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Mégabassines : « On finance avec nos impôts un modèle agricole qui est à bout de souffle »

Que penser de ces mégabassines d’un point de vue écologique ? Risquent-elles d’abîmer les nappes phréatiques ?

Le souci principal, c’est que l’État préfère, plutôt que de financer la fin des pesticides et des engrais chimiques, financer du stockage d’eau. Il est quand même incroyable que nos impôts filent là-dedans en lieu d’améliorer la qualité des sols. L’un et l’autre ne sont pas en soi exclusifs, mais s’il y a de l’argent à mettre, autant que ce soit là où il faut, c’est-à-dire dans l’anticipation et le changement de nos pratiques : il faut changer nos culture. Mais là, c’est surtout l’Union européenne qui nous joue un tour en finançant à l’hectare le maïs, par exemple. Un rapport paru l’année dernière montrait que 70 % des surfaces agricoles françaises étaient destinées à nourrir le bétail, ce qui est délirant et interroge sur la consommation de viande. Cependant, il faut remettre ça dans le contexte international pour voir ce que subissent nos agriculteurs, avec une concurrence internationale, et du dumping social, environnemental et économique.…

[Édito] Sécession : les États dans l’État

Dans Le Savant et la politique, Max Weber définit l’État non par ses fins (car d’autres associations humaines en partagent de semblables) mais par son mode d’action spécifique : le monopole de la violence physique légitime. L’État moderne est effectivement le résultat de l’expropriation des puissances privées indépendantes par le pouvoir central pour faire appliquer sa loi sur l’ensemble du territoire, en recourant si nécessaire à la violence. Si l’État est aujourd’hui en danger, ce n’est donc pas tant par l’état de déliquescence des services publics (ceux-ci ne sont que le fruit jamais définitif d’une contingence économique et sociale), que par la contestation, inédite à cette échelle et dans ces proportions, de son moyen d’action privilégié. Les États dans l’État, ce n’est rien de moins que la mise à mort de ce monopole pluriséculaire.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : L’asile sans droit

Qui dit monopole de la violence légitime concurrent dit cadre légal concurrent.…

Éditorial d’Arthur de Watrigant : L’asile sans droit

Une enfant est morte. Un crime immonde, abject, incompréhensible de gratuité dont seul le Mal peut s’enorgueillir. Lola aurait pu être notre petite-fille, notre fille, notre sœur, c’est-à-dire l’innocence abattue au coin de la rue. La coupable est une Algérienne clandestine, nous somme-t-on de ne pas dire. Elle serait SDF et sa mère se battait pour que ses trois filles s’en sortent, nous oblige-t-on à entendre. Et donc ? Est-ce parce qu’elle est une immigrée qu’elle aurait commis cette barbarie sans nom ? Évidemment non, pas plus parce qu’elle serait sans le sou et sans père. Coup de folie ? Vengeance ? Sacrifice d’enfants zouhris, ces gamins au morphotype bien particulier, offerts à Satan en Afrique du nord en échange de trésors ? L’enquête livrera sans doute quelques réponses mais qui ne satisferont ni ne consoleront personne puisqu’il y a bien longtemps que l’Homme pour satisfaire son orgueil et fuir le vertige du Mystère a refusé de croire.…

Éditorial de Jacques de Guillebon : Contre son camp

On a déjà beaucoup parlé de Bernanos dans ce numéro, beaucoup trop songera sans doute le lecteur, qui a sans doute d’autres chats à fouetter, d’autres logements à chauffer, d’autres réservoirs à remplir, d’autres impôts de production à dénoncer. N’importe. C’est l’avantage de la dernière place, la nôtre, le profit de l’ouvrier de la onzième heure, que de pouvoir récupérer le travail des autres et en jouir tranquillement.

Ou pas si tranquillement que ça. On bernanosise de salon, on parle de mal et de grâce, sans mesurer toujours le risque inouï que l’on prend à s’exprimer ainsi. Peut-être est-ce un risque que seuls les catholiques peuvent mesurer. Tant pis, nous parlerons pour eux, avec eux, ou nous considérerons que dans le fond tout Français qui nous lit devrait être sensible et tressaillir, sinon dans son cœur, au moins dans son estomac, sous le coup de fouet du grand Georges.

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Revoyant l’autre jour le merveilleux Sous le soleil de Satan de Pialat, où Depardieu joue Depardieu, c’est-à-dire passe Depardieu dans le rôle du « saint de Lumbres », l’idiot abbé Donissan, qui est malgré lui le véhicule de la grâce, nous eûmes l’idée de retourner au livre lui-même.…

Affaire Lola : Idiocratie en phase terminale !

