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[Cinéma] Salo ou les 120 journées de Sodome : fable prophétique
Le centenaire de Pasolini est passé jusque là inaperçu, peut-être parce que le poète frioulan est de moins en moins soluble dans la moraline ambiante. La ressortie de Salo est sans doute le moment pour remettre les pendules à l’heure et pour saisir toute la part à la fois viscérale et prophétique de son cinéma. Un film qui causa peut-être sa mort, et pour cause : en revisitant à la sauce fasciste une éprouvante « contre-initiation » sadienne, Pasolini met en scène les errements les plus viles de notre société libérale, individualiste et peine-à-jouir. [...]
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[Cinéma] Les Crimes du futur : plaisirs coupables

Dans Une collection particulière, court-métrage de 1973, le cinéaste d’origine polonaise Walerian Borowczyk, spécialiste de l’érotisme onirique (Contes Immoraux, La Bête) propose à son vieux compère le romancier surréaliste André Pieyre de Mandiargues, érotomane tout aussi convaincu, ce simple exercice de style : énumérer sur une voix atone et sans montrer son visage sa collection d’objets sexuels. Le résultat ne laisse pas de surprendre : comme un prestidigitateur fatigué, Mandiargues actionne de vieux automates grivois, détaille une collection de godemichés anciens aux origines exotiques. On ne verra que ses mains et les manches de son costume noir – car le fétichiste a toujours à cœur d’isoler les parties du corps, de les rendre toute puissantes par la grâce du cadrage. Ce court-métrage oublié du cinéaste réussit pourtant à cerner la nature même du fantasme, de la perversion, en ce qu’elle est intimement liée à un simple principe d’énumération et de focalisation. La collection, la récitation, l’empilement : autant de scolioses du langage qui construisent l’imaginaire de la perversion. On ne cessera de dire à quel point les récits du sinistre marquis de Sade sont basés sur ce simple principe.

Lire aussi : [Cinéma] Junk Head : pâte à modeler cyberpunk

On peut voir dans le dernier film de Cronenberg un exercice similaire, celui d’un vieux dandy qui énumère ses fétiches avec une application parfois morne, parfois exaltée. Il s’agit autant d’un retour aux sources quasi-juvénile (le film emprunte d’ailleurs le titre de son premier court-métrage d’études, une sorte de faux documentaire aux relents situationnistes filmé à l’époque dans l’enceinte de l’école des sciences de l’Ontario) que du film testamentaire d’un vieil obsédé du langage. Loin d’être un film-somme comme a pu l’être le sublime et définitif Crash (prix du jury au festival de Cannes en 1996) ou à la rigueur Existenz, Crimes of the Future version 2022 brille surtout par son manque d’ambition apparent et par un certain reniement – à ce titre Cronenberg semble d’emblée effacer d’un revers toute sa seconde et ennuyeuse période « psychanalytique », en ouvrant son film par un infanticide à la fois grotesque et glaçant. Le film tout entier a les apparences d’une miniature soigneusement mise en boîte, éclairée avec un soin délicat, mais qui jamais ne se cache d’être une sorte d’auto-hommage narcissique, légèrement vain – et surtout délibérément comique. [...]

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Una Voce : le chant grégorien, c’est rock n’roll !

Dieu aime le grégorien ! O filii et filiae tout ça. Depuis quatorze siècles ! Pas de trop de solos de guitare mais ça arrache quand même du melon. En France, une revue papier et numérique, Una Voce, diffusée dans tout le monde francophone traite du sujet depuis 1964. En plus du chant de moines stricto sensu, cette revue embrasse également tous les sujets liés à la liturgie latine, l'art sacré tout ça parce que la messe Vatican 2, c'est quand même une messe de communistes !

D'ailleurs, les auditeurs de Radio Courtoisie ne ratent jamais chaque lundi soir l'émission de Patrick Banken durant laquelle le président de l'association fait écouter les meilleurs chants grégoriens avec explications complètes et lumineuses sur le sujet. Plus bien d'autres choses, car Una Voce ce n'est pas que « mélismatiques » et « deuterus plagal », c'est aussi un point de vue global sur le sujet de la liturgie latine et des merveilles de l'église du Seigneur. En prenant bien soin de ne point prendre partie entre FSSP et FSSPX. Entre « ralliés» et « schismatiques », parce que tout ça ça nous fait bien chier, nous les vrais catholiques de combat !

