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Kandy Guira, le chant d’une femme intègre

Nagtaba (« Ensemble ») est un premier projet solo en complément d’une multitude de collaborations prestigieuses, servi par une des plus belles voix du continent. Fait relativement rare dans ce secteur musical: une véritable organisation et industrie à « l’ancienne » s’activent derrière l’artiste. La Fugitive studio, des musiciens de choix; Vlad, éditeur et label indépendant; une furieuse équipe technique de son, de management et d’administration. Ses concerts sont même traduits en direct à destination des malentendants par deux « chansigneuses ». Nous sommes allés recueillir les propos de la demoiselle à la sortie de sa résidence d’artiste et elle nous a inspiré des réminiscences de l’étoffe, du coffre et du charisme d’une certaine Angélique Kidjo. Parions que Kandy Guira accomplira une aussi belle trajectoire. Entretien.

Lire aussi : Corinne Royer : hurlements en faveur de la terre !

Après le coup d’État de 1984 qui propulsa Thomas Sankar au pouvoir, la Haute-Volta fut rebaptisée Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes intègres ». Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

J’étais enfant lorsque Thomas Sankara est décédé. Mais il m’a marquée avec ses valeurs de justice, de bonté et de générosité envers son peuple. Il prouvait que c’était possible. Il voulait de la cohésion sociale, du respect envers chacun, et que tous s’y mettent pour bâtir une nation. Cela a servi d’exemple au Rwanda qui s’est reconstruit sur ces valeurs après le génocide.

Vous chantez en mooré, dioula et en français. Qu’est-ce qui préside au choix de la langue ?

Ce n’est pas un choix, c’est une question de logique et d’intégrité (on y revient). Majoritairement, c’est en mooré que cela se profile car je pense, dors, pleure et rêve dans cette langue. C’est une passion le chant, alors tout naturellement, la langue la plus authentique pour que le sens soit véhiculé par les mots, c’est la mienne ! Si c’est un trésor de poésie, par contre, il faut en alléger la musicalité car la prononciation n’est pas évidente. J’ai donc élaboré un mooré « aménagé », sans la réelle accentuation, ce qui me permet de la faire sonner bien mieux. Le dioula, qui est une langue tonale comprend une mélodie caractéristique grâce à la prononciation des syllabes. C’est d’emblée plus chantant et charmant. [...]

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Gérard Puvis, l’énigme humaine en fresque

Gérard Puvis ne cesse d’observer. Pour lui, la ville est un théâtre. Il y a toujours quelque chose d’incongru, de pas vraiment à sa place, dans ce décor censé lui donner une fonction : c’est l’homme. La nature de l’homme, voilà l’obsession du peintre, voilà ce qu’il veut sonder. Ainsi le personnage apparaît-il comme un détail plaqué sur des murs où le peintre convoque aussi bien la tapisserie de Bayeux que Picasso ou Goya, voire des graffitis enfantins ou des tags. Voilà sa façon de résumer l’homme, sa façon, aussi, d’hériter et de peindre dans les traces des autres. […]

Lire aussi : Rue des Beaux-Arts : Galbiati sculpte les saints

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L’Événement : épate-bourgeois féministe

Lion d’Or à Venise, L’Événement tend à prouver, après Titane, que pour glaner des prix internationaux, il n’y a qu’un sujet qui vaille, la féminité traumatique, et qu’une manière : la forte. Le regard rétrospectif et la quête de connaissance, qui faisaient le prix du récit autobiographique d’Annie Ernaux, sont évacués au profit d’un pur présent de train fantôme avec avortement en plan-séquence et jaillissement de fœtus dans les toilettes, comme si Carrie accouchait d’Alien .[…]

Lire aussi : Memoria : une merveille

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Artisans ciriers : tous de mèche

Pour échapper à la vulgarité du monde, Jean des Esseintes compose des parfums subtils. Le personnage de Huysmans est un dandy antimoderne, et dans À rebours, il s’agit bien d’une lutte : la lutte contre une pensée qui aplatit tout au nom du progrès aussi inéluctable que désastreux. Des Esseintes est un résistant réactionnaire et l’odeur de frangipane qu’il combat chez lui à coups de vaporisateur est l’odeur de l’indifférenciation, l’exhalaison d’un monde industriel et aseptisé.

Un siècle plus tard, nous autres modernes devons affronter le monde digital, tout aussi liquide et aseptisé. Derrière nos écrans, nous manipulons des symboles, les fesses scellées à nos chaises. Nos corps ne se déplacent plus, nos mains ne produisent plus rien. Le calcul a pris le pas sur les sens. Sentir l’odeur de la terre, des plantes et des fleurs est devenue une expérience relevant du cabinet de curiosités. Mais comme des Esseintes, ils sont nombreux aujourd’hui à vouloir reprendre le contrôle de leurs existences. Dans son livre Les Défricheurs, Éric Dupin décrit les nouveaux modes de vie de ces Gaulois réfractaires. Lassés des « bullshit jobs » (les métiers à la con qui ne produisent rien de concret), ils se tournent vers les métiers manuels.

