Skip to content
Langues régionales : le paradoxe breton

Sujet explosif en Bretagne : les langues ! Car linguistiquement, la Bretagne est double. À l'est, c'est la « Haute-Bretagne », le royaume du gallo, une langue romane d'oïl. À l'ouest, c'est la « Basse-Bretagne », l'empire du breton, une langue celtique. Jusqu'à la dernière guerre, le français n'était vraiment parlé que dans les villes.

Double aliénation

Or, depuis le « revival celtique » des années 70, le destin du breton s'est confondu avec celui de la Bretagne tout entière. « Escroquerie intellectuelle ! » nous confie un acteur du dossier. Car l'ancienne langue des ploucs est devenue tendance et a réussi à gagner du terrain à l'est. « Le militantisme breton a joué à fond sur le celtisme. La France est de culture gréco-latine ? La Bretagne doit être celtique ! La France se veut un état unilingue et uniculturel ? La Bretagne doit être de même ! Nous avons aussi nos jacobins locaux », affirme-t-il, goguenard.

La langue mérite cet engouement : une imposante littérature est née, un énorme travail de terminologie a été mené, le breton sait tout dire et a créé son propre univers médiatique, digital et éducatif.

D'où le développement des écoles bilingues ou immersives Diwan à l'ouest de la Bretagne mais aussi à l'est… où le breton n'a jamais été parlé ! « C'est une perversion de l'idée de départ : redonner la fierté de leur langue aux Bretons. Mais la langue n'a jamais été la même à Quimper et à Ancenis ! Des écoles en breton à Roscoff c'est formidable et ça fait sens, mais à Vitré ? Pour les Gallos, c'est une double aliénation : ils sont censés redécouvrir une langue qui n'est même pas la leur ». Ce qui n'empêche pas l'ouverture régulière de nouvelles classes et de nouvelles écoles en plein pays gallo. Car le breton est en vogue ! Et la langue mérite cet engouement : une imposante littérature est née, un énorme travail de terminologie a été mené, le breton sait tout dire et a créé son propre univers médiatique, digital et éducatif. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Woke’s Creed : quand Ubisoft rééduque ses employés

Ubisoft, a entrepris une « refonte complète du mode de collaboration des équipes créatives », selon les mots de son cofondateur et directeur Yves Guillemot. Il faut dire que l'entreprise française s'est trouvée sous le feu des critiques après que des faits de harcèlement et d'agressions sexuelles ont éclaté au grand jour. Un #MeToo du jeu vidéo a même vu le jour. Bien décidé à redorer son image, Ubisoft, s'est donc transformé en officine « woke », en tentant par tous les moyens de rééduquer ses employés. 

L’un d’eux a bien voulu nous répondre. Il explique que sous couvert d’« inclusivité », l’entreprise cherche à atteindre des quotas de minorités ethniques et sexuelles. « Lors de tables rondes sur l'amélioration de la diversité et de l'inclusion dans la boîte, j'ai entendu des propos tout à fait sérieux tenus par des personnes haut placées, disant qu'il n'y avait “pas assez de noirs”, et qu'il fallait en “ajouter” ». Gare à celui qui oserait aller à l'encontre des quotas, la bienveillance ne se discute pas. D'ailleurs on n'a pas intérêt non plus à « mégenrer » une personne trans, sous peine d'être repris pour « propos haineux ».

Durant le « pride month » ou « mois des fiertés », des mails et rappels quotidiens sont envoyés aux employés pour les « convier » aux conférences de la semaine « diversité et inclusion ». « La participation n'est pas obligatoire, mais les rappels sont tellement nombreux et insistants qu'il est impossible de les ignorer ». Ces conférences sont animées par des membres d'associations telles que Le Refuge (drôle d'idée d'inviter une association mouillée dans des affaires de moeurs, pour faire oublier les siennes). À cette occasion, les employés sont notamment invités à ne surtout pas importuner les personnes LGBTQIA+ avec leurs interrogations, et à se renseigner eux-mêmes sur les questions de genre. La théorie du genre est elle-même indiscutable, sous peine de voir son évaluation revue à la baisse.

Ubisoft mécénat
Invitation envoyée aux employés
[...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Bezos, Branson : les zinzins de l’espace

C’est à une véritable course de petits chevaux d’allumés des grands espaces que se livrent les hyper-fortunes mondialisées, façon Compagnies des Indes stellaires. Autrefois apanage des très grandes puissances, symbole de la Guerre Froide technologique livrée par les blocs américains et soviétiques, la conquête de l’espace est désormais une entreprise privée. Au moins en apparence, car les Jeff Bezos et les Elon Musk sont appuyés par la puissance américaine qui leur délègue un secteur négligé qui demande des moyens colossaux. L’espace n’est pas que la lubie de quelques-uns, peut-être s’agit-il même d’une part de notre avenir. Il n’y a pas là que matière aux rêves, mais un champ de recherche scientifique indispensable pour l’avenir.