En y participant, vous ferez d'une pierre trois coups : vous aiderez à promouvoir le beau, le sacré, le pur, le bien, le catholique

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Georges Perec : La réapparition

Faut-il publier les livres abandonnés, laissés à l’état de notes, en chantier ? Voilà une belle question théorique, qui se pose aussi pour les correspondances privées dont l’auteur n’a pas autorisé expressément la publication, et d’autres documents du même type. D’un côté, c’est une violation de sa volonté : si l’écrivain avait voulu voir son livre publié, il l’aurait terminé ! En le publiant malgré lui, on prend le risque de montrer au public des pages qu’il aurait jugées indignes d’être connues, ou ne pas correspondre à ce qu’il voulait laisser de lui. Combien d’auteurs doivent se retourner dans leur tombe, regrettant de n’avoir pas jeté leurs projets avortés au feu ! D’un autre côté, les livres inachevés sont toujours des documents passionnants, qui montrent l’écrivain à sa table de travail, révèlent ses méthodes, exhibent son écriture « à nu », avant le repeignage. En fait, un livre inachevé peut être considéré non comme le squelette imparfait du livre achevé, mais comme un autre livre, à prendre pour lui-même, dans son état d’imperfection, en y trouvant de l’intérêt – plaisir du texte brut, des notes jetées sur le papier dans l’urgence, des intuitions poétiques livrées telles quelles, sans habillage...

Tétralogie autobiographique

Ces divagations ont pour objet d’introduire au gros livre que publient Claude Burgelin et Jean-Luc Joly à l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition de Georges Perec, le 3 mars 1982 : Lieux, projet auquel il a travaillé tout au long des années 1970, sans le mener à bien. Notons que ressort un autre inachevé de Perec, « 53 jours », le polar qu’il écrivait lors de sa mort, publié en 1989 et réédité en poche... Lieux, donc, est un livre dont Perec a eu l’idée en 1969. Il était censé former une tétralogie avec trois autres livres autobiographiques dont un seul aboutira, W ou le souvenir d’enfance. Le principe était le suivant : douze années durant, Perec devait décrire douze lieux parisiens – Jussieu, Gaîté, Franklin, Assomption, etc., à raison de deux par mois. Le premier lieu devait être décrit « en vrai », sur place, de façon neutre (un peu comme il le fera Place Saint-Sulpice dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien), l’autre depuis chez lui, en souvenir. Une fois écrits, les textes étaient enfermés dans une enveloppe. Au bout des douze années, Perec devait disposer de 288 enveloppes à rouvrir, où chaque lieu aurait été décrit 12 fois réellement,12 fois en souvenir. Comment auront évolué les endroits décrits au fil des ans ? Comment aura-t-il évolué, lui ? [...]

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Les critiques musicales de mai

IRRÉSISTIBLE

WET LEG, WET LEG, Domino, 14,99 €

Le duo de filles de l’ile de Wight qui fit monter la température l’été dernier avec son tube imparable « Chaise longue », sort son premier album éponyme en ce beau printemps, et Juliette Briens elle-même ne cesse de se trémousser sur ces airs d’acidité indolente qui portent ce bouclage du numéro de mai et nous fait partager, nous, à L’Incorrect le même enthousiasme pour ce groupe de rock indé aux accents Pixies, que celui qui soulève Libé et Rock’n’Folk. Désolés. Talentueuses, authentiques, presque candides dans leur talent, Wet Leg séduisent avec leur inventivité, leur fraicheur et leur espièglerie. Et c’est très bien ainsi. Romaric Sangars [...]

