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[Idées] Pour Dieu et le roi

Plus de deux siècles après sa mort, l’histoire de François Athanase Charette de La Contrie, héros des guerres de Vendée, continue de toucher le public français, en témoigne le succès rencontré par le film du Puy du Fou au début de l’année. La réédition revue et actualisée de cette biographie, parue à l’origine en 2005, permet de se plonger plus en profondeur dans la vie de l’un des plus grands personnages de la contre-révolution sous la plume d’Anne Bernet, auteur de nombreux ouvrages dont une histoire de la chouannerie.

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La qualité du contenu, dense et exhaustif, ne se fait pas au détriment du style de l’historienne qui, loin de tomber dans certaines lourdeurs universitaires, embarque le lecteur dans un grand récit romanesque particulièrement bien écrit. Des passages moins connus de la vie du héros sont relatés, comme ses années de service dans la marine, ou sa présence à Paris dans la nuit du 9 au 10 août 1792 lorsque les révolutionnaires ont envahi le palais des Tuileries.…

Cagé & Piketty : alliance impossible

Evènement intellectuel de la rentrée, la somme des économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, Une histoire du conflit politique, entend ni plus ni moins retracer l’histoire des comportements électoraux et des inégalités socio-spatiales en France de 1789 à 2022, grâce à la numérisation massive (et en libre accès) de données inédites.

Il y aurait beaucoup à dire, mais concentrons-nous sur le cœur du propos. Première thèse : la classe géo-sociale (niveau de revenu et lieu de résidence) n’a jamais été aussi importante pour comprendre le vote – elle l’expliquerait à 70 %. Seconde thèse : la bipartition gauche/ droite de type classiste serait la plus favorable du point de vue démocratique et socio-économique (parce que la vilaine droite, pour rester au pouvoir, fait des concessions avec la merveilleuse gauche), alors que la tripartition se nourrit d’une division des classes populaires en deux camps pour des raisons spatiales et identitaires, ce qui permet à la bourgeoisie de se maintenir au pouvoir sans rien concéder.…

Simone Weil, le refus des passions collectives

Les partis politiques concourent-ils au bien commun de la société ? La question peut paraître saugrenue tant nos esprits sont habitués à la compétition entre partis politiques, considérée comme la modalité habituelle d’expression du suffrage universel et la condition indispensable d’existence d’une authentique démocratie. Sans partis politiques, libres de concourir aux élections, pas de démocratie possible, dit-on !

Pourtant, Jean-Jacques Rousseau pensait le contraire, estimant que les partis politiques empêchent les citoyens de se mouvoir librement vers la volonté générale censée exprimer la vérité en politique. Pris dans l’engrenage d’un parti, le citoyen serait prisonnier de sa logique, de sa doctrine et de sa stratégie, perdant ainsi la liberté de décider souverainement en vue du bien public.

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Une intuition que reprendra au XXe siècle la philosophe Simone Weil dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques (1940). Avec la radicalité qu’on lui connaît, elle estime qu’un parti politique est d’abord « une machine à fabriquer de la passion collective » qui éloigne le citoyen de l’exigence de vérité et de justice qui devrait l’animer.…

[Idées] La femme, la mort et le mythe

Il est commun d’estimer qu’avant les monothéismes et leur « injonction au père », le monde païen était dominé par un système matriarcal. Peggy Larrieu, spécialiste en droit privé, revient sur ce passionnant débat à travers le mythe de Perséphone. Perséphone s’inscrit à la jonction de deux mondes, le masculin et le féminin, l’olympien et le chtonien, en tant que déesse des Enfers, enlevée par Hadès pour régner auprès d’elle. En revenant sur sa fonction première (« homéopathiser » la mort), Larrieu éclaire la façon dont l’actuelle pensée politique sur la femme (dont le wokisme et le néo-féminisme sont des exacerbations systémiques) est nourrie par un dualisme cosmologique : sans les rituels de fécondité et de mort, la femme est devenue un « impensé » sur lequel viennent s’agréger toutes les névroses de la modernité.

