Skip to content
Chine : le Grand Bond à gauche

À force de lire le présent au prisme de l’économie, les élites occidentales, enivrées de mondialisation, de libre-échangisme et d’uniformisation culturelle, ont oublié une évidence : la Chine est un État communiste. Ses dirigeants ont réussi là où Gorbatchev a échoué : maintenir les structures politiques héritées du marxisme-léninisme et libérer les énergies du monde économique et social afin d’enrichir une société appauvrie. Le rêve d’un communisme producteur de richesses, d’un socialisme libéral toujours maître de l’économie est devenu réalité. Ce rêve a un visage, celui de Xi Jinping.

La prise du pouvoir de Mao en 1949, rappelons-le, marque la fin du siècle de la honte (1840-1949) qui a vu l’empire du Milieu sombrer dans le chaos et l’humiliation d’être envahi par les Barbares (les Occidentaux) et par un vassal (les Japonais). Avec le Grand Timonier, la Chine retrouva puissance militaire et politique, prestige dans le monde ; une histoire que les jeunes générations connaissent par cœur.…

Le retour de Mao

Si Xi Xinping est, en occident, le visage de la République Populaire de Chine, son épouse, Peng Liyuan, est bien moins connue dans nos contrées. C’est pourtant une superstar dans son pays, qui a contribué largement à la popularité de son époux grâce à ses dons de chanteuse et son bagage militaire. Car Peng Liyuan est à la fois chanteuse de variété et général dans l’Armée de Libération Populaire de Chine. Qui n’a pas eu le plaisir de goûter, durant de longues heures de route à travers l’Empire du Milieu, aux vocalises lyriques de la première dame, imposées par un conducteur patriote, n’a pas encore pris la pleine mesure de ce qu’est la propagande chinoise.

Dans la Chine nouvelle qui se dessine sous le règne de Xi Xinping, nul doute que Peng Liyuan aura encore l’occasion, comme elle l’a fait durant deux décennies, d’apparaître au gala annuel du Nouvel an pour entonner des chants patriotiques en uniforme de général de l’ALP. Car un parfum de révolution culturelle flotte à nouveau sur la Chine depuis que Xi, fils d'un ancien compagnon de Mao Zedong, Xi Zhongxun, a été triomphalement reconduit à la tête de la République Populaire en 2017.

Avec la réhabilitation du maoïsme, on assisterait donc à une nouvelle transformation du pouvoir à Pékin et au retour à un autoritarisme idéologique beaucoup plus marqué

Le 19e Congrès du Parti Communiste Chinois décida, le 24 octobre de la même année, d’inscrire la pensée de Xi Jinping dans la charte du Parti communiste chinois au côté de la pensée de Mao Zedong et de la théorie de Deng Xiaoping. Depuis lors, les écoliers chinois, comme les détenus des camps de rééducation du Xinjiang, sont tenus d’apprendre par cœur les subtilités de la  « pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère ».

[...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Liban : ma vie parmi les décombres

Le monde d’aujourd’hui est un mille-feuilles de catastrophes qui s’enchaînent. Elles nous giflent le cœur, nous happent la conscience et nous laissent souvent seuls, désemparés face à un quotidien qui devient de plus en plus pesant. Pourtant, on a souvent tendance à banaliser l’ampleur d’un événement tragique dès qu’un nouveau drame vient lui faire de l’ombre.

Il y avait peu de chance qu’une crise puisse voler la vedette au virus. C’est pourtant ce qu’a fait l’explosion apocalyptique survenue dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 à 18 h 07. « Beyroshima », surnommé ainsi à cause sa puissance destructrice, fut au cœur de l’actualité mondiale quelques semaines durant. Plus de 200 morts et près de 7 000 blessés, sans parler des dégâts matériels (la moitié de la capitale soufflée) qui ont achevé un pays qui tombait déjà en ruines faute à son gouvernement corrompu, il y avait bien matière à faire la Une. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Réparer le Liban

Des cartes d’approvisionnement : pour de nombreuses familles comme celles de Kamal, c’est devenu un bien plus précieux que le pétrole. En un an, son salaire a été divisé par dix, comme celui de tous les chefs de famille qui ont encore un travail. « Dans les quartiers chrétiens de Beyrouth dévastés par l’explosion, les gens, traumatisés par le drame du 4 août, sont résignés et n’ont même plus le courage de descendre dans la rue pour exiger de l’État qu’il assume ses responsabilités. D’ailleurs, il n’y a plus d’État », explique un bénévole de Nawraj, une ONG de terrain. Cette organisation distribue des biens de première nécessité, comme des produits d’hygiène donnés par des grandes entreprises après le drame. L’ONG ne dissimule pas son identité chrétienne : contrairement à la politique européenne laïque, la religion occupe une place de premier ordre au Levant.