France. Vendredi 14 octobre 2022. Lola, une jeune fille de 12 ans rentre de l’école à 15 heures. Dans le hall de son immeuble, elle est kidnappée, abusée, violée, bâillonnée, torturée, étouffée et transportée, morte, dans une malle pendant plusieurs heures avant d’être finalement découverte à quelques encablures de chez elle. Parents effondrés. Médias en boucles. Supplice ordinaire. Vie brisée. Fait divers, non, c’est un fait social et même, pour reprendre Marcel Mauss, un « fait social total » qui révèle sous toutes les coutures ce qu’est devenue la France : un zoo humain. Anarchie et sauvagerie, avilissement et infamie, brutalité et vulgarité, indécence et divertissement, une métaphysique vile qui irrigue tous les rapports sociaux et que le crime révèle au grand jour. Débâcle.

Lire aussi : Dhabia n’aurait jamais dû croiser Lola

Face à une telle abjection, on pouvait s’attendre à une réaction quelque peu solennelle de la part d’une classe politique évidemment responsable. Ni une ni deux, le ministre de l’Intérieur, premier en cause dans l’affaire, s’élève à la hauteur de l’événement et décide, pour s’expliquer, de se rendre… chez Hanouna, dans une émission dont le titre révèle tout le sérieux de l’entreprise : « Face à baba ! » On se pince, on tombe de sa chaise, groggy on croit rêver, que nenni ! Voici Darmanin, assis dans un gigantesque fauteuil rutilant, orange clignotant, face à l’amuseur public numéro un habillé comme un gigolo de fête foraine. Et c’est parti pour le spectacle ! Braves gens, applaudissez ! [...]

Télé-réalité : la diagonale du vide

Dans son excellent roman balzacien intitulé Téléréalité, Aurélien Bellanger décrit l’ascension d’un tycoon de la télévision contemporaine, librement inspiré de l’homme d’affaires Stéphane Courbit. Son héros y donne la définition la plus exacte du chemin pris par le média télévisuel contemporain : « Tiens j’ai un autre sujet de réflexion pour toi : tu connais la différence entre le cinéma et la télévision ? Au cinéma ce sont des célébrités qui jouent les anonymes, à la télé ce sont les anonymes qui deviennent des célébrités. » Anonyme devenue célèbre par la grâce de la quatrième saison des Anges de la téléréalité, la sculpturale Nabilla Benattia est à tout juste trente ans une vedette ayant déjà gagné suffisamment d’argent pour prendre sa retraite.

Des premiers pas dans le célèbre jacuzzi effectués par Loana aux premiers pas du fils qu’a eu Nabilla Benatia avec son compagnon Thomas Vergara, rencontré lors du tournage des Anges, deux décennies ont passé et un monde a changé.…

Congrès mission : « L’Église est là au sens large »

Pouvez-vous présenter le congrès mission ? 

C’est un rassemblement qui réunit des catholiques de tous bords et de toute la France pour réfléchir comment proposer la foi dans la société actuelle. 

Depuis combien de temps existe le congrès mission ?

En 2015, nous l’avons lancé avec Anuncio qui est un mouvement d’évangélisation ; nous avions été amener à donner des formations d’évangélisations partout en France et nous nous sommes aperçus que plein de gens en France se demandent de quelle façon aller au-devant de nos contemporains pour leur annoncer l’évangile et que beaucoup de chrétiens étant sensibles au fait qu’il y a une urgence se demandent vraiment comment si prendre. Souvent, ceux qui croient savoir et avoir une méthode n’en ont pas en réalité. De notre côté, plus nous faisons d’évangélisation, plus nous nous rendons compte qu’il n’y a pas de méthode en tant que telle et qu’il est compliqué de transmettre la foi aujourd’hui ; l’idée est donc de faire un partage d’expérience et de mettre en commun à partir des expériences locales et du terrain.…

Rencontre au sommet (6/6) : Mélenchon, la droite, l’immigration, le complotisme et la presse

Pierre Manent – Jean-Luc Mélenchon s'inscrit dans la tradition révolutionnaire qui a tant marqué l'histoire française moderne. Il met en scène sa recherche d'un nouveau peuple. À la fois il accepte et même célèbre la notion – si suspecte aujourd’hui – de peuple, il dit avec jouissance « notre peuple », mais ce peuple n'est pas le peuple français, ce n'est pas le vieux peuple, c'est un nouveau peuple. Son coup d'audace est de placer à la tête de ce nouveau peuple les immigrés, les musulmans, y compris les plus conquérants. C’est un peuple infigurable, un peuple qui adviendra après la disparition des peuples historiques, un peuple sans passé mais seulement un avenir toujours à venir. En attendant, il prend le risque de mettre au premier plan, délibérément, dans ce nouveau peuple, cette partie de la population française qui garde ou renouvelle son attache au plus long passé, un passé qui ne veut pas passer, réaffirmant sans cesse son inimitié à l’égard de toutes les expressions de la vie française, y compris bien sûr la Révolution.

