Après Mortal Kombat et Resident Evil, Paul W.S. Anderson s’attaque une nouvelle fois à une transposition de jeux vidéo avec toujours sa muse (et gonzesse) Milla Jovovich. Notre monde en cache un autre, sachez-le, et lorsque le lieutenant Artemis et son unité d’élite traversent par inadvertance un portail magique, les voici propulsés dans l’autre univers. Pas de chance, celui-ci est dominé par des monstres super méchants.
L’unité soi-disant d’élite se fait becter en cinq minutes laissant seul Artemis sauvée in extremis par un chasseur mystérieux. Si la première heure se laisse regarder comme un petit film de survie un lendemain de cuite au picrate espagnol, la deuxième partie bien plus ambitieuse se révèle franchement irregardable, même totalement beurré. Un scénario qui tient sur un post-it et des personnages débiles, les séries Z en sont coutumières, mais lorsque le budget multiplie les zéros on s’attend tout de même à autre chose, ne serait-ce que voir des dollars défiler à l’écran. Monster Hunter radine sur tout sauf la laideur.
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Inoubliable « Commissaire Moulin » entre 1976 et 2008, Yves Rénier s’est éteint ce 24 avril, à l’âge de 78 ans. Acteur populaire, scénariste, il avait également prêté sa voix à plusieurs acteurs américains comme Burt Reynolds, Paul Hogan ou encore Tommy Lee Jones. En 1979, il accepte de rejoindre le casting prestigieux d’une série en six épisodes, baptisée « Pour tout l’or du Transvaal ». L’histoire semble anodine : celle d’un jeune Français qui se retrouve malgré lui au cœur du conflit entre Boers et Anglais. Mais derrière ce téléfilm se cache un véritable coup marketing mis en place par le régime d’apartheid, qui cherche alors à redorer son image internationale ternie après le massacre de Soweto. Au nez et à la barbe du comédien.
Mais derrière ce téléfilm se cache un véritable coup marketing mis en place par le régime d’apartheid, qui cherche alors à redorer son image internationale ternie après le massacre de Soweto. Au nez et à la barbe du comédien
À Pretoria, capitale de la République sud-africaine, nation mise au ban pour avoir institutionnalisé un régime de ségrégation raciale, il est un homme redouté de tous. Piet Meyer est un pur produit de l’Afrikanerdom. Il est né en 1909 alors que son pays n’était qu’un Dominion de l’empire britannique, au sein d’une famille de Boers qui ne digère pas la défaite contre les Anglais, un conflit qui a mis fin à l’indépendance des républiques du Transvaal et de l’État d’Orange Libre. Plume de talent, il est rapidement repéré et recruté par les milieux nationalistes afrikaners pour prendre en charge leur communication. Bourreau de travail, il intègre le puissant mouvement de l’Ossewa Brandwag en 1932, et confessera volontiers son admiration pour l’Allemagne, seul pays qui aidera les Afrikaners à tenter de se débarrasser des Anglais durant la Seconde guerre mondiale. Professeur d’université et journaliste, il va prendre de plus en plus d’ascendant au fur et à mesure des décennies qui se succèdent, jusqu’à obtenir le poste de Président du Broederbond en 1960. Une société secrète qui promeut les intérêts de la communauté afrikaner, élitiste, et qui donnera à l’Afrique-du-Sud tous ses présidents jusqu’à la fin de l’apartheid en 1994. C’est à Piet Meyer que ses compatriotes doivent l’apparition de la télévision dans leurs foyers. Jusqu’ici, le régime voyait d’un mauvais œil cette modernité occidentale avant que Meyer n’arriver à le convaincre des possibilités de propagande offertes par ce moyen de communication. La South-African Broacasting Television (SABC) devient dès lors incontournable, et Piet Meyer chef d’orchestre d’une partition de musique impeccablement jouée.
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Le nouveau roman de Régis Jauffret semble issu d’une tactique d’évitement : on devine que l’auteur avait envie d’écrire une biographie de Flaubert, tâche inutile vu la quantité qui existe, et qu’il a glissé sur une voie parallèle. Le roman comporte deux parties, « je » et « il ». Dans « je », Jauffret se met dans la tête de Flaubert ressuscité, et commente sa vie et son œuvre, avec des comparaisons entre son époque et la nôtre. En clair, Flaubert parle en Jauffret, avec le style Jauffret, mélange de précision, d’humour grinçant, d’images improbables.
La deuxième partie, « il », est l’histoire des dernières heures de Flaubert, avec le bain où il aura son attaque ; parti d’une mince base de faits, Jauffret y dérive sans cesse vers la fiction – il imagine qu’Emma Bovary apparaît à son créateur, le rejoint dans la baignoire, et lui fait des reproches en s’exhibant. En résulte un livre baroque et surprenant, qui fonctionne comme un jeu, ou un exercice de style : s’emparer d’un sujet aimé (Flaubert), visualiser son traitement académique (une biographie, un essai), puis le démantibuler, en le soumettant au traitement de choc de l’approche Jauffret.
« Je fais le serment de m’en tenir à mon passé officiel en tous points conformes aux documents dont je donnerai en fin de volume la bibliographie et qui font autorité parmi les flaubertiens »
LE STYLE DE RÉGIS JAUFFRET
On retrouve le projet biographique virtuel en filigrane, puisque tout le matériau factuel employé est vrai: « Je fais le serment de m’en tenir à mon passé officiel en tous points conformes aux documents dont je donnerai en fin de volume la bibliographie et qui font autorité parmi les flaubertiens ». Mais ce matériau est entrelacé à toutes sortes de considérations, jugements et hypothèses, notamment au sujet des romans et de leurs personnages, telle l’omniprésente Emma que son créateur est content d’avoir tuée, Dieu seul sachant de quoi elle aurait été capable sinon: « Il a mieux valu pour cette nigaude qu’elle s’empoisonne à vingt-huit ans, autrement je n’aurais pu me retenir davantage de l’arracher à Yonville pour en faire une prêcheuse illuminée trottant comme une ânesse sur les routes poudreuses pour annoncer la fin du monde ». Cette phrase pleine d’images, splendidement façonnée (le maître y aurait-il déploré les deux « pour » ?), est caractéristique du style de Jauffret qui perfectionne dans ce roman une technique déjà expérimentée, le demi-dialogue de relance – des phrases sorties de leur paragraphe, et précédées d’un tiret.
Autre invention, inédite celle-là, le « chutier » : en fin de volume, Jauffret a inséré, dans une typo minuscule, une série de fragments finis mais inemployés, des « chutes » coupées du texte. Je ne crois pas que quiconque y ait jamais pensé ; cela forme une ombre à l’intérieur du volume, un écho, une note tenue qui donne l’impression que le livre ne finit pas. C’est aussi, peut-être, un clin d’œil à Bouvard et Pécuchet inachevé ?[...]
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Il semble que la pandémie, millénarisme oblige, ait remis au goût du jour la période médiévale. Évidemment, il ne s’agit que d’un Moyen Âge fantasmé version Kaamelot, Donjons et Dragons ou Game of Trones et il n’y a pas grand-chose de comparable entre ce que nous vivons depuis plus d’un an et la Peste noire du XIVe siècle. Malgré tout, une poignée d’artistes anonymes ont lancé l’an dernier la mode du « bardcore » comme un pont entre ces deux époques.
COMMENT UN MENUISIER ALLEMAND INVENTA LE « BARDCORE »
Tout débute lors du premier confinement avec la sortie en avril 2020 du remix médiévalisant d’un morceau du DJ russe Tony Igy datant de 2010, « Astronomia ». Comptabilisant à ce jour près de 3,9 millions de vues sur Youtube, la vidéo illustrée par un dessin inspiré de la tapisserie de Bayeux est l’œuvre d’un mystérieux vidéaste nommé « Cornelius Link ». Développeur web allemand de 27 ans, ce dernier est aussi un passionné de menuiserie, au point qu’il a façonné lui-même les instruments médiévaux qu’il utilise pour composer ses morceaux. Le bourdonnement médiatique sans précédent autour de ce remix marque la naissance d’un nouveau genre musical désigné sous le nom de « bardcore » (contraction des mots « bard » et « core » sur le modèle de « hardcore ») ou « tavernwave ».
Développeur web allemand de 27 ans, ce dernier est aussi un passionné de menuiserie, au point qu’il a façonné lui-même les instruments médiévaux qu’il utilise pour composer ses morceaux
HILDEGARD VON BLINGIN’ ET NIRVANA EN LATIN
D’abord strictement instrumental, ce style devient lyrique un mois plus tard grâce au succès de la version médiévale de « Pumped up kids », célèbre hit du groupe indie pop américain Foster the people datant de 2011. C’est la vidéaste Hildegard von Blingin’, dont le nom s’inspire de la bénédictine du XIIe siècle Hildegard von Bingen, qui réalise cette vidéo dépassant les sept millions de vues. Le secret du succès? Modifer les paroles de chansons en y ajoutant des mots empruntés au vieil anglais. Surfant sur la vague, un autre youtubeur aura l’idée, durant l’été 2020, de reprendre en latin le célèbre tube international de Nirvana « Smells like teen spirit ». Depuis, les succès de Cornelius Link et Hildegard von Blingin’ ont fait des émules et plus rien se semble arrêter cette nouvelle tendance : on ne compte plus les reprises pop à base de luths, de cithares et autres cornemuses… De Lady Gaga à Abba en passant par Daf Punk ou Shakira, tous les grands tubes des dernières quarante années passent à la moulinette médiéviste[...]
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À la recherche de ce qu’est la communauté politique essentiellement, Allan Bloom fait des pièces shakespeariennes un matériau d’enseignements politiques – croyant par-là retrouver la volonté du dramaturge – tant celles-ci ont d’après lui saisi l’homme sous toutes ses coutures naturelles. S’il faut rester prudent quant à la possible projection anachronique de thèmes contemporains, reste qu’il est difficile de ne pas s’enthousiasmer pour ses analyses pénétrantes du rapport de l’homme à la cité.
Des pièces vénitiennes, Bloom constate l’incapacité du cosmopolitisme marchand à créer du commun autre que par le plus petit dénominateur, l’intérêt individuel : une véritable communauté politique suppose identité de mentalité, de mœurs et de coutumes, sans quoi il n’est d’accord possible sur la teneur du bien commun. Des tragédies romaines et de l’avènement de César, il retient le mirage des absolus : complexe, la politique est avant tout un art qui équilibre des forces et considère les singularités[...]
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Isfar Sarabski n’a que dix-neuf ans en 2008 lorsqu’il met en émoi le jury du concours de piano du Montreux Jazz Festival et remporte le Prix Piano Solo avec son interprétation phénoménale des compositions de Bill Evans. De l’audace, de la virtuosité et une ferveur inspirée, assemblées de façon insolite et novatrice, du jamais vu à l’époque. Ce studieux pianiste membre de plusieurs formations signe un premier album en son nom : Planet. Son sublime Déjà Vu, est d’ores et déjà l’un des plus jolis thèmes de jazz dans l’absolu, et de son nouvel opus plus précisément. Dialogue avec celui qui crée systématiquement la surprise.
Comment vous êtes-vous destiné à la musique ?
J’ai besoin d’enregistrer et de jouer pour donner des émotions aux gens. Beaucoup de choses sont fermées et de plus en plus, d’ailleurs. La musique reste donc un langage unique. Le lieu d’expression de l’âme. Elle peut être comprise par tous. Il m’est plus facile de m’exprimer à travers la musique qu’avec les mots. Je n’ai pas de censure en musique, elle me donne une humeur et des sentiments très clairs. Je ne connais pas les gens que je croise aux concerts, mais je sens l’énergie de la foule, son silence ou sa tension. Cela donne du sens. C’est pour cela que je fais ce métier.
Entre votre illustre arrière-grand-père Hüseynqulu Sarabski, ténor d’opéra, dramaturge, pionnier musical, et les générations d’incroyables pianistes « défricheurs », où se situent la part d’héritage et la part de création dans votre travail ?
Petite anecdote au passage, c’est par une source journalistique européenne que j’ai découvert que mon aïeul ne se consacrait pas qu’à l’opéra, et faisait déjà des expériences jazz « alternatives » en se produisant à Moscou dès 1926 ! Il était le soliste vocal du visionnaire Eastern Jazz Band, premier groupe de jazz du pays. C’est une base familiale solide qui m’aide à construire ma musique. La part d’héritage est énorme, même si j’essaie d’emmener tout ça ailleurs. J’utilise des musiques anciennes de notre folklore et je les arrange avec des éléments nouveaux, jusqu’à l’électro récemment. J’aime créer des ponts entre le jazz et la musique classique, entre l’orient et l’occident, entre le folk et l’électro. De mes onze années de classique – à l’Académie de Bakou et au Berklee College de Boston – j’ai retiré différentes méthodes pour élaborer des mélodies avec des harmonies classiques, jazz, ou mugham. Ce sont des clés, des portes pour jouer plus loin. C’est dans mon sang aussi ! Il est crucial d’explorer des pistes inédites afin de créer de nouveaux horizons. La stagnation n’est pas l’idée que je me fais de l’art.
Le jazz et la musique savante traditionnelle azérie « mugham » – elle aussi fondée sur l’improvisation – se sont reconnus instantanément de solides affinités. Est-ce cette conjonction qui fait de Bakou une des villes les plus réceptives au jazz ?
Oui, complètement ! Le mugham est une suite de mouvements liés à un mode particulier. Leur seul point commun, mais non des moindres, est effectivement cette liberté d’improviser. Pour le reste, les gammes, mesures et structure harmonique n’ont rien à voir avec la musique occidentale. L’avènement de « l’ethno[1]jazz azéri » puisant largement dans la tradition mugham est intimement lié aux personnalités ingénieuses des pianistes et compositeurs classiques Vaguif Mustafazadeh et Rafq Babayev. Ils expérimentaient une synthèse entre les diverses rythmiques jazz et les particularités mélodiques et rythmiques du folklore mugham. Vaguif a ouvert une voie. C’était terriblement avant-gardiste et d’une élégance folle ! Le trompettiste Dizzy Gillespie dira qu’il a créé « la musique du futur ». C’est une remarque sensée, car c’est aujourd’hui encore une direction extrêmement vivante ! Et depuis 2005, le mugham est classé chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Confiez-nous un souvenir fort de votre parcours.
J’ai un souvenir très ancien et marquant. Nous sommes une famille de musiciens et ma mère est professeur de musique. Je jouais avec les vinyles que j’entendais, c’était mon « premier instrument » et mon jeu préféré dès 2 ou 3 ans ! Aujourd’hui encore je suis fasciné par les grands vinyles noirs… Je me souviens précisément de ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai entendu les disques de Dizzy Gillespie ou les enregistrements des œuvres de Bach et de Chopin. À la première écoute, j’ai senti qu’il fallait que j’aille plus loin. Plus tard, je n’ai pas choisi exclusivement le jazz. Et l’on ne peut pas non plus tout lui attribuer. Je dirais que j’interprète tout type de musique. L’immense collection de vinyles n’est probablement pas étrangère à ma culture et mon ouverture d’esprit. Je n’aime pas les limites non plus, alors : j’ai une ligne directrice, et des combinaisons diverses !
Quels sont les thèmes de cet album ?
C’est tout simplement mon opinion à propos de cette planète, de ce monde et de mes expériences. L’album m’a pris presque neuf années de travail. Il s’est fait avec d’anciennes compositions côtoyant de nouvelles. Certains thèmes comme Prélude sont classiques, d’autres sont plus joyeux voire humoristiques. Swan Lake est librement inspiré de Tchaïkovski. Comme j’aime la rythmique qui, dans notre culture, est très forte et très présente, je voulais utiliser beaucoup plus de 7/8, ce qui était un pari fou mais qui se combine si bien finalement. Et puis ça me plaisait l’idée de faire danser les cygnes sur du 7/8 plutôt que leur 4/4 habituel !
« Déjà vu » est un thème splendide qui exprime gravité et légèreté simultanément !
J’ai tenté d’ofrir des mélodies dont on se souvienne mais dont on ne comprenne pas l’origine. Dans ce morceau, les mélodies se chevauchent et évoquent le phénomène de déjà-vu. Les musiciens qui m’accompagnent me donnent l’énergie pour construire mes solos et favorisent cette sublime connexion qui est indispensable dans un enregistrement ! Alan Hampton (basse et contrebasse) et Mark Guiliana (batterie) sont dévoués à leur musique, au son, et au rapport à l’instrument. J’admire leur pulsation et leur fougue[...]
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Premier film de science-fiction à avoir été tourné en couleur et utilisant une bande-son entièrement électronique, Forbidden Planet a fait date et il manquait une belle édition DVD pour rendre hommage à ce film audacieux, presque expérimental, qui contribua à bâtir toute l’esthétique du space opera, encore largement pillée aujourd’hui. C’était la première fois que la MGM allouait un aussi gros budget à un film de genre et le métrage marqua durablement par son formalisme parfois grandiose et ses peintures sur cache magnifiques qui le font parfois ressembler à une peinture expressionniste en mouvement.
Avec déjà huit publications remarquées, Iain Levison est devenu l’un des fers de lance des non moins remarquables éditions Liana Levi. Entre thrillers lunaires, tranches de vies en clair-obscur et portraits d’une société malade, l’auteur américain d’origine écossaise excelle dans la représentation de la débrouille et des combines tordues sur fond de crise, avec ses petits boulots, ses braquages foireux, ses escroqueries, ses fiascos judiciaires, ses services corrompus, ses fics et ses voyous attachants. Il faut dire que le romancier nourrit une sympathie communicative pour ses personnages en lutte, livrés à leurs démons, écrasés par les dettes, cernés par la crasse et la convoitise. En dépit du regard totalement désabusé que ses héros portent sur le monde, l’ersatz de grâce n’est jamais loin. Car si le propos est noir et que le décor reste objectivement déprimant, les livres de Levison ont quelque de chose de particulièrement stimulants – une manière légère, un don pour le quiproquo et des intrigues implacables contribuent à la réussite de la formule. Le dernier roman ne déroge pas à la règle. À Philadelphie, un chauffeur Uber revêche et solitaire proche de la retraite dépanne sa nouvelle voisine alors que son mari militaire vient, sans prévenir, de vider le compte du couple depuis le Moyen-Orient. Ce sniper aux méthodes équivoques trompe sa femme avec une supérieure et menace de dénoncer l’homosexualité de Kyle, son coéquipier, au beau milieu d’une mission falsifée pour éliminer un terroriste. D’un mensonge à l’autre, précisons que Kyle vient justement d’arranger un mariage tactique avec sa meilleure amie et que les projets d’avenir pour le vrai-faux couple sont désormais compromis. Évidemment, à la faveur d’une permission, tout ce petit monde va s’employer à rectifier le tir. Bref, du Levison tel qu’en lui-même, c’est-à-dire toujours aussi efficace ; à ceci près que - alerte divulgation - la dernière page est certainement son final le plus drôle jusqu’ici. Alain Leroy
NOIR ET BURLESQUE
Trois jours dans la vie d'un yazuka, Hideo Okuda, L’Observatoire, 248 p., 19€
Un petit yakuza débutant se voit confier par le boss une mission d’importance : éliminer le pilier d’un gang rival, d’ici trois jours. Évidemment, il est ravi. En même temps, il est un peu anxieux, car c’est un travail pour voyou accompli. Mais enfin, il a trois jours pour se faire à l’idée… L’auteur à succès des très amusants Remèdes du docteur Irabu nous plonge ici dans les bas-fonds interlopes de Tokyo et signe une comédie criminelle hybride, à la fois très noire et légèrement burlesque. Bernard Quiriny
L’un des plus grands poètes de l’histoire est né à Florence dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Il a participé, jeune homme, à la bataille décisive de Campaldino, est tombé amoureux enfant d’une petite fille qu’il ne recroisera dans la rue que des années plus tard et qui mourra à juste 25 ans avant qu’il ne l’immortalise - Béatrice. Passionné de politique, il se risque dans le parti des Guelfes blancs, obtient un rôle important dans sa cité avant que les Guelfes noirs ne prennent le pouvoir et l’exilent en 1302. Dépossédé de ses terres, de sa famille, de son statut social, mais poète reconnu, Dante emploiera les vingt années de disgrâce et d’errance précédant sa mort pour vaincre dans l’éternité littéraire en composant sa Comédie. D’une destinée aussi épique, tragique et fascinante, le grand médiéviste italien Barbero ne tire qu’un livre besogneux d’universitaire s’étendant à perte de pages sur les polémiques de dantologues et disputant tous les détails d’archives pour ne révéler que la précarité des indices historiques qui environnent son sujet. Tant de poussière et si peu de sève marquent bien l’inanité de l’orthodoxie scientifique pour traiter ce genre de questions. Romaric Sangars
Le grand lézard, Charly Delwart, Flammarion, 255 p., 19€
Tomas va célébrer bientôt son quarantième anniversaire et, logiquement, la crise de la quarantaine le guette. Loupés professionnels, routine conjugale, vie quotidienne passablement aliénante, tous les ingrédients sont réunis pour une mise en question radicale de ce qu’il a accompli jusqu’à présent dans l’existence, ainsi que du statut qu’il a acquis dans la société. Seulement voilà, la crise chez lui prend une forme originale : toutes les nuits, il rêve qu’il revit sa vie, mais en nain, et en mieux… L’humour décalé de Charly Delwart joue à fond dans cette comédie aux développements improbables et au rythme élastique, pleine de notations lucides et désabusées sur la vie de quadra urbain, ainsi que de comique de répétition débonnaire[...] BQ
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