
Il faut parfois tout perdre pour écrire vraiment. C’est la leçon terrible et splendide que nous laisse La soif de honte, le dernier livre de Nicolas Bedos, paru chez L’Observatoire. Un récit où l’on n’attendait plus rien sinon quelques excuses mal écrites, quelques lamentations médiatiques, et où surgit, contre toute attente, un grand texte littéraire. Non pas un plaidoyer, encore moins un manifeste, mais un miroir tendu au lecteur, et peut-être à notre époque tout entière.
Il aurait pu se taire, se terrer, devenir ce visage déchu que les plateaux n’osent plus inviter qu’à la marge. Il aurait pu écrire une lettre aux Français dans Le Figaro comme Gérard Depardieu, une justification édulcorée, ou, comme tant d’autres, se réfugier dans la victimisation chic. Mais Bedos n’a choisi ni l’évitement, ni le pardon instantané. Il a choisi ce qu’il manie le mieux : la plume. Une langue belle, dense, parfois précieuse, souvent incandescente, dans laquelle il se livre sans fard.…