Alain Finkielkraut – Jean-Luc Mélenchon croit au grand remplacement. Il mise sur le changement de peuple pour accéder au pouvoir. Il veut à tout prix ouvrir complètement les frontières et favoriser l’immigration, car, pour lui, le nouveau peuple est une réserve de voix inépuisable. Il le flatte donc sans vergogne, judéophobie incluse. Quand Jeremy Corbyn a été sommé de combattre l’antisémitisme qui sévissait au sein du parti travailliste anglais, Mélenchon a affirmé que, pour sa part, il ne céderait jamais aux oukazes communautaristes du CRIF. Il agissait ainsi non par conviction mais par électoralisme. C’est avec le même calcul en tête qu’il va répétant « la police tue », alors même que se banalisent les violences antipolicières. À ses yeux, les délinquants, les trafiquants et les sympathisants de leur cause sont assez nombreux pour qu’il les caresse dans le sens du poil. Cette démagogie est sans précédent.

« Si le prolétaire a été remplacé par l’immigré, c’est peut-être parce que le combat a été gagné et que les prolétaires sont devenus des petits bourgeois »


Chantal Delsol

Mathieu Bock-Côté – Je crois que Jean-Luc Mélenchon fait une lecture un peu différente. Mélenchon ne pense pas qu'il y ait une majorité de dealers et de trafiquants. Il se dit toutefois que la population de ces quartiers, entre deux souverainetés, celle des gangs et celle de la République, préfère se regrouper davantage sous la première, dans une forme d’unité ethno-culturelle qui surplombe l'appartenance nationale, quand elle ne s’y substitue pas, tout simplement. Il pousse le principe révolutionnaire jusqu'à son point d’aboutissement, il le retourne contre la France – ce qui n'est pas nouveau à l'échelle de l'histoire. Mais là, il l’emplit d'une réalité nouvelle, de ce nouveau peuple et il utilise volontairement un langage factieux, et cherche à capter son énergie insurrectionnelle, au moment d'ailleurs où le RN a, lui, une stratégie d'embourgeoisement accéléré dans l'espoir d'être normalisé dans les institutions et devenir le parti non plus de l'alternative, mais de l'alternance.

Quant au concept « d'arc républicain », je suis de ceux qui confessent une exaspération totale envers ce concept – je dirais la même chose du concept de cordon sanitaire, quel qu'il soit. La démocratie ne saurait se constituer en bannissant de la cité ceux qui ont la suprême audace de mal voter. Le propre du régime diversitaire est de retourner finalement la logique du salut public contre ceux qui veulent le salut national. Le pays se désagrège, mais la criminalisation du camp national se poursuit, à travers son extrême-droitisation systématique.

Chantal Delsol – Si le prolétaire a été remplacé par l’immigré, c’est peut-être parce que le combat a été gagné et que les prolétaires sont devenus des petits bourgeois. C’est peut-être au contraire parce que le combat a été perdu, et que l'on n'arrive plus à défendre les prolétaires. Mais finalement, c'est juste parce qu’on a changé de victime qu'on est dans cette situation : l’immigré est devenu la victime sacrificielle, divine. Dans le discours de Mélenchon, c'est ce que je vois. Mais au fond, c'est la poursuite du marxisme, qu’il revendique complètement. Pourtant, à l’intérieur même du camp post-marxiste, il y a une querelle : certains s’indignent que la cause sociale ait été abandonnée au profit de la cause sociétale…

Lire aussi : Rencontre au sommet : La France, qu’est-ce qu’il en reste ?

Alain Finkielkraut – Je souscris à ce tout ce que vient de dire Mathieu Bock-Côté sur le danger de constituer un « arc républicain » et sur la criminalisation de l'idée du « camp national ». Je pense cependant que l’extrême droite n'est pas morte, ou plutôt qu'une nouvelle extrême droite est en train de surgir. Il faut être lucide, et même si je n'aime plus beaucoup ce terme, vigilant. Je vois trois composantes de cette extrême droite. Une composante complotiste, qui s'est manifestée pendant la pandémie, dans le discours anti-vax, dans l'idolâtrie de Didier Raoult, seul contre tous, seul contre les pouvoirs, seul contre Big Pharma, toutes ces conneries. [...]

L’Incorrect

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