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Édouard Husson : « Madame Merkel a un très mauvais bilan pour l’Allemagne et pour l’Europe »

Quels sont les ressorts de ce retour de la gauche sur le devant de la scène politique allemande, seize ans après Gerhard Schröder ?

C’est un SPD qui est dix points en-dessous du score qu’il faisait avec Gerhard Schröder. Mais il s’agit néanmoins d’un retournement spectaculaire puisque le parti a commencé la campagne électorale à 15% dans les sondages – là où se trouvent les Verts aujourd’hui. On pensait, à gauche, que les Verts étaient devenus la force politique la plus solide et on lui a même donné en mai dernier un potentiel de 25%. En fait, ce qui a compté, c’est la personnalité des candidats au poste de Chancelier : le leader du SPD, Olaf Scholz, s’est révélé plus solide que ses deux principaux concurrents, Armin Laschet, chef de file de la CDU-CSU, et Annalena Baerbock, tête de liste des Verts. Il y a un paradoxe, qu’il faut souligner : l’Allemagne était gouvernée par une Grande Coalition (CDU-SPD) et Olaf Scholz est le ministre des Finances sortant, vice-chancelier, qui plus est. Il aurait pu apparaître comme un homme usé, mais ce n’est pas le cas. Cela nous dit bien, cependant, que le SPD dont il s’agit est un parti très centriste ; certains, parmi les militants, espèrent voir un « coup de barre à gauche », par exemple dans le cas d’une coalition gouvernementale avec Die Linke et les Verts. Mais c’est peu probable.

À l’opposé, Angela Merkel se retire sur un revers électoral cinglant : pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale d'Allemagne, la CDU n’a pas dépassé la barre des 30%. Comment expliquez-vous ce revers des démocrates-chrétiens ?

Madame Merkel vous ferait remarquer qu’elle ne se représentait pas. Mais vous avez raison, c’est largement sa défaite. Quand elle est devenue Chancelière, la coalition des chrétiens-démocrates et des chrétiens-sociaux faisait entre 35 et 40%. Elle la laisse à moins de 25%. Et il s’agit d’une tendance lourde puisqu’elle-même n’avait fait que 32% en 2017. Comment l’expliquer ? En fait, Madame Merkel, fille d’un pasteur protestant compagnon de route du régime de RDA, était porteuse d’un véritable progressisme qu’elle a progressivement insufflé à la CDU : sortie complète de l’énergie nucléaire (2011), accueil des « migrants » (2015), adoption du mariage homosexuel (2017) ne sont que les moments les plus significatifs de ce qui a été une lente dérive vers le centre-gauche de la CDU, pour se disputer les suffrages des 50% les plus riches de la population allemande avec le SPD, les Verts et les Libéraux.

Lire aussi : L’Allemagne au secours de l’Europe des nations ?

Ce faisant, Madame Merkel a laissé découvert le flanc droit du parti et permis l’installation de l’AfD à 10% environ. On aurait pu imaginer qu’Armin Laschet amorce un retour vers le centre-droit ; mais il s’est affaibli lui-même lorsqu’il a été filmé en train de ne pas écouter et de rire pendant le discours du Président de la République fédérale à la mémoire des victimes des inondations de juillet. Et puis sa campagne a été sabotée par le Ministre-président de Bavière, furieux de ne pas avoir été retenu comme candidat à la Chancellerie. Ce dernier vient d’ailleurs de faire capoter une possibilité, pas nulle, de coalition entre la CDU, les Verts et les Libéraux, parce qu’il ne voulait pas que Laschet devienne Chancelier. [...]

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Affaire des sous-marins : et la France eut mal AUKUS

Le 16 septembre, la Maison blanche a publié une déclaration conjointe de l’Australie, du Royaume-Uni et des États-Unis annonçant une alliance trilatérale de sécurité sous l’acronyme AUKUS (Australie/UK/USA). S’appuyant sur leur tradition de puissances maritimes, les trois pays reforment l’anglosphère dont certains analystes anticipaient le retour à l’issue du Brexit. Le communiqué vise une coopération renforcée dans quatre composantes du domaine de la défense et de la sécurité : la science, la technologie, une base de production industrielle et des chaînes d’approvisionnement.

