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Stéphanie & Sylvain Tesson : Au nom du père, de l’art et de Notre-Dame
« Sylvain a pensé à vous parce que, selon ses mots, « la pièce dépasse la fable onirique pour déployer une théorie de la restauration de l’ordre politique, historique et divin ». C’est ainsi qu’il nous a chargés de vous la présenter. » Sylvain, c’est Sylvain Tesson. Il sait nous titiller le cœur. La pièce, c’est La Tempête de Shakespeare, mise en scène par sa sœur ainée Stéphanie. Alors nous nous y sommes rendus. Au Théâtre de Poche, évidemment, fief familial des Tesson depuis 2013. Niché dans une petite impasse toujours sans nom – puisqu’un obscur maire adjoint d’Anne Hidalgo refusa de la baptiser du nom du père, Philippe, pas assez de gauche – c’est quelques jours plus tard que nous y retournons. Sylvain Tesson guette notre arrivée devant la porte. « Watrigant c’est du sérieux, toujours à l’heure ». Montre au poignet, seule trace de modernité qu’il s’autorise, l’écrivain ne souhaite pas perdre de temps, d’autant qu’un imprévu de dernière minute ne lui offre qu’une heure et demie à l’horizon. Largement suffisant, pensons-nous, naïvement. Stéphanie nous accueille. Elle a piqué les yeux de son père comme son large et beau sourire. On se sent vite comme à la maison. Les souvenirs sont accrochés au mur, le bar en bois et les ardoises perchées donnent l’envie de s’y installer jusqu’à l’aube. Elle nous présente l’équipe comme elle présenterait sa famille. « Vous n’étiez jamais venu au théâtre de Poche ? » nous demande-t-elle. « Si, plusieurs fois, répond l’un d’entre nous. La dernière fois en 2016. C’était Moncorgé, qui jouait une pièce de Zweig, et c’était tout de même étrange ». Stéphanie confirme. « Oui c’était Amock. Nous aimons beaucoup Alexis Moncorgé. Il y avait un malaise par semaine. Ce n’étaient que des femmes enceintes ». Sylvain Tesson nous emmène un étage plus bas. Les décors de Notre-Dame sont en place. Cette nouvelle pièce démarre dans quelques jours. Samuel Labarthe, Christophe Barbier et quelques autres se relaieront pour lire les textes de l’écrivain. Il poursuit : « L’Amok », c’est la folie des Malaises et des Groenlandaises, ça se produisait quand elles mangeaient du foie. Vous avez déjà mangé du foie de baleine ? Cet organe, c’est un égout ». Stéphanie : « Oui, ça produit une sorte de démence, d’hystérie… Un peu comme l’ergot de seigle au Moyen-Âge qui faisait le même effet. Quand on avalait la petite pellicule qui entoure le seigle, ça pouvait déclencher le « mal des ardents ». C’est ce qui a inspiré au peintre Jérôme Bosch ses tableaux, parce qu’il habitait à côté d’un asile où l’on enfermait les gens atteints de cette maladie. » Nous ne les arrêterons pas. [...]
Éditorial de Romaric Sangars : Angles morts

Ce qui aura caractérisé les romanciers primés de la rentrée 2024, c’est l’éloignement de leurs livres d’avec les préoccupations françaises. Kamel Daoud (Goncourt) s’attaque courageusement (mais confusément) à l’Algérie de la décennie noire ; Gaël Faye (Renaudot) évoque son Rwanda natal déchiré par la guerre civile ; Julia Deck (Médicis) nous renvoie à l’Angleterre dont est originaire sa mère et Miguel Bonnefoy (Femina et Académie française) au Venezuela de ses ancêtres. En soi, pourquoi pas ? On a suffisamment reproché aux romanciers des années 2000 leur parisianisme égocentré, la littérature sert aussi à élargir le monde et le français est une langue internationale. On y croit deux secondes. Et puis on se dit que cette sélection, par son systématisme, révèle trop clairement les angles morts. Des injonctions occultes ont servi de premier filtre : ne pas primer de mâle indigène ; ne pas toucher aux thèmes vraiment clivants et donc ne braquer aucun faisceau sur le cœur dévasté du pays.…

État des lieux : la mort des écrivains
Quel critère a présidé à votre sélection, la qualité de la mort ou celle de l’œuvre ? Au début notre réflexion, la qualité de la mort, comme vous dites, son caractère particulièrement dramatique, spectaculaire ou significatif, a joué un rôle déterminant – avec, en outre, le côté romanesque de telle ou telle disparition fameuse : […]
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« Daddio » : crescendo émotionnel
Le dispositif est d’une simplicité confondante : « Girlie », jeune et jolie programmeuse, rentre de son Oklahoma natal pour regagner son appartement new-yorkais. Le chauffeur de taxi se révèle être non seulement un véritable moulin à paroles, mais aussi un être doté d’une sensibilité rare, qui parviendra – en une heure et demie filmée quasiment en temps réel – à tirer de la jeune femme une vérité qu’elle ne soupçonnait pas sur elle-même. [...]