Pourtant, l’aller-retour express du sieur Bezos et de ses invités ayant payé des tickets d’entrée à plus de 25 millions de dollars a quelque chose de puéril, voire d’indécent. Oh, il est de bon ton de caricaturer à l’extrême. D’un côté, les détracteurs s’offusquent pour des broutilles, fustigeant les moyens mis en œuvre pour un banal voyage d’agrément spatial, la consommation massive d’énergie qu’il faut déployer pour aller là-haut, représentant la consommation en CO2 de millions de plébéiens que nous sommes, souvent culpabilisés quant au réchauffement de la planète (notons pareillement que les porcheries sont largement aussi polluantes que les voitures, mais passons). De l’autre, l’armée des super-libéraux de salons se gaussera inévitablement des pisse-froid incapables d’admirer la puissance triomphante des grands capitalistes : « Vous êtes jaloux, bande d’aigris fonctionnaires qui gagnent un an ce que Bezos et Musk gagnent en 10 secondes ! »

L’aventure New Shepard, du nom de cette fusée qui a fait rire le monde entier avec son design de godemichet à turboréacteur hydrogène, n’est pas la grande aventure de l’humanité, mais bien celle d’un homme immensément riche

Ces deux attitudes d’esprit aussi agaçantes que prévisibles n’en recèlent pas moins des demi-vérités. Difficile de s’enthousiasmer pour ces aventures très solitaires, bien que nous soyons, nous aussi, de grands garçons vaguement geeks. Chez Jeff Bezos, Mogul de la tech et roi des Nerds, fasciné par la série SF The Expanse qui narre les premiers conflits nés de la colonisation du système solaire, on trouve une personnalité peu touchante d’enfant gâté prêt à tout pour ses petits caprices, avoir enfin ses « ailes d’astronaute », un peu comme ces mioches ravis d’exhiber leur brevet de petit secouriste ou leur première étoile de ski alpin. L’aventure New Shepard, du nom de cette fusée qui a fait rire le monde entier avec son design de godemichet à turboréacteur hydrogène, n’est pas la grande aventure de l’humanité, mais bien celle d’un homme immensément riche qui s’est envolé pour profiter quelques secondes de la gravité faible de la haute altitude aux côtés de son frère pompier volontaire Mark, d’un Néerlandais de 18 ans qui profitait d’un cadeau de son papa et de la pionnière de l’aviation Wally Funk. [...]

Des ministres au service des éoliennes : un régime d’exception

Dispense de permis de construire

Dispensées de permis de construire depuis un décret du 26 janvier 2017 (sous le ministère écologique de Ségolène Royal), les éoliennes relèvent du statut de « l’autorisation environnementale unique ». Du temps du permis de construire, un accord de la mairie était requis pour tout projet éolien, ce qui donnait lieu à des délibérations, avec en amont un démarchage des promoteurs auprès des élus locaux et donc des prises illégales d’intérêt. Avec la fin du permis de construire, plus besoin de l’accord des élus, c’est l’administration qui décide.

Ne restent plus aux élus que des décisions périphériques comme l’autorisation de survol des terrains communaux par les pales, ou le passage des câbles sur les routes ou dans les champs. À noter que ces délibérations périphériques donnent encore lieu à des prises illégales d’intérêts : pour exemple, un élu qui donnerait son aval pour l'enfouissement de câbles sous des terrains communaux, alors que lesdits câbles passeraient aussi sous ses terrains privés, lui assurant un revenu. Avec la suppression du permis de construire, l'implantation des parcs éoliens échappe non seulement aux délibérations locales, mais également aux règles d'urbanisme.