Ces objectifs sont complétés par un développement commun dans la maîtrise du cyberespace, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et les capacités d’intervention sous les mers. Le volet maritime du traité aura été fatal au contrat français avec l’Australie. Le communiqué stipule clairement que l’Australie doit se doter de sous-marins à propulsion nucléaire, et bénéficier de l’expertise américaine et britannique en la matière. L’Australie qui avait commandé à la France des sous-marins à propulsion diesel/électrique se voit incitée par ses alliés naturels à prendre la voie du nucléaire. Dans la foulée, des voix prônent même le développement de l’énergie nucléaire dans le pays.

Dès lors que seront concernés des sujets stratégiques pour les États-Unis, l’Union européenne et les nations qui la composent devront se rallier à un camp, se soumettre ou se démettre, comme aurait dit Léon Gambetta

Au-delà du camouflet infligé à Paris, cette nouvelle pose le problème de la puissance chinoise et des tensions grandissantes dans la zone indo-pacifique. L’administration Obama n’était pas intervenue quand la Chine a militarisé des récifs en mer de Chine et construit sept bases militaires sur les îles artificielles de l’archipel des Spratleys. L’administration Trump a renversé la table et l’administration Biden poursuit dans la même voie d’un « containment » de la Chine. On peut douter, dans ce contexte, que le multipolarisme convienne à Washington. Un monde bipolaire correspond davantage à une vision américaine du monde axée sur un affrontement idéologique et une certaine forme de messianisme démocratique. Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous… Dès lors que seront concernés des sujets stratégiques pour les États-Unis, l’Union européenne et les nations qui la composent devront se rallier à un camp, se soumettre ou se démettre, comme aurait dit Léon Gambetta. [...]

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Éditorial monde d’octobre : La mer et l’amour ont l’amer en partage

Le temps figé du coronavirus prend fin. On soupçonnait bien sûr que les conséquences géopolitiques de la pandémie se feraient sentir tôt ou tard mais l’accélération est violente. L’été 2021 s’est achevé en France sur l’image des soignants, héros d’hier, menés à la baguette vers les centres de vaccination, certains versant des larmes amères au moment de se faire injecter sous la contrainte le sésame sanitaire. Ailleurs dans le monde, un autre cycle se conclut avec l’image de cet hélicoptère évacuant en urgence du personnel américain et des civils du toit de l’ambassade à Kaboul, le 15 août, face à l’avancée des Talibans. Un cliché tout de suite comparé à celui du 29 avril 1975, dans le contexte de la déroute sud-vietnamienne face à la victoire communiste. Beaucoup ont immédiatement estimé que l’échec afghan inaugurait, comme pour le Vietnam il y a vingt-six ans, une période de repli et d’indécision pour l’Amérique, conclusion quelque peu hâtive si l’on en juge par les derniers événements. Les…

Ferenc Almássy : « Le gouvernement hongrois est lassé de l’UE »

La commission LIBÉ du Parlement européen enquête actuellement en Hongrie. Que l'Union européenne reproche-t-elle à la politique du Premier ministre Viktor Orbán ?

Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, il y a régulièrement des tensions et des menaces de sanctions entre Budapest et Bruxelles. Une certaine gauche n’a jamais pu accepter que le Fidesz soit élu et réélu avec une majorité des deux tiers de l’Assemblée.

