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Christophe Bier : « Face à l’offensive libérale, il faut être radical : ne plus regarder la moindre série, par exemple »

D’où vient votre appétence pour les marges culturelles ?

À six ans, je découvre Fernandel, mon premier monstre, acteur extravagant dont il m’a fallu tout connaître. Je le vois dans un film de Mocky, qui me fascine, au point, plus tard, de venir à Paris travailler à ses côtés. J’ai vu aussi les films de Tod Browning, Freaks, vers douze ans, et L’Inconnu, conte masochiste bouleversant, avec Lon Chaney se mutilant par amour fou. J’ai besoin de personnages hors-normes. Puis ce fut la littérature érotique dite de second rayon, surtout fétichiste, dans la lignée de Sacher-Masoch, avec ses Vénus à la fourrure et ses attelages humains.

Quel est le point commun entre ces œuvres ?

Les déclassés, les excentriques, les femmes fatales, des outrances et de l’irrévérence, de la folie. Les sans-grade et les monstres se rejoignent, porteurs d’un romanesque aux antipodes du quotidien. C’est plus une poésie du bizarre et de l’excès qu’un amour inconditionnel pour les marges.…

Restauration rapide

Rien de pesant, ni de professoral, d’ennuyeux ou de lourdement didactique; rien d’étroitement militant ou de seulement superficiel, Éducation minimum possède la forme du fond qu’il prétend exalter : c’est léger et profond, ironique et pertinent, varié et cohérent, désinvolte et combatif – bref, français, au sens exemplaire du terme. De Bardot à Bloy, de Céline à Fanny (Ardant), du catholicisme à l’élégance, d’Evola à Spengler, Jean-Pax et Raspail, la messe qui doit rester en latin et le surpoids rare, l’éloge de La Grande Bellezza et de James Bond, pourquoi les bonnes manières sont punks et la Résistance historiquement de droite : tous ces thèmes sont traités par Florac avec brio, dans un style alerte et racé, alternant des traits cinglants, des méditations-éclairs, des envolées lyriques, des démolitions en règle et des conclusions folles de panache. Le tout est illustré par les dessins de Saint Céran aux lignes élégantes et aux mises en scène frappantes ou cocasses, lesquels ajoutent encore à la légèreté chic qui caractérise le recueil.…

[Cinéma] Sound of freedom : coquille vide

Malgré ses piètres qualités artistiques, le thriller Sound of freedom a déchaîné les passions au point de dépasser le dernier opus de la franchise Indiana Jones au box-office américain le temps d’une journée. Produit par Angel Studio (à qui l’on doit la série biblique The Chosen), le film relate l’histoire vraie – bien que fortement enjolivée – de Tim Ballard, un mormon fondateur d’une organisation qui s’est donné pour but de sauver les enfants victimes de la pédcriminalité.

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Ce long-métrage a d’abord été cloué au pilori par la critique du fait des soupçons de complotisme qui pesaient sur lui. Son casting n’en était pas moins prometteur (dominé par la présence du Jésus de La Passion du Christ de Mel Gibson), mais ce dernier se révèle finalement une épreuve pour le spectateur, et pas tant parce qu’il serait le brûlot complotiste annoncé.…

[Cinéma] Little girl, blue : telle mère, telle fille

Au suicide de sa mère Carole, auteur et photographe, la réalisatrice Mona Achache se plonge dans ses copieuses archives et découvre de multiples secrets remontant à la grand-mère, également écrivain. Elle décide de les invoquer dans Little girl blue, documentaire en forme de labyrinthe mémoriel avec images d’époque et recréations, où Marion Cotillard tiendra le rôle de Carole, comme si le glamour pouvait conjurer le sordide.

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Cette mise à jour thérapeutique d’une chaîne de maltraitance où entrent en jeu les figures ambivalentes d’artistes homosexuels (dont Jean Genêt) rappelle sur son versant de bric et de broc le Barbara de Mathieu Amalric, moins la pose satisfaite. La confusion d’une structure éclatée donne parfois le vertige, mais semble aussi trahir le fait que le bon point de vue n’a pas été trouvé.

LITTLE GIRL BLUE (1h35), de MONA ACHACHE, avec Marion Cotillard, Marie Bunel, Marie-Christine Adam, en salles le 15 novembre.…

The replacements : nouveau luxe pour ancien climax

Ils avaient absorbé et compris mieux que personne leurs idoles, des Stones à Johnny Thunders, de Big Star aux Stooges. Ils savaient qu’il faut être agressif avec mélodie, venimeux avec élégance. Ils fonçaient en regardant dans le rétroviseur du glorieux passé. Les meilleurs d’entre tous ne sont hélas pas toujours ceux qui vont le plus loin. Il faut se faire une raison. Mais il n’est pas impossible que l’avenir fasse son mea culpa. S’ils ont sûrement fait beaucoup pour leur chute, nous leur devons malgré tout des excuses. Cette grandiose réédition de leur superbe album Tim est un bon début.

Réunion de paumés

Comme toujours, c’est affaire de rencontres. D’un côté, il y a Bob Stinson, vingt ans à peine, psychologiquement démoli par une enfance chaotique et les viols à répétition de son beau-père, et son petit frère Tommy, délinquant notoire de seulement douze ans que son grand-frère tente d’éloigner du mauvais chemin en l’enrôlant de force dans un groupe bizarre et, à vrai dire, mauvais, qui, sans talent, mêle monstrueusement un blues scolaire à un pénible psychédélisme.…

Moyen Âge : les femmes ne font pas tapisserie

Au Moyen Âge, dans quelle mesure la place et l’instruction des femmes différaient-elles selon les milieux sociaux ?

De façon générale, les femmes sont moins instruites que les hommes même si, pour les gens du peuple, existent de petites écoles où les filles sont admises. C’était le cas en Champagne par exemple. En revanche, Jeanne d’Arc dit à ses juges qu’elle ne distingue pas le A du B. Il n’y a effectivement pas d’école de village à Domrémy. Les filles de la bourgeoisie urbaine peuvent bénéficier de ces écoles, mais leur degré d’instruction est mal connu. Certaines épouses d’artisans ou artisans elles-mêmes comme les spécialistes de l’art de la soie à Paris tiennent leur boutique, donc assurent un minimum de comptabilité.

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D’autres sont employées par les libraires pour copier les manuscrits destinés aux cours nobiliaires. Néanmoins, le cas de Christine de Pizan, fille de l’astrologue du roi Charles V et auteure de nombreux poèmes et surtout de traités politiques austères rédigés en langue vernaculaire, est tout à fait exceptionnel.…

[Cinéma] Ça tourne à Séoul ! Clobweb : refaire voilà l’ordre

Le fauché et remarquable Ne coupez pas ! – l’original de Shin’Ichiro Ueda, pas le remake d’Hazanavicius – a relancé la mode des films de coulisses où le tournage se vit comme une performance sur le fil du rasoir. Et dans le cas de Ça tourne à Séoul ! Cobweb, on peut parler de retournage puisqu’un réalisateur frustré décide d’aller à l’encontre de la production et de la censure pour redonner du lustre à son dernier film qu’il juge défiguré.

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L’éloge de la débrouillardise fera fi de tous les aléas – actrice enceinte, commanditaires récalcitrants et diktats politiciens – pour restaurer à la fois une vision et un héritage. Le choix des années 70 renvoie aux soubresauts historiques d’une Corée du Sud vacillant entre démocratie et dictature. Distrayant bien qu’un peu indigeste, notamment dans sa partie « sérieuse », le film de Kim Jee-Woon tient malgré tout, grâce à un final rêvé et accompli empruntant aussi bien à Alien qu’à La Servante de Kim Ki-Young et au Scandale de Claude Chabrol.…

[Cinéma] Marx peut attendre : le sacrifié

Moins honteux que son dernier film de fiction (cf. ci-contre), Marx peut attendre est un documentaire de Marco Bellocchio sur son jumeau Camillo, suicidé à 29 ans. La fratrie élargie compare ses souvenirs et essaie de trouver une explication à la mort d’un jeune homme à la fois solaire et mélancolique, peu confiant en lui. La démarche du cinéaste jadis proche de la gauche révolutionnaire s’apparente assez rapidement à une recherche d’absolution, tant son frère apparaît abandonné de tous, y compris de lui.

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Le babil familial parfois complaisant est battu en brèche par la sœur de la dernière amie de Camillo, dont la clarté impressionne. Scindée entre un bloc engagé (les hommes) et un bloc catholique (les femmes), la famille du cinéaste apparaît comme un résumé du pays qui condamne les neutres à ne pas trouver leur place. Cependant, l’abus de musique et d’autocitations agace rapidement, comme si Bellocchio n’acceptait pas de prendre la faute sur lui et préférait la diluer dans son style d’apparat.…

L’Incorrect

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