L'odeur de la terre, des plantes et des fleurs est devenue une expérience relevant du cabinet de curiosités

En 2018, Julie Manzoli reçoit comme cadeau un kit de fabrication de bougies : « Je travaillais comme opticienne mais j’étais très attirée par l’artisanat. Je voulais pratiquer une activité manuelle et créative ». Julie plaque tout pour créer sa marque : Iokko. Rien de japonais, il s’agit du nom de son chat ! […]

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Clair-obscur : entre les tons

Certains films insatisfaisants travaillent plus que d’autres qui semblent pourtant meilleurs. Leur inachèvement les rend perfectibles en pensée, comme si le spectateur voulait combler les manques et appréciait ce travail le rendant plus actif. C’est le cas de Clair-obscur (Passing en VO), premier film de l’actrice Rebecca Hall, et à ce titre une promesse, quoique imparfaitement tenue.

Tout – depuis le titre – est passionnant dans Passing, mais peine à s’ancrer dans un récit qui captiverait vraiment ou une incarnation franche. Adaptée d’un roman de Nella Larsen, première romancière afro-américaine à obtenir une bourse Guggenheim en 1930, l’histoire déjà peu commune part d’une pratique documentée assez éloignée de nos mœurs européennes, le « passing », soit le fait de s’identifier blanc tout en étant noir (ce qui n’est bien sûr possible qu’à condition d’avoir une carnation plus claire qu’obscure). Irene, femme de médecin à Harlem, retrouve ainsi son amie d’enfance Clare, orpheline se faisant passer pour blanche et qui a fait un beau mariage avec un barbu raciste (il la surnomme Neg, abréviation du N word, en raison de son teint point trop d’albâtre). L’essentiel du film va se jouer entre les deux femmes, le transfuge de race cherchant à reconquérir son ancienne amie qui la tient à distance, avant de l’accepter pour le meilleur et pour le pire. [...]

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Corinne Royer : hurlements en faveur de la terre !

Dans une langue tour à tour sobre et lyrique, Corinne Royer construit un récit à la fois introspectif et haletant où alternent les déboires de Jacques Bonhomme au moment de sa cavale et les souvenirs qui remontent comme des bulles à la surface de sa mémoire. « Les bêtes sont le Christ ! » Les mots que Jacques Bonhomme hurle à la face des fonctionnaires vétilleux, hissé sur son vieux Ferguson, tournant autour d’eux comme une mouche avec des étrons, sont ceux d’un amoureux désespéré. Un amoureux de la terre, de ses bêtes, un homme qui a sué pour nourrir de ses mains, du labeur de ses muscles, ces grosses vaches de contrôleurs qui lui ont apeuré le troupeau, un an plus tôt, sous prétexte de vérifier que les veaux nés de ses vaches étaient bien ses veaux, lui faisant perdre au passage cinq bovins effrayés dans la rivière. Et les voici qui reviennent pas même honteux – presque ! – pour achever leur œuvre : achever leur homme, un paysan qui n’a fait que son travail, à qui l’on arrachera tout, sauf sa dignité.

L’extermination de la paysannerie

« Puis le tracteur s’est éloigné, il s’est dirigé tout droit vers la rivière. Tout le monde a cru qu’il allait s’y jeter. Jacques l’a sûrement imaginée, lui aussi, cette fin tragique ». La scène est saisissante, crucifiante, mais ce n’est pas encore la fin. Jacques Bonhomme ne mourra pas ainsi, de sa propre main. Il faudra qu’il périsse de la main de l’État, de ses fonctionnaires, pour que tout soit accompli. Cela paraît exagéré, trop largement pathétique ? C’est pourtant la vérité vraie et insoutenable : qu’un agriculteur ou paysan se suicide chaque jour dans notre jadis beau pays de France. [...]

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Memoria : une merveille

Apichatpong Weerasethakul s’est imposé en quelques films comme le maître de l’invisible. Ses films tournés en Thaïlande avaient le don de capter des forces occultes et des magnétismes étranges, à la lisière du fantastique et du documentaire éthéré. Avec ce premier métrage tourné hors de son pays natal – avec le gouvernement duquel il s’est brouillé pour avoir bravé la censure – il continue dans son sillage et livre peut-être son œuvre la plus aboutie – et la plus austère. Ici, il s’attache aux pas d’une Américaine qui rend visite à sa sœur malade à Bogota (Tilda Swinton, impénétrable). […]

Lire aussi : Cry Macho : naufrage d’une légende

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On est fait pour s’entendre : torrent d’insouciance
On est fait pour s’entendre, c’est la rencontre d’Antoine, quinquagénaire touché par des problèmes d’audition, et de sa voisine d’en-dessous, Claire, une veuve qui élève sa petite fille murée dans un silence total depuis la mort de son père. Entre le mutisme de la fille de Claire et la quasi-surdité d’Antoine, la magie opère. [...]
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