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[Portrait] Damien Colcombet : sculptures animées

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Publié le

15 août 2022

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Cadre dans l’audit, Damien Colcombet a décidé de tout plaquer pour s’adonner à sa passion : la sculpture animale pour restituer le plus fidèlement possible les merveilles de la Création. Portrait.
sculpteur©Benjamin de Diesbach

Sciences Po Paris 1990. Damien Colcombet débarque de sa Bretagne natale dans une chambre de bonne austère, dans une arrière-cour de la rue du Commerce. Pour toute décoration, une vague affiche pour une exposition d’Antoine Louis Barye, sculpteur animalier du XIXe siècle à la galerie « Univers du bronze » dans le VIIIe arrondissement. Tant mieux, les animaux, Damien adore ça. Il revient de son premier safari au Kenya, voyage initiatique fait avec son grand-père qui lui a transmis sa passion de la nature et de la pêche, et il est prêt à conquérir Paris : IEP, audit, finances, son avenir professionnel est déjà tracé, et cette sympathique affiche sera tout au plus un clin d’œil à son goût pour la contemplation de nos amis les bêtes.

Les choses ne se passeront pas exactement comme prévu. S’il a commencé sa carrière comme convenu chez Arthur Andersen en audit avant de passer en direction financière, menant une vie de cadre classique, Damien a toujours gardé dans un coin de la tête le poster de sa chambre d’étudiant. L’affiche au mur a laissé sa place à un premier bronze sur la cheminée, puis un second, puis… des Barye, des Mène, des Fremiet, des Rosa & Isidore Bonheur s’accumulent dans l’appartement parisien, qui devient, après un mariage et une mutation professionnelle, un appartement familial lyonnais.

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Déjà derrière le collectionneur apparaît le connaisseur éclairé, qui deviendra vite un spécialiste. Mais cela ne lui suffit pas. Si Damien aime le bronze, il aime encore plus l’animal, et c’est à Lyon qu’il se décide à franchir le pas, en commençant à prendre, en parallèle de ses vies professionnelle et familiale déjà bien chargées, des cours de modelage chez Yvonne Dumas. L’objectif assumé est de mettre à son tour la main à la pâte. C’est un mouflon du Parc de la Tête d’Or qui aura le privilège d’être son premier modèle, après avoir été pris en photo sous tous les angles par Damien et son épouse.

Fidèle à la tradition de ses maîtres, Damien choisit la technique de la fonte traditionnelle dite de la cire perdue, et se lie pour cela avec la fonderie Barthélemy Art à Crest dans la Drôme. Ce processus complexe permet à l’artiste de sortir 12 exemplaires en bronze grâce à un moulage en silicone permettant de reproduire la statue en cire, que l’artiste peut retoucher, et sur laquelle on posera un moule en plâtre. En chauffant l’ensemble, la cire fondra, et on pourra couler du bronze dans ce moule. L’artiste n’aura plus ensuite qu’à retoucher quelques détails, à ciseler et à travailler sur la patine pour que la statue en bronze puisse être envoyée dans des galeries spécialisées qui en assureront la commercialisation.

Il a besoin de comprendre l’animal de l’intérieur, de ressentir ce qu’il ressent pour pouvoir le figurer

Après ce premier succès, Damien Colcombet s’essaie à d’autres animaux, et revient très vite à ses premières amours. Loin des chasses européennes qui ont la faveur de ses maîtres, il retourne vers les plaines africaines, du Kenya et de Tanzanie, qui ont tant marqué sa jeunesse. Girafes, rhinocéros, guépards, buffles, antilopes, et bien sûr l’éléphant, remplissent son catalogue aux côtés d’animaux moins « télégéniques » comme le fou de bassan, le morse ou le varan.

Damien Colcombet n’est pas enfermé par sa technique et s’exprime de façon intuitive à travers son art : ce qui l’intéresse, c’est de rendre la justesse d’un mouvement, d’une inclinaison, d’une posture qui donnera une vie à l’animal. Plus de photo : désormais Damien se fonde sur son observation et sur sa connaissance du monde animal pour concevoir ses statues. Il a besoin de comprendre l’animal de l’intérieur, de ressentir ce qu’il ressent pour pouvoir le figurer.

Le succès est au rendez-vous. En 2012, Damien décide de quitter son poste de directeur financier pour se consacrer entièrement à son art. La galerie Michel Estades l’expose à Lyon, à Paris, à Toulon et il devient une étoile montante de la sculpture figurative animalière, au point d’être aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs sculpteurs de sa génération et d’être présent dans les collections d’Alain Delon et de la famille Bich. Le milieu reconnaît son talent en lui attribuant en 2013 le prix Édouard-Marcel Sandoz au Salon National des Artistes Animaliers. Mais Damien n’est pas homme à se contenter d’une rente de situation.

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Ainsi en 2017, il réalise pour la Ville de Lyon, grâce à des mécènes privés, ce qui est à ce jour son chef-d’œuvre : une girafe et son girafon grandeur nature qui sont exposés au Parc de la Tête d’Or. La statue colossale aura demandé quatre ans de travail pour un budget de 400 000 €, en combinant les techniques de la sculpture traditionnelle avec l’impression 3D. S’il est fier de sa réalisation, Damien n’est pas sûr de vouloir reproduire l’exercice immédiatement !

Finalement, ce grand contemplatif ne cherche pas à battre des records de taille ou de prix mais à être toujours plus juste et à restituer le plus fidèlement possible les merveilles de la Création. Alors, parents qui cet été allez chercher des logements étudiants pour vos enfants, si au hasard d’une visite, une affiche d’exposition de Colcombet attire votre regard sur le mur défraîchi d’une chambre de bonne, prenez garde : les rêves mènent parfois plus loin que les études. 

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