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[Reportage] Le chemin de croix de l’Arménie 

L’hôpital de Goris sent la guerre. Au bout d’un couloir silencieux, un portrait de Monte Melkonian, ce héros arménien des combats en Artsakh, monte la garde dans son treillis camo derrière le bureau du docteur Avakian. Pas facile de parler à un médecin dans ce pays. Encore moins d’avoir des nouvelles des blessés des derniers combats après les bombardements par l’Azerbaïdjan du 12 septembre qui ont fait plus de 200 morts et 300 blessés en deux jours.

Le fonctionnaire a l’air surpris de voir un journaliste s’aventurer dans cette région jadis touristique du Syunik, à quelques kilomètres de la frontière iranienne et à portée de tir des batteries azéries. Erevan est à cinq heures de route, de brouillard et de pas mal de lacets. Pris en étau entre l’Azerbaïdjan à l’Est, l’enclave colonisée du Nakhitchevan au Sud- ouest et l’Iran au sud, le district de Goris, son peuple fier et sa terre généreuse, font des jaloux. 

Surtout chez son voisin azéri qui n’a, depuis la fin de l’URSS, qu’une obsession : ouvrir un corridor, faire sauter le verrou du sud à coups de canon de préférence, et avec lui ces chrétiens obstinés qui défient la grande Turquie et son vassal revendiquant « une nation, deux États ». À croire que le génocide de 1915 ne leur a pas suffi. Cent ans après, rien n’a changé.

Lire aussi : [Reportage] Nicolas Bay et Stéphane Ravier au chevet de l’Arménie

Trois drapeaux rouge-bleu-abricot trônent devant l’écritoire fatiguée du médecin chef. Cette année, il a honoré sans faste le 21 septembre, jour endeuillé de la fête nationale. « Vous êtes français ? La France est l’amie de l’Arménie », lance-t-il. Vraiment ? Notre diplomatie à l’égard de l’Arménie fait pourtant peine à voir. 

L’occasion de se rappeler les massacres de deux cents à trois cent mille Arméniens, vingt ans avant le génocide de 1915, par « le sultan rouge » Abdulhamid II. Génocide avant l’heure du peuple arménien oublié de ses soutiens européens et de la France qui, à l’époque, n’en déplaise à notre médecin francophile, avaient déjà tendance à avoir l’amitié généreuse quand elle n’engageait à rien, fût-elle déclarée avec flamme par le camarade Jean Jaurès à la tribune de l’Assemblée. 

Depuis, le pays a fondu, le confetti de l’Artsakh est en sursis, coupé de sa continuité territoriale avec la mère patrie, ses mêmes ennemis sont devenus riches, puissants et craints grâce aux ventes de gaz, notamment à l’UE qui ont bondi de 30 % en un an ! Soupçonné de corruption à grande échelle au sein de l’Union européenne, notre nouvel ami Ilhham Aliyev, despote désormais fréquentable, peut dépecer sans risque ce qui reste de l’Arménie. 

En Arménie, les groupes paramilitaires ont une réputation moins sulfureuse qu’en France, encore épargnée par l’invasion néo-ottomane, mais restent discrets et se méfient de la presse. (© Claude Corse pour L'Incorrect)

Regroupés dans une aile de l’hôpital, les soldats blessés restent invisibles. On sait que des tortures ont été perpétrées par des commandos azéris fiers d’exécuter des prisonniers en uniforme et désarmés, de piétiner des cadavres, de violer et de démembrer leurs victimes au couteau, comme Anush Apetyan, cette infirmière capturée près de Jermuk, martyrisée et offerte en pâture aux réseaux sociaux. Entretemps, les images terribles de la barbarie azérie ont été authentifiées : ces crimes de guerre filmés sans scrupule ont ému la communauté internationale, qui a fini par dépêcher une mission d’évaluation de huit semaines sous l’égide de l’OSCE. Opération limitée au territoire arménien, faute d’un accord des autorités de Bakou pour enquêter de l’autre côté des deux cents kilomètres de frontières. [...]

