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Revanche sur le bon goût
There is no time, church of the cosmic skull, Septaphonic, 13 €
Les sectes et cultes divers ont toujours fait bon ménage avec la pop music. On se souvient de Father Yod à Los Angeles, gourou illuminé qui, entouré de ses adeptes, sortit des albums psychédéliques dans les années soixante-dix. Genesis P Orridge, de Psychic TV, était un personnage ambivalent qui utilisait son groupe pour promouvoir son « Temple Ov Psychic Youth ». Les sept membres de la Church of the Cosmic Skull, avec leurs costumes immaculés, pourraient donner l’impression de succéder à de tels mouvements. Alors qu’en réalité, ce groupe prône la liberté de penser et n’utilise les artefacts de la culture pop-sectaire que pour mieux la détourner. Avec ce quatrième album, la bande à Bill Fisher (« Brother Bill ») affine son art en nous offrant un mélange entre glam, hard, progressif et rock FM. Pensez à un mélange entre Black Sabbath, Electric Light Orchestra, ABBA ou encore Fleetwood Mac. Après une grande vague de « bon goût » indé imposé par les tenants d’une certaine critique post-Inrockuptibles, l’heure de la revanche a sonné. Jean-Emmanuel Deluxe

Éspiègleries équatoriennes
Karishina, Helena Recalde, Finca Sud, 17€
« Bayé Oyo » en ouverture donne le ton, c’est que l’album Karishina ne plaisante pas ! Enfin une création andine qui bouleverse les codes et fait voler en éclat les stéréotypes du genre ! Bassiste, contrebassiste et chanteuse équatorienne, Helena Recalde exploite la nostalgie de l’enfance, les rythmes de la côte Pacifique et les partitions andines, le tout dans la justesse de la simplicité. Un trio de choix et quelques invités à la hauteur, le tout mené de main de maître par les lignes de basses de Recalde, plutôt directives et sensuelles. S’ajoutent aux compositions quelques reprises rondement menées, comme « No Valentin », une pépite traditionnelle de l’Amérique du Sud. Son hardi « Campoazul » ose se mesurer – avec succès – au légendaire « Afro Blue » créé par la figure de proue du jazz latin, le percussionniste et chef d’orchestre cubain Mongo Santamaria. Ce morceau a été repris par toute une génération de grands noms du jazz, dont John Coltrane en 1966. Joli culot et brillant second album, mademoiselle Recalde ! Alexandra Do Nascimento [...]
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Cher Connard, le livre-choc de cette rentrée littéraire permet à l’immortelle autrice de Vernon Subutex de frapper encore un grand coup. Toujours aussi dérangeante dans le propos et virulente dans la forme, elle met en scène avec brio les grandes tensions de l’époque afin de nous ouvrir l’esprit en nous coupant le souffle… Je plaisante. Il s’agit là (en mieux écrit), de ce que vous trouverez dans Télérama, L’Obs ou Les Inrocks, les clichés des critiques dociles empapillotant comme il se doit le silo de clichés littéraires que transporte le roman le plus surévalué de l’an 2022, L’Obs dépassant même ses rivaux en comparant le pensum de Despentes aux Liaisons dangereuses, tout ça parce qu’il est présente sous forme de correspondance. Elle aurait raconté son retour compliqué d’Istanbul qu’on nous vendait L’Odyssée du XXIe siècle.
L’écrivain branché Oscar Jayack, en pleine tourmente « MeToo », ayant vanne la célèbre actrice Rebecca Talle sur Instagram, celle-ci lui envoie un mail d’insultes. Il s’excuse, déroule ses déboires et ses souvenirs. Elle répond tout en prétendant n’en avoir rien à foutre (une vraie pétasse de troisième). La version de sa victime, Zoe Katana (Despentes reste fidèle a son onomastique de manga criard), est exposée sur son blog. On s’explique avec plus ou moins d’hystérie (Rebecca beaucoup, Zoe davantage, Oscar aucune – il déprime), c’est ce qui distingue essentiellement les personnages, lesquels, pour le reste, écrivent tous dans le même débraille oralo-numérique larde d’anglicismes et de jeunismes plus ou moins périmés. [...]

