Nous préparons nos années de plomb

®Antoine Andrieux pour L'Incorrect

Où vont les « gilets jaunes » ? Nous avions raison de croire que seule une réponse politique forte serait à même de satisfaire les protestataires qui, sans discontinuer depuis près de six mois, prennent d’assaut les rues des grandes métropoles françaises.

 

Vers l’insurrection disait-on aussi au terme de l’acte II et plus encore de l’acte III, quand L’Obs parlait du « flop du Champ de Mars » et de la « mobilisation en forte baisse ». Après un acte XVIII très violent, il semble que le « moment carnavalesque » soit devenu notre état présent.

 

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Le non consentement à l’impôt s’est donc transformé en non consentement à l’Etat, à mesure que le mouvement se structurait autour de figures plus contestées telles que celles d’Eric Drouet ou de Maxime Nicolle, broyant méthodiquement les quelques téméraires qui ont tenté de lui donner une incarnation politique.

Ils sont nombreux à avoir franchi le cap, considérant légitimes les violences contre les forces de l’ordre, les biens publics et les biens privés, parce qu’ils jugent le pouvoir illégitime.

 

 

Cristallisant sur sa personne tous les ressentiments, Emmanuel Macron fait l’objet d’analyses psycho-sociales, cherchant à prouver qu’il n’a pas été vraiment élu, qu’il l’aurait été par défaut ou grâce à ses amitiés dans le monde des affaires et la sphère médiatique.

 

Temps-long

 

C’est la thèse de Juan Branco qui affirme « avoir eu un cursus honorum comparable » (il n’a néanmoins jamais été ministre ou élu Président) et qui dépeint Emmanuel Macron en enfant narcissique dans deux livres qui lui sont partiellement ou entièrement consacrés, Contre Macron et Crépuscule.

On y apprend notamment que le Président a raté une fois le concours d’entrée de l’ENA et deux fois celui de Normale Sup. Soit. L’homme a du caractère mais pas les facilités qu’on lui prête. Et alors ?

 

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Ce qui manque à Juan Branco comme à d’autres qui se passionnent pour Emmanuel Macron et La République En Marche, c’est une vision d’ensemble sur la vie de la Vème République. Avons-nous oublié les décennies qui ont précédé l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir ? Elles ont préparé le terrain à l’apparition d’un mouvement de rupture comme les Gilets Jaunes.

Quant aux décennies qui pourraient suivre le pouvoir macronien, elles pourraient se révéler plus périlleuses que tout ce que nous avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : tensions ethno cultu(r)elles, extension du domaine de la société du spectacle, désensibilisation à la violence, tyrannie des émotions et de l’instant, paralysie institutionnelle, déclin économique, mutations technologiques profondes, etc.

 

La fracture est donc presque anthropologique entre une élite « ouverte » et des classes moyennes et populaires condamnées à la stagnation, à l’immobilité, sinon au déclassement, qui ont intériorisé la post-démocratie, c’est-à-dire qui estiment que voter ne sert à rien.

 

Un Président versé en sciences politiques pourrait ne pas suffire. Il faut un accoucheur, un spécialiste de la maïeutique des peuples capable de faire advenir le nouveau monde sans trop de douleur. Un nouveau monde qu’Emmanuel Macron peine à dessiner comme à incarner, en dépit de son jeune âge.

La fracture est donc presque anthropologique entre une élite « ouverte » et des classes moyennes et populaires condamnées à la stagnation, à l’immobilité, sinon au déclassement, qui ont intériorisé la post-démocratie, c’est-à-dire qui estiment que voter ne sert à rien.

 

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On a vu notamment des Gilets Jaunes appuyer les casses du dernier black bloc, d’autres primo-délinquants et cinquantenaires pris la main dans le sac après des pillages dans des magasins de luxe des Champs-Elysées (Hugo Boss pour ne pas le nommer). Une partie des Français s’imagine former un ensemble de sous-citoyens, et pour certains un néo lumpen.

Après des tensions, vient le temps du divorce, de l’accélération. Les Gilets Jaunes se vivent donc en anticorps de la fin d’un monde, le leur. Ont-ils pour autant employé la bonne méthode ? Au début du mouvement certainement. Ils ont d’ailleurs obtenu quelques victoires métapolitiques et politiques importantes, ne serait-ce que symboliquement.

 

La social-démocratie périt par là où elle pèche, par ses contradictions intrinsèques. Qu’elle soit autoritaire et qu’elle rétablisse l’ordre, c’en sera fini de sa promesse d’horizontalité et de bienveillance. Qu’elle laisse faire et elle pourrait prendre le risque d’être broyée.

 

C’est moins certain désormais tant ils incarnent aussi une forme d’impuissance, un triomphe de l’impolitique, ne parvenant pas à s’organiser autrement que pour le conflit dans la rue et formulant des demandes exorbitantes destinées à renverser les institutions, sans comprendre pleinement le contexte international par lequel la France est tenu ni les enjeux macroéconomiques auquel l’Etat est confronté.

 

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Publiée par L'Incorrect sur Jeudi 14 mars 2019

 

Malheureusement, il n’y a pour l’heure pas de réponse à donner. Nous sommes dans l’impasse. Un enlisement qui pourrait durer puisque rien ne permet de faire coïncider les espoirs et les intérêts des multiples peuples politiques de la Gaule insoumise et rebelle. Après l’insurrection, les années de plomb ?

La social-démocratie périt par là où elle pèche, par ses contradictions intrinsèques. Qu’elle soit autoritaire et qu’elle rétablisse l’ordre, c’en sera fini de sa promesse d’horizontalité et de bienveillance. Qu’elle laisse faire et elle pourrait prendre le risque d’être broyée.

 

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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