Degré unique de juridiction

Depuis les deux décrets « Lecornu / Rugy » du 24 décembre 2018, les recours contre les projets éoliens passent directement devant la Cour d’appel administrative (qui exige des frais d’avocats, contrairement au tribunal administratif). Concernant les éoliennes en mer, la raison invoquée pour cette suppression du double degré de juridiction est que les contentieux de l'éolien offshore nécessitent une expertise que n'ont pas nécessairement les tribunaux administratifs. Devant la multiplication des affaires, et le risque de voir freiné le développement de l'éolien en mer, le gouvernement de l'époque a donc décidé de les « centraliser » à la Cour d'appel administrative de Nantes. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Passe sanitaire : polémiques et changements majeurs

Durée raccourcie

Gros sujet de polémique durant les débats à l’Assemblée nationale. Emmanuelle Ménard avait déposé l’amendement n°CL185 : « Elle [la loi] prend fin dès lors que la circulation du virus ne représente plus un danger suffisamment grave pour légitimer son application ». L’objectif était « de rappeler que le passe sanitaire n’a pas vocation à durer et que son usage doit être strictement proportionné à la gravité de la situation sanitaire ». Le rejet de cet amendement a déclenché la colère sur les réseaux sociaux. La raison invoquée par le gouvernement était qu’une date de fin était déjà prévue avec la fin de l’État d’urgence sanitaire dans le cadre duquel s’inscrit la loi. Le gouvernement souhaitait l’extension de l’État d’urgence sanitaire jusqu’au 31 décembre 2021. Finalement, sous l’impulsion du Sénat, celui-ci n’est finalement prolongé que jusqu’au 15 novembre.

La polémique concernant le rejet de l’amendement déposé par Emmanuelle Ménard peut sembler vaine puisque l’État d’urgence sanitaire a une date de fin. En réalité, le principe selon lequel l’utilisation du passe sanitaire devrait être décorrélée de l’État d’urgence sanitaire serait une sage précaution, puisque l'État d’urgence est reconductible tant que le virus existe. Encore faut-il trouver une formule claire et opérationnelle.

Report pour les mineurs

Les mineurs ne seront pas soumis à l’obligation de présenter un passe sanitaire dans les lieux le nécessitant, avant le 30 septembre.

Autorisation d’un seul des deux parents pour la vaccination ou le dépistage des mineurs

Amendement n°CL449, déposé le mardi 20 juillet 2021 par Sacha Houlié, et adopté le mercredi 21 juillet : « F bis. - Sauf contre-indication médicale reconnue, lorsque le Premier ministre prend les mesures mentionnées aux 1° et 2° du A, seul le consentement de l’un ou l’autre des titulaires de l’autorité parentale est requis pour la réalisation d’un dépistage ou l’injection du vaccin contre le SARS-CoV-2 ». L’autorisation d’un seul des deux parents sera donc nécessaire pour effectuer un test de dépistage ou faire vacciner l’enfant. Ou comment déchirer un peu plus les familles, les couples divorcés et transformer l’intégrité physique des enfants en outil de guerre parentale.

Lire aussi : Jean-Baptiste Maillard : « Interdire l’instruction en famille, c’est mettre la main dans un engrenage totalitaire »

En principe l’accord des deux titulaires de l’autorité parentale est requis, sauf dans certains cas prévus par la loi, notamment si le refus de l’un ou des deux titulaires de l’autorité parentale met en péril l’intégrité physique de l’enfant, ou si l’enfant demande au médecin de ne pas divulguer son état de santé à ses parents (par exemple pour une IVG ou un accouchement sous X).

Passe sanitaire obligatoire dans les établissements de santé

La mesure faisait bien partie du projet de loi initial, mais c’est son adoption cavalière qui a soulevé l’indignation. L’extension du passe sanitaire dans les établissements de santé et les Ehpad – pour les visiteurs et les patients non-urgents – avait été retoquée dans la journée du jeudi 22 juin. Mais c’était sans compter l’obstination d’Olivier Véran qui a demandé une seconde lecture dans la nuit à 5 h du matin, obtenant gain de cause. Ainsi à compter du 1er août, le passe sanitaire sera exigé pour entrer dans les Ehpad et les établissements de santé de manière générale – sauf urgences médicales.

Cette mesure équivaut à une vaccination forcée pour les personnes vulnérables et précaires dont la survie dépend (entre autres) des centres médicaux sociaux ou médicaux psychologiques

Malgré le déremboursement des tests virologiques, prévu pour l’automne, les citoyens non-vaccinés devront présenter un résultat négatif pour pénétrer dans ces établissements, ou bien se résoudre à se faire vacciner. Cette mesure équivaut à une vaccination forcée pour les personnes vulnérables et précaires dont la survie dépend (entre autres) des centres médicaux sociaux ou médicaux psychologiques. Elles ne pourront jamais payer des tests virologiques à répétition pour accéder à des soins auxquels elles ont en principe droit gratuitement. Il s’agit là d’une atteinte grave au droit d’accès aux soins, qui dans un pays civilisé devrait toujours être garanti. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
La petite cuisine des « woke »

Ce sera l’un des grands sujets politiques de l’époque qui s’ouvre. Alors qu’elle secoue le monde anglo-saxon, l’idéologie woke a pénétré pour de bon en Europe, sous l’action de la gauche radicale. « Il faut effectuer un travail d’hygiène intellectuelle pour décrypter tous ces concepts que l’on nous inflige avant que la classe médiatique ne les normalise » nous conseillait Mathieu Bock-Côté en juin dernier, de son poste québécois de sentinelle.

C’est à cette tâche que s’est attelée la Fondapol – Fondation pour l'innovation politique, think-tank « libéral, progressiste et européen » dirigé par le politologue Dominique Reynié – en publiant il y a quelques jours un rapport tout à fait éclairant sur les ressorts idéologiques du wokisme et son influence concrète sur le corps social. Brossant un tableau complet des problématiques en jeu, ce travail de grande qualité a été rédigé par Pierre Valentin, étudiant en master science politique à l'université Paris-2 Panthéon-Assas et diplômé en philosophie et politique de l'université d’Exeter.

Faisant du principe diversitaire l’horizon du politique et érigeant la victimisation en ressort de mobilisation, l’idéologie woke n’est mûe que par la pulsion purement négative de destruction de l’ordre existant et de ses groupes dominants, à savoir l’homme blanc-hétérosexuel-valide

Sa conclusion est très nette : faisant du principe diversitaire l’horizon du politique et érigeant la victimisation en ressort de mobilisation, l’idéologie woke n’est mûe que par la pulsion purement négative de destruction de l’ordre existant et de ses groupes dominants, à savoir l’homme blanc-hétérosexuel-valide occidental. « Si l’on peut croire que le wokisme s’attache à chérir les minorités en tant que telles, […] l’Autre n’est chéri qu’en tant qu’il est utile à déconstruire, non en soi. D’ailleurs, s’il refuse ce rôle destructeur, il se verra lui aussi diabolisé, signe de son rôle purement instrumental dans le logiciel woke » conclut l’auteur.

Le wokisme, dernier avatar du postmodernisme

Auto-appellation née dans la communauté afro-américaine, « être woke » signifie être « éveillé aux injustices que subissent les minorités dans les pays occidentaux », à l’opposé des masses inertes qui, non éduquées aux injustices sociales, ne seraient pas capables de discerner le racisme, sexisme et autre validisme à l’œuvre systématiquement dans nos sociétés.

Appuyé sur les travaux d’Helen Pluckrose et James Lindsay, le rapport trace une droite ligne entre wokisme et postmodernisme. Refusant l’existence même de la scientificité et de l’objectivité, ces progressistes radicaux considèrent, à l’instar de Michel Foucault, que le savoir existant est une production du pouvoir, sans rapport donc avec la connaissance. Dès lors, c’est l’identité du pouvoir qu’il faut questionner. C’est à partir de cette hypothèse que le discours méritocratique-universaliste peut être déconstruit, car il ne serait que la façade rhétorique d’un pouvoir détenu par les hommes blancs pour maintenir leurs positions sociales, tout en discriminant sans vergogne les minorités en tout genre.

Lire aussi : Mathieu Bock-Côté : « Fanatique et résolue, cette minorité idéologique est prête à aller jusqu’au bout » 1/2

Autre belle intuition du rapport : le wokisme serait la troisième phase du postmodernisme. Après l’ère de la déconstruction et de l’injonction morale serait venue celle de l’injonction dissimulée dans la description : « La théorie critique de la race ne se demande plus si du racisme existe dans une certaine interaction sociale (une évidence, à leurs yeux), mais bien comment celui-ci se manifeste ». De là, un cercle vicieux : « Une fois plongé dans ce paradigme, leur survie académique [dépend] de leur capacité à dénicher des injustices raciales invisibles au commun des mortels ». La logique est sans fin, et mène à l’intersectionnalité, théorisée par Kimberlé Crenshaw, et idée d’après laquelle « il est possible de discriminer ou de subir des discriminations selon plusieurs axes, comme un individu au milieu d’un carrefour pourrait être percuté par des voitures provenant de différents côtés ». Parti des problématiques raciales et sexuelles, le wokisme atterrit aux questions de surpoids (fat studies) et de handicap (disability studies), l’objectif étant toujours de débusquer toutes traces de normes sociales pour les déconstruire par « l’exception » et de les présenter – par des inégalités statistiques – comme une discrimination sociale systématiquement appliquée. C'est que, in fine, tout doit se valoir – pensée relativiste dangereuse qui participe par exemple à la banalisation de l’obésité, pourtant maladie chronique particulièrement grave. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Gouvernement des juges : les légistes contre le peuple

