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L’islam n’existe pas

À chaque attentat à l’intérieur de nos frontières, deux réactions s’opposent systématiquement : d’un côté, une partie de la droite radicale tente d’expliquer à quel point l’islam représente une menace pour notre liberté et nos institutions. De l’autre, la gauche « relativiste » essaye de tempérer l’importance de ces évènements, allant jusqu’à en noyer l’impact dans un brouhaha soigneusement orchestré de sophismes compassionnels, cherchant à ranimer la très discrète volonté d’intégration de « toute une majorité de musulmans ». En réalité l’islam n’est ni un dogme « conquérant » qui menacerait nos frontières et notre démocratie de l’intérieur, ni une religion assimilable par notre belle République. L’islam tel qu’il se pratique en Europe relève plutôt d’un syncrétisme civilisationnel, le produit d’une rencontre fatale entre deux modernités dévoyées. Nous avons coutume de dire que l’Occident décadent n’a pas grand-chose à opposer à la fièvre votive des islamistes. En réalité, ce sont eux qui n’ont pas grand-chose à opposer à l’Occident : attentats après attentats, on ne peut que constater l’absence de leur prophète, qui n’est plus qu’une coquille vide, raclée de l’intérieur par des années de luttes internes et de conflits tribaux.

Les racines du mal

« L’islam politique », comme on l’appelle joliment – et c’est bien désormais le seul qui existât – est une dégénérescence pure et simple du fait religieux. Là où on estime que l’islam devient « radical », qu’il s’étoffe et gagne en virulence à travers ses expressions les plus forcenées (wahhabisme, salafisme) il ne fait que décroître, perdre de sa substance et avouer son échec face au monde occidental. Un échec qui a commencé il y a au moins deux siècles, lorsque l’Europe des Lumières s’invite au Proche-Orient au lendemain de la Révolution française – notamment avec la campagne d’Égypte. C’est bien l’Occident qui a favorisé l’émergence des nationalismes musulmans face à l’oppression ottomane – engendrant par là tous les mouvements réformistes de l’islam qui constituent aujourd’hui ses forces vives. Ainsi, le pacte de Nejd, fomenté par le père du puritanisme wahhabite, le cheikh Mohammed Ben Abdelwahhab avec la complicité de l’émir Ibn Séoud, dont le but était à terme l’expansionnisme politico-militaire face à la présence turque dans la péninsule arabique, fut instrumentalisé par les puissances européennes dès l’origine : russes, français et anglais avaient tout intérêt à utiliser cette force naissante pour contrôler l’empire ottoman. [...]

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L’étrange médecine du Goetheanum

En tapant « Goetheanum » sur un moteur de recherche, quelques liens vers une chaîne YouTube apparaissent. Voici reproduit la description de la première vidéo accessible sur la plateforme, un entretien du co-directeur médical du siège mondial de l’anthroposophie : « Les cliniques anthroposophiques de Herdecke, Berlin et Filderstadt ont commencé les soins hospitaliers pour les patients atteints par le coronavirus. Les options de thérapie anthroposophique jouent également un rôle important en médecine de soins intensifs. L’exposition au soleil et un mode de vie sans stress peuvent réduire la sensibilité aux infections. Les pensées ont un effet sur l’état physique et mental et donc aussi sur la constitution immunologique. Les perspectives intérieures, la sincérité, la réflexion et la méditation contribuent à l’orientation intérieure de l’âme et peuvent influencer positivement le système immunitaire ».

Lire aussi : Enquête : le malheur de l’anthroposophie

D’étonnantes considérations pseudo-scientifiques, aussi invérifiables que d’une utilité toute relative pour prévenir une infection virale. Qui ne va pas au soleil ? Qui n’essaye pas de se détendre ? Il suffit de quelques clics pour découvrir que la société anthroposophique considère la maladie de manière générale, comme constituant une épreuve à traverser pour « grandir intérieurement […] dans le sens d’un développement de soi ». Le meilleur moyen pour lutter contre les virus tiendrait, tenez-vous bien, dans la « salutogenèse », un concept qu’on ne doit pas à Rudolf Steiner, mais au sociologue Aaron Antonowsky qui entendait tirer parti des « ressources vitales et spirituelles du patient » grâce à des « traitements médicamenteux et artistiques, tout comme le massage rythmique et l’eurythmie curative »[...]