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Éditorial monde de novembre : Le crépuscule des nations

En 2009, Martin Jacques, chercheur à la « London School of Economics », crée la sensation en publiant When China rules the world, un ouvrage dans lequel il suppose que la civilisation occidentale de l’État-nation pourrait s’effacer face à un nouvel ordre mondial dominé par les « États-civilisations », notamment chinois. « Nous entrons dans une ère au cours de laquelle l’influence de l’Europe deviendra progressivement marginale, et où les États-Unis feront face à un déclin irréversible tandis que les nations émergentes vont devenir des acteurs majeurs. » L’essai provocateur se vend à 250 000 exemplaires et la thèse des « États-civilisations » est même reprise par les principaux intéressés, à l’instar de Vladimir Poutine qui fait sien le concept, en 2013, devant le club Valdaï, think tank créé en 2004, affirmant la prééminence de la civilisation russe face à une Europe qui « renonce à ses racines, à son idéologie traditionnelle, culturelle et religieuse, et même sexuelle… »

Lire aussi : Éditorial monde d’octobre : God Save the Queen

On retiendra que le bastion des valeurs chrétiennes est encore, en 2013 et jusqu’à nos jours, l’un des pays où le business de la Gestation pour autrui (GPA) est le plus florissant, mais le storytelling – comme on dit dans les agences de pub – du Kremlin a peu à voir avec la réalité.…

Pierre Mareczko : « Le bilan civil de Marioupol dépasse le bilan total de ces huit ans de guerre »

Vous êtes franco-ukrainien et journaliste. Un argument récurrent des partisans de la Russie est d’affirmer que l’armée ukrainienne aurait martyrisé les habitants du Donbass depuis 2014. Une personne comme Anne-Laure Bonnel prétend que plus de 14 000 civils russophones auraient été tués. Que pouvez-vous nous en dire ?

Pour être plus précis, je suis Français d’origine ukrainienne et ancien journaliste repenti. J’ai réellement commencé à m’intéresser à la question du Donbass lorsque je me suis installé en Ukraine il y a cinq ans et que j’ai rencontré celle qui deviendrait mon épouse, elle-même originaire de cette région. À l’époque, je travaillais pour une chaîne de télévision ukrainienne dont l’une des missions était de diffuser des programmes en russe, notamment pour les populations de l’Est et des territoires occupés.

Comme vous le soulignez, l’un des éléments de propagande du Kremlin les plus repris pour justifier sa guerre en Ukraine est la persécution voire l’élimination pure et simple par Kiev des russophones du Donbass depuis 2014.…

Afghanistan : vingt ans pour rien

Une poignée de jours après le 11 septembre, Oussama Ben Laden est identifié comme le suspect principal des attaques. L’homme vit en Afghanistan, pays contrôlé depuis 1996 par le groupe fondamentaliste des Talibans, dont il est proche. Avant le World Trade Center, le régime taliban est déjà considéré comme un « État voyou » par la communauté internationale pour être un soutien notoire du terrorisme islamiste international. Après, son existence devient une menace intolérable pour l’Amérique. Quand George W. Bush fait connaître son intention de déloger les Talibans du pouvoir, qui refusent d’extrader Ben Laden, il est soutenu par la quasi-totalité des États occidentaux. L’opération militaire se fait donc sous l’égide de l’OTAN, avec l’aval de l’ONU.

Dès le 7 octobre, les premiers bombardements frappent les points stratégiques de la défense talibane. Pour le combat au sol, les Américains s’appuient sur les combattants locaux de l’Alliance du Nord, coalition de moudjahidines hostiles au régime de Kaboul présents dans la partie septentrionale du pays. Des armes leur sont livrées et des membres des forces spéciales sont chargés de les former et les encadrer. Grâce à cela, l’Alliance du Nord reprend rapidement le contrôle du territoire afghan. Début décembre, elle maîtrise l’essentiel du territoire du pays. Le seul point noir est l’évasion de Ben Laden au Pakistan lors de la bataille de Tora Bora. [...]

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Droite nationale : de l’Atlantique à l’Oural mais toujours dans le mur

S’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, alors notre classe politique compte une collection de génies dans ses rangs. Après tout, la politique n’exige-t-elle pas de pouvoir adapter ses convictions à une réalité constamment changeante ? Comme François Fillon qui, le 17 mars 2009, défendait face à l’Assemblée nationale la réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN : « Nous ne devons jamais hésiter à ajuster et à rénover nos politiques dès lors que les faits et nos buts nous le recommandent ».