En l’espace d’une décennie, on a successivement reproché au gouvernement hongrois de mettre en œuvre une nouvelle Constitution (remplaçant celle de 1947 simplement amendée lors du changement de régime) ; de chercher à renouveler l’appareil judiciaire pour mettre à la retraite les juges qui avaient servi durant l’époque communiste ; de vouloir remettre en question « l’indépendance » du contrôle démocratique de la Banque centrale ; de défendre ses frontières face aux flux de migrants (alors que les Traités imposent à la Hongrie de protéger les frontières de l’espace Schengen) ; de donner de la place aux médias conservateurs ; de conserver des relations correctes avec la fédération de Russie (dans le même temps, le gouvernement hongrois offrait soins et vacances aux enfants ukrainiens et aux soldats ukrainiens blessés) ; de dénoncer l’influence des réseaux Soros en obligeant son université CEU à se conformer aux mêmes obligations que toutes les universités étrangères ; et enfin de s’accorder des pleins pouvoirs au début des événements covidiens, oubliant que bien d’autres gouvernements en ont fait autant. La dernière accusation porte sur une loi visant à interdire la propagande LGBT dans les écoles, décrite comme « loi contre les homosexuels » dans les médias occidentaux.

Lire aussi : Démographie : Viktor Orban mobilise le monde conservateur

En somme, la Hongrie serait devenue sous les mandatures de Viktor Orbán un régime connaissant une dérive autoritaire et réactionnaire, remettant en cause ce que l’on appelle l’État de droit. La grande majorité de la presse occidentale contribue depuis une décennie à créer cette image, en usant de méthodes qui font honte au journalisme : elle ne recherche qu’un sensationnalisme de caniveau et ne prend pas la peine de s’intéresser aux faits ou au contexte. Je n’ai pas de problèmes à concevoir que l’on soit en désaccord avec les politiques du gouvernement hongrois pour la renationalisation de l’économie, la défense des frontières ou la promotion du modèle familial traditionnel. J’avais passé un long moment avec le journaliste libéral Bernard Guetta – devenu eurodéputé LREM – qui a écrit un ouvrage certes peu favorable au gouvernement, mais qui avait au moins effectué une véritable enquête.

Les accusations ont abouti en septembre 2018 au vote du rapport Sargentini par le Parlement européen, qui a déclenché la procédure de l’article 7 du TUE. Ce rapport qui comptait environ 110 points d’accusation était un mélange de mensonges, de surinterprétations et de contradictions, avec quelques vérités. La perfection n’étant pas de ce monde, il y a bien évidemment des choses que l’on peut reprocher. Mais si la Hongrie mérite un tel traitement, que dire de la France ! Il y aurait aussi de quoi faire 50 « rapports Sargentini », entre le fonctionnement politisé du CSA pour réguler les médias, les modes de scrutin qui limitent la représentativité des assemblées d’élus ou encore les violences policières commises à l’encontre des Gilets jaunes. [...]

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Madagascar : un Français injustement accusé d’une tentative de coup d’État

Que s’est-il réellement passé cet été à Madagascar, au point d’agiter la presse internationale pendant plusieurs jours ? Entre fin juillet et début août, avec l’appui des services secrets américains, le gouvernement du président Andry Rajoelina aurait déjoué « un plan d'élimination et de neutralisation des diverses personnalités malgaches dont le chef de l'État ». Très rapidement, la police a procédé à l’arrestation d’une vingtaine de personnes parmi lesquelles deux Français aux profils de vrai-faux barbouzes que tout semble accuser.

Interpellé à l’aéroport international d’Ivato alors qu’il allait embarquer pour la France le 20 juillet dernier, Philippe François a rejoint la prison de Tsiafahy dans l’attente de sa première audience au tribunal. Ancien saint-cyrien au parcours militaire classique, il a fondé la société TsaraFirst avec l’aide de Paul (Maillot)?Rafanoharana, un conseiller du Premier ministre malgache. Pour le procureur général Berthine Razafiarivony qui a pris en charge le dossier, il ne fait aucun doute que ces deux Français sont les têtes pensantes d’un vaste complot visant à renverser le dirigeant malgache avec l’aide de mercenaires, un « groupe de quinze commandos, familiers d’actions militaires à visée de déstabilisation en Afrique, et encadrés?par des officiers supérieurs?malgaches », écrit le mensuel Jeune Afrique. [...]