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Axel Kahn : faites ce que je dis mais pas ce que je fais

Il est des personnalités qui se sont fait connaître pendant la crise du coronavirus. Parmi elles figure Axel Khan, président de la Ligue contre le cancer, qui depuis quelques mois a régulièrement fait le tour des plateaux télé, offrant au grand public ses analyses en tant que médecin généticien à la retraite d’abord, chercheur et président d’université ensuite, philosophe et essayiste enfin.

Celui qui avait tant critiqué la stratégie vaccinale du gouvernement et qui fut lui-même un vacciné de la première heure, fervent défenseur des confinements, racontait aux Échos que « l’idée selon laquelle il faudrait laisser circuler le virus pour éviter un effondrement économique est absurde », ajoutant sur Europe 1 vouloir « protéger le peuple français et les personnes fragiles », et précisant qu’il était nécessaire de « montrer l’exemple ».

« Je suis Axel Kahn, donc j’ai été vacciné parmi les premiers, donc je n’ai pas besoin de faire un test PCR ! Laissez-moi passer »

Il semble cependant que sur ce dernier point, il lui faille encore travailler. Ce mercredi, Le Canard enchaîné rapporte à son propos une anecdote qui a bien fait bavarder les médias. Le 21 avril dernier, de retour de Bruxelles, Axel Kahn se retrouve confronté à la police tandis qu’il débarque à peine de la Gare du Nord. « Tranquille, peinard », comme il l'expliquait lui-même. À sa sortie du train, mesures sanitaires obligent, l’agent lui demande un test PCR récent (moins de 72h), à l’instar de tous les passagers. Mais au lieu de fournir le document sollicité, telle aurait été la réponse de l’ex-médecin : « Je suis Axel Kahn, vous ne me reconnaissez pas ? ». Alors que le policier lui répond par la négative, et a priori un peu vexé que sa notoriété ne lui permette pas encore une telle exemption, Axel Kahn serait monté sur ses grands chevaux sans plus attendre : « Je suis Axel Kahn, donc j’ai été vacciné parmi les premiers, donc je n’ai pas besoin de faire un test PCR ! Laissez-moi passer ». N’en démordant pas, le policier explique au chercheur que la loi est la loi, Axel Kahn ou pas, avant que ce dernier ne lui réponde : « Je m’en fous ». Coup de chance pour la vedette quelque peu capricieuse, un supérieur hiérarchique serait arrivé et l’aurait finalement laissé passer sans amende.

Lire aussi : Didier Raoult est-il un charlatan ?

La petite dispute a provoqué l’agitation au sein des cabinets ministériels, certains trouvant la plaisanterie pour le moins cocasse étant donné la tendance moralisatrice d’Axel Kahn et sa promptitude à critiquer les décisions prises. Pour d’autres, l’affaire est un cas grave de manque d’exemplarité et d’irrespect. C’est notamment le cas de l’avocate Marie-Anne Soubrié qui s’est exprimé sur RMC : « C’est fou […] ce que je trouve anormal est qu’il ne vérifie pas s’il est porteur ou pas […] moi je dis : ce n’est absolument pas normal ! », après avoir rappelé qu’être vacciné n’empêche pas d’être porteur du virus[...]

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Tribune des généraux : le gouvernement et la gauche rejouent l’antifascisme

Depuis quelques jours, une tribune publiée par une vingtaine de généraux en retraite – déjà signés par près de 5 500 militaires de tout rang – secoue la sphère médiatique. Dans ce texte à l'initiative de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, ancien capitaine de gendarmerie et responsable du site Place d’Armes, les militaires interpellent les gouvernants français, considérant que leur antique sens de l’honneur les obligeait à prendre publiquement position sur le délitement de « nos valeurs civilisationnelles » : « L’heure est grave, la France est en péril, plusieurs dangers mortels la menacent ». Tour à tour, ils dénoncent l’islamisme galopant qui annexe de trop nombreux morceaux de notre terre et décapite nos professeurs ; la gauche devenue raciste par antiracisme qui sape les possibilités du bien commun en créant les conditions d’émergence d’une guerre communautaire ; la violence du quotidien, celle des racailles, des manifestants et des antifas qui s’en prennent aux forces de l’ordre.