Quatre ans plus tard, « les faits et nos buts » recommandaient certainement à François Fillon d’aller écouter et applaudir Vladimir Poutine au Cercle Valdaï, un think tank pro-Kremlin qui se réunit chaque année près du lac du même nom, pendant que le Président russe fustigeait la décadence occidentale et présentait la Russie comme le seul rempart contre cette déliquescence. « De l’Atlantique à l’Oural, c’est ensemble que nous devons définir un nouveau pacte de sécurité continentale », proclamait Fillon en 2009. Disons que quatre ans plus tard, Fillon avait décidé de tourner le dos à l’Atlantique pour regarder un peu plus franchement vers l’Oural.

Pendant ce temps, un autre ex-ministre de Nicolas Sarkozy décidait de franchir le Rubicon pour passer du côté obscur de la droite : Thierry Mariani, qui avait prétendu vouloir lutter toute sa vie, au sein de la droite, contre la montée en puissance du Front National, a changé d’avis lui aussi. Sans doute déçu par la politique de « Sarko l’américain », puis tout autant par l’échec de François Fillon qu’il a soutenu lors des élections présidentielles 2017, Mariani se présente sur les listes RN en 2019, puis contre Renaud Muselier aux régionales de 2021.

Lire aussi : [Reportage] Nicolas Bay et Stéphane Ravier au chevet de l’Arménie

L’ex-ministre des Transports du gouvernement Fillon II entretient, lui, une relation de longue date avec la Russie. Depuis 2012, il co-préside, un temps avec Vladimir Iakounine, homme d’affaires et proche de Vladimir Poutine, le « Dialogue franco-russe », un cercle de pensée très poutinophile hébergé dans des locaux parisiens par RZD, société de chemins de fer russe visée par les sanctions financières européennes. Le « Dialogue franco-russe »est confronté aujourd’hui à quelques soucis immobiliers et même à quelques soucis avec la justice, puisque l’on apprend, le 24 octobre, que deux enquêtes menées par la Junalco, division du parquet de Paris chargée de la lutte contre la criminalité organisée, visent depuis le 29 septembre 2021 Thierry Mariani et Yves Pozzo di Borgo, tous deux membres actifs de l’association.

En 2016, Mariani emmenait dix députés en Crimée, annexée deux ans plus tôt par Vladimir Poutine. Au cours d’une conférence de presse donnée à Sébastopol, il proclamait : « La Crimée a choisi de redevenir russe, la Crimée est russe, passons à autre chose et essayons de retrouver des relations normales entre les pays européens et la Russie », avant d’y aller de son petit conseil vacances, à l’intention sans doute des touristes désireux de faire un tour dans le nouvel oblast russe : « J'ai trouvé une région qui changeait, les routes sont meilleures que l'année dernière ». Assurément, le Guide du routard aura pris soin de noter l’appréciation de Thierry Mariani dans son édition 2017 : « Je regrette qu'il n'y ait pas plus de journalistes occidentaux qui viennent voir que pour un pays qu'on dit occupé, les gens ont un air joyeux », concluait l’ex-ministre sarkozyste. [...]

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[Reportage] Nicolas Bay et Stéphane Ravier au chevet de l’Arménie

Accroché au volant d’une Mercédès poussiéreuse, le maire de Vérishen, district de Goris, ouvre la route. À la sortie du village, un verger de mûriers surgit au bout d’une piste défoncée qui serpente entre souches et trous de bombes. Derrière, le gros Land Cruiser des Français suit en s’ébrouant sur les rocailles.

Lire aussi : SOS Chrétiens d’Orient : « C’est ni plus ni moins la survie de l’Arménie qui est en jeu »

Trois semaines après les violents combats qui ont fait 207 morts et près de 300 blessés dans les rangs arméniens le long de la frontière avec l’Azerbaïdjan (qui annonçait 80 morts et 281 blessés dans ses rangs), deux parlementaires français se sont rendus dans la région sinistrée du Syunik au sud de l’Arménie, à cinq heures de route de sa capitale Erevan.

