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Typologie du cataclysme

Pandémies, exodes, canicules monstres, chaos généralisé… À lire certains romans de la rentrée littéraire, le monde va mal, et on ne se dirige pas précisément vers une amélioration. En même temps, c’est logique : tout comme le rôle des intellectuels est d’être critiques à l’égard de la société où ils vivent, quitte à forcer le trait, le rôle des écrivains est de s’inquiéter pour l’avenir, non d’assurer que tout ira bien, Madame la Marquise. D’ailleurs, la posture de conscience inquiète de son époque est plus gratifiante que celle d’optimiste béat, et moins risquée devant l’Histoire : l’écrivain qui a promis que rien n’était grave alors que les nuages s’amoncelaient au-dessus de lui aura l’air ridicule rétrospectivement, celui qui a passé sa vie à annoncer la fin du monde à tort n’héritera que d’une étiquette inoffensive de pessimiste bon teint, plutôt valorisante selon les critères de l’histoire littéraire.

FLÉAU VIRAL

Cela étant, si les catastrophes en tous genres font fureur chez les romanciers, tout comme chez les scénaristes de film, c’est surtout parce qu’elles font d’excellents déclencheurs d’intrigues, et qu’elles fournissent des décors spectaculaires à souhait, propices aux descriptions grandioses dont les écrivains sont friands (il faut dire qu’elles ne coûtent rien, par comparaison avec le cinéma). Une ville désertée, par exemple, n’a-t-elle pas quelque chose de fascinant, surtout quand il s’agit de la ville-monde par excellence, New York ? La romancière sino-américaine Ling Ma imagine dans Les Enfiévrés (Mercure de France) que les habitants s’enfuient massivement à la suite de la propagation chez eux d’une fièvre étrange, venue de Chine. On croirait une fable sur le Covid-19, mais le roman date de 2018 ; le coupable ici n’est pas un virus, mais une spore fongique microscopique. Difficile pourtant de ne pas faire le rapprochement avec notre situation, au moins quant à la centralité de la Chine dans le nouvel équilibre mondial de la santé…

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Yves L’Hôtellier, l’homme qui voulait un roi

En ce 9 août 1793, le rédacteur du Journal de la Montagne n’en croit pas ses oreilles de sans-culotte. À la tribune de la Convention,le député du Nord Eugène Gossuin vient d’annoncer l’avènement d’une « constitution républicaine, symbole de vertu et de bonheur ». Sur les 44 000 communes composant le territoire de la République, toutes ont marché d’un même pas, en approuvant le texte avec un bel enthousiasme. Toutes ? Non, une seule avait « eu la bassesse de voter pour le rétablissement de la royauté, et de demander que le fils de Capet montât sur le trône. Cette municipalité est celle de Saint-Thomas, district de Saint-Brieuc, département des Côtes-du-Nord, et c’est le maire, nommé Vetol-Terrier qui a déterminé les citoyens à émettre ce vœu infâme ». De son côté, le Journal de Paris parle de la commune de Saint-Tonnant et d’un certain Ivelot-Tellier, « chassé de l’assemblée électorale pour son incivisme ». Mieux informé, Le Républicain français donne l’orthographe exacte du courageux édile : Yves L’Hôtellier, maire de Saint-Donan.

Car il ne fallait pas manquer d’intrépidité, alors que la Terreur vient d’être mise à l’ordre du jour, pour défier ainsi la dictature parisienne ! Il est vrai que l’Ouest, de la Vendée à la Normandie, s’est insurgé, mais aussi Lyon, dans le Midi, la Picardie et l’Artois. Sur sept millions de « citoyens actifs », plus de cinq s’abstiendront de voter, malgré la censure, la répression et les massacres. La Bretagne, hostile par tradition au pouvoir central, n’a pas tardé à exprimer sa vive opposition aux excès du centralisme jacobin et aux mesures de déchristianisation. [...]

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Bien en vue : lunetiers et opticiens indépendants

Depuis le mois de mars, Yoan Benzaquen le responsable des boutiques Marc Le Bihan, cultive son optimisme : « La crise du Covid incite les gens à rester chez eux plutôt que d’explorer les magasins. Heureusement notre clientèle demeure fidèle ». Jusqu’à la crise sanitaire, l’avenir des opticiens demeurait brillant : la population vieillissait et les trois quarts des Français portaient des lunettes. Des lunettes qui étaient renouvelées tous les deux ans. Le marché représentait 6,6 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires moyen annuel d’un magasin d’optique était de 530 000 euros.

Un tableau idyllique qui cachait toutefois quelques ombres. Depuis 2017, le chiffre d’affaires était en repli. Si les lunettes étaient un véritable accessoire de mode, leur popularité était liée au remboursement des mutuelles. « Autrefois nos clients changeaient de lunettes tous les ans, constate Yoan Benzaquen. Les mutuelles remboursaient à 100 % des frais réels, d’où des remboursements parfois astronomiques. Les abus ont été tels de la part des opticiens que les remboursements ont été divisés par deux voire par trois ». [...]

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Fin de partie

Histoire d’aller voir le diable en face, Paul Conge, journaliste à Marianne, s’est plongé dans le marigot de l’alt right française, cette extrême droite nouvelle génération, qui panique selon lui sur les réseaux sociaux, fantasme à la fin de l’homme blanc sur les écrans de ses web télés, bref parle du Grand Remplacement, comme ici à L’Incorrect qui a l’heur d’être cité parmi la faune bigarrée des youtubeurs et autres coach en virilité, faiseurs d’opinion en tous genres, mais de droite en particulier, même si le terme dans certains cas peut paraître franchement galvaudé.

Bref, le panorama est exhaustif, pas si malhonnête, car si on rencontre les habituels clichés du jeune blanc paumé qui a noyé son malaise existentiel en trouvant une cause politique à défendre, les portraits sont suffisamment nuancés pour que l’on comprenne qu’il s’agit là d’un phénomène prenant une ampleur inédite ; laquelle nécessite d’aller au-delà des caricatures afin de pouvoir véritablement l’appréhender. [...]

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Pour y voir clair : L’argent de Charles Péguy

1913 : grande année pour la littérature française. Le plus grand roman, le plus grand recueil poétique et, sans doute, le plus grand essai du siècle y paraissent en même temps, à l’aube de la grande guerre. Mais leurs auteurs, Marcel Proust, Guillaume Apollinaire et Charles Péguy, partagent davantage qu’une excellente cuvée ; ils sont liés par cette guerre, d’abord, dont deux d’entre eux ne reviendront pas et qui tuera indirectement le troisième – mort d’épuisement en 1927, après avoir achevé Le temps retrouvé dont les vestiges de 14-18 marquent le corps, l’âme et le deuil des personnages survivants ; ils sont liés, surtout, par leur conscience commune d’un basculement, de la fin d’un monde qui s’opère, de la fin d’ « un peuple que l’on ne reverra jamais. »

Une mutation des temps dont les premières pages des trois chefs-d’œuvre donnent l’ampleur. « Zone », le poème qui ouvre Alcools se fait témoin de ce temps passé, « ce monde ancien » de ferveur et d’assiduité dont Apollinaire se dit « las » ; L’Argent, dans ses cent pages lapidaires, s’occupe de pourfendre le nouveau, le « monde moderne » dont Péguy sait qu’il s’installe dans la durée. Le monde mesquin et bourgeois dont nous avons hérité et qui a tant perdu, nous dit-il. [...]

Pierre Legendre : l’archéologue

Né en 1930 en Normandie, Legendre, comme Julien Freund, gardera de ses origines modestes une vénération pour le savoir et le mépris du grégarisme universitaire. Son parcours est doublement atypique. C’est d’abord celui d’un érudit pluridisciplinaire : docteur en droit, en anthropologie et en économie, Legendre s’imposera comme un penseur de l’État et des institutions. Au plan professionnel ensuite : s’ennuyant à l’université, il débutera sa carrière dans un cabinet de consultant économique en Afrique, l’occasion pour lui de se familiariser avec le monde de l’entreprise, et surtout d’acquérir un regard distancié sur l’Occident qu’il appréhendera désormais avec le regard de l’ethnographe.

Autre expérience de décentrement radical, par rapport à sa subjectivité cette fois : la pratique, en tant que patient, de la psychanalyse. Ces deux expériences seront à l’origine de sa passion pour l’architecture invisible des êtres et des civilisations. Il en tirera cette leçon capitale : l’être humain étant l’animal parlant, toute identité, individuelle ou collective, est avant tout le produit d’un assemblage de textes. [...]

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Joy Division : Enquête sur un météore

Joy Division, c’est avant tout un décor, en l’occurrence celui de Manchester au détour des années 1970, ainsi que les banlieues de Macclesfield et Salford d’où étaient originaires les quatre membres : Bernard Sumner (guitare), Peter Hook (basse), Stephen Morris (batterie) et Ian Curtis (chant). Cette ville a été le cœur de la Révolution industrielle, à la pointe question innovation, mais également en première ligne en matière de déshumanisation des grands pôles urbains et de conditions de vie exécrables de la plèbe.

En 1975, c’est dans une ville crasseuse, polluée, tendue, minée par la pauvreté et la violence qu’évoluent les futurs Joy Division. Les usines désaffectées et les taudis côtoient les bâtiments en ruine, vestiges des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, bientôt remplacés par des barres en béton dystopiques. Au sujet de ce décor de rêve, Bernard Sumner déclare ne pas avoir vu un arbre avant ses neuf ans et ajoute : « De façon plus ou moins consciente, la laideur environnante te donnait une grande soif de beauté ». Il faut dire qu’entre les grands-parents traumatisés par la guerre, les proches malades ou alcooliques et les bagarres de rue, les disques de rock qu’on s’échangeait à l’époque étaient, pour ainsi dire, l’unique fenêtre sur autre chose que cet horizon sclérosé.

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Petit vampire : notre critique

Le prolifique Joann Sfar n’en est pas à sa première adaptation de BD : on sent avec Petit Vampire que son studio d’animation est une affaire qui roule, peut-être un peu trop proprement. On peut en effet regretter que sa frénésie graphique, son univers tout en esquisses chatoyantes et en hachures impressionnistes ne soit pas mieux rendu par l’animation. Ici, la direction artistique fait le choix d’une certaine convenance, sans doute pour ne pas effrayer les tous petits, qui sont la première cible de ce dessin-animé sans véritable surprise. On y trouve pourtant tout ce qu’il faut pour remplir le cahier des charges : monstres mignons, amitié inter-espèces, farandoles nocturnes et bateaux corsaires volants…

Lire aussi : Le Diable, tout le temps : notre critique [...]

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