Leur solution est claire : « Appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà », faute de quoi le pays risque une « explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ». En conclusion, ils mettent en garde contre les tergiversations : « Demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la responsabilité, se compteront par milliers ».

Marine Le Pen approuve, les généraux temporisent

D’abord passée sous les radars médiatiques, la tribune a fait scandale après que Marine Le Pen a publiquement soutenu l’initiative, et appelé les généraux à la rejoindre : « Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre, qui est une bataille certes politique et pacifique, mais qui est avant tout la bataille de la France ». [...]

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Enquête : le malheur de l’anthroposophie

Appuyée solidement sur une œuvre dense et complexe, la pensée de Rudolf Steiner ne saurait être réductible à ses successeurs actuels, lesquels se situent dans des sphères différentes de la société. Polymathe, enfant de la fin du XIXe siècle qui vit l’émergence de nombreux mouvements spiritualistes, Rudolf Steiner est principalement connu comme fondateur d’une doctrine parareligieuse forgée après sa séparation de la Société théosophique d’Helena Blavatski, dont il fut le secrétaire général pour l’Allemagne entre 1902 et 1912. Cet admirateur de Goethe aux grandes ambitions se rêvera même un temps prophète du nouveau siècle, porte-étendard de la lutte contre ce qu’il a appelé le « matérialisme kantien » et les hérésies de la modernité. C’est en ça qu’il est, ce n’est pas un paradoxe, exemplaire de la post-modernité. Contrairement aux tenants de la tradition primordiale, tels que Julius Evola ou René Guenon, qui retournaient aux sources les plus antiques pour retrouver l’essence de la spiritualité humaine, Rudolf Steiner avait quelque chose du touche-à-tout tenté par les syncrétismes les plus baroques.

Dans Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen, l’Autrichien Stefan Zweig se remémorait la forte impression que lui avait laissée Rudolf Steiner, lorsque jeune homme il fit sa rencontre : « Il ne donnait pas comme Herzl l’impression d’un chef, mais plutôt celle d’un séducteur. Dans ses yeux sombres résidait une force hypnotique, et je l’écoutais avec un sens critique plus en éveil, quand je ne le regardais pas, car son visage émacié d’ascète, marqué par la passion spirituelle, était bien propre à exercer un pouvoir de conviction – et pas seulement sur les femmes ». Des dons particuliers qui, associés à une capacité de travail impressionnante et un caractère obsessionnel, pour ne pas dire plus, allaient aider ce personnage oublié sous nos latitudes à construire un mouvement durable, un mouvement qui lui survécut. Zweig en fut d’ailleurs un peu déçu, trouvant que les réalisations de Rudolf Steiner s’étaient accomplies « dans le domaine de réalités largement accessibles et même, à certains égards, dans le banal ». Il confessait même ne pas avoir compris ce que l’anthroposophie voulait ou ce qu’elle signifiait.

« Il ne donnait pas comme Herzl l’impression d’un chef, mais plutôt celle d’un séducteur. Dans ses yeux sombres résidait une force hypnotique, et je l’écoutais avec un sens critique plus en éveil »

Rudolf Steiner serait-il un prédécesseur de Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie ? Nos entretiens avec d’anciens adeptes et la lecture de sites de lanceurs d’alerte le laissent entendre. Autant d’anciens adeptes qui ont d’ailleurs tenu à rester anonymes : l’anthroposophie a les moyens de faire taire les voix dissonantes, n’hésitant pas à multiplier les procès en diffamation et même à créer des blogs calomniant des individus nommément, ainsi que le font certaines sectes et certains mouvements politiques radicaux. Un homme nommé Grégoire Perra en a fait les frais, qui dénonçait depuis des années l’influence délétère du mouvement ainsi que sa puissance. Église, multinationale et ONG, l’anthroposophie dispose de plusieurs organes œuvrant dans des univers très complémentaires : la banque (La Nef), l’agriculture biodynamique (Demeter), l’éducation (écoles Waldorf Steiner, dont quatre sous contrats d’association en France), le paramédical (Weleda), etc.