Le Hezbollah chiite a d’ailleurs mis en place ses propres réseaux, et ses propres cartes d’approvisionnement pour les musulmans touchés. Baptisée « Al-Sajjad », cette carte est délivrée à toute personne disposant de moins de 1 500 000 livres libanaises par mois (environ 105 euros sur le marché noir). « Tous ceux qui sont dans le besoin peuvent faire leurs courses chez nous, quelle que soit leur appartenance religieuse et même s’ils ne sont pas partisans du Hezbollah », assure un responsable de la chaîne. Déclaration sujette à caution, selon les ONG, car cette carte se limite pour l’instant aux familles musulmanes, et le mouvement chiite détournerait une partie de ces marchandises importées vers ses propres troupes. Le sucre, la farine et le savon se vendent à prix d’or dans les supermarchés qui en disposent encore. Et ce, lorsque les distributeurs automatiques ne rechignent pas à lâcher quelques billets. L’ONG Nawraj multiplie les appels aux dons, et pour cause : le gouvernement, pris à la gorge, diminue peu à peu les maigres subventions qu’il donnait aux associations de terrain. […]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Année zéro

« Le 11 septembre a été l’actualisation d’une schize – sans doute terminale – dans l’histoire humaine. Voici la première guerre mondiale CIVILE. Des appareils civils frappent des tours civiles, des civils détournent des avions remplis de civils pour accomplir leur “mission” purement “symbolique”. C’est l’évacuation du militaire hors de la sphère de la guerre, c’est non pas le choc des civilisations, mais leur disjonction absolue, car “synthétique”, “globale” », écrivait Maurice Dantec.

Un choc. Un cataclysme. Un retour de l’Histoire avec une majuscule. La chute du bloc soviétique annonçait alors une Pax Americana pour mille ans. L’Europe entérinait la paix, s’abandonnant au marché unique et à l’euro qui devait entrer en vigueur l’année suivante. Personne ne parlait du problème de l’islam, hors les cercles informés de géopolitique. Il y avait bien eu quelques soubresauts, notamment en France du fait de la guerre civile algérienne, mais ce sujet ne semblait pas majeur pour le grand public. Bien que placé sur la liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI, après des attentats perpétrés contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie, Oussama Ben Laden était peu connu. Il n’était pas encore l’ennemi public numéro un, le diable du monde libre.

L'effondrement des deux tours est pour le moment l'image la plus marquante du siècle et le point de départ du grand conflit opposant les vieilles puissances occidentales aux anciens peuples colonisés.

Entre 1993 et 1998, Oussama Ben Laden fut un djihadiste errant. Interdit de séjour dans son Arabie saoudite natale, pays dont la population le considérait comme un véritable héros, il aida les moudjahidines bosniaques et fut soupçonné d’avoir été derrière le premier attentat contre le World Trade Center qui fit six morts. L’homme était même estimé pour son historique combat antisoviétique par les Américains qui aidèrent longtemps les Talibans dans les années 1980. Al-Qaïda ne représentait pas une source d’inquiétude durant cette période où l’Occident crut pouvoir manipuler des combattants salafistes à la détermination sans faille, qui haïssaient en réalité avec la même intensité les deux principaux belligérants de la Guerre froide. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Législatives marocaines : le pari réussi de Mohammed VI

Dix ans après le « printemps arabe » et l’entrée en vigueur d’une nouvelle constitution marocaine qui ne devait rien ou presque à celui-ci et tout à la volonté royale de moderniser le pays, l’effondrement électoral du parti islamique PJD (Justice et droit) qui avait alors émergé dans les urnes jusqu’à se voir confier le poste de Premier ministre est un tournant important au sein de la monarchie chérifienne. Les islamistes passent en effet de de 125 à 13 sièges enregistrant un recul sans précédent.

