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[Cinéma] Top Gun : Tom Cruise, l’art du divertissement

Alors que les Français désertent de plus en plus les salles obscures, Tom Cruise débarque sur nos écrans avec une suite improbable de Top Gun. Bonne nouvelle ? Oui !

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© Top Gun

Allons droit au but : qu’est-ce que le cinéma ? Un art ou un divertissement et, dans le meilleur des cas : les deux. Le cinéma des Tarkovski, Malick ou Godard se range dans la catégorie de l’Art. Ils expérimentent, s’aventurent dans une quête de sens, inventent une grammaire, révèlent ce qui est caché par le truchement d’un artifice. C’est beau « comme la splendeur du vrai » chère à Platon, donc exigeant. L’expérience se révèle parfois douloureuse, mais pour une récompense sublime, et c’est tout l’enjeu d’une salle obscure. Dans ce lieu unique, on ne discutaille pas avec son voisin, on ne vérifie pas sur son smartphone les dernières saloperies d’Amber Heard dans le procès qui l’oppose à Johnny Depp et on ne peut pas mettre pause pour fumer sa clope.

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Bref, on raque (et cher en plus) pour être séquestré. Tout l’inverse de son écran de TV. Et il faut être sacrément maso pour rembobiner Stalker même un lendemain sans cuite. D’ailleurs, on ne le rembobine que rarement. Alors qu’un bon Die Hard, un Indiana Jones ou un Funès ne requièrent aucune condition spécifique. Le divertissement se consomme à toute heure et supporte facilement plusieurs visionnages puisque l’unique souvenir qu’il nous en reste est le plaisir du moment passé. Rares sont ceux qui parviennent à combiner les deux, les Il était une fois en Amérique qui nous claquent la tronche à chaque visionnage, Casablanca qui nous surprend encore à la onzième lecture, Quai des orfèvres qui nous accroche l’œil dès la première seconde ou ce Guépard qui nous hante encore longtemps après. Ils sont rares, trop peut-être, comme tout ce qui est précieux.

Une flamme dans les ténèbres

« Les Français ont perdu l’habitude d’aller au cinéma depuis le COVID », geint le CNC. Ou alors se sont-ils juste rendu compte que les salles obscures ne leur manquaient pas. On les comprend. Côté art, c’est Waterloo. Et encore, la plaine funeste était moins morne. On n’invente plus rien, on recrache sans talent ; on ne cherche plus, on prêche. Le divertissement ne va pas mieux. On s’emmerde. À quinze balles l’entrée, on vous refile des franchises de débiles masqués sur fond vert. Même les séries ont supplanté le bon vieux film du dimanche soir.

L’expérience se révèle parfois douloureuse, mais pour une récompense sublime, et c’est tout l’enjeu d’une salle obscure

Pourtant, comme une lumière éclairant ces ténèbres si complètes : il y a Tom Cruise. À soixante balais, l’Américain revient avec la suite de Top Gun, Maverick, trente-six ans après le premier opus qui fit de lui une vedette. Le genre de film improbable, d’autant plus que si le Top Gun de Tony Scott se range dans l’étagère des films cultes, le revoir aujourd’hui offre autant de plaisir que la visite d’un musée des reliques les plus ringardes des années quatre-vingt. Mais Tom Cruise est un génie.

Légende infatigable

L’acteur au sourire Colgate a tourné avec les plus grands, de Michael Mann à Coppola en passant par Paul Thomas Anderson, alternant grand spectacle et grand art, construisant brillamment une filmographie aux ratés très rares. Il maîtrise son image, joue avec, qu’il soit en couple avec Nicole Kidman à la vie et à l’écran comme dans Eyes Wide Shut, l’unique Kubrick valable, ou seul, ou à contre-emploi comme dans le sublime Guerre des Mondes de Spielberg. Son narcissisme inégalé le contraint à tout faire et tout contrôler. Il n’écrit ni ne filme mais sait s’entourer de scénaristes et meilleurs-en-scène de talent, qu’il surveille en bon chef de chantier.

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Lorsqu’il relance Mission Impossible en 2006 après deux épisodes à chier, Tom Cruise n’a qu’une idée en tête : griller James Bond. Ça tombe bien, l’agent secret anglois prend la gueule de Daniel Craig et les producteurs ne pensent qu’à transmuter son ADN dans une déconstruction du héros. Pendant que 007 pleure sa gonzesse, son enfance d’orphelin et fait un jeûne de picole, Cruise assume l’héroïsme, la virilité, l’humour et les surenchères de cascade, que le bougre réalise lui-même. Les légendes ne meurent jamais et l’Américain ne cesse de construire la sienne, les pieds sur terre même à bord d’un avion de chasse piloté par lui-même. Si le cinéma reste l’art du faux semblant, Tom Cruise ne triche jamais. Ce qui le rend d’autant plus singulier et émouvant lorsqu’il se présente hanté par le passé.


Top Gun : Maverick (2h11), de Joseph Kosinski, avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, en salles depuis 25 mai

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