville, sans esprit bourgeois. Depuis mon arrivée, je sens qu’il y a encore une certaine attente vis-à-vis de l’Église, plus forte qu’en ville, même si elle s’étiole. Ils sont contents d’avoir un prêtre parce qu’ils savent qu’il n’y en aura plus dans quelques années. Dans les campagnes, il faut connaître les gens et tisser des relations concrètes. Ça n’est pas un travail de masse comme parfois en ville, c’est vraiment un travail de personne à personne. Enfin, il faut adapter l’enseignement : je ne fais pas les mêmes homélies ici qu’en centre-ville de Montpellier, ni même à Lodève que dans les villages alentour. [...]

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Noël : les idées cadeaux de L’Incorrect

LIVRES
(par Romaric Sangars)

LE CŒUR NE CÈDE PAS, Grégoire Bouiller, Flammarion, 904 p., 26 €

Les vacances de Noël et les longues soirées d’hiver vous offriront les circonstances idéales pour plonger dans ce pavé remarquable, hors genre, qui valut à Grégoire Bouiller d’être défendu comme leur propre Goncourt par les critiques de l’excellent magazine Transfuge, et qui était d’ailleurs le « chouchou absolu » de Didier Decoin, le président du jury du célèbre prix littéraire. Il aurait aussi pu être le nôtre, tant est éblouissante son inventivité folle pour déployer dans tous les sens l’obsession de l’auteur pour un fait divers sordide des années 80 (un ancien mannequin sexagénaire se laisse mourir de faim à Paris et consigne son agonie). Un livre déconcertant, monstrueux, tragique et parfois drôle, sans équivalent dans la littérature récente.

LA FORTERESSE (AUTOBIOGRAPHIE 1953-1973), Richard Millet, Les Provinciales, 304 p., 24 €

Richard Millet au sommet de son art, évoquant son enfance, sa naissance à la littérature, à la musique et à la sensualité, l’intransigeance cruelle de son père, son enfermement autistique et les différents lieux – la Corrèze, le Liban et Paris – qui constitueront sa vision du monde et sa sensibilité par contrastes et combinaison de mémoires diverses.…

Le renouveau de l’Église aux sources de sa fécondité

L’Église et le sacerdoce, chacun ne le sait que trop, sont en crise grave. Ce n’est pas le lieu d’en rappeler les manifestations, intellectuelles et morales, ces dernières masquant malheureusement les premières, dans lesquelles elles s’abreuvent pourtant largement.

Un double constat s’impose cependant. Le premier est que cette crise, et celle du sacerdoce en particulier, qui la commande toute entière, n’est assurément pas étrangère aux choix d’un clergé qui, voulant prétendument s’ouvrir au monde, s’est souvent laissé happer par lui pendant près de 60 ans pour embrasser parfois avec délices son esprit, son libéralisme, son relativisme, son naturalisme, et finalement, à un certain point, jusqu’à son impiété et ses mœurs dégradées.

Le second est que devant l’état des lieux si humiliant que contraint d’établir la coruscante défaillance morale de tant de clercs – en attendant, espérons-le, un état des lieux doctrinal analogue – nombre de catholiques, ou qui en conservent le nom, ont un sens de la foi tellement émoussé qu’ils sont devenus incapables de penser des remèdes à cette situation dramatique hors de l’esprit qui l’a créé.

Lire aussi : Christophe Geffroy : « Il n’y a pas de crise des vocations mais une crise de la foi »

Ainsi, pour ne prendre que ces exemples, s’il n’y a plus de prêtres, c’est, à les en croire, que le temps en est révolu, de sorte qu’il faut trouver chez les laïques des suppléances, y compris liturgiques, à cette situation. Si tant de prêtres ont commis des horreurs sexuelles – en oubliant, d’ailleurs, le nombre considérablement plus important de ceux qui n’ont jamais failli en ce domaine – c’est qu’il faut les marier pour donner légitimement cours aux besoins de leur chair. Naturalisme, sottise spirituelle et obsessions contemporaines d’un Occident en déclin se conjuguent pour instiller le venin dans des plaies déjà trop béantes.

Ces aveugles ne saisissent plus que si la trahison des hommes peut leur rendre inaudible l’appel de Dieu, la vocation est un don sans repentance qui ne peut manquer à la terre. Ils saisissent moins encore, les yeux de l’âme encrottés, que l’Église, Épouse du Christ, est sainte et que, quelles que soient les épreuves qui la flagellent, elle ne se redresse jamais que par en-haut, par les éternels remèdes fécondés par la Passion du Christ que sont la conversion, la sanctification, la prière, la recherche de la volonté de Dieu, la pénitence. [...]

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[Reportage] CNews : télé-uppercut

L’équipe de « Face à l’info » réunie quelques minutes avant le top départ. Tous les soirs de 19 h à 20 h, Christine Kelly et ses chroniqueurs (Marc Menant, Charlotte d’Ornellas, Mathieu Bock-Côté, Guillaume Bigot et Dimitri Pavlenko) débattent des grands enjeux du pays. Après le départ d’Éric Zemmour en septembre 2021 pour cause de candidature présidentielle, le public est resté : chaque soir, l’émission fédère près de 600 000 téléspectateurs. [...]

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Christophe Geffroy : « Il n’y a pas de crise des vocations mais une crise de la foi »

Dans quelle mesure la France manque-t-elle de prêtres ? Ce problème est-il inédit à cette échelle ?

Tout au long de notre histoire, la France a eu un nombre de prêtres assez important, même si cela nécessiterait une étude plus fouillée : la Révolution française, par exemple, a provoqué dans certaines régions la disparition de paroisses et nombre de fidèles n’ont pas vu de prêtres pendant des décennies. Aujourd’hui le nombre total de prêtres est non seulement à un niveau bas (moins de 14 000) et en chute rapide (encore 29 000 en 1995), mais la moyenne d’âge du clergé est élevée, ce qui explique d’ailleurs la chute rapide. On perd environ 600 prêtres chaque année, alors que les ordinations tournent autour de la centaine, le nombre de prêtre va donc encore baisser de façon mécanique. Oui, à cette échelle et hors de toute persécution brutale (contrairement à la période révolutionnaire), c’est un problème inédit.

Lire aussi : Dons pour l’Église : la fin de l’abondance

Dans La Nef, vous expliquiez qu’il n’y avait pas de « crise des vocations » à proprement parler, mais plutôt une « crise de la foi ». Qu’est-ce-à-dire ?

Parler en effet de « crise des vocations » me semble impropre, il s’agit davantage d’une crise de la foi et de la pratique. Il est illusoire d’espérer autant de vocations quand on a un taux de pratique religieuse de 40 % que lorsque l’on est à 1,5 % comme aujourd’hui. Si on corrèle le nombre d’ordinations à la pratique religieuse, on s’aperçoit que ce taux ne varie pas beaucoup et que l’on a des ordinations en rapport avec la pratique religieuse. [...]

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