Ce sont donc les partis marocains modérés qui ont repris leurs droits à l’occasion du scrutin du 8 septembre : libéraux du RNI (102 sièges), centristes du Parti authenticité et modernité (87 sièges) et nationalistes de l’Istiqlal (81 sièges). La participation électorale est significative, atteignant les 50 % des inscrits au niveau national. Elle est surtout élevée dans les Provinces du Sud (Sahara Marocain), comme celles de Dakhla (58 %) ou de Lâayoune (66 %), retournées au Maroc à la fin des années 1970 après le départ des Espagnols qui occupaient la région. Cette forte participation témoigne selon les observateurs de la normalisation de la situation sur place suite au processus d’autonomie régionale souhaité par le pouvoir central marocain. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
En Afrique francophone, la politique de Macron encourage le retour aux coups d’État

L’image parle d’elle-même. En avril, à N’Djamena, aux côtés de Mahamat Déby lors des funérailles de son père, Emmanuel Macron est le seul chef d’État occidental présent. La veille, il s’est longuement entretenu au téléphone avec le nouvel homme fort du Tchad : en déclarant sur place « que la France ne laissera personne menacer le Tchad », il assume un ton paternaliste, et les dénonciations d’ingérence de la part des sociétés civiles africaines n’y changeront rien.

Moins de trois mois plus tard, le président français a reçu Déby fils à Paris alors que le régime tchadien réprime dans le sang toute opposition. Pire : que ce soit au Mali où la réélection d’Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) « a été émaillée d’irrégularités » selon les médias locaux, ou à la Guinée où Alpha Condé, l’ami du président français, a brigué contre la constitution un troisième mandat, l’Élysée a adressé des lettres de félicitations. Une manière d’approuver ces scrutins crisogènes qui, dans le meilleur des cas, aboutissent à une fragilisation de la démocratie, et au mire à des coups d’État. La recrudescence de ces putschs pousse à s’interroger sur l’efficacité de la politique africaine de la France.

Constantes ingérences « électoralistes »

« C’est Macron qui pourrit la situation », s’emporte Agbéyomé Kodjo. Arrivé deuxième lors de la présidentielle de février 2020 au Togo, le principal opposant à Faure Gnassingbé qui briguait un quatrième mandat a dû se résigner à l’exil, d’où la semaine dernière il a adressé une lettre ouverte au président français. L’ancien Premier ministre togolais y dénonce « une complicité ardente et constante entre l’Élysée avec les palais africains ». Avec le soutien de Sébastien Nadot, Kodjo avait réussi, au printemps dernier, à inviter la crise togolaise dans le débat parlementaire du palais Bourbon. En effet, le député de la Haute-Garonne a fait de la lutte contre les fraudes électorales son cheval de bataille, associant dans le même combat la Guinée, le Cameroun, le Gabon ou encore le Tchad et la Côte-d’Ivoire. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Le Monténégro, l’autre pays des serbes

Il faut moins d’une heure à l’Airbus A 319 d’Air Serbia pour relier Belgrade à Tivat, l’un des deux aéroports du Monténégro avec celui de la capitale de ce petit État balkanique, Podgorica. Mais pendant ce cours temps de vol au-dessus des Alpes dinariques, mon voisin, un Serbe quinquagénaire me disant travailler dans le cinéma, trouve le temps d’ingurgiter deux verres de vodka et un thé glacé. Je suis rassuré, la région n’est toujours pas en voie de normalisation. 

Ancien arsenal de la marine austro-hongroise puis yougoslave, la ville de Tivat, située dans les bouches de Kotor, golfes de l’Adriatique enchâssés dans les terres, a vu ses installations portuaires transformées par un milliardaire canadien en une marina sans âme, nommée Porto Monténégro. L’endroit, écrasé de soleil en été, est devenu une destination essentiellement prisée par les Russes et les Serbes, même si les yachts qui y sont amarrés battent souvent pavillon jersiais. La vraie beauté de la côte monténégrine est ailleurs, dans le magnifique panorama que domine – perché à 1 657 mètres d’altitude sur l’une des deux pointes du mont Lovcen – le mausolée de Petar II Petrovitch-Njegos, prince- évêque du Monténégro de 1830 à 1851 et l’un des pères de la littérature serbe contemporaine.

Lire aussi : Monténégro, le tournant conservateur ?

Car, si le Monténégro a recouvré en 2006 après référendum sa pleine souveraineté perdue en 1918 au profit de la Yougoslavie, la population parle majoritairement la langue serbo-croate (dans sa variante locale) et demeure très attachée à l’Église orthodoxe serbe comme l’ont montré les manifestations de l’an dernier, fortes de plusieurs dizaines de milliers de participants pour un pays qui ne compte que 600 000 habitants. Ces défilés répondaient à la tentation du pouvoir en place de favoriser une Église nationale qui n’est pourtant pas en communion avec les autres Églises orthodoxes. Une stratégie de la tension qui s’est soldée par une alternance politique à l’occasion des élections législatives de 2020. Depuis, c’est le statu quo. Les nombreuses bannières de l’Église serbe ornant les façades de lieux de culte orthodoxe témoignent encore de la persistance du débat. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest