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Iceman : notre critique

Il y a 5 300 ans, Kelab, chef de tribu, vit paisiblement au bord d’un ruisseau des Hautes-Alpes avec les siens. Un jour, de retour de la chasse, il retrouve le village incendié et son clan décimé. Seul son bébé a survécu. Prêt à tout pour retrouver les coupables de ce massacre, il entame avec son enfant un périple à travers les montagnes glacées.

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Avec ce film allemand tourné en langue ancienne et non sous-titré, il faut avouer que le démarrage s’annonçait aussi excitant qu’un week-end confiné avec Caroline de Haas. Heureusement, le réalisateur ne tortille pas de la caméra et immerge le spectateur[...]

Thomas Clavel : Une société sans visage, la pire des épidémies

Ainsi, après avoir mis en scène la censure implacable exercée par la novlangue victimaire des minorités indignées dans Un traître mot, Thomas Clavel aggrave son cas avec son deuxième roman, Hôtel Beauregard. Cette fois-ci, il n’est pas question de liberté d’expression mais de liberté tout court. Le récit se déroule en période de pandémie et résonne fortement avec le contexte actuel. Le Pusillaevirus, un virus de type respiratoire, circule activement sur tout le territoire. Distanciation sociale, gestes barrières, masques sont érigés en principes absolus du vivre ensemble. Délation sanitaire et chasse à l’homme sont instaurés comme les nouveaux devoirs hygiénistes du citoyen.

Comme dans Un traître mot, le personnage principal est pris, malgré lui, en flagrant délit d’infraction aux injonctions ambiantes. Sur le banc des prévenus, on y trouve Axelle, une jeune chercheuse en biologie marine sans histoire. Son chef d’accusation : ne pas avoir porté le masque lors d’un pot de départ. Cet oubli aurait pu être ignoré de tous si ce moment festif n’avait pas été immortalisé par un selfie immédiatement publié sur les réseaux sociaux.

L’ère du lynchage numérique

Axelle paye cher sa distraction. Pour cet oubli, jugé criminel, elle est condamnée à la guillotine numérique où sa tête est mise à prix. Thomas Clavel décrit avec force le mécanisme infernal du mimétisme de la haine décuplé par la puissance des réseaux sociaux. On assiste à la traque impitoyable lancée par une influenceuse, ultra populaire, ancienne petite frappe de quartier, reconvertie en prêtresse de l’hygiénisme  gouvernemental. Il suffit de taguer pour traquer et de hashtaguer pour lyncher. Il faut effacer la traitresse, il faut déshumaniser l’ennemie du peuple hygiéniste, lit-on entre les lignes. [...]

Antipop : Galleria continua, exposer jusqu’au fond des chiottes

Déjà installée en Chine, à Cuba, au Brésil, la Galleria Continua, projet de trois amis d’origine italienne, entend bien se faire maintenant une place dans la sphère artistique parisienne. Et dans ce but, on n’a pas lésiné sur les moyens, puisque c’est pas moins de 800 mètres carrés d’exposition que le trio inaugure en plein cœur du quartier historique du Marais, rue du Temple. De surcroît, la curation a été confiée à l’artiste photographe urbain J.R., une valeur sûre de l’art contemporain français, dont le travail souvent décrié pour sa démagogie, accède presque toujours au succès populaire.

Sous les dehors d’un magasin d’alimentation générale, sa devanture expose le nom des artistes comme des produits

L’ÉMAIL À PRIX D’OR

D’apparence déjà, la Galleria Continua se distingue : sous les dehors d’un magasin d’alimentation générale, sa devanture expose le nom des artistes comme des produits, tandis que des paniers de supermarché attendent les visiteurs à l’entrée. Mais ce gimmick, au demeurant assez amusant, n’a pas du tout vocation à critiquer l’invraisemblable cupidité du marché de l’art, assure son curateur, mais seulement de « rendre l’art accessible à tous ». Bouteilles de vin et fromage, il est même possible d’y faire ses courses et d’acheter ce genre de produits à des prix raisonnables. Évidemment, côté shopping, les œuvres d’art chiffrent en revanche à des prix indécents. La Galleria Continua n’a pas hésité à héberger les œuvres d’artistes multimillionnaires tel qu’Ai Weiwei, ou Michelangelo Pistoleto dont l’un des collages exposés se vendrait à 500 000 euros selon France Inter. Quant au prix des œuvres de J.R. lui-même, la pudeur l’oblige à ne les communiquer que sur demande.

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DANS L’ŒIL DU SIPHON

Si la forme de l’exposition se veut originale, celle des œuvres exposées n’est hélas que trop connue. Les artistes se sont donné une énième fois l’ambition de « déconstruire » un art classique pourtant déjà en poussière depuis longtemps. Comme le rappelle Benjamin Olivennes dans L’autre art contemporain (Grasset), ce dernier ne se réduit pas uniquement à ses dérives médiatisées, et on salue les timides présences de la géniale Berlinde de Bruyckere, du toujours solide Kader Atia ou de l’ukrainienne Zhanna Kadyrova dont les œuvres respectives sont toutes remarquables. Malheureusement, les autres demeurent coincées dans les limites de leur concept, ce qui relève à la fin d’un genre évident de conformisme et de paresse, à croire que l’attention à l’esthétique demeure le seul scandale auquel les curateurs d’art contemporain se refusent[...]

Un homme de trop : notre critique

1943 : au prix d’une opération risquée, un groupe de résistants d’un maquis des Cévennes réussit à libérer de leur prison douze condamnés à mort. Une fois en lieu sûr, il s’avère qu’il y a, parmi les évadés, un homme de trop. Tandis que les Allemands sont sur leurs traces, les chefs du maquis se demandent donc que faire de cet inconnu. Est-il une taupe ?

Pour son deuxième film, Costa-Gavras s’offre un casting de luxe : Cremer, Piccoli, Vanel, Brialy, Brasseur, Perrin… Rarement un film français put s’offrir une telle affiche. Réédité par Arte, c’est l’occasion de (re) découvrir que lorsqu’il ne cède pas à ses pulsions de propagandistes, Costa-Gavras peut être un excellent cinéaste. Un Homme de trop se savoure comme un western, avec ses paysages arides, son défilé de gueules de cinoche et ses scènes de flingage parfaitement maîtrisées[...]

Une Affaire de détail : notre critique

Deke, shérif adjoint du comté de Kern, victime récemment d'un burn-out, doit faire équipe avec le détective du LASD, Baxter, afin de retrouver un tueur de jeunes femmes. Deke est aussi intuitif que rebelle à l’autorité, l’inverse de Baxter. Parallèlement à l’enquête, le shérif adjoint voit resurgir un sombre secret de son passé. S’il n’atteint pas l’intelligence du Silence des Agneaux ni la puissance de Seven, Une Affaire de détail se déguste comme un beau souvenir des salles obscures des années 90 : le film d’enquête sur un tueur en série. [...]

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Wonder Woman 1984 : notre critique

Depuis les événements du premier opus, Wonderwoman s’est installée à Washington où elle continue sa mission de super-héroïne tout en vivant dans le regret de son amour perdu. C’est alors qu’un homme d’affaire raté s’empare d’une pierre capable d’exaucer tous les vœux afin de dominer le monde, projet auquel Diana Price va s’opposer, en croisant sur son chemin la redoutable Cheetah. WW84 est un divertissement efficace, mais qui, trop inégal, ne s’élève pas à la hauteur de son prédécesseur[...]

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Des longueurs grèvent le rythme de ce film de deux heures trente. La faute à une intrigue fourre-tout, qui accumule les personnages et les scènes d’exposition. Si les passages d’action sont bien tournés, certains trucages se remarquent, ce qui complique toujours l’immersion. Les deux antagonistes sont très réussis, servis par une interprétation impeccable. Kristen Wiig, qui campe Cheetah, crève particulièrement l’écran. Au contraire, le jeu de Gadot est trop lisse, tout comme sa romance dont on peine à se préoccuper. Enfin, si le climax fonctionne d’un point de vue cinématographique, la morale facile qu’il voudrait transmettre laisse froid.

À bout de souffle : notre critique

C’est l’histoire d’un homme qui pique une bagnole à Marseille, insulte le spectateur face caméra, bute un flic et retrouve à Paris une jeune Américaine rencontrée à Nice quelques jours plus tôt. Il veut l’emmener à Rome, elle hésite. Elle le repousse, il insiste. Ils couchent ensemble, se séparent et se retrouvent. Il cherche à récupérer de l’argent qu’on lui doit pendant qu’elle prépare l’interview de l’écrivain Jean Parvulesco joué par Jean-Pierre Melville. La police a retrouvé sa trace, il lui échappe mais par pour longtemps. [...] 

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Éditorial culture d’avril : Cher Ibrahim Maalouf

Cher Ibrahim, voyez-vous, cela ne m’étonne pas que vous n’ayez pas eu le courage de débattre avec nous, d’autant que je me doute que vous n’avez pas non plus le moindre argument à nous opposer. Mais il se trouve que nous sommes partisans du dialogue et que nous adorons être surpris par ceux qui nous attaquent et que les êtres échappent à leur prévisibilité. Phénomène si rare. Que vous n’avez pas fait advenir.

 Oh, rien de très grave, vous n’êtes pas vraiment coupable des opinions que vous divulguez, ce pourquoi vous n’êtes pas vraiment en mesure de les défendre, d’ailleurs, vous répétez naïvement les stupidités à la mode dans votre milieu, comme beaucoup de gens, en l’occurrence, et compter les Noirs dans les orchestres, ce passe-temps qui nous vient d’Amérique, fait fureur chez les vedettes issues de l’immigration, sans doute parce que le complexe provincial y est décuplé et la confusion des histoires nationales plus fréquente. Si Paris est une capitale du jazz, c’est bien parce que vos prédécesseurs afro-américains, il y a un siècle, y étaient accueillis en héros et non en « nègres », comme dans leur patrie d’origine, laquelle ne nous paraît donc pas en position de nous donner des leçons sur ce plan. J’admets cependant qu’en tant qu’enfant du Liban, vous ayez sans doute quelques recettes à nous offrir pour nous permettre de vivre harmonieusement le multiculturalisme.

 Les vedettes d’aujourd’hui comme les marquises d’hier ne se contentent jamais de la fortune et des hommages, il leur faut aussi éblouir le gueux par l’éclat de leur vertu. Il se trouve qu’en ce moment, pour être un ange, il suffit de cracher sur les Européens autochtones, comme si les inventeurs du monde moderne étaient ces adultes décevants contre lesquels devait s’indigner en boucle le reste adolescent de la population. Nous nous impatientons, il est vrai, de vous voir accéder à la maturité, au sens du tragique et à l’indulgence.

Je vous rappelle que c’est vous qui proposâtes sur Twitter aux « fachos » de vous laisser défendre vos positions dans un format plus étendu que celui que vous allouait ce réseau social où vous aimez à vous répandre. Nous ne sommes pas fascistes, bien qu’il nous faille admettre la séduction qu’a toujours exercée sur notre œil la ligne Hugo Boss. La « statolâtrie » et la cruauté des masses ont cependant toujours paru trop socialistes à notre goût. Quand Arthur de Watrigant vous prit au mot en vous répondant qu’on vous ouvrait nos pages, il ne s’était donc pas senti désigné avec pertinence, il sait simplement que le terme « facho », chez le bien-pensant de base, désigne l’autre, celui qui ne partage pas les mêmes valeurs, dont on ne comprend pas les raisons, qui nous effraie et nous excite en même temps, et qu’on caricature au point d’en faire un monstre. Un vieux réflexe de garçon ignorant. Arthur ne vous en tint pas rigueur, vous savez, notre curiosité de l’autre est plus forte que notre susceptibilité devant ce genre d’indélicatesses. En revanche, vous qui avez attaqué ignoblement la violoniste Zhang Zhang sur sa vie privée, trois questions un peu hardies suffirent à vous indigner. Elles étaient selon vous « lamentables », mais vous alliez néanmoins faire l’effort d’y répondre. Les jours passaient, rien ne venait, et nous vous imaginions attablé parmi des encyclopédies et des livres d’Histoire, la langue tirée, l’œil brillant, la trompette prenant la poussière, bien décidé à nous confondre en nous démontrant nos erreurs. Et puis, finalement : rien.

 Déjà que Louis Lecomte, notre jeune rédacteur en chef numérique, avec sa mous- tache lissée, son crâne luisant, et son instinct trépidant de mousquetaire, est dépité parce que Francis Lalanne a décliné sa provocation en duel par l’entremise de Closer, le seul journal qui s’intéresse encore à Francis Lalanne, voilà que vous renoncez au débat que vous aviez vous-même sollicité. Comprenez que nous soyons déçus.

Ne le prenez pas personnellement, mais quand je considère votre génération de saltimbanques engagés, il m’arrive de songer à cette phrase qu’écrivit Dominique de Roux au sujet de Julius Evola (demandez à Camélia Jordana si vous n’arrivez pas à situer ces personnes, elle est sans doute au courant) : « Un cerveau et un sexe énormes, mais quelque chose de mou entre les deux », résumait l’écrivain français au sujet du métaphysicien italien. Et moi, j’ai l’impression que cette génération dispose d’une anatomie inverse : un cerveau et un sexe atrophiés, avec quelque chose de volcanique dans l’intermédiaire.

 Alors détendez-vous, je vous en prie, cher Ibrahim, et si vous n’avez pas le courage de dialoguer avec nous par des voies officielles, passez à la rédaction pour briser la glace. Entre un sabre de hussard, un poster de Zhang Zhang et une pile d’ouvrages à paraître, on descendra quelques bouteilles de vin en grignotant des noisettes, et vous oublierez une heure ou deux, j’en suis sûr, votre passion des statistiques. [...]

L’Incorrect

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