Le 9 septembre 1924 à Dornach, Rudolf Steiner déclarait : « Si Mars, par exemple, venait à tomber sur la terre, il ne pourrait pas ravager la terre ferme mais seulement l’inonder. Si l’on examinait Mars, pour autant qu’on puisse l’examiner, ce que l’on ne pourra jamais par la seule physique et sans le recours à la science de l’esprit, on verrait au regard spirituel qu’il est constitué d’une masse aqueuse moins liquide que l’eau, mais comme une gelée de confiture. Il contient certes également des parties solides, mais leur consistance est plutôt celle de la corne animale ou des bois animaux. Ces parties plus dures apparaissent puis se dissolvent à nouveau. Il nous faut admettre que la consistance de Mars est tout à fait différente de celle de la terre ». Licence poétique ? Non, affirmation littérale d’un génie dérangé – et amusant – qui a malheureusement été crue par des millions d’adeptes beaucoup moins brillants, en quête d’un manuel de survie spirituelle dans le chaos du monde. Un manuel qui les enferme dans des postures de vie rigides, les coupant même du reste de l’humanité, des « infidèles » pris évidemment pour des imbéciles parce qu’ils s’abandonnent à ces triviales passions qui font le sel de la vie.

Autoproclamée « communauté des chrétiens », l’anthroposophie a tout d’une hérésie pour un vrai chrétien, tant l’individualisme apparent de sa doctrine ne conduit qu’à l’effacement de l’individu dans ce qu’il a de plus particulier, de plus personnel

Cela ne serait pas dérangeant si des vies n’étaient pas en jeu, des vies d’enfants parfois changées à jamais et coupées du reste de la société. S’il est souvent question de rituels, auxquels les enfants participent sans avoir conscience de ce qu’ils signifient, à l’image de la spirale de l’avent lors de laquelle les jeunes sont enfermés dans le noir avant de parader avec des bougies, qui n’est pas même païenne ou d’un christianisme hétérodoxe, mais d’un caractère post-moderne et sacrilège à la limite du glauque, il est rarement question d’amour quand il s’agit d’anthroposophie. Autoproclamée « communauté des chrétiens », l’anthroposophie a tout d’une hérésie pour un vrai chrétien, tant l’individualisme apparent de sa doctrine ne conduit qu’à l’effacement de l’individu dans ce qu’il a de plus particulier, de plus personnel. Toute la vie est dictée par les enseignements du maître, jusqu’aux arts codifiés et rigides (livres pour enfants présentant des dessins spécifiques, fête de Saint-Martin, eurythmie, travail du bois, etc.). Évidemment, l’éveillé Steiner était tout à la fois « philosophe, théologien, poète, économiste, botaniste, diététicien, artiste, historien, dramaturge » et « ne dédaignait pas non plus l’architecture » …

Il a, en tout cas, laissé derrière lui une entreprise qui ne connaît pas la crise. Numéro un des cosmétiques biologiques en France et en Allemagne, les laboratoires Weleda ont réalisé 401 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017, en vendant dans le monde entier lotions capillaires au romarin, pâtes dentifrices au ratanhia, huiles essentielles anticellulite au bouleau, ainsi que pour 109 millions d’euros de « médicaments anthroposophiques ». Deux actionnaires de référence, la Société anthroposophique universelle et la clinique anthroposophique d’Arlesheim, voisine du Goetheanum, détiennent 33,5 % du capital de l’entreprise et 76,5 % des droits de vote de Weleda. À Bruxelles, les anthroposophes disposent d’un lobby pour défendre leurs intérêts auprès des institutions européennes : l’Alliance européenne d’initiatives pour l’anthroposophie appliquée (Eliant). Parmi les nombreux partenaires de ce groupe de pression, on compte le Conseil européen pour l’éducation Steiner-Waldorf (ECSWE), la Fédération internationale des associations médicales anthroposophiques (IVAA), une antenne Demeter International, ainsi que la Fondation Rudolf Steiner. Ces cinq structures ont une même domiciliation. Ils ont donc de gros moyens pour diffuser leurs croyances, tout en se donnant des airs de neutralité scientifique et rationnelle.

