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Quand Margot dégrafait son corsage

Par confort, soucis de santé ou engagement féministe, les demoiselles se débarrassent de leur camisole quotidienne dans un « ouf » de soulagement. « La première chose que je faisais en rentrant le soir, c’était de dégrafer cette horreur ! » nous dit Camille, 27 ans, passée au no-bra depuis un an. Comme elle, 7 % des femmes françaises ne portent plus ou quasiment plus de soutien-gorge, selon une étude IFOP, contre seulement 3 % avant les confinements. Pour ces intrépides, finie la torture quotidienne, les maux de dos, la pression à la silhouette parfaite.

Les chiffres sont sans appel : les confinements ont dégrafé les fermetures plus rapidement qu’un plan Tinder. « Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, explique Carine, 36 ans. J’en porte depuis mes douze ans, c’était devenu un réflexe. Mais pendant le confinement, je n’avais pas besoin d’en porter pour travailler ou sortir. Petit à petit, j’ai pris l’habitude de ne plus en mettre. Quand il a fallu me harnacher à nouveau, j’ai réalisé les douleurs que je m’imposais ». La tendance se lit encore plus nettement chez les 18/25 ans : 18 % d’entre elles abandonnent cette pièce de lingerie, là où seulement 4 % faisaient l’impasse auparavant. [...]

Blanc sein

Personne ne se posait la question il y a quelques années encore : si bébé hurle parce que son bidon gargouille, on le nourrit. Certaines préfèrent l’intimité d’une pièce fermée, d’autres choisissent de ne pas faire attendre leur progéniture, d’autres encore sortent l’artillerie lourde du chauffe-biberon pour s’épargner la question. Depuis peu cependant, les scandales concernant l’allaitement en public se multiplient.

À Bordeaux, en mai dernier, Maylis nourrissait discrètement son bébé dans la file d’attente d’un relais-colis en centre-ville. Elle se serait pris une gifle de la part de ce qu’il convient d’appeler po- liment une « vieille bique ». Quelques jours plus tard, la même scène se déroule cette fois-ci au château de Versailles. Fort inapproprié pour un palais qui a dû voir bien plus indécent. De même, l’affaire d’une jeune Australienne sommée de stopper son allaitement à Disneyland Paris a défrayé la chronique en juillet. La raison invoquée par le personnel de sécurité du parc ? Cet acte choquerait la sensibilité de la clientèle étrangère. Pas la clientèle australienne, vous l’aurez compris. Nous touchons là un point saillant du problème : la mondialisation apporte, ainsi que la Pravda officielle vous le radote, un enrichissement constant et sans limites. [...]

Une banane sans arêtes, s’il vous plaît

« Dites-moi, mon brave, ce n’est pas parce que le confinement est terminé et que vous pouvez à nouveau ouvrir vos salles et vos terrasses qu’il faut vous venger sur les clients, et leur servir du poisson plein d’arêtes comme celui-ci ! C’est absolument immangeable ! » conclut Chantal de S. en désignant une assiette qui ressemblait à un champ de bataille napoléonien.

– Ah, ça, madame, c’est toujours le problème de la perche. Madame souhaiterait que je lui apporte autre chose ? Un steak haché ? Une quiche lorraine ? »

– Non merci, c’est un peu tard, mais vous pourriez prévenir, tout de même ! On n’est pas censé le savoir ! Vous ne trouvez pas ? grognat-elle en prenant toute la tablée à témoin.

– Chantal, décidément, vous m’émerveillerez toujours ! J’ignorais que l’on pouvait être aussi représentative de son époque que vous l’êtes !

– J’y verrais volontiers un compliment si ça ne venait pas de vous, mon cher E. Mais que voulez- vous insinuer par-là ? Quel est le rapport entre notre époque et les arêtes de poisson. [...]

Maman, comment on fait les bébés ?

À quel âge démarrer l’échange sur le sujet ?

Pour faire simple : on en parle quand il en parle ‘ Si on impose le sujet, ou qu’on se braque quand il l’évoque, on court à la catastrophe. Si le sujet arrive par exemple par la télé, donnez votre avis sans jugement, en laissant la discussion ouverte. Avec un peu de chance, il prendra la balle au bond.

Pas vraiment à l’aise avec le sujet ? Rien n’empêche de déléguer à un proche de confiance : parler de sexualité avec ses parents n’est jamais facile.

« Maman, je suis vraiment un garçon ? »

Si mon ado s’inquiète de son identité de genre, comment remettre les choses à plat ? La souplesse et la compréhension dont nous pouvons faire preuve ne remettent pas en cause nos valeurs. Voici ce qui se joue en ce moment auprès de nos têtes blondes au collège : un acharnement à croire en l’homme tout-puissant, au-dessus de la Nature par l’aide du « progrès scientifique » et de la médecine moderne. D’où l’importance de rappeler un fait biologique : il n’existe que deux genres à la naissance. Point. Certains s’imaginent la sexualité comme une construction sociale. En réalité, cela cache une nouvelle mode de crise adolescente qui pousse plus loin le vice. On est « pansexuel » comme on était « émo » ou « punk ». La génération précédente a abaissé l’âge de la rébellion, du premier rapport sexuel, du binge-drinking et de la consommation de drogues (là où la génération d’encore avant allait découvrir les « joies » des familles éclatées, héritées de l’« émancipation » de la religion et de la structure familiale). [...]

Les inventaires sont-ils de droite ?

Nombre d’auteurs excellents ont vanté les mérites des listes, Borgès, Quignard et Eco, pour ne citer que ceux-ci. Ils goûtent le charme des catalogues obsolètes, des taxonomies aberrantes, des nomenclatures absconses et des choix fermés et abrupts. On sent qu’ils prisent par-dessus tout d’une part l’affirmation très personnelle d’un monde intelligible et vivable parce que réduit à des catégories qui visent à l’objectivité, d’autre part la distance évidente entre cette réduction et la réalité ; distance qui témoigne autant des préjugés de l’auteur que de l’état de la science, de la vanité de prétendre épuiser le monde que de l’égocentrisme le mieux assumé.

L’inventaire, lui, n’est pas une liste. On devine dans l’entreprise d’inventorier une volonté honnête, obstinée, méticuleuse et humble pour rassembler ce qui, réellement, épuise un sujet, au moins momentanément. Les catalogues d’étoiles, les sommes consacrées à un seul peintre, les traités anatomiques et les bases de données de fossiles ne prétendent pas être originaux ni expliquer le monde : ils offrent au chercheur comme au curieux une portion de réel la plus complète possible qui, dans son principe même de collection, avoue son incomplétude et appelle le suiveur qui, à son tour, entassera ; avec toujours le risque du scribe malfaisant supprimant telle référence ou ajoutant, saugrenue mais désormais répertoriée, telle entrée frauduleuse (l’arabe dialectal fait ainsi partie de la liste des langues de France, établie par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, la DGLFLF, aux côtés du gallo, du mahorais, du normand et de l’arawak) ; mais tous les hommes ne sont pas pervers et ceux qui dressent des catalogues donnent généralement foi en l’humanité. [...]

Les insolites modes de l’été

Et si on osait la mantille ?

Certaines églises sont rasées comme des femmes légères à la libération, d'autres sont envahies de touristes en bermuda-débardeur, contemplant d'un regard absent les vitraux dégradés et léchant leur glace vanille-patchouli. Bref, le magique et le mystérieux s'éloignent un peu plus chaque jour de l'autel. Et si on lui rendait son lustre… avec du style et de la féminité ?

Défi relevé ! Pour aller à la messe, en plus des chaussures bateau pour faire plaisir à belle-maman et de la robe vichy, on opte pour une ravissante mantille ! Rien à voir avec le voile islamique. Déjà, on le réserve à Dieu, chez lui. Ça se porte dans l'église, pas au KFC. Ensuite, il ne s'agit pas d'un tissu grossier, lourd, uniforme. Une mantille, ça se doit d'être ravissant. De la dentelle, de la mousseline de soie translucide, des petites fleurs brodées pour les plus jeunes, des dorures pour les occasions. Point bonus : ça fera rager la vieille boomeuse Géraltrude, celle qui donne la communion dans la main. Elle nous fera un petit AVC de complaisance, déchirée entre son insatiable volonté de plaire au « djeunss », et sa haine de tout ce qui semble un peu beau ou sacré. On en trouve de superbes faites main sur EvintageVeils (Etsy) ou, pour les bourses patriotes, Atelier Dentelles. [...]

Les arbres sont-ils de droite ?

Un ami séjournait à la maison. Nous marchions le long de la rivière et je lui faisais remarquer quelques trognes remarquables. Les trognes sont des têtards, ces arbres étêtés régulièrement ; on les appelle aussi émousses, escoups, ragosses ou chapoules, ce qui prouve bien qu’on les taille ainsi depuis le néolithique. Nous regardions leurs écorces épaisses et je lui dis : « Les arbres sont de droite ». « Non », me répondit-il avec calme. Je vacillai. « Ils votent à gauche ». Je protestai. Il se défendit et finit par me renvoyer sur le site de Libération où un entretien avec Peter Wohlleben, forestier allemand, était supposé me confondre. Le forestier était gauchiste et prétendait, en effet, que tous les arbres voteraient à gauche s’ils le pouvaient (le voudraient-ils ? Un gauchiste ne se pose pas la question de ce que veulent les gens).

Le forestier parlait. « Une étude de l’université de Vancouver a même montré qu’une “mère-arbre” peut détecter ses jeunes plants avec ses racines. On a mesuré qu’elle soutient davantage ces derniers ». Sens de la famille, ça part bien, me dis-je. Je sentais que je n’allais pas devoir ne mobiliser que l’enracinement comme concept dextrisant. « Les arbres décident bel et bien avec qui ils se connectent ». On s’éloignait d’un modèle universaliste. « Les vieux [arbres] seraient même capables de partager cette information avec les plus jeunes, de les “éduquer [...] ” ».

Remerciements infinis

“Oui, chère madame, je viens de le recevoir, c’est un très beau travail et je vous en remercie infiniment !” Tenant d’une main son portable, et de l’autre, avec le plus grand soin, un livre ancien admirablement relié, E. raccrocha après avoir salué à nouveau sa correspondante, le visage illuminé par un sourire.

– Je ne sais pas si je t’ai raconté que cet exemplaire rarissime des Essais de Montaigne avait été retrouvé couvert de boue et d’ordures dans une poubelle du square Montholon? J’avais au bout du fil la relieuse qui est parvenue à le restaurer.               

– Tout de même, E., « je vous remercie infiniment », tu ne trouves pas que c’est légèrement exagéré, tout de même ? On dirait l’agent spécial Cooper dans la première saison de Twin Peaks affirmant d’une tarte aux cerises qu’elle est absolument miraculeuse, objecta Lucien de S. en se resservant pour la troisième fois un verre de punch coco vigoureusement alcoolisé. Infiniment ! Infiniment ! Et puis quoi encore ?

Lire aussi : Du droit à la bise par Frédéric Rouvillois

Chantal, qui observait son mari du coin de l’œil, chipa en douce une poignée de cacahouètes pour assister à l’échange.            – Pour tout te dire, mon cher Lucien, j’ai été il y a peu sur le point de renoncer à la formule, en constatant sur Internet qu’elle était de plus en plus fréquemment utilisée. Bref, j’ai eu peur d’être victime de ces stéréotypes langagiers qui s’insinuent sans prévenir dans nos neurones, nos réflexes et nos façons de parler, et qui finissent par nous faire dire «au niveau de», «enchanté», «excessivement» ou « bonne continuation », comme de vilains bruits qu’on laisse échapper sans le vouloir.               

– À propos de « excessivement », j’ai relu l’autre jour ce qu’en dit Renaud Camus dans le livre que tu m’as prêté...                   

– Ah oui! Dans son succulent Répertoire des délicatesses du français contemporain ! Je me souviens d’une exécution en règle, mais fondée sur l’idée qu’on emploie l’adverbe « excessivement » à tort, ou plutôt, à l’envers, de même que les enfants lorsqu’ils déclarent qu’ils sont « trop contents » d’aller en vacances, que les éditoriaux de L’Incorrect sont « trop stylés » ou que Mbappé a été « trop fort » lors du dernier match du PSG... Parce que l’on confond alors l’abus et la perfection. Tandis que « remercier infiniment » me semble avoir à la fois une utilité et une signification.                    [...]

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