


ÉCLATS FILIAUX
LE CÔTÉ OBSCUR DE LA REINE, Marie Nimier, Mercure de France, 260 p., 22,50 €
Marie Nimier, qui avait déjà évoqué son père, Roger, le prince de l’insolence, dans Que dit la reine du silence ? évoque cette fois-ci sa mère au gré de ce portrait éclaté. Le côté obscur de cette mère, c’est essentiellement l’égocentrisme plaintif dont celle-ci fait preuve les dernières années de sa vie, quand sa fille vient la visiter dans son appartement parisien envahi d’objets, visites qui sont le cadre du récit, lequel se fragmente ensuite en souvenirs divers où se mélangent les figures et les époques. C’est dans la difficulté de retrouver le lien à une mère à la fois défaillante et irritante que Marie Nimier compose son livre, comme la voix compensatoire de ce dialogue impossible. Illustré de photographies et de souvenirs, celui-ci prend peu à peu la forme d’un grand puzzle généalogique, où l’on croise autant des moments d’enfance, d’adolescence, des légendes et des révélations – Paul Valéry amoureux de la grand-mère de l’autrice, mais aussi la grande ombre du père, un fils caché qui ressurgit, le malaise deviné derrière la désinvolture mythique.…

DIVA TERMINALE
HEIDSCHI BUMBEIDSCHI, 16 MOMENTS DE MA VIE, Ingrid Caven, Tricatel, 13,99 €
Muse de Fassbinder puis de Jean-Jacques Schuhl qui lui consacra un livre à son nom récompensé du Goncourt en 2000, Ingrid Caven est la dernière diva germanique, fille de Marlene Dietrich, « chic-à-mort », « todchic » comme le scande Schuhl, froide et fatale, avec ses longues robes noires, sa blondeur tranchante, sa voix envoûtante, sensuelle et voilée, ses airs d’ultime Lorelei née des cataclysmes du XXe siècle. À 86 ans, elle offre un genre de bilan étrange de sa longue et surprenante existence avec ce florilège de seize moments racontés, chantés, joués, incantés, psalmodiés, en français ou en allemand, sur le fond musical expérimental composé par Les Molforts, le groupe du cinéaste Albert Serra à l’origine de ce projet si singulier. Quelques textes sont de Schuhl, la plupart de Caven, et l’on passe de son premier tour de chant à l’âge de 6 ans, pour la Wehrmacht, une nuit de Noël durant la guerre, à des souvenirs de Blanche-Neige, des usines de Saarbruck, de psychanalyse, de ses débuts au cinéma ou d’un café à Paris.…


L’initiative d’Éric Sadin avec le soutien d’Éric Barbier et du Syndicat national des journalistes était destinée à exposer les conséquences pratiques, dès à présent, de l’IA dans des domaines aussi divers que l’enseignement, l’information, le travail ou l’environnement. En musique, l’IA générative amplifie à échelle industrielle le pire déjà à l’œuvre : l’inflation de contenus, la fausse perfection, l’obsession statistique, la dévalorisation et l’ubérisation de la musique, sa désinstrumentalisation, sa déshumanisation, et la primauté du choisisseur sur le créateur. [...]


Dans ma chambre d’enfant, il y avait une partie de la bibliothèque familiale. Avec, je n’ai jamais su pourquoi, deux livres de Gourmont : Sixtine, roman de la vie cérébrale et Histoires magiques, chez 10/18, avec des préfaces de Hubert Juin. J’ai tourné autour et quand je les ai lus, j’ai été fasciné, par la langue plus encore que par l’histoire. J’aimais beaucoup les mots rares. Il y en avait un dans Sixtine : vlouement, le bruit des ailes des oiseaux quand ils volent. C’est le premier néologisme dont je me souvienne. Quand j’ai eu une vingtaine d’années, j’ai commencé à constituer une collection, sans arrière-pensée, par pure bibliomanie ; on en trouvait facilement à des prix accessibles chez les bouquinistes. Un jour, dans un salon, j’ai croisé Jean Chalon, qui proposait une biographie de Natalie Clifford Barney. J’ai engagé la conversation. Il a été surpris qu’un si jeune homme s’intéresse à Gourmont. Il m’a dit qu’il faudrait que j’écrive cette biographie. C’était il y a trente-cinq ans. [...]

L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.

