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Éditorial essais de mars : Enfin libres !

Parmi les sources d’étonnement que l’épidémie de Covid n’a cessé de fournir, l’idée d’un retour impossible au monde d’avant est probablement celle qui ne laisse de surprendre puisqu’elle argue d’un changement radical que la crise aurait provoqué… comme s’il y avait eu un monde d’avant plus aimable et dont la dynamique nous emmenait autre part qu’à l’endroit où nous sommes rendus à présent. 

Bien sûr, on n’ignore pas que certains bouleversements occasionnent parfois un bond quantique susceptible de favoriser des tendances sous-jacentes que l’on n’avait pas encore identifiées aussi clairement. Mais, au fond, de quoi parle-t-on lorsque l’on parle du monde d’avant l’épidémie ? Du monde mis sous surveillance depuis la fin des années 90 en raison d’un terrorisme métastatique ou faut-il remonter plus loin et regretter les fabuleuses années 80 quand le capitalisme nous fit croire que chacun, sous l’effet de sa seule volonté, pouvait plier le monde à son désir et arraisonner l’ensemble du vivant ?…

Pierre Boutang : Anthropologie du secret

C’est l’exercice le plus difficile : parler d’un philosophe mort somme toute récemment, qui a donc des disciples vivants, lesquels comme tous disciples ne sont pas d’accord entre eux, et qui a fait presque profession d’être obscur pour montrer la lumière. Maître du royalisme d’après-guerre, quand le maurrassisme était presque entièrement disqualifié par les fautes morales, poli- tiques et même spirituelles de son chef et de certains de ses disciples sous Vichy, Pierre Boutang aura essayé toute sa vie de relever la tradition dont il fut le fils puissant et déroutant : étrange destin que de vouloir devenir le penseur d’une méta- physique de l’enracinement et de la trans- mission quand précisément ceux-ci ont été rompus.

Victime de l'épuration pour avoir rallié Giraud en Afrique du nord et non de Gaulle, le jeune normalien Boutang est rayé des cadres de l'instruction publique et interdit d'enseigner. Voilà l’érudit platonisant obligé de se colleter au journalisme, participant à et fondant diverses revues nationalistes, tout en publiant des pamphlets comme Sartre est-il un possédé ? et La République de Joinovici.

Lire aussi : Secret professionnel : Ça sent le sapin

Mais Boutang vaut beaucoup plus que son époque et dans la lignée de son second maître Gabriel Marcel mâtine son maurrassisme de phénoménologie et surtout de catholicisme. Il en tire dès 1948 une grande œuvre, La Politique considérée comme souci, où il tente de refonder la cité des hommes en affrontant Machiavel, Marx, Kelsen et Carl Schmitt : le politique n’est ni le tragique, ni la technique, ni une intuition sentimentale mais cette prudence fondée sur le réel le plus concret qui doit néanmoins déboucher sur une vraie quête méta- physique. [...]

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Pierre Manent : « Politique et Église tendirent à vouloir saisir l’homme tout entier »
Vous ne reprenez pas à votre compte la distinction habituelle de la sphère religieuse et de la sphère politique que l’on prête au christianisme, pourquoi ? Le Christ n’a pas annoncé la séparation de l’Église et de l’État, pas plus d’ailleurs que l’union du Trône et de l’Autel. Il a annoncé le Royaume. Les disciples, puis les premiers chrétiens, espéraient le Royaume. Paul de Tarse commanda d’obéir aux autorités politiques par motif de conscience, comme Jésus avait commandé de payer l’impôt dû à César. C’était faire au politique sa part. Impossible donc de confondre le Royaume et les royaumes terrestres! Mais le Royaume tardait. L’Église dut s’installer sur la terre et dans le temps. L’Église n’est pas le Royaume, mais c’est seulement dans l’Église et par sa médiation que l’attente du Royaume peut être bien dirigée. L’installation de l’Église dans le temps se fit à l’enseigne équivoque de la paix. Équivoque car la paix des hommes repose sur un principe d’amour de soi, non seulement différent mais opposé, selon Augustin, au principe de la Paix du Christ, la charité. L’Église laisse au politique la responsabilité de la paix humaine et elle en reconnaît la valeur; elle enseigne quant à elle la Paix de Dieu. En pratique, les deux protagonistes eurent de la peine à s’en tenir à ce cahier des charges. Le politique d’un côté, l’Église de l’autre, tendirent également à vouloir saisir l’homme tout entier. La « chrétienté » reposa sur un mélange de rivalité et d’alliance entre les deux – mélange improbable et tourmenté, mais étonnamment durable. La « séparation » intervint après que la fragmentation de l’Église en confessions ennemies eut donné un rôle politique et moral majeur à l’État pacificateur, et que la République fut devenue une grandeur sacrée : la « séparation » consista d’abord à ôter à l’Église tout pouvoir de commandement. L’Église refusa d’abord la séparation qui impliquait l’abaissement radical de son message. [...]
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Gamelin, histoire d’un looser
La défaite de 40, l’humiliation du pays, la porte ouverte au pétainisme, c’est lui. Peut-on imaginer anti-héros plus repoussant que le généralissime Maurice Gamelin ? Difficilement, et c’est tout l’intérêt de cette nouvelle biographie. De toutes les pestes qui ravagent la France depuis sa création, Gamelin incarne la plus nocive : le dirigeant grosse tête. Premier de la classe avec des capacités étonnantes en dessin, Gamelin entre à Saint-Cyr dans les premiers. [...]
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« Étranger proche » : l’Afrique
Tout l’intérêt du court essai de Loup Viallet, qui connaît bien le continent africain, est de démontrer qu’une part majeure de l’avenir de l’Europe, et particulièrement de la France, s’y joue et s’y jouera dans les années et décennies à venir. Pression démographique et migratoire, réchauffement climatique, stabilité du pourtour de la Méditerranée, puissances émergentes comme la Russie, la Turquie, ou la Chine qui viennent s’y ingérer, menace djihadiste au Sahel, ressources naturelles convoitées et disputées ; aucun des grands enjeux que pose l’Afrique n’échappe aux constats et à l’analyse de l’essayiste. À rebours de certains discours lénifiants avançant la nécessité de se désengager du continent, Loup Viallet pose le pari de la puissance. L’auteur ose affirmer qu’il faut entamer un rapport de force avec les pays émetteurs d’immigration, pour les obliger à contrôler leurs flux de ressortissants. [...]
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Paul Melun : « Notre ambition est de nourrir le débat intellectuel avec du fond souverainiste »