Le député européen Nicolas Bay et le sénateur Stéphane Ravier ont fait le déplacement sans mandat officiel ni mission de leur parti Reconquête, qui appuie l’initiative de ses cadres.…

Raphaël Chauvancy : maître de guerre

Quelles évolutions majeures avez-vous pu observer en ce qui concerne les enjeux et contraintes des opérations extérieures ?

Depuis les indépendances, les nombreuses opérations extérieures de la France affectent en général peu l'opinion publique, sauf lors de drames comme l'attentat du Drakkar au Liban en 1983 qui fit 305 victimes dont 58 Français ou l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan qui tua 21 soldats français. Le pouvoir politique a ainsi les mains libres, ce qui a permis de remporter de beaux succès par le passé. Mais si les perceptions de l’opinion n’ont pas changé, le contexte des opérations a évolué. L'idée selon laquelle les affrontements militaires n'étaient plus qu'une anomalie résiduelle destinée à disparaître a volé en éclat. La guerre du Haut-Karabakh, l'agression russe en Ukraine ou les menaces militaires ouvertes de la Turquie contre la Grèce le rappellent.

Lire aussi : Russie : l’empire de la bureaucratie

Les théâtres africains eux-mêmes ne sont plus cloisonnés. Il servent d'échiquier secondaire à nos grands compétiteurs comme la Russie pour affaiblir notre prestige et saper les bases de notre puissance. La guerre a pris de nouveaux visages. Elle n'est plus l'affaire des seuls militaires à l'heure de la compétition globale mais nécessite une approche intégrée mêlant la force des armes, bien sûr, mais aussi les actions économiques, sociales ou culturelles.

On entend aujourd’hui que les « guerres asymétriques » sont remplacées par le retour des « guerres interétatiques ». Comment jugez-vous aujourd’hui la pertinence de ces catégories dans le contexte géopolitique actuel ?

Dans le contexte actuel, il est difficile de cloisonner et de catégoriser les conflits. On assiste plutôt à une conflictualité globale dont le général Burkhard, le chef d'État-Major des armées, a parfaitement rendu compte en développant l'idée de la fin du cycle guerre-paix au profit d'un triptyque compétition-contestation-affrontement. L'affrontement correspond à l'engagement militaire direct. La contestation est le domaine des guerres hybrides, c'est-à-dire aux affrontement indirects par tous les moyens, comme on le voit entre les États-Unis et la Russie en Ukraine où les deux puissances s'affrontent par Ukrainiens interposés sur le terrain, mais aussi dans les espaces économiques, informationnels etc. [...]

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Vincenzo Sofo : « Si l’on arrive à bien gouverner, on sera un modèle pour toute l’Europe »

Où en est la formation du gouvernement italien ?

On a voté déjà pour la désignation du président du Séna, Ignazio La Russa, issu de notre parti, et la présidence de l’Assemblée nationale devrait aller à un membre de la Lega, certainement Lorenzo Fontana. La formation du gouvernement aura lieu certainement la semaine prochaine. On est encore en train de négocier : il y a aura quelques techniciens, et le reste sera une répartition entre la Lega, Forza Italia, Fratelli d’Italia, et notre troisième allié, un petit parti modéré.

Matteo Salvini sera-t-il présent dans le gouvernement ?

On ne sait pas, ça fait partie des négociations. On est encore en train de s’accorder sur les ministères et ça dépend aussi de ce que chaque parti va réclamer.

Et le ministère de l’Économie ?

Giorgia Meloni est encore en train de chercher. Ce pourra être un technicien extérieur, mais rien n’est décidé. C’est un paquet complet qu’il faut mettre en place : avec notre système, on ne peut pas choisir ministère par ministère.

Lire aussi : Italie : Io sono Giorgia !

Quelles seront les premières mesures de ce gouvernement ?

Je pense que la première chose que nous devons faire, c'est intervenir sur les prix de l’énergie, parce que et les citoyens et les entreprises vont être en difficulté. Cela dépend aussi des décisions au sein de l'Union européenne : va-t-on de mettre de l’argent pour faire baisser les prix, ou va-t-on mettre en place un plafond européen sur le prix du gaz ? Pour l’instant, la seule chose qui est sortie au niveau européen, c’est le choix de faire un achat centralisé d’énergie pour l’année prochaine. [...]

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