Les adeptes eux-mêmes semblent parfois découvrir la doctrine et les croyances de Rudolf Steiner, auquel ils font sans cesse référence tout en s ’en détachant quand ils sentent que ce te accointance pourrait les gêner

Quels sont les liens entre le cœur ésotérique de l ’anthroposophie et ses divers paravents exotériques, ayant pignon sur rue ? Rudolf Steiner semble s’être reproduit dans les esprits de ses fidèles. Nous avons face à nous un mouvement très original : sans gourou vivant, sans représentation officielle, sans organigramme limpide. Les adeptes eux-mêmes semblent parfois découvrir la doctrine et les croyances de Rudolf Steiner, auquel ils font sans cesse référence tout en s ’en détachant quand ils sentent que ce te accointance pourrait les gêner. Deux spécialistes de l ’occulte ont été contactés pour les besoins de cette enquête. Christian Bouchet, qui a écrit l'un des rares livres français sur Rudolf Steiner, et Jean-Paul Bourre, grand connaisseur des contre-cultures ésotéristes des années 1960 et 1970. Les deux ont tenu des propos comparables, Jean-Paul Bourre allant jusqu’à déclarer considérer l’anthroposophie comme une « une secte dangereuse et depuis longtemps », tenant du « luciférisme », ayant le « goût du pouvoir, de l’embrigadement des jeunes », et récrivant complètement « à sa manière délirante, le social et le métaphysique ». Ce luciférisme se retrouve dans l ’accomplissement de certains rituels, notamment la « spirale de l ’avent » qui, de l ’aveu d ’anciens membres du groupe, est un moment très traumatisant pour les plus petits.

Grégoire Perra en fait ce commentaire : « Dans le dispositif symbolique de la “spirale de l’Avent”, la grande bougie placée au centre de la Spirale représente plus précisément l ’archétype du “Moi”, le Christ cosmique, où les âmes humaines sont invitées à allumer leurs propres petits “moi”, par un acte de communion sacramentel avec ce te divinité. Ainsi, l ’enfant qui va allumer sa petite bougie au contact de la flamme au centre de la spirale est en fait impliqué dans un rituel dont le but est de provoquer une rencontre avec l ’être suprasensible du “Christ cosmique” qui, selon l ’anthroposophie, est l ’archétype primordial des “moi humains”. Le fait que la bougie de chaque enfant soit plantée dans une pomme (qui veut évoquer la “Chute” biblique) est une manière de symboliser le fait que le “moi humain” est entaché par la Faute originelle liée à l ’action des entités lucifériennes. Ces entités font partie de la cosmologie des anthroposophes, qui ne font ici qu’emprunter et récupérer un terme biblique. Ce sont d ’ailleurs ces entités suprasensibles du Mal qui, pour les anthroposophes, sont à l ’œuvre derrière le phénomène physique de l ’obscurité de la saison hivernale. Ainsi, le moi humain chargé de la Faute luciférienne doit-il, pour son salut, aller allumer l ’étincelle divine qui est en lui en allant chercher, au centre de lui-même, la présence du Christ cosmique. Voilà le véritable sens de ce te cérémonie de la Spirale de l ’Avent dans les écoles Steiner-Waldorf. Il aurait cependant été de la plus élémentaire déontologie d ’informer les parents des arrière-plans d ’un dispositif religieux auquel on fait participer leurs enfants ! ».

Cette tentative de rationalisation du domaine préternaturel, où le naturel est méprisé et le surnaturel travesti, peut avoir un caractère aliénant et destructeur

Sorte de pont intellectuel et théologique entre la gnose rosicruço-martiniste, le spiritisme dix-neuvièmiste de Kardec ou l’abbé Julio, et le récent mouvement new age californien des années 60, l’anthroposophie offre une vision du monde, sensible et suprasensible, suffisamment complète pour séduire un nombre croissant d’individus perturbés par les affres de la modernité. Savent-ils tous ce qu’ils font ? Quelles entités sont évoquées au cours de ces rites étranges qu’on pourrait croire sortis d’une vision de Lovecraft ? Il faut, pour bien saisir la portée de cette pensée, avoir quelques bonnes bases théologiques, philosophiques et historiques. Cette tentative de rationalisation du domaine préternaturel, où le naturel est méprisé et le surnaturel travesti, peut avoir un caractère aliénant et destructeur. Il suppose d’ailleurs, par les exercices spirituels, une suppression de l’« ego », de la personnalité, vue comme le simple vêtement de l’âme véritable censée ne faire qu’Un avec le tout. Ici, pas plus le véritable christianisme que les spiritualités indiennes traditionnelles ne sont respectées, comme l’a notamment expliqué le père Joseph-Marie Verlinde dans son passionnant ouvrage L’Expérience interdite[...]