Pouvez-vous nous présenter votre mouvement « Souverains demain ! » ?

« Souverains demain ! » est un mouvement que j’ai créé un peu sur le modèle des think-tank avec une trentaine d’amis issus d’horizons politiques différents mais tous souverainistes. Mon leitmotiv depuis le départ était de réunir les bonnes volontés souverainistes parce que la situation rend l’union obligatoire. C’est là que résidera notre salut à moyen-long terme. Je ne voulais pas créer une structure qui soit dépourvue d’un véhicule intellectuel, idéologique et programmatique. C’est pourquoi nous nous sommes vraiment focalisés sur ce livre. Nous avons pour ce faire réuni des gens très divers mais avec une vraie expertise thématique (métiers des secteurs manuels, scientifiques, régaliens, etc) mais auxquels on ne donne pas forcément la parole dans la sphère médiatique.

Au-delà du livre, produisez-vous des notes en continu ? Êtes-vous consultés par des candidats ?

En ce qui concerne la production intellectuelle, nous allons produire des notes publiées sur notre site internet. Pour l’instant, nous produisons surtout des tribunes partagées par voie de presse, c’est un vrai travail d’équipe. Notre ambition est de nourrir le débat intellectuel avec du fond souverainiste. Nous ne sommes bien évidemment pas les seuls à le faire, et nous devons tous nous serrer les coudes pour croiser le fer avec les européistes-maastrichtiens et proposer une alternative à nos compatriotes. En ce qui concerne la campagne, plusieurs candidats parlent d’indépendance nationale et sont tout à fait intéressés par nos propositions. En quelque sorte « lobbyiste du souverainisme », j’ai donc passé un peu de temps avec certains pour leur proposer des actions concrètes si d’aventure ils arrivaient au pouvoir. [...]

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Une liberté saine dans un corset
« Comment puis-je être libre si tout est déterminé causalement ? » C’est ainsi que nous posons généralement le problème de la liberté, et c’est ainsi que nous le rendons insoluble. Aussi faut-il peut-être remettre en question la manière dont la tradition philosophique pose les questions sur la liberté, en montrant comment elles furent historiquement constituées – dissoudre, au double sens de détruire et ainsi de résoudre. [...]
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Mona Chollet ou comment le néo-féminisme sabote les connexions neuronales ?

Véritable phénomène de société, Réinventer l’amour déconstruit moins les stéréotypes de genre que les fondements-mêmes d’une démonstration rationnelle. Étant donné son indiscutable succès et sa surexposition dans les vitrines des libraires, on aurait aimé discuter, nuancer ou démonter la thèse de Mona Chollet, sauf que de thèse, il n’y en a pas ; ni même une méthodologie ; des concepts, à peine, et jamais définis ; et c’est sans doute ce qu’il y a de plus frappant dans cet « essai » : son côté infra-dialectique.

Reste un grand ennemi fourre-tout : le patriarcat ; et un réductionnisme marxiste binaire résumant toute interaction humaine à un rapport dominant-dominé unilatéral et irréversible. Là-dessus, une espèce de frein sentimental et sexuel empêche Mona de virer lesbienne et de demander l’éradication de tous les hommes, d’où sa perplexité vaguement hébétée d’hétéro honteuse que d’aucuns interprètent comme de la nuance. [...]

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