
La querelle des anciens et des modernes secoue l’opéra. Si la machine à déconstruire est rouillée, le souci de fidélité aux livrets refait surface, d’autant que les « dépoussiérages » et autres lubies progressistes ne font plus recette. Ressuscitant la toute première mise en scène de Carmen, l’Opéra de Rouen aura peut- être inauguré une « nouvelle vague » de l’art lyrique, consistant à le libérer des détournements idéologiques perpétrés depuis des décennies. Le plus populaire des titres, si souvent malmené à la scène, retourne au soir de sa création, le 3 mars 1875. En le voyant ainsi paré de toutes ses couleurs latines, de ses tableaux populaires, de ses chorégraphies sensuelles, empreint de sa légèreté comique mêlée aux troubles de la passion, on comprend mieux l’extase de Nietzsche, qui après avoir entendu Carmen pour la vingtième fois le déclare supérieur à tout ce qu’a écrit Wagner, son idole d’autrefois, et s’exclame : « Comme une telle œuvre vous rend parfait !…