Ils profanent le tombeau de l’Empereur !

Non satisfait de lancer une querelle inutile sur la célébration (l’horreur ! quasiment le nazisme) du bicentenaire de la mort de Napoléon, pour ensuite se contenter d’une commémoration plus neutre, l’État s’abaisse et diminue la France pour préférer la profanation à coup de subventions.

Le projet avait déjà été annoncé dès décembre 2020 lors d’un entretien aux Invalides, mais n’a enflammé les réseaux sociaux que cette semaine, provoquant des appels à son annulation : l’artiste contemporain Pascal Convert, en collaboration avec le Musée de l’Armée et, pour couronner le tout, avec l’aide de la perfide Albion par l’entremise de leur National Army Museum, a conçu pour œuvre d’art la suspension du squelette de Marengo, le cheval de l’Empereur, au-dessus de son tombeau sous le Dôme.

Lire aussi : Faut-il commémorer ou non le bicentenaire de la mort de Napoléon 1er ?

Inspiré par les anciens rituels celtiques et slaves qui voulaient que le cavalier soit inhumé avec son cheval, Pascal Convert voulu réunir Napoléon et Marengo – le fidèle destrier qui accompagna l’Empereur lors de nombreuses victoires, dont Marengo, Iéna et Wagram… mais aussi l’ultime défaite de Waterloo, où il fut capturé par les Anglais et ensuite exposé aux touristes, devenu le symbole de leur victoire et dont les os sont toujours précieusement conservés à Londres. [...]

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Les procès des putschistes : à la recherche de l’honneur perdu

On ne peut s’empêcher de penser à l’inversion ô combien ironique de l’histoire française qui, du haut de l’année 1873, exige de nous un peu de recul et de souvenir. Cette année-là, le maréchal Bazaine fut condamné à mort pour avoir traité avec l’ennemi prussien et cédé une partie du territoire français, ayant renoncé au combat sans avoir épuisé tous les moyens de défense. Face au tribunal, Bazaine déclarait : « Que pouvais-je faire ? Les devoirs militaires ne sont stricts que quand il y a un gouvernement légal, mais non pas quand on est en face d’un gouvernement insurrectionnel. Il ne restait plus rien ». Le duc d’Aumale, qui présidait le procès, lui rétorqua cette phrase sans appel : « Il restait la France, monsieur le maréchal ! ».

D’instinct, l’on croit entendre l’écho d’une voix à la BBC, « la France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre » ! La France, paraît-il, ne mérite pas cet effort en toute circonstance.

Quel étrange parallèle, en effet, car c’est un gouvernement parfaitement légal, cette fois-ci, reprochant aux généraux Jouhaud, Salan, Challe et Zeller un mouvement insurrectionnel, alors qu’ils cherchaient l’unité plutôt que la division, et la conservation du patrimoine plutôt que sa perte. Quel étrange parallèle que celui de l’Armée qui, cette fois-ci, tentait de poursuivre l’œuvre d’une France éternelle face à un gouvernement et une politique toujours changeante, et face à un chef installé au pouvoir par ceux-là mêmes qui se retrouvaient dans le box des accusés.

Quel étrange parallèle que celui de l’Armée qui, cette fois-ci, tentait de poursuivre l’œuvre d’une France éternelle face à un gouvernement et une politique toujours changeante

Rappelons les faits : le 27 avril 1961, deux jours suivant le putsch, le président de la République décréta la création du Haut tribunal militaire et nomma lui-même ses membres, dont les jugements devaient être sans recours (sauf, bien sûr, celui de la grâce présidentielle). En mai et juin 1961 furent jugés les généraux Challe et Zeller, condamnés tous deux à quinze ans de détention criminelle. En juin et juillet de la même année, d’autres généraux et officiers, dont le commandant Hélie de Saint Marc, furent condamnés à leur tour. L’année suivante, les deux autres figures généralissimes du putsch, Jouhaud et Salan, affrontèrent le tribunal. Le général Jouhaud, adjoint de Salan à la tête de l’Organisation de l’armée secrète, fut condamné à mort le 13 avril 1962. Le 15 mai, le célèbre procès du général Salan s’ouvrit et, dans un retournement inattendu, fut condamné à la détention perpétuelle plutôt qu’à l’exécution.

Le verdict provoqua, outre la fureur du général de Gaulle, bafoué dans ses tentatives d’intimidation, la dissolution du Haut tribunal militaire et la commutation de la peine du général Jouhaud, désormais un non-sens, à la détention à perpétuité. Les procès ne manquèrent pas de drames : le général de Larminat, appelé à présider la Cour militaire de justice en 1962, se suicida pour ne pas avoir à juger ses pairs ; le général Ingold, grand chancelier de l’Ordre de la Libération, s’absenta dès le lendemain de la condamnation du commandant Saint Marc et démissionna en août 1962 ; certains procureurs, notamment le maître Reliquet, refusèrent de réclamer contre les accusés les peines demandées par les pouvoirs publics.

« Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours », déclarait devant le tribunal le commandant Hélie de Saint Marc

Le devoir de l’armée, n’ayant plus été réservé uniquement à l’organisation militaire, avait eu à assumer un devoir plus politique, comme le plaidait l’avocat de la défense M. le Bâtonnier André Toulouse, celui « plus magnifique, plus difficile, celui de représenter vis-à-vis de tous les habitants de l’Algérie la civilisation française, d’être le symbole de la France, et on a demandé à l’Armée de faire comprendre à tous les Algériens ce qu’était la politique de la France ». Cette frontière si floue entre militaire et politique fut longuement imposée par le gouvernement français. Comment alors retirer à ces honorables soldats la responsabilité qui leur imputait et qu’ils assumaient dans l’abandon du peuple qui les avait suivis, voire combattus à leurs côtés, entre autres lors du dernier conflit mondial ? « Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours », déclarait devant le tribunal le commandant Hélie de Saint Marc. Les accusés parlent du sacré, de serments, de la fidélité, puis de la foi comme s’ils provenaient d’un autre temps, plus noble et moins hypocrite[...]

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Putsch d’Alger : un enjeu d’honneur pour l’armée française

Le putsch avait-il une chance de réussir ? Ou était-ce un combat perdu d’avance et illusoire organisé par « un quarteron de généraux en retraite » ?

Le putsch a parfaitement réussi sur le plan matériel. Les putschistes ont pris Alger sans difficulté. En revanche, qu’entendaient-ils faire après ? La réponse n’est pas claire, car eux-mêmes ne voulaient pas d’un coup d’État de type « fasciste » pour reprendre une formule de Challe. Cela étant, comment envisageaient-ils la réaction du général de Gaulle ? Comment pouvaient-ils imaginer que Paris resterait inerte ? Sachant que se posait aussi le problème de la reconnaissance internationale de l’entreprise. Le putsch était donc une idée illusoire et aventurée. Pour avoir une chance de succès, encore aurait-il fallu que ses dirigeants aient eu un projet politique. Étant à la fois en butte à la politique gaulliste, au FLN ainsi qu’à une opinion musulmane qui, à ce moment-là est en train de basculer vers le FLN, et refusant au surplus de mettre les civils pro-Algérie française dans la boucle, les putschistes s’enferment dans une spirale d’échecs. Quand on sait que le contingent comme les généraux emprisonnés avaient accès à la radio, il y a dans tout cela une forme d’amateurisme.

Lire aussi : Soixante ans du Putsch d’Alger : Éloge d’un vaincu

Mais comprendre avril 1961 impose de saisir que l’armée entend réitérer le 13 mai 1958 avec l’idée qu’Alger serait capable d’imposer sa voix et de contraindre Paris à suivre ses choix. La grande différence, c’est que le pouvoir politique est dorénavant celui de la Ve République. Sous la IVe, l’armée avait davantage les mains libres face à des institutions civiles faibles. Avec de Gaulle à la tête de l’État, cette manière de faire est finie. En plus, les putschistes saisissent mal les enjeux géopolitiques qui président à la politique gaullienne : pour eux l’Algérie est tout, alors que pour de Gaulle, c’est plutôt la partie d’un tout qu’il n’entend pas voir entraver sa politique étrangère et de défense. [...]

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