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© Les Enfants après eux
« Leurs Enfants après eux » : à l’est de Metz
À la suite de L’Amour (patap)ouf, Leurs Enfants après eux remet le couvert avec une romance adolescente repulpée en saga sur fond d’années 90. Si l’adaptation du prix Goncourt de Nicolas Mathieu paraît aussi longue, pompeuse et hors-sol, c’est que l’argument naturaliste est soumis à un traitement grandiloquent. La recherche du mythe hollywoodien (À l’Est d’Eden) débouche hélas sur sa version française, du lourdingue à la louche. [...]
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« Limonov, la ballade » : êtes-vous plus Russe que lui ?
Kirill Serebrennikov est un pur produit du cinéma russe contemporain : on peut le détester pour ses affèteries, pour son maniérisme parfois daté, pour son lyrisme exacerbé et ses emprunts au théâtre – vieux réflexe du réalisateur soviétique qui tient le cinéma pour une sorte de spectacle total, puisant autant dans l’agit-prop et le spectacle vivant que dans l’esthétique publicitaire. Exilé à Berlin pour des raisons évidentes d’incompatibilité avec le régime, on le soupçonne au premier abord d’avoir un peu tiédi, tant s’accumulent les appels du pied un peu lourdingues à l’occidentalisme bienveillant : des acteurs russes qui jouent en anglais, une narration sans risque qui se complait un peu trop dans la reconstitution appliquée des années 80. D’autant que s’il s’attaque à la vie trépidante de l’écrivain Édouard Limonov, figure du poète russe exilé, sorte de marginal punk auteur de journaux très gonzos, il le fait par le prisme de la biographie d’Emmanuel Carrère, notre rasoir entrepreneur de biographies journalistiques bien sous tous rapports. [...]
Les critiques littéraires de novembre
BOMBE EN COULISSE JOURNAL TOME V, Richard Millet, Les Provinciales, 608 p., 32 € Le tome V du journal de Richard Millet était sans doute le plus attendu par ses lecteurs parce qu’il couvre les années 2011 à 2019, c’est-à-dire celles de sa chute, de sa résistance et de sa clandestinité. Après les années Gallimard, […]
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© Pierre Deram par Romée de Saint Céran
Pierre Deram : baroque flamboyant
Dans le jour morne de cette rentrée littéraire médiocre et convenue, Nuits offre une superbe éclaircie. Suite de souvenirs éparpillés autour de la nuit, de l’alcool, de la perte de soi, du désir vrillant et de l’amour raté, le roman, déjà, évite le petit récit linéaire de reconstruction de soi. C’est tout le contraire, ici on plonge : un homme convoque les morceaux en désordre de sa vie à la dérive, hanté par l’attraction du vide, de sa propre perte, après l’échec d’un amour qui aurait pu le sauver. Les fragments alternent d’une ville à l’autre, de l’Afrique à l’Europe et de l’enfance à l’âge adulte, mais tous magnétisés par le mystère nocturne et ce qu’il implique : désespoir, aveux, pulsions, tendresse, misère, impasses sinistres et grâces paradoxales. En somme, tout ce qui constitue la matière littéraire brute : l’ensemble de ce qui est caché derrière les costumes repassés du jour et qui dévore les êtres de l’intérieur. Ainsi ne trouve-t-on pas, dans Nuits, le récit narcissique avançant la nuque raide dans sa blouse idéologique, mais une fresque fragmentée où défile une faune d’ivrognes mythiques, d’égarés émouvants et de filles perdues, une toile qui baigne, plutôt que dans la morale victimaire, dans la grande miséricorde des bannis dessillés. [...]
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