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Père Jean Marcel Louis : « Sans l’aide des églises sœurs, Haïti ne se relèvera pas »
Après avoir vécu les tremblements de terre d’août dernier, comment vous sentez-vous ? Le 14 août, un séisme puissant a frappé aussi bien les Cayes où nous sommes que le Grand’Anse, mais aussi les Nippes, trois diocèses du sud du pays. Mais Les Cayes a été le diocèse le plus durement frappé. Il s’agit d’une catastrophe […]
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Armée égyptienne : le gratin cairote

C’était à Gizeh, le 24 décembre 2016, dans les faubourgs du Caire : le maréchal-président al-Sissi, assistant à l’inauguration d’une usine de produits chimiques expliquait que l’implication des forces armées égyptiennes dans l’économie nationale « variait entre 1,5 et 2 % ». Une affirmation rapide et impudente pour répondre aux nombreuses accusations contre le pouvoir économique de l’armée dans le pays, sujet récurrent. Naguib Sawiris, l’homme le plus riche d’Égypte, estime par exemple que l’ins - titution militaire contrôlerait 40 % de l’économie nationale, tandis que Transparency International et le Washington Post avancent le chiffre de 60 %. Les chiffres oscillent entre 5 et 40 % du PIB – ce qui n’a d’autre mérite que d’illustrer la grande opacité qui règne autour du rôle de l’armée égyptienne.

L’institution militaire est présente même là où on l’attend le moins, jusque dans les épiceries : les Égyptiens peuvent ainsi acheter des pâtes de la marque Queen, de l’huile d’olive de la marque Sina, de l’eau de la marque Safi, toutes aux mains de l’armée. Un pouvoir économique immense loin de s’arrêter aux fruits et légumes : ce sont aussi routes, hôpitaux, écoles, sociétés de nettoyage, hôtels de bord de mer qui sont passées aux mains des militaires dans les dernières décennies. Pourrait-il en être autrement alors qu’ils gouvernent le pays depuis 1952 ? [...]

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Triggernometry : l’anglospère sous tous les angles

« L’humilité est l’antichambre de toutes les perfections ». Ce mot de Marcel Aymé résume le principe de Triggernometry, le podcast qui casse la baraque en Angleterre. Francis Foster et Konstantin Kisin, en toute humilité, reçoivent les personnalités les plus susceptibles d’éclairer leur auditoire sur les sujets du moment, l’OMS, le populisme, les drogues, l’intelligence artificielle, l’impérialisme chinois, le post-modernisme, le progrès, la notion de privilège et toutes sortes de thèmes de société à mesure qu’ils surgissent dans l’actualité. Une heure d’interview pendant laquelle le temps de parole de l’invité n’est pas compté. Pas d’interruptions intempestives pour paraphraser ce qui vient d’être dit, ça n’est pas le genre de la maison. Les personnalités peuvent à loisir nuancer leur propos, dérouler leur pensée, revenir sur leur parcours.

Triggernometry est un jeu de mots – un peu alambiqué, convenons-en – entre trigonométrie (l’étude des angles : comprendre de tous les angles de vue, de toutes les opinions) et trigger-warning (expression issue des universités anglo-saxonnes, où un trigger-warning est une alerte qui prévient les étudiants sensibles lorsque des chefs-d’œuvre risquent de heurter leur « identité sexuelle ou raciale », ou les deux). C’est entendu, Francis Foster et Konstantin Kisin se tiennent à distance de l’utopie progressiste. Leur idée du podcast : « Des conversations honnêtes avec des gens fascinants ».

Lire aussi : GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Le décor du studio d’enregistrement, dans l’Est de Londres, est bien connu de leurs 300 000 aficionados (dont 260 000 abonnés à la chaîne Youtube, le nombre a plus que doublé en un an). Sur une affiche, les profils volontaristes des deux hôtes, tournés vers des lendemains qui chantent, surplombent une composition dans le plus pur style du réalisme socialiste. Un autre photo-montage figure Staline, main levée vers le slogan contemporain : « Cancel culture is a myth ». [...]

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