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L’essayiste donne la part belle à certaines sources apocryphes dont l’orphisme, cette mystique pratiquée pendant une petite dizaine de siècles qui constitua le contrepoint nécessaire de la métaphysique grecque.…

Tyranny, Inc : la tyrannie du privé

Journaliste américain d’origine iranienne, converti au catholicisme, Sohrab Ahmari est aujourd’hui l’un des porte-étendards du courant postlibéral aux États-Unis. Après The Unbroken Thread, un essai remarqué sur les vertus de la tradition, il revient à la charge avec Tyranny, Inc., qui se donne l’objectif ambitieux de changer le rapport de la droite à la liberté et à la coercition. Contre une vision libérale qui ne voit que l’autoritarisme issu des pouvoirs publics, Ahmari démontre, avec de nombreuses histoires vraies, comment le soi-disant « libre marché », lorsque laissé à lui-même, permet l’exploitation brutale des citoyens ordinaires par des entreprises de moins en moins soucieuses du bien commun, parfois même avec la complicité de l’État.

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Il rappelle que la liberté ne saurait se penser abstraitement, et que l’absence d’intervention publique crée des rapports de force au même titre que la régulation, mais à des fins souvent moins nobles.…

La révolution du no sex : malthus über alles

Vous qui n’êtes pas forcément familier avec le panthéon LGBTQ+, sachez que les asexuels y ont leur place et que leur couleur est le violet. Asexuels, asexués, ou « ace » lorsque vous êtes des intimes. En gros, des personnes qui ne ressentent aucun désir sexuel. Attention: ce n’est évidemment ni un handicap, ni une pathologie. Ce serait même d’après Wikipédia une « orientation sexuelle ». On n’y comprend déjà plus rien. Heureusement, la sexologue Magali Crozet-Calisto est là pour nous éclairer… ou pas. Et d’emblée, elle s’embrouille dans le délire terminologique propre aux mouvements LGBT.

À l’instar des autres sexualités de niche qui sont mises en avant par le drapeau arc-en-ciel, les asexuels se divisent déjà en sous-groupes: les romantiques, ceux qui ressentent tout de même un désir platonique pour l’autre, et les aromantiques qui ne ressentent strictement rien pour autrui.

Ce serait même d’après Wikipédia une « orientation sexuelle ».

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[Idées] Requiem pour Freund et pour l’Europe

Il y a 30 ans disparaissait Julien Freund. Résistant déporté qui fit preuve d’un courage exemplaire, Lorrain devenu maître de la philosophie et de la sociologie françaises depuis cette Alsace où il s’établit et qu’il refusa toujours de quitter, introducteur en France de Max Weber et de Carl Schmitt, Freund fut un véritable chirurgien du politique, et l’un de ses plus éminents, lui qui sonda les nécessités organiques du corps politique en les distinguant soigneusement de ses flux et reflux, lui qui fut surtout doué d’un don de dissection à la précision et à la rigueur sans pareilles. En nous quittant, il laissait une œuvre prodigieuse mais qui hélas avait tout pour être dédaignée par l’intelligentsia marxisante d’alors et wokisante d’aujourd’hui : pourfendeur de l’ivresse intellectualiste au nom de l’« instinct de la banalité », penseur de la mesure aux antipodes des militants qui peuplent nos facs, aristotélicien élevé à l’école des faits et resté sourd aux sirènes de l’utopie, philosophe du temps long, de l’« éternelle politique » à une époque qui a fait le choix de l’amnésie, il avait fort peu de chance d’échapper à la proscription.…

[Idées] Métaphysique de l’anthropocène : l’être et le néant

Le philosophe Jean Vioulac, auteur de livres fort importants pour comprendre notre époque, déçoit avec cette Métaphysique de l’Anthropocène. Il s’efforce de penser la négativité essentielle de l’homme, sa capacité à détruire, via le concept scientifique d’« Anthropocène ». Partant d’une anthropologie évolutionniste selon laquelle l’homme est « l’animal désanimalisé », qui introduit dans l’être du néant par sa conscience, Vioulac veut faire l’histoire philosophique du déploiement de cette négativité. Son analyse de la Grande Guerre est passionnante, en tant qu’il y voit « l’Apocalypse de la Modernité », qui manifeste la violence et la puissance d’anéantissement propre à l’époque.

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Mais ensuite il recherche l’origine du totalitarisme annihilant et la trouve dans la métaphysique platonicienne puis sa réalisation effective dans l’Église médiévale, ce qui est beaucoup moins convaincant, aussi peu que sa lecture philosophique, psychanalytique et athée du christianisme comme anarchisme ontologique.…

L’Incorrect

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