Riolo et Rothen : Schiappa ferme le PMU

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Star de la radio RMC, le journaliste Daniel Riolo et l’ex footballeur Jérôme Rothen sont dans l’œil du cyclone, passant au banc des accusés de la France post « balance ton porc » pour quelques blagues un peu lourdes sur l’affaire Neymar. Assisterions-nous à une chasse aux sorcières injustifiée ?

 

Les auditeurs réguliers de l’After Foot sur RMC – parmi lesquels nombre de nos concitoyens exerçant la profession d’artisan taxi – savent bien que l’émission n’est pas diffusée sur France Culture par hasard. C’est un bistrot en direct sur les ondes hertziennes, pas un salon de thé pour dames. Il arrive donc que les journalistes et les consultants se lâchent un peu, soient grivois, agressifs ou carrément vulgaires. C’est, du reste, l’une des raisons de son succès d’audience. À ce petit jeu là, Daniel Riolo est probablement le meilleur ; genre de Pascal Praud survitaminé, de titi parisien gouailleur et macho, prenant la mouche à la moindre contrariété. Avec son compère Jérôme Rothen, ancienne gloire monégasque et parisienne, ils forment un duo de tontons flingueurs populaires, animés par une sincère passion du jeu.

Depuis son arrivée dans l’équipe des Grandes Gueules, Daniel Riolo flirtait avec la ligne rouge. Ses attaques assez violentes contre des responsables politiques, notamment le communiste Brossat, avaient marqué les esprits, de même que sa volonté affichée de quitter Paris en cas de réélection d’Anne Hidalgo. En rappelant que les communistes avaient exagéré leur passé résistant durant la Seconde Guerre mondiale, participant à l’écriture du récit mythique résistencialiste, ou bien encore en affirmant que Paris était devenu un enfer sous la direction d’Anne Hidalgo -autant de jugements qui ne souffrent guère la contestation -, Daniel Riolo ne disait rien de faux ni de particulièrement choquant mais il aurait dû comprendre que le couperet n’était pas passé bien loin. Son ton vindicatif, voire agressif, et ses habitudes de chambreur acquises dans le commentaire footballistique et le milieu du poker dont il est un acteur important, n’ont par ailleurs pas contribué à le rendre plus aimable dans la gauchosphère.

 

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Bref, Daniel Riolo a rapidement incarné un nouvel ennemi juré pour ce que toute la France compte de belles âmes médiatiques, sans compter les nombreux auditeurs de l’After qui ne l’aimaient déjà pas tout en l’écoutant religieusement – pour mieux critiquer ses prises de position et râler à l’antenne -. C’est donc le jeudi 6 juin au soir que les deux animateurs ont creusé leur tombe. En cause, ces quelques mots à propos de la jeune femme ayant accusé Neymar de viol (très certainement mensongèrement) prononcés en direct par Daniel Riolo : « Dans l’affaire Neymar, je peux pas m’empêcher de penser à un truc con. Mais la nana, tu l’as vu la nana ? Quand tu t’appelles Neymar, t’as un minimum de qualité. Normalement c’est Champions League. La faire venir, prendre l’avion… tu vois ça débarquer et en plus à l’arrivée, tu te retrouves dans la merde ». Ce à quoi Jérôme Rothen a répondu : « Ça joue les barrages, c’est un Lorient ».

 

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Pas forcément très classe, mais pas non plus de nature à susciter des réactions de ministres du gouvernement et des jours d’hystérie délirante. Car, depuis lors, les condamnations s’enchaînent sans interruption, la société du spectacle ayant trouvé deux boucs émissaires parfaits ; machos, aimant le football, grivois. La ministre des Sports Roxana Maracineanu a notamment dégainé sur Twitter le 10 juin, demandant une « revue d’effectifs » pour qu’on puisse « parler autrement du sport et autrement des femmes dans notre société ». Marlène Schiappa y est aussi allée de sa rengaine, mais là ce n’était pas une surprise tant elle aime se mettre en scène dans les médias. Daniel Riolo s’excusant même en direct face à la ministre – il faut dire que l’homme cachait difficilement sa sympathie pour Emmanuel Macron durant la crise des Gilets Jaunes -. Des excuses qui ne lui auront pas permis de sauver sa peau, ni celle de son ami Rothen, puisque les deux hommes ont été suspendus de l’antenne de RMC.

 

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Notons que le dénommé Anasse Kazib a pu dire en direct sur RMC à propos de la Marseillaise : « Je me fous qu’elle soit sifflée en Turquie, je n’aime pas ce chant ». Personne n’a rien trouvé à redire. Pas une belle âme ne s’est encore insurgée. Pas un ministre n’a pris la peine de condamner ces propos. Non pas que ce soit souhaitable, la France devant renouer avec la sérénité et la liberté d’expression réelle, mais bien parce qu’il semblerait que certains aient tous les droits quand d’autres n’en ont plus aucun dans un pays où l’indignation est à géométrie variable. On l’a d’ailleurs constaté avec la chronique ordurière de Daniel Morin contre la journaliste Charlotte d’Ornellas, qui ne lui a valu aucune sanction, pas même symbolique. Idem pour les agressions quotidiennes qui pourrissent la vie des Français et des Françaises. Jamais une ligne dans un communiqué ministériel. Ce sont des faits divers nous dit-on, peut-être à raison. Et quelques mots à la radio après 22 heures ? Des anecdotes. Nos élites sont expertes dans l’art de la diversion. Pour ça, rien de mieux que deux bons porcs-émissaires des familles.

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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