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Station opéra : mélodies intimes
Les organistes, parfois, croient en Dieu : inondant les églises de polyphonies cé- lestes, ils s’élèvent plus haut que leur tribune. César Franck (1822-1890), lui, officiait à Sainte-Clotilde en grand-prêtre de l’orgue romantique, tempérant la ferveur de la foi avec l’austérité du contrepoint. Ses élèves au conservatoire de Paris l’appelaient « papa Franck »; ils ont légué le portrait d’un homme dévot, serein, bien- veillant. Tout l’inverse de ce que laisse penser le style incandescent de ses chefs-d’œuvre : la sonate pour violon est un torrent de fièvre ; le quintette avec piano, selon Debussy, fait « du paroxysme tout le temps ». [...]
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Rodéo urbain : Lola Quivoron à contre sens

Différents médias ont fait leur valise pour le festival de Cannes pour découvrir le lot de « perles rares » que réserve la cuvée cinématographique de 2022. Ils estiment en avoir trouvé une : Rodéo, le premier long-métrage d’une jeune réalisatrice Lola Quivoron qui célèbre le rodéo urbain. C’est la première fois que la jeune femme présente un film au festival de Cannes et il semble qu’elle ait des choses à dire.

Une réalisatrice au profil très progressiste

Lola Quivoron est née d’une mère plasticienne et d’un père ingénieur aéronautique. Elle déclare que pendant son enfance, c’est sa mère qui l’a poussée à l’indifférenciation : « Ma mère a toujours cultivé cet endroit d'indéfinition, en refusant par exemple que je fasse de la danse classique et en m'habillant avec des vêtements unisexes ». Elle ajoute que « par exemple en CM2, le leader de la classe m'a fait comprendre que je n'avais pas ma place dans le groupe des filles ni dans celui des garçons pour une partie de chat-bisou. J'ai compris qu'il y avait une forme de précarité à n'être ni l'un ni l'autre. ». Un traumatisme. Pour autant, elle ne change pas de position et se définit comme « neutre, ni femme ni homme ».

Lire aussi : Cannes : le festival des navets progressistes ?

Autre figure de son enfance, sa grand-mère maternelle mariée à un homme respecté de la « mafia nantaise ». Fascinée, la jeune femme raconte comment elle dirigeait des cabarets érotiques et des discothèques. Elle photographiait même les cicatrices que sa grand-mère s’était faite pendant un grave accident de voiture. Surprenant sachant que la réalisatrice présente aujourd’hui à Cannes une ode au rodéo urbain. [...]

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Tristan Ranx : « Jules Verne est le code-source du cosmisme »

On assimile souvent le cosmisme à un transhumanisme qui aurait sa source dans la mystique orthodoxe. Le transhumanisme n’est-il pas pourtant anti-chrétien par essence ?

Il faudrait au contraire voir le christianisme comme une religion qui intègre dès ses origines le transhumanisme dans l’idée même que l’humain n’est qu’une forme qui peut évoluer, ou être différente, d’où le problème du monstre, étymologiquement celui qui « montre ». C’est l’idée fondamentale de saint Augustin qui admet que toute forme de vie, ainsi que les monstres, qu’ils soient chimériques ou hybrides, humanoïdes ou non, sont des créatures de Dieu. Pour saint Augustin, partant du principe que des naissances monstrueuses peuvent survenir chez des individus, il ne peut exclure que des races entières de monstres puissent exister, car si un monstre peut descendre d’un seul père, les races monstrueuses, elles aussi descendent nécessairement d’un seul géniteur : Adam. Par conséquent, l’homme ne doit jamais porter de jugement sur ces races, saint Augustin poussant la dialectique du monstre plus loin, affirmant que Dieu a volontairement conçu les races de monstres pour nous laisser un message afin que nous ne pensions pas que les naissances monstrueuses soient la preuve d’une erreur divine. Louis Albert Joly de Choin considère que, dans le doute, il faut toujours baptiser les monstres, au besoin sub conditione, par la ormule « Si tu es homo ego te baptiso in nomine Patris & Filii & Spiritus Sancti » (1748) (Si tu es homme, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit). En Angleterre, pendant la Renaissance, John Bulwer fut l’inventeur d’une discipline que l’on peut rapprocher du transhumanisme appelé l’anthropometamorphosis ou l’étude de la transformation artificielle de l’homme, par altération des membres, des os et du visage, incluant les tatouages, piercings, cicatrices, amputations, constrictions, mutilations de la langue, élongation des vertèbres cervicales, des lèvres ou des oreilles, mais aussi par l’utilisation de cosmétiques, de peintures, de masques, voiles, perruques, coupes de cheveux, moustaches et barbes.[...]

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