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Parisien en diable
Nocturne français, Bertrand de Saint-Vincent, Grasset, 300 p., 20,90€
La chronique mondaine est un exercice délicat, parce qu’il faut être partout et connaître tout le monde mais en même temps montrer qu’on méprise tout et qu’on n’est dupe de rien. En être, mais dauber. Bertrand de Saint-Vincent marche sur ce fil avec une élégance persifleuse et capture l’air du temps des années 2010-2020 dans le monde des lettres, de l’art, de la mode ou du cinéma. Portraits grinçants (Angot en lecture publique, souverainement odieuse), méchancetés impeccables (Audrey Tautou et Isabelle Huppert dans un gala de charité, épaules nues: « On dirait deux squelettes tirés à quatre épingles »), curiosités (un déjeuner avec Dodo la Saumure, une nuit au monastère, un recueil de répliques d’Ophélie Winter), le tout en grand style. En guise de préface, un requiem pour l’esprit français, l’humour et la légèreté, ensevelis de nos jours sous le wokisme et la chasse aux offenses. Ce livre est parisien en diable, mais dans le bon sens du mot. Jérôme Malbert

Choses vues
Le Bon Air de la campagne, Hubert Van Rie, Presses de la Cité, 96 p., 18€
L’illustrateur Hubert Van Rie s’est mis en tête de suivre les réunions publiques des candidats de la dernière élection présidentielle et d’en faire un livre de reportage dessiné. Si le lecteur friand de petites phrases assassines, de révélations fracassantes sur les coulisses d’une campagne ou d’analyse politique restera sur sa faim à la lecture de ce livre, l’amateur de dessin sera quant à lui enchanté de découvrir les élégants instantanés de cette présidentielle qui semble déjà très loin et dont on se demande si elle a vraiment eu lieu – qui se souvenait des Michel Barnier, Anne Hidalgo, Xavier Bertrand ou Christiane Taubira (parmi tant d’autres) avant de les retrouver dans cet ouvrage ? Élégants instantanés, telle est la marque du style Van Rie : un dessin noir et blanc dense (parfois trop, quelques touches de couleurs n’auraient pas déparé), vif (ce sont des croquis) mais toujours chic et bien élevé (ce qui est finalement assez rare dans le monde du dessin de presse). Ainsi Van Rie continue à tracer un sillon initié avant lui par des dessinateurs tels que Sem, Floch’ ou Honoré. Pour notre plus grand plaisir. Nicolas Pinet

Lire aussi : Éditorial culture de l’été : Listes contraires
Curiosité
L'Obsession du Matto-Grosso, Christophe Bier, Le sandre, 94 p., 10 €
L’Obsession du Matto-Grosso porte sur un sujet parfaitement original: Christophe Bier, spécialiste du bizarre et amateur de curiosités littéraires, notamment d’érotiques, y mène l’enquête sur la « Select-Bibliothèque », une série de romans fétichistes du début du siècle, spécialisée notamment dans les « attelages humains » (montures, harnachement, cravaches et compagnie). Les auteurs ? Un certain Skan, soi-disant traduit par un certain Bernard Valonnes, ou encore un mystérieux Don Brennus Aléra. Sûrement la même personne. Mais qui se cache derrière cette collection de pseudos ? Bier remonte la piste, passe des annonces, visite des entrepôts de bouquinistes louches, sillonne la France et touche au but. Ce petit romanquête est amusant au début, à cause du sujet, puis il devient vite grisant, et même émouvant. Ce n’est pas un livre sur l’érotisme, ou pas seulement : c’est une méditation sur l’esprit de collection, sur le goût du passé, sur les marottes dévorantes, sur les filiations inventées et les pères d’adoption. D’ailleurs, Bier relance la « Select-Bibliothèque » avec de nouveaux volumes qu’il a écrits lui-même, sous le nom de Don Brennus Aléra fils (tapez select-bibliotheque.com) ! Au programme, « attelages humains, féminisation, modifications corporelles, dressage canin, fétichisme des talons hauts et du cuir verni ». Les illustrations, par Sybil, pastichent tout en les modernisant les dessins d’époque, dont Bier reproduit une sélection carabinée, ce qui parachève le côté livre-objet de ce petit volume improbable et touchant (si l’on ose dire), à regarder comme à lire. Bernard Quiriny [...]
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