« En matière de lutte contre l'immigration ou le terrorisme, les "sages" du Conseil d'État et constitutionnel ont toujours défendu une vision maximaliste de la liberté individuelle. On constatera qu'en matière sanitaire, en parfaite incohérence, c'est l'inverse. L'occasion de rappeler que ce que l'on appelle "État de droit" et que les démocraties libérales occidentales sacralisent volontiers repose sur les interprétations à géométrie variable de juges administratifs irresponsables devant le peuple. »

Cette observation, que je trouve sous la plume d’Alexandre Devecchio, est factuellement exacte, aussi bien pour ce qui concerne la jurisprudence de nos « hautes cours » que pour ce qui concerne la notion d’État de droit telle qu’elle est aujourd’hui employée. En revanche, il n’est pas certain qu’il y ait incohérence lorsque nos juges se montrent un jour maximalistes en matière de libertés individuelles et le lendemain minimalistes, selon qu’il s’agisse d’immigration ou de politique sanitaire.

Lire aussi : Préserver la paix publique ou préparer la guerre civile ?

L’erreur est de croire que, pour les membres du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel (ou de n’importe quelle « cour suprême », qu’elle soit nationale ou européenne), les libertés individuelles pourraient avoir un contenu substantiel, qu’elles pourraient être un ensemble de normes objectives et immuables qu’il s’agirait simplement d’essayer de concilier entre elles. Elles ne pourraient avoir un tel contenu que si elles étaient considérées comme des normes de droit naturel, ou a minima comme des transcriptions positives de normes de droit naturel. Une telle conception est, par exemple, énoncée très clairement dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ou bien dans la Déclaration d’indépendance américaine. Les droits civils et politiques qui sont mentionnés dans la DDHC (comme la liberté de parole ou la légalité des peines) peuvent se déduire presque géométriquement des « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » qui sont rappelés à l’article deux.

Mais il y a belle lurette que la notion de droit naturel n’est plus prise au sérieux dans les facultés de droit – sauf très rare exception –, pour ne pas dire qu’elle est l’objet d’un mépris presque universel parmi les juristes les plus éminents, et assurément parmi ceux qui peuplent nos cours suprêmes. Dès lors, les libertés publiques ne sont rien d’autre que ce que les juges décideront qu’elles sont à un moment ou l’autre : « ipse dixit » pourrait être leur devise ; et l’État de droit, dont on nous ramone incessamment le conduit et dont certains se servent comme d’un gourdin pour taper à bras raccourci sur les pays d’Europe de l’Est qui refusent l’ordre européen, n’est en vérité rien d’autre que l’État actuel du droit que l’on tente sans vergogne de faire passer pour intouchable. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Éric Zemmour, adepte de l’étatisme ?

Éric Zemmour porte l’espoir d’une candidature présidentielle refusant les oukases d’une gauche moralisatrice vénérant entre autres, à l’inverse des libéraux, les administrations aussi pléthoriques qu’inefficaces. Pourtant, débattant avec David Lisnard, Éric Zemmour a développé une critique acharnée du libéralisme. Il a paradoxalement déclaré cette pensée responsable de la bureaucratisation de l'État depuis 40 ans. D’après l'auteur du Suicide français, notre pays a détruit l'efficacité de son organisation administrative bonapartiste en mettant en œuvre une série de réformes libérales qui auraient rogné progressivement ses pouvoirs au profit des instances européennes, de la régionalisation, ainsi que par la multiplication des autorités indépendantes et autres agences parapubliques.

Il faudrait cependant mettre Éric Zemmour au défi de citer le moindre théoricien libéral qui aurait pu se faire l'apôtre des réformes dénoncées. Il paraît extrêmement peu probable par exemple que Milton Friedman, contemplant l’organisation actuelle de l’administration française, déclare tout radieusement : « Voici le modèle étatique dont j'ai toujours rêvé ». En réalité, les programmes de décentralisation et de déconcentration mis en œuvre n'étaient absolument pas libéraux, mais bien plutôt sociaux-démocrates. Ils constituaient la victoire posthume de la gauche girondine sur le jacobinisme, la revanche de Lamartine, battu en 1848, face au bonapartisme. Ils tenaient de la philosophie politique et sociale d'Habermas, de la philosophie juridique de John Rawls, l’ensemble